Jean-des-Figues

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Extrait : Vous voyez que mon destin était des plus modestes et que je ne descendais, hélas ! ni d'un notaire ni d'un conservateur des hypothèques, les deux grandes dignités de chez nous. Mais, quoique fils de paysans, et enveloppé pour premiers langes dans de vieilles chausses trouées et souillées de terre, je suis de race cependant. La petite ville de Canteperdrix, comme tant d'autres cités de notre coin du Midi, s'est gouvernée en république, ou peu s'en faut, entre son rocher, ses remparts et sa rivière, de temps immémorial jusqu'au règne de Louis XIV. Aussi bien, -- et ce n'est pas l'héritage dont je remercie le moins ceux-là qui me l'ont gardé, -- me suis-je trouvé être venu au monde avec la main fine et l'âme fière, ce qui par la suite me permit de porter des gants sans apprentissage et de ne pas avoir l'air trop humble devant personne : les deux grands secrets du savoir-vivre, à ce que j'ai cru deviner depuis.

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Nombre de lectures 16
EAN13 9782824712420
Langue Français
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I NCON N U( E)
JEAN-DES-F IGU ES
BI BEBO O KI NCON N U( E)
JEAN-DES-F IGU ES
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1242-0
BI BEBO OK
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– Christian Spr emb er g
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A
n
1CHAP I T RE I
Les figues-fleur s
    monde au pie d d’un figuier , il y a vingt-cinq ans, un jour
que les cig ales chantaient et que les figues-fleur s, distillant leurJ g oue de miel, s’ ouv raient au soleil et faisaient la p erle . V oilà ,
certes, une jolie façon de naîtr e , mais je n’y eus aucun mérite .
A ux cris que je p oussais, (ma mèr e ne se plaignit même p as, la sainte
femme !) mon brav e homme de pèr e , qui moissonnait dans le haut du
champ , accour ut. Une sour ce coulait là près, on me lava dans l’ e au viv e ;
ma mèr e , faute de lang es, me r oula tout nu dans son fichu r oug e ; mon
pèr e , afin que j’ eusse plus chaud, prit, p our m’ emmailloter , une p air e
de chausses ter r euses qui sé chaient p endues aux branches du figuier ; et
comme le jour s’ en allait av e c le soleil, on mit sur le dos de notr e âne
Blanquet, p ar dessus le bât, les deux grands sacs de sp arterie tr essé e ; ma
mèr e s’assit dans l’un, mon pèr e me p osa dans l’autr e en même temps
qu’un p anier de figues nouv elles, et c’ est ainsi que je fis mon entré e à
Cantep erdrix, p ar le p ortail Saint-Jaume , au milieu des félicitations et des
2Je an-des-Figues Chapitr e I
rir es, accomp agné de tous nos v oisins que le soir chassait des champs
comme nous, et p erdu jusqu’au cou dans les lar g es feuilles fraîches dont
on avait eu soin de r e couv rir le p anier . Le lit de vait êtr e doux, mais les
figues fur ent un p eu foulé es. D e ce jour , le sur nom de Je an-des-Figues me
r esta, et jamais les g ens de ma ville , tous dotés de sur noms comme moi, les
Corb e au-blanc, les Saigne-flacon, les Mang e-loup , les P laton, les Cicér on,
les Loutr es, les Martr es et les Hir ondelles ne m’ ont app elé autr ement.
V ous v o y ez que mon destin était des plus mo destes et que je ne
descendais, hélas ! ni d’un notair e ni d’un conser vateur des hy p othè ques,
les deux grandes dignités de chez nous. Mais, quoique fils de p ay sans,
et env elopp é p our pr emier s lang es dans de vieilles chausses tr oué es et
souillé es de ter r e , je suis de race cep endant. La p etite ville de Cantep
erdrix, comme tant d’autr es cités de notr e coin du Midi, s’ est g ouv er né e en
république , ou p eu s’ en faut, entr e son r o cher , ses r emp arts et sa rivièr e ,
de temps immémorial jusqu’au règne de Louis X I V . A ussi bien, – et ce
n’ est p as l’héritag e dont je r emer cie le moins ceux-là qui me l’ ont g ardé ,
– me suis-je tr ouvé êtr e v enu au monde av e c la main fine et l’âme fièr e ,
ce qui p ar la suite me p er mit de p orter des g ants sans appr entissag e et de
ne p as av oir l’air tr op humble de vant p er sonne : les deux grands se cr ets
du sav oir-viv r e , à ce que j’ai cr u de viner depuis.
D’ailleur s, en cher chant bien, qui est sûr de n’êtr e p as un p eu noble ,
dans un p ay s surtout où la mar chandise anoblissait ? Je suis noble , moi,
tout comme un autr e ; un de mes aïeux, p araît-il, v enu de Naples av e c le
r oi René , app orta le pr emier l’arbr e de gr enade en Pr o v ence , et, sans r
emonter si loin, dans le p ay s on se souvient encor e de Vincent-Petite-Ép é e ,
mon ar rièr e-grand-pèr e mater nel. e de fois n’ai-je p as entendu
raconter son histoir e ! D er nier r ejeton d’une illustr e famille r uiné e , Vincent,
après mille av entur es de mer et de g ar nison, p ossé dait p our toute
fortune , quelques anné es avant 1789, deux ou tr ois jour né es de vigne qu’il
cultivait lui-même . Il les maria brav ement av e c tr ois ou quatr e jour né es
de pré que lui app ortait en dot la fille d’un v oisin. C’ est ainsi que naquit
ma grand-mèr e . Mais quoique de v enu p ay san, Vincent n’ en continua p as
moins à p orter l’ép é e . Les g ens qui le v o yaient suiv r e son âne au b ois en
tenue de g entilhomme lui criaient : – « Bien le b onjour , Vincent l’Esp
azee !. . . Hé ! Vincent, qu’allez-v ous fair e de ce grand sabr e ? » Et le b on
3Je an-des-Figues Chapitr e I
Vincent rép ondait, sans p araîtr e fâché de leur s plaisanteries : – « C’ est
p our coup er des fag ots, mes amis, p our coup er des fag ots ! »
À un moment de ma vie , le plus heur eux sans aucun doute , où je me
sentais l’âme assez lar g e p our toutes les vanités, il m’ar riva, je le confesse ,
de pr endr e ma noblesse au sérieux. Pendant quelques mois le tailleur qui
m’habillait s’honora d’habiller M. le che valier Je an-des-Figues, et je me
v ois encor e faisant étinceler au p etit doigt de ma main g auche une bague
d’ or blasonné e qui p ortait d’azur à un tas de figues mûrissantes.
n
4CHAP I T RE I I
L’or eille g auche de Blanquet
 ’    né , v ous le v o y ez, p our fair e un homme e
xtraordinair e , et je cultiv erais encor e , comme mon pèr e et mon grand-J pèr e l’ ont cultivé , notr e champ de la Cig alièr e , sans un accident
qui m’ar riva lor sque j’avais deux ans.
C’était v er s la fin mar s ; après av oir , comme toujour s, p assé les mois
d’hiv er dans son moulin d’huile de la Grand-P lace , au milieu des jar r es
et des sacs d’ oliv es, mon pèr e , fer mant ses p ortes une fois le b e au temps
v enu, avait r epris les travaux des champs.
Nous p artions av e c l’aub e tous les matins : ma mèr e , à pie d suivant
l’usag e , me faisait mar cher et tirait la chè v r e ; mon pèr e allait de vant, au
tr ot de Blanquet, jamb e de-çà , jamb e de-là , le b out de ses soulier s traînant
p ar ter r e , et, p orté ainsi p ar ce p etit âne gris, v ous l’ eussiez dit à che val
sur un gr os liè v r e .
Ex cellent Blanquet ! comme je l’aimais av e c ses b elles or eilles touffues
et son long p oil blanchi en maint endr oit p ar le soleil, les coups de bâton et
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