La doublure

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Raymond Roussel a 20 ans lorsque son premier livre, «la Doublure», sort en librairie. Mais son insuccès marque à jamais l’auteur orgueilleux qui ne trouvera la gloire tant recherchée qu’à titre posthume. Raymond Roussel est ce qu'on appelle un auteur “difficile”. Délibérément ou non, il heurte les habitudes de lecture et les idées reçues. « Quand le volume parut, quand le jeune homme, avec une grand émotion, sortit dans la rue et s’aperçut qu’on ne se retournait pas sur son passage, le sentiment de gloire et la luminosité s’éteignirent brusquement. Alors commença une véritable crise de dépression mélancolique avec une sorte de délire de persécution, prenant la forme de l’obsession et de l’idée délirante du dénigrement universel des hommes les uns par les autres »

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EAN13 9782824711409
Langue Français
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RA YMON D ROUSSEL
LA D OU BLU RE
BI BEBO O KRA YMON D ROUSSEL
LA D OU BLU RE
1897
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1140-9
BI BEBO OK
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Le te xte suivant est une œuv r e du domaine public é dité
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compris à Bib eb o ok.A V IS
    un r oman, il doit se commencer à la pr emièr e p ag e
et se finir à la der nièr e .C
L’ A U T EU R.
n
1La D oublur e
2CHAP I T RE I
   est une grande salle
A u châte au du vieux comte . Une p ortièr e saleL Sert d’ entré e . Un vieillard, en b e aux habits de deuil
Et l’air grav e , est assis sur le b ord d’un fauteuil
A dossier haut. Il met sa main sur une table
A uprès de lui, disant  :
A uprès de lui, :«  C’ est là le véritable
Mo y en  ; quoi qu’il en soit, je ferai jusqu’au b out
Mon de v oir  ; v ous p ouv ez v ous r etir er . »
Mon de v oir  ; v ous p ouv ez v ous r etir er . »D eb out,
A tr ois p as de la ramp e , en é cuy er , l’ép é e
Nue en main, de pr ofil, la p oitrine drap é e
D ans un grand mante au br un, une jamb e en dehor s,
Gasp ard est immobile . Il réplique  :
Gasp ard est . Il :« Pour lor s,
3La doublur e Chapitr e I
Monseigneur , si tels sont v os v œux, il ne me r este
’à r emer e l’ép é e au four r e au. »
’à r e l’ép é e au four r e au. »D’un grand g este
Ex ag éré , le vant sa main g anté e en l’air ,
Il abaisse la lame en lançant un é clair ,
Puis cher che à la r entr er  ; mais il r emue et tr emble ,
Ses mains ne p euv ent p as fair e toucher ensemble ,
La p ointe , av e c le haut du four r e au noir en cuir ,
i tour nent tous les deux en p araissant se fuir .
Gasp ard, très r oug e av e c sa fraise qui l’ eng once ,
Rag e et de vient ner v eux. Une fois il enfonce
La p ointe à faux, v oulant quand même aller tr op fort,
Et la pique à côté de l’ ouv ertur e , au b ord
En cuiv r e du four r e au. Le moment semble immense  ;
D ans la salle , p artout aentiv e , on commence
A chuchoter et puis à rir e  ; plusieur s fois
Gasp ard r epique au b ord. T out en haut une v oix
Crie  :
Crie  :« Il est donc b ouché ton four r e au  ? »
Crie  :« Il est donc b ton four r e au  ? »Ça r e double ,
Et de vant ce gr os rir e augmentant qui le tr ouble ,
Gasp ard e x asp éré , sans for ces, se r etient
D e tout abandonner p our sortir . Il p ar vient
Juste , à tr ouv er enfin l’ orifice  ; bien vite
Il enfonce le fer entier . Mais on pr ofite
D e la chose , au public, p our fair e de nouv e au
Du br uit. On applaudit  ; les cris « bis » et « brav o »
Se mêlent aux coups sourds des cannes. L’avanie
Énor me qu’ on lui fait, et toute l’ir onie
’il sent dans ce succès, aer r ent Gasp ard. T ant
e le tumulte dur e , imp assible il aend,
Les bras cr oisés. L’ép é e à son flanc se balance ,
Mir oitant p ar endr oits.
Mir p ar endr oits.Enfin quand le silence
Après assez longtemps se rétablit p artout,
4La doublur e Chapitr e I
Le vieux comte , r esté calme , se met deb out  ;
Et Gasp ard, dénouant ses bras av e c emphase ,
Commence , en r epr enant assurance , une phrase
Entortillé e et longue , affir mant que jamais
Per sonne ne saura le sombr e se cr et. Mais
A vant de ter miner sa tirade il s’ embr ouille ,
Et sur plusieur s ser ments successifs qu’il br e douille ,
Parlant de son honneur , de son nom, et du sort
i l’aend au pr o chain le v er du jour , il sort
Par la p ortièr e , av e c tout un nouv e au tap ag e
D’ir oniques rapp els.
D’ir rapp els. Grande , une femme en p ag e ,
D ans un costume tout en v elour s noir et bleu,
i sans êtr e ajusté , dessine encor e un p eu
Sa taille longue , est près d’ entr er  ; la plume blanche
D e son chap e au frissonne . Un p oing sur une hanche ,
Elle maintient, chacun p ar sa laisse , deux grands
Lé v rier s  ; der rièr e elle , un tas de figurants
Causent très bas  ; l’un d’ eux trip ote sa cuirasse
i, p our lui, semble tr op étr oite et l’ embar rasse .
Gasp ard, sans s’ar rêter , tour ne  ; là-bas au fond,
D eux escalier s de b ois très courts, tout usés, font
Les deux p endants  ; il va vite à celui de dr oite ,
Et tr ouvant la lar g eur des mar ches tr op étr oite ,
Il les monte dès les pr emièr es deux p ar deux.
Les figurants font un cliquetis autour d’ eux  ;
Un gr os r oug e étudie un grand g este de haine
Du bras dr oit  ; à trav ers le dé cor , sur la scène ,
On entend le vieillard qui p arle , encor e seul,
Jurant « p ar le tomb e au de son illustr e aïeul
Le duc Louis, le grand batailleur , dont il p orte
Le nom très glorieux et fameux ».
Le nom très et fameux ».Une p orte
Est là sur un p alier , massiv e , tout en fer  ;
Gasp ard, en ar rivant au b out du nombr e imp air
5La doublur e Chapitr e I
D es mar ches, va dessus et du bras il la p ousse  ;
Puis p our p asser il la maintient av e c son p ouce ,
Et sort en la cognant du pie d sans le v ouloir .
Là , pr esque tout de suite , à g auche d’un couloir
A u fond duquel on v oit le cadran d’une horlog e ,
Il se tr ouv e de vant la p orte de la log e
Numér o vingt. Il entr e et r efer me très fort
A v e c rag e  ; la clé , de l’autr e côté , sort
D e la ser r ur e , tomb e en résonnant, puis saute
A vant de se p oser tout à fait. Gasp ard ôte
Vite , en tirant les doigts ner v eusement, ses g ants
Gris, ter minés p ar deux grands p oignets élég ants  ;
Puis av e c ses doigts nus, il enlè v e sa fraise
i le gêne . Et tombant alor s sur une chaise
Capitonné e , et d’ où sort un p eu de coton
Par une dé chir ur e , il saisit son menton,
Le coude sur la cuisse , et mur mur e à v oix basse ,
Le r eg ard ang oissé tout p erdu dans l’ esp ace ,
Dirig é fix ement en bas, v er s le milieu
D e la p orte  : « Mon Dieu. . . mon Dieu. . . mon Dieu. . . mon Dieu. . .
L’ esprit, dans une crise aiguë , en pr oie au doute .
††
La log e est encombré e et p etite  ; elle est toute
En longueur  ; à main g auche en entrant, un côté
Long, est plein de p endoir s  ; un p antalon cr oé
Pendant au pr emier , a, sauf une seule p ae ,
Ses br etelles en place  ; on v oit une cravate  ;
Une chemise au col trav er sé d’un b outon
D e nacr e , cache pr esque en entier un v eston.
En face , à l’autr e mur , une longue tablee ,
P leine de fards div er s et d’ objets de toilee ,
Est en désordr e  ; auprès du couv er cle d’un p ot
D e p ommade , un flacon d’huile montr e un dépôt
Jaunâtr e , plus foncé que le r este . Une coup e
En gr os v er r e , a b e aucoup de p oudr e qu’une houpp e
6La doublur e Chapitr e I
Sur monte . D es cise aux aux tranchants é cartés
Sont couv erts de r eflets cassés et de clartés  ;
Le dessus d’un des deux tranchants for me une lime
Étr oite , av e c son b ord  ; un p eu de r ouille abîme
Une des p ointes dont l’acier n’ est plus ardent.
Un p eigne est moitié gr os, moitié fin  ; une dent
Manque du côté fin. Sur le mur une glace
Assez grande , a dans un de ses coins une place
P lus clair e , qui p araît une tache en dessous  ;
Une ler e av e c un timbr e bleu de tr ois sous
Est enfoncé e un p eu sous le b ois qui la ser r e
Fort, en cachant son coin d’ en bas, contr e le v er r e  ;
D’une gr osse é critur e elle est adr essé e à
Monsieur Gasp ard Lenoir , au éâtr e de la
République , Paris. Le coin de l’ env elopp e ,
En haut, a le p ortrait d’un hôtel de l’Eur op e  ;
D eux endr oits sur les toits compliqués sont ôtés,
D é chirés en ouv rant. A u mur des deux côtés
D e la glace sont deux b e c de g az  ; sous la flamme ,
Sur un blanc de faïence on lit une ré clame
’ on v oit p artout  ; le b e c de g auche fait plus clair
e l’autr e , dont la clef n’ est p as très dr oite  ; en l’air ,
Une haleine du g az, transp ar ente , s’élè v e
Du v er r e , en faisant fair e une frisur e brè v e
A u mur qui p araîtrait, lui, tr embloter . P lus loin
Une tablee très p etite pr end le coin
Près de la p orte  ; auprès d’une ép aisse cuv ee ,
T oute pr opr e et plié e en long, une ser viee
D ép asse de très p eu le b ord  ; un sav on v ert,
D ans une sav onnièr e , est encor e couv ert
D e mousse dessé ché e  ; en ar rièr e une ép ong e
Est à même le b ois.
Est à le b ois. Gasp ard toujour s se r ong e ,
D ans tout l’ébranlement du doute qu’il r essent.
A la fin, il se lè v e av e c for ce , en p oussant,
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