Le cachet d

Le cachet d'onyx

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Lorsqu'il écrit Le Cachet d'onyx, Barbey a 23 ans. Il vit à Caen où il suit des études de Droit et s'intéresse à la politique. Ces années sont aussi marquées par la relation avec Louise, épouse d'Alfred de Méril, ainsi devenue cousine par alliance de l'auteur, relation qui bouleverse sa vie entière. Il semblerait que Louise soit la Maria à qui le narrateur s'adresse. Ce conte sonne ainsi comme une vengeance d'un jeune auteur déçu et blessé, à travers un récit brutal et froid. Extrait : Un jour, dans une de ces soirées que Paris compte parmi les plus brillantes, Dorsay avait souffert plus que jamais des plaisanteries de ses amis. Ces plaisanteries qu'ils infligeaient à sa vanité de fat étaient d'un goût si parfait et d'un ton si mesuré dans les termes qu'il était impossible à un homme de bonne compagnie de montrer de l'humeur ou du courroux, mais l'intention en était si blessante, si triomphante surtout, qu'il fallait d'un autre côté une grande puissance sur soi-même ou une grande peur de l'inconvenable pour se contenir en les entendant. Dorsay les écoutait les lèvres tremblantes, le front pâle et les traits frappés d'un vague sourire qui s'efforçait d'être insouciant et gai.

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EAN13 9782824712925
Langue Français
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BARBEY D’ A U REV I LL Y
LE CA CH ET D’ON YX
BI BEBO O KBARBEY D’ A U REV I LL Y
LE CA CH ET D’ON YX
1831
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1292-5
BI BEBO OK
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Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
Le cachet d’ony x
     donc bien hor rible , douce Maria ? Hier v otr e
fr ont si blanc, si limpide , se crisp ait rien qu’à le v oir , ce diableO noir , comme l’app elle Émilia. V otr e haleine traînait sur v os
lè v r es entr’ ouv ertes ; v os lar mes, v os sanglots, v otr e p ose , tout en v ous
disait : « Pitié ! » à Othello , comme si v ous aviez été la V énitienne , la
D esdemona, couché e sur le lit, si Othello avait pu v ous entendr e
alor s, comme si une prièr e d’ang e ag enouillé de vant un homme , essuyant
ses pie ds de sa che v elur e divine , ou, plus élo quent encor e , une femme qui
supplie , eût pu aller jusqu’à ce co eur p ossé dé , affolé , enrag é de jalousie
et d’amour . Oh ! ne le maudissez cep endant p as, cet Othello infle xible .
N’ay ez p as p eur de cee b elle cré ation d’un p oète ; n’ay ez p as p eur de
cee admirable natur e d’homme , si riche en tendr esses jusque dans ses
fur eur s, et à qui D esdemona p ardonne en mourant comme p ar r e
connaissance de l’amour qu’il lui avait donné . Sav ez-v ous que p er sonne n’aima
plus que cet homme qui faisait oublier un pèr e chéri, à che v eux blancs,
1Le cachet d’ ony x Chapitr e I
sur le b ord de la fosse , à une fille r esp e ctueuse et tendr e ; qui l’avait prise
intrépidement dans ses bras, elle défaillante sous le p oids d’une malé
diction ter rible , et qui la r endit si heur euse que jamais le souv enir de cee
malé diction ne tr oubla une heur e de la vie de cee femme timide ? Ne le
maudissez p as, Maria, mais plaignez-le plutôt ! plaignez-le plus que D
esdemona, qui v ous fait pleur er à chaudes lar mes. Son infortune est plus
grande que celle de D esdemona qui crie : Ne me tuez pas ce soir ! Vous me
tuerez demain ! qui s’ est sentie é crasé e sous la calomnie , sous les injur es
d’Othello . D esdemona est l’heur euse dans ce ci : l’infortuné , c’ est Othello !
Il n’ est p as b esoin d’êtr e Africain, d’av oir du soleil liquéfié sous une
p e au noir e et plein ses lar g es v eines ; il n’ est p as b esoin d’av oir du lion
et du tigr e dans sa natur e p our êtr e jaloux et se v eng er . Il ne faut
qu’assez d’intellig ence p our compr endr e le mot trahison . Eh bien, quand av e c
ce p eu d’intellig ence on a de l’amour aussi, comme Othello , qui oserait
app eler coup able celui-là qui est jaloux et qui se v eng e ! Et quand cee
v eng e ance qui n’ap aise p oint est finie , et que l’ on est si malheur eux que
le r emords soulag erait, le r emords qu’il est imp ossible d’av oir p ar ce que
l’amour a tout envahi dans l’âme , oh ! qui ne donnerait p as à tant de
souffrance au moins une lar me , quand il r este une lar me à donner .
P leur ez donc sur Othello , jeune femme , je v ous le répète , sur cee âme
que la douleur a sillonné e , noir cie , brûlé e , ensanglanté e , mise en piè ces
comme des balles mâché es dans de la chair et des os. Il n’y a qu’Émilia qui
soit en dr oit de l’app eler monstre , car elle avait soigné D esdemona toute
p etite , puis adolescente , puis ép ousé e , et de chagrin elle délirait quand
elle app elait Othello ainsi. Mais v ous, Maria, v ous ne le p ouv ez p as !
La v eng e ance d’Othello ne fut p oint d’un monstr e . Il pleura avant de
tuer sa femme , et quels pleur s ! Il pleura aussi quand il l’ eut tué e et avant
d’êtr e détr omp é ! Et quand il n’ eut plus de lar mes sous sa p aupièr e , il en
cher cha à la sour ce , av e c la p ointe d’un p oignard ; mais celles-là étaient
du sang, et elles aussi, elles se tarir ent.
V oulez-v ous que je v ous raconte une histoir e de jalousie ? V
oulezv ous que je v ous dise une v eng e ance plus cr uelle que celle accomplie av e c
des sanglots, des mains tr emblantes et des baiser s, – ces der nier s baiser s
donnés furtiv ement à la p erfide p endant qu’ elle dort, sublime lâcheté de la
p assion que Shak esp e ar e avait de viné e , – enfin que cet étouffement d’une
2Le cachet d’ ony x Chapitr e I
marié e de vingt ans sous l’ or eiller du lit nuptial, et dont l’idé e seule v ous
fait r ejeter en ar rièr e v otr e jolie tête comme si la hache v ous l’abaait p ar
de vant ? Allons ! si v ous êtes brav e ce soir , v oulez-v ous que je v ous dise
une v eng e ance auprès de laquelle la v eng e ance d’Hassan, qui fait no y er
viv e dans un sac cousu la b elle Leïla du Giaour , est la chose du monde la
plus r ose et la plus gracieuse ? V oulez-v ous que je v ous dise une ré alité
dont la p o ésie dramatique , cee p o ésie du ré el, ne p our rait s’ emp ar er ,
p ar ce qu’ elle ne saurait comment la pr endr e dans ses mains de r eine sans
les souiller ? V oulez-v ous que je v ous fasse aimer Othello ?
V ous n’av ez p as connu A uguste D or say . C’était un de ces jeunes g ens
qui sont très bien nommés les heur eux du siè cle , p ar ce qu’ils ont juste ce
qu’il faut p our réussir dans le monde : un caractèr e de jonc, des for mes
élég antes, de la b e auté , de l’ esprit, – et de celui-là qui ne fâche p er sonne
p ar ce qu’il manque d’ originalité . ant à des p assions violentes, jamais
les amis de D or say ne s’ap er çur ent qu’il en entrât le moindr e g erme
dans son or g anisation. Il est v rai que D or say se meait souv ent en
colèr e contr e son jo ck e y , contr e son che val, contr e les plis de sa cravate
quand ils n’allaient p as comme il l’ entendait, qu’il jouait son ar g ent av e c
des couleur s sur les joues et qu’il ne p erdait p as sans émotion, qu’il se
grisait p arfois de champ agne et de punch, et qu’il savait sup érieur ement
le prix d’une femme , depuis la grande dame jusqu’à la mo diste . Mais dans
tout cela y a-t-il une p assion ? Y a-t-il v estig e d’âme ? Nullement. Nous
autr es jeunes g ens comme l’était D or say alor s, nous n’av ons qu’à pr endr e
la jeunesse de nos pèr es à morale , la morale de p osition, aux che v eux
maintenant grisonnants, nous v er r ons que les p assions sont plus rar es
qu’ on ne p ense , et qu’à p art quelques scènes de salon d’assez mauvais
g oût, un ou deux duels, p eut-êtr e , et for ce coucheries qu’ on app elle de
l’amour jusqu’à vingt-cinq ans av e c un enthousiasme un p eu niais, et qui
ne sont p as même du lib ertinag e , il n’y a p as, morbleu ! en inv entoriant
toutes ces jeunesses, de quoi dir e si haut : Je fus jeune et fou comme v ous !
T aisez-v ous donc, les caté chistes mo dèles, ne p arlez jamais des orag es de
v os jeunesses, phrase ridicule et qui p asse de la main à la main. V oici
une vanterie que je v ous défends ! V ous av ez vieilli, c’ est-à-dir e v ous av ez
p erdu v os dents et v ous v ous êtes coulés à fond dans le mariag e , comme
dit mon ami Sheridan, et puis c’ est tout. Mais jamais rien ne bait fort
3Le cachet d’ ony x Chapitr e I
dans v os artèr es car otides et v otr e co eur est toujour s allé du même p as.
Cep endant, messieur s nos pèr es, puisque nous fouillons dans v otr e
vie , serait-il imp ossible d’y tr ouv er de ces choses qui, rapp elé es à v otr e
mémoir e , v ous coup eraient la v oix à l’instant lor sque v ous jetez les hauts
cris sur les p assions de nos jeunesses, à nous, quand nous sommes p
assionnés ? N’y tr ouv erait-on p as des noir ceur s, p eut-êtr e une infamie ,
quelquefois une atr o cité ? V ous ne sav ez p as ce que c’ est qu’une âme , ce
que c’ est qu’une p assion, ce que c’ est que cet ourag an, cee tr omb e qui
tourbillonne dans les anfractuosités d’une p oitrine d’homme , et qui finit
p ar les briser . . . Mais, ce qui v ous était si facile , êtes-v ous toujour s r estés
de plats honnêtes g ens ?
D emandons à D or say . Il a vé cu v otr e vie de jeune homme ; il vit à
présent v otr e vie d’ép oux et de pèr e de famille . Inter r og e ons son p assé et
v o y ons ce que ce p assé nous rép ondra.
Hortense de *** était une des femmes de Paris la plus aimable p ar le
tour de son esprit et l’abandon de ses manièr es. Sa b e auté était
éblouissante . Marié e à un homme qu’ elle n’avait jamais aimé , entouré e
d’hommag es dans le monde et n’ayant plus de p ar ents qui la cuirassent de leur s
conseils, qui la fortifient de leur pr udence , on l’ eût prise p our or gueilleuse
et friv ole . Cep endant son âme était sérieuse . Sérieuse p ar ce qu’ elle était
p assionné e . On l’ entr e v o yait aisément, car si ces p assions toutes
frémissantes enfer mé es dans un sein de jeune femme n’avaient p as encor e quié
le fond de ce cratèr e d’albâtr e , il v olait p arfois de leur é cume dans la
fougue de co queerie d’Hortense .
A uguste D or say r encontrait souv ent Mme de *** dans les salons qu’il
fré quentait. Il s’ o ccup a d’ elle p ar ce qu’il avait sa réputation d’homme à
la mo de à soutenir et qu’Hortense fix ait l’aention g énérale alor s. Puis,
d’ailleur s, elle était si b elle ! and ses che v eux noir s luisaient dér oulés
sur des ép aules qui semblaient faites de lumièr e , il y avait là assez p our
l’amour de cent p oètes et le b onheur de tout un enfer !
Hortense aima D or say . Femme avant tout, avant d’êtr e un co eur éle vé
et un esprit sup érieur , elle s’ encapriça d’un b e au visag e . Elle eut de
l’amour p our D or say comme en dur ent av oir les filles des hommes p our les
ang es, quand les ang es s’imaginèr ent qu’il y avait plus de p aradis dans
l’adultèr e que dans les cieux. Elle en eut que ce fut une honte !
’aurait4Le cachet d’ ony x Chapitr e I
elle donné de plus à un homme de g énie ? Mais c’ est que le g énie n’ est
p our une femme , même la plus distingué e , rien, hélas ! en comp araison
d’une lè v r e r ose et d’une flamme de santé dans les y eux.
Oh ! ne faites p as v os jolis y eux mé chants, Maria ! ’il y ait dans
la b e auté phy sique un élément inap er çu p ar nous, hommes barbus, et
qui ébranle plus pr ofondément v otr e êtr e sensible ; que ce soit un côté
plus intellig ent ou plus infir me de v otr e natur e , je ne sais : mais il en
est ainsi. V ous-même comme les autr es, Maria, v ous n’aimer ez d’amour
qu’un b e au jeune homme , et quand plus tard v ous compr endr ez que tant
de b e auté p ouvait cacher tant d’ineptie , p auv r e r ossignol, fasciné du r
eg ard du r eptile , v ous r epr endr ez v otr e amour flétri, et ce sera encor e à la
b e auté , fût-elle stupide , que v ous v ous en ir ez l’ offrir . Eh quoi ! la p assion
aurait des p ar oles divines, ce serait assez p our r endr e coup able , p as assez
p our se fair e aimer ? Pitié sur v ous, douces cré atur es, et honte à toi,
natur e humaine ! Stigmatisez T alma de laideur et domptez (s’il est p ossible )
son talent dramatique , v ous éteignez les étoiles que Mme de Staël v o yait
en diadème sur son fr ont. Sainte  érèse mour ut d’amour p our son Dieu,
brûlé e de désir s comme on en brûle p our une cré atur e humaine . Mais,
v ous sav ez, cee ravissante tête rê v euse du Titien ? – de vant laquelle je
ne conseillerai jamais de conduir e la femme que l’ on aime , – eh bien, cee
tête n’ est p as même comp arable au Christ qu’ elle avait rê vé .
L’amour d’Hortense p our D or say fut l’affe ction d’un êtr e sup érieur
p our un êtr e mé dio cr e , cee affe ction qui compr omet, qui entraîne celle
qui l’épr ouv e , et la liv r e défor mé e et tr emblante aux bras d’un homme et
aux pie ds d’une so ciété . D or say e xploita en sp é culateur habile le
sentiment qu’il avait inspiré ; sa vanité ray onnait quand ses amis lui disaient
en riant : « Parbleu ! D or say , tu as là une délicieuse maîtr esse ». Il tr
ouvait doux de fair e la p etite b ouche aux félicitations que lui adr essait une
jeunesse aux p ar oles légèr es. Mo destie qui n’était p as même hy p o crite ,
car il y a des av eux qui affichent une femme comme un placard.
Pour Hortense , du moment qu’ elle aima D or say elle finit sa vie de
co quee . Bien plus, elle cessa d’êtr e aimable p our les autr es femmes ; elle
n’ép ar pilla plus son esprit et son âme , elle ne les effeuilla plus en mots
piquants ou affe ctueux p our les jeter à la so ciété qui l’ entourait et dont
elle faisait le char me . Le mouv ement de la conv er sation, auquel elle se
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