Le spleen de Paris

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Extrait : Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d'un fouet. Comme l'âne allait tourner l'angle d'un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s'inclina cérémonieusement devant l'humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau : « Je vous la souhaite bonne et heureuse ! » puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d'ajouter leur approbation à son contentement. L'âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l'appelait son devoir. Pour moi, je fus pris subitement d'une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l'esprit de la France.

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Nombre de lectures 53
EAN13 9782824712468
Langue Français
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CHARLES BA U DELAI RE
LE SP LEEN DE P ARIS
BI BEBO O KCHARLES BA U DELAI RE
LE SP LEEN DE P ARIS
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1246-8
BI BEBO OK
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Ont contribué à cee é dition :
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Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.À Arsène Houssaye ¹
  , je v ous env oie un p etit ouv rag e dont on ne p
ourrait p as dir e , sans injustice , qu’il n’a ni queue ni tête , puisqueM tout, au contrair e , y est à la fois tête et queue , alter nativ ement
et ré cipr o quement. Considér ez, je v ous prie , quelles admirables
commodités cee combinaison nous offr e à tous, à v ous, à moi et au le cteur . Nous
p ouv ons coup er où nous v oulons, moi ma rê v erie , v ous le manuscrit, le
le cteur sa le ctur e ; car je ne susp ends p as la v olonté rétiv e de celui-ci au fil
inter minable d’une intrigue sup erflue . Enle v ez une v ertèbr e , et les deux
mor ce aux de cee tortueuse fantaisie se r ejoindr ont sans p eine .
Hachezla en nombr eux fragments, et v ous v er r ez que chacun p eut e xister à p art.
D ans l’ esp érance que quelques-uns de ces tr onçons ser ont assez vivants
p our v ous plair e et v ous amuser , j’ ose v ous dé dier le ser p ent tout entier .
J’ai une p etite confession à v ous fair e . C’ est en feuilletant, p our la
vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit , d’ Alo y sius
Ber1. Ar sène Housset, dit Ar sène Houssay e (1815-1896), é crivain, administrateur de la
Comé die-Française , dir e cteur de L’Article et de La Presse ; dans cee publication p ar ur ent,
en 1862, vingt p oèmes en pr ose , av e c cee dé dicace .
1Le sple en de Paris Chapitr e
trand ² (un liv r e connu de v ous, de moi et de quelques-uns de nos amis,
n’a-t-il p as tous les dr oits à êtr e app elé fameux ? ) que l’idé e m’ est v enue
de tenter quelque chose d’analogue , et d’appliquer à la description de la
vie mo der ne , ou plutôt d’ une vie mo der ne et plus abstraite , le pr o cé dé
qu’il avait appliqué à la p eintur e de la vie ancienne , si étrang ement
pittor esque .
el est celui de nous qui n’a p as, dans ses jour s d’ambition, rê vé le
miracle d’une pr ose p o étique , musicale sans r ythme et sans rime , assez
souple et assez heurté e p our s’adapter aux mouv ements ly riques de l’âme ,
aux ondulations de la rê v erie , aux soubr esauts de la conscience ?
C’ est surtout de la fré quentation des villes énor mes, c’ est du cr
oisement de leur s innombrables rapp orts que naît cet idé al obsé dant. V
ousmême , mon cher ami, n’av ez-v ous p as tenté de traduir e en une chanson
le cri strident du Vitrier , et d’ e xprimer dans une pr ose ly rique toutes les
désolantes sugg estions que ce cri env oie jusqu’aux mansardes, à trav er s
les plus hautes br umes de la r ue ?
Mais, p our dir e le v rai, je crains que ma jalousie ne m’ait p as p orté
b onheur . Sitôt que j’ eus commencé le travail, je m’ap er çus que non
seulement je r estais bien loin de mon my stérieux et brillant mo dèle , mais
encor e que je faisais quelque chose (si cela p eut s’app eler quelque chose ) de
singulièr ement différ ent, accident dont tout autr e que moi s’ enor
gueillirait sans doute , mais qui ne p eut qu’humilier pr ofondément un esprit qui
r eg arde comme le plus grand honneur du p oète d’accomplir juste ce qu’il
a pr ojeté de fair e .
V otr e bien affe ctionné ,
C. B.
n
2. Louis Bertrand, dit Alo ysus Bertrand, né en 1807 et mort dans la misèr e , à l’hôpital
Ne ck er , à Paris, en 1841 ; il n’é crivit qu’un liv r e , Gaspard de la Nuit, publié en dé cembr e 1842.
2CHAP I T RE I
L’étr ang er
— i aimes-tu le mieux, homme énigmatique , dis ? ton pèr e , ta mèr e ,
ta sœur ou ton frèr e ?
— Je n’ai ni pèr e , ni mèr e , ni sœur , ni frèr e .
— T es amis ?
— V ous v ous ser v ez là d’une p ar ole dont le sens m’ est r esté jusqu’à ce
jour inconnu.
— T a p atrie ?
— J’ignor e sous quelle latitude elle est situé e .
— La b e auté ?
— Je l’aimerais v olontier s, dé esse et immortelle .
— L’ or ?
— Je le hais comme v ous haïssez Dieu.
— Eh ! qu’aimes-tu donc, e xtraordinair e étrang er ?
— J’aime les nuag es. . . les nuag es qui p assent. . . là-bas. . . là-bas. . . les
mer v eilleux nuag es !
3Le sple en de Paris Chapitr e I
n
4CHAP I T RE I I
Le désesp oir de la vieille
   ratatiné e se sentit toute réjouie en v o yant ce
joli enfant à qui chacun faisait fête , à qui tout le monde v ou-L lait plair e ; ce joli êtr e , si fragile comme elle , la p etite vieille , et,
comme elle aussi, sans dents et sans che v eux.
Et elle s’appr o cha de lui, v oulant lui fair e des risees et des mines
agré ables.
Mais l’ enfant ép ouvanté se débaait sous les car esses de la b onne
femme dé crépite , et r emplissait la maison de ses glapissements.
Alor s la b onne vieille se r etira dans sa solitude éter nelle , et elle
pleurait dans un coin, se disant : – « Ah ! p our nous, malheur euses vieilles
femelles, l’âg e est p assé de plair e , même aux inno cents ; et nous faisons
hor r eur aux p etits enfants que nous v oulons aimer ! »
n
5