Mémoires de deux jeunes mariées
258 pages
Français

Mémoires de deux jeunes mariées

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Description

1841. La Comédie humaine - Études de moeurs. Premier livre, Scènes de la vie privée - Tome II. Deuxième volume de l'édition Furne 1842. Mémoires de deux jeunes mariées est un roman épistolaire dont l'histoire se déroule entre 1823 et 1835. Elevées dans le même couvent, deux heunes filles entament une corespondance dans laquelle elles se racontent leurs premiers pas dans la société et la vie. La première, Louise de Chaulieu mène une vie mondaine et rencontre un baron espagnol dont elle s'éprend puis qu'elle épouse. Son amie, Renée de Maucombe, fait un mariage de raison, vit retirée dans sa Provence natale, et elle donne naissance à trois enfants. Chacune, au long de ces années, échange ses espoirs et ces déceptions. Mais après une longue période de bonheur, le mari de Louise disparaît sans laisser d'enfant. Louise se remet difficilement de cette disparition jusqu'à sa rencontre avec un jeune écrivain. Extrait : Depuis bientôt quinze jours, j’ai tant de folles paroles rentrées, tant de méditations enterrées au cœur, tant d’observations à communiquer et de récits à faire qui ne peuvent être faits qu’à toi, que sans le pis-aller des confidences écrites substituées à nos chères causeries, j’étoufferais. Combien la vie du cœur nous est nécessaire ! Je commence mon journal ce matin en imaginant que le tien est commencé, que dans peu de jours je vivrai au fond de ta belle vallée de Gemenos dont je ne sais que ce que tu m’en as dit, comme tu vas vivre dans Paris dont tu ne connais que ce que nous en rêvions.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 27
EAN13 9782824710310
Langue Français

Exrait

HONORÉ DE BALZA C
MÉMOI RES DE DEUX
JEU N ES MARI ÉES
BI BEBO O KHONORÉ DE BALZA C
MÉMOI RES DE DEUX
JEU N ES MARI ÉES
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1031-0
BI BEBO OK
w w w .bib eb o ok.comLicence
Le te xte suivant est une œuv r e du domaine public é dité
sous la licence Cr e ativ es Commons BY -SA
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distribuer , l’ env o y er à v os amis. V ous êtes d’ailleur s
encourag é à le fair e .
V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.MÉMOI RES DE DEUX JEU N ES
MARI ÉES
GEORGES SAN D .
Ce ci, cher Ge or g es, ne saurait rien ajouter à l’é clat de v otr eA nom, qui jeera son magique r eflet sur ce liv r e  ; mais il n’y a
là de ma p art ni calcul, ni mo destie . Je désir e aester ainsi l’amitié v raie
qui s’ est continué e entr e nous à trav er s nos v o yag es et nos absences,
malgré nos travaux et les mé chancetés du monde . Ce sentiment ne s’altér era
sans doute jamais. Le cortèg e de noms amis qui accomp agnera mes
comp ositions mêle un plaisir aux p eines que me cause leur nombr e , car elles
ne v ont p oint sans douleur s, à ne p arler que des r epr o ches encour us p ar
ma menaçante fé condité , comme si le monde qui p ose de vant moi n’était
p as plus fé cond encor e  ? Ne sera-ce p as b e au, Ge or g es, si quelque jour
l’antiquair e des liératur es détr uites ne r etr ouv e dans ce cortèg e que de
grands noms, de nobles cœur s, de saintes et pur es amitiés, et les gloir es
de ce siè cle  ? Ne puis-je me montr er plus fier de ce b onheur certain que
de succès toujour s contestables  ? Pour qui v ous connaît bien, n’ est-ce p as
un b onheur que de p ouv oir se dir e , comme je le fais ici,
V otr e ami,
1Mémoir es de deux jeunes marié e s Chapitr e
DE BALZA C.
Paris, juin 1840.
n
2CHAP I T RE I
A MADEMOISELLE REN ÉE DE
MA UCOMBE.
, . Ma chèr e biche , je suis dehor s aussi, moi  ! Et
si tu ne m’as p as é crit à Blois, je suis aussi la pr emièr e à notr eP joli r endez-v ous de la cor r esp ondance . Relè v e tes b e aux y eux
noir s aachés sur ma pr emièr e phrase , et g arde ton e x clamation p our la
ler e où je te confierai mon pr emier amour . On p arle toujour s du pr
emier amour , il y en a donc un se cond  ? T ais-toi  ! me diras-tu  ; dis-moi
plutôt, me demanderas-tu, comment tu es sortie de ce couv ent où tu
devais fair e ta pr ofession  ? Ma chèr e , quoi qu’il ar riv e aux Car mélites, le
miracle de ma déliv rance est la chose la plus natur elle . Les cris d’une
conscience ép ouvanté e ont fini p ar l’ emp orter sur les ordr es d’une p
olitique infle xible , v oilà tout. Ma tante , qui ne v oulait p as me v oir mourir
de consomption, a vaincu ma mèr e , qui pr escrivait toujour s le no viciat
comme seul r emède à ma maladie . La noir e mélancolie où je suis tombé e
3Mémoir es de deux jeunes marié e s Chapitr e I
après ton dép art a pré cipité cet heur eux dénouement. Et je suis dans Paris,
mon ang e , et je te dois ainsi le b onheur d’y êtr e . Ma René e , si tu m’avais
pu v oir , le jour où je me suis tr ouvé e sans toi, tu aurais été fièr e d’av oir
inspiré des sentiments si pr ofonds à un cœur si jeune . Nous av ons tant
rê vé de comp agnie , tant de fois déplo yé nos ailes et tant vé cu en commun,
que je cr ois nos âmes soudé es l’une à l’autr e , comme étaient ces deux filles
hongr oises dont la mort nous a été raconté e p ar monsieur Be auvisag e , qui
n’était certes p as l’homme de son nom  : jamais mé de cin de couv ent ne fut
mieux choisi. N’as-tu p as été malade en même temps que ta mignonne  ?
D ans le mor ne abaement où j’étais, je ne p ouvais que r e connaîtr e un à
un les liens qui nous unissent  ; je les ai cr us r ompus p ar l’éloignement, j’ai
été prise de dég oût p our l’ e xistence comme une tourter elle dép ar eillé e ,
j’ai tr ouvé de la douceur à mourir , et je mourais tout douceement. Êtr e
seule aux Car mélites, à Blois, en pr oie à la crainte d’y fair e ma pr ofession
sans la préface de mademoiselle de La V allièr e et sans ma René e  ! mais
c’était une maladie , une maladie mortelle . Cee vie monotone où chaque
heur e amène un de v oir , une prièr e , un travail si e x actement les mêmes,
qu’ en tous lieux on p eut dir e ce que fait une car mélite à telle ou telle
heur e du jour ou de la nuit  ; cee hor rible e xistence où il est indiffér ent
que les choses qui nous entour ent soient ou ne soient p as, était de v enue
p our nous la plus varié e  : l’ essor de notr e esprit ne connaissait p oint de
b or nes, la fantaisie nous avait donné la clef de ses r o yaumes, nous étions
tour à tour l’une p our l’autr e un char mant hipp ogriffe , la plus alerte
rév eillait la plus endor mie , et nos âmes folâtraient à l’ envi en s’ emp arant de
ce monde qui nous était interdit. Il n’y avait p as jusqu’à la Vie des Saints
qui ne nous aidât à compr endr e les choses les plus caché es  ! Le jour où
ta douce comp agnie m’était enle vé e , je de v enais ce qu’ est une car mélite
à nos y eux, une D anaïde mo der ne qui, au lieu de cher cher à r emplir un
tonne au sans fond, tir e t ous les jour s, de je ne sais quel puits, un se au
vide , esp érant l’amener plein. Ma tante ignorait notr e vie intérieur e . Elle
n’ e xpliquait p oint mon dég oût de l’ e xistence , elle qui s’ est fait un monde
céleste dans les deux ar p ents de son couv ent. Pour êtr e embrassé e à nos
âg es, la vie r eligieuse v eut une e x cessiv e simplicité que nous n’av ons p as,
ma chèr e biche , ou l’ardeur du dé v ouement qui r end ma tante une
sublime cré atur e . Ma tante s’ est sacrifié e à un frèr e adoré  ; mais qui p eut se
4Mémoir es de deux jeunes marié e s Chapitr e I
sacrifier à des inconnus ou à des idé es  ?
D epuis bientôt quinze jour s, j’ai tant de folles p ar oles r entré es, tant
de mé ditations enter ré es au cœur , tant d’ obser vations à communiquer et
de ré cits à fair e qui ne p euv ent êtr e faits qu’à toi, que sans le pis-aller
des confidences é crites substitué es à nos chèr es causeries, j’étoufferais.
Combien la vie du cœur nous est né cessair e  ! Je commence mon jour nal
ce matin en imaginant que le tien est commencé , que dans p eu de jour s
je viv rai au fond de ta b elle vallé e de Gemenos dont je ne sais que ce que
tu m’ en as dit, comme tu vas viv r e dans Paris dont tu ne connais que ce
que nous en rê vions.
Or donc, ma b elle enfant, p ar une matiné e qui demeur era mar qué e
d’un signet (sinet) r ose dans le liv r e de ma vie , il est ar rivé de Paris une
demoiselle de comp agnie et P hilipp e , le der nier valet de chambr e de ma
grand’mèr e , env o yés p our m’ emmener . and, après m’av oir fait v enir
dans sa chambr e , ma tante m’a eu dit cee nouv elle , la joie m’a coup é
la p ar ole , je la r eg ardais d’un air hébété  ; « Mon enfant, m’a-t-elle dit de
sa v oix guurale , tu me quies sans r egr et, je le v ois  ; mais cet adieu
n’ est p as le der nier , nous nous r e v er r ons  : Dieu t’a mar qué e au fr ont du
signe des élus, tu as l’ or gueil qui mène ég alement au ciel et à l’ enfer , mais
tu as tr op de noblesse p our descendr e  ! Je te connais mieux que tu ne
te connais toi-même  : la p assion ne sera p as chez toi ce qu’ elle est chez
les femmes ordinair es. » Elle m’a doucement airé e sur elle et baisé e au
fr ont en m’y meant ce feu qui la dé v or e , qui a noir ci l’azur de ses y eux,
aendri ses p aupièr es, ridé ses temp es doré es et jauni son b e au visag e .
Elle m’a donné la p e au de p oule . A vant de rép ondr e , je lui ai baisé les
mains. ― «  Chèr e tante , ai-je dit, si v os adorables b ontés ne m’ ont p as fait
tr ouv er v otr e Paraclet salubr e au cor ps et doux au cœur , je dois v erser tant
de lar mes p our y r e v enir , que v ous ne sauriez souhaiter mon r etour . Je ne
v eux r etour ner ici que trahie p ar mon Louis X I V , et si j’ en arap e un, il n’y
a que la mort p our me l’ar racher  ! Je ne craindrai p oint les Montesp an.
― Allez, folle , dit-elle en souriant, ne laissez p oint ces idé es vaines ici,
emp ortez-les  ; et sachez que v ous êtes plus Montesp an que La V allièr e . »
Je l’ai embrassé e . La p auv r e femme n’a pu s’ empê cher de me conduir e à la
v oitur e , où ses y eux se sont tour à tour fix és sur les ar moiries p ater nelles
et sur moi.
5Mémoir es de deux jeunes marié e s Chapitr e I
La nuit m’a sur prise à Be aug ency , plong é e dans un eng ourdissement
moral qu’avait pr o v o qué ce singulier adieu. e dois-je donc tr ouv er dans
ce monde si fort désiré  ? D’ab ord, je n’ai tr ouvé p er sonne p our me r e
cev oir , les apprêts de mon cœur ont été p erdus  : ma mèr e était au b ois
de Boulogne , mon pèr e était au conseil  ; mon frèr e , le duc de Rhétoré ,
ne r entr e jamais, m’a-t-on dit, que p our s’habiller , avant le dîner .
Mademoiselle Griffith ( elle a des griffes) et P hilipp e m’ ont conduite à mon
app artement.
Cet app artement est celui de cee grand’mèr e tant aimé e , la princesse
de V aurémont à qui je dois une fortune quelconque , de laquelle p er sonne
ne m’a rien dit. A ce p assag e , tu p artag eras la tristesse qui m’a saisie
en entrant dans ce lieu consacré p ar mes souv enir s. L’app artement était
comme elle l’avait laissé  ! J’allais coucher dans le lit où elle est morte .
Assise sur le b ord de sa chaise longue , je pleurai sans v oir que je n’étais p as
seule , je p ensai que je m’y étais souv ent mise à ses g enoux p our mieux
l’é couter . D e là j’avais v u son visag e p erdu dans ses dentelles r ousses, et
maigri p ar l’âg e autant que p ar les douleur s de l’ag onie . Cee chambr e
me semblait encor e chaude de la chaleur qu’ elle y entr etenait. Comment
se fait-il que mademoiselle Ar mande-Louise-Marie de Chaulieu soit
oblig é e , comme une p ay sanne , de se coucher dans le lit de sa mèr e , pr esque le
jour de sa mort  ? car il me semblait que la princesse , morte en 1817, avait
e xpiré la v eille . Cee chambr e m’ offrait des choses qui ne de vaient p as
s’y tr ouv er , et qui pr ouvaient combien les g ens o ccup és des affair es du
r o yaume sont insouciants des leur s, et combien, une fois morte , on a p eu
p ensé à cee noble femme , qui sera l’une des grandes figur es féminines
du dix-huitième siè cle . P hilipp e a quasiment compris d’ où v enaient mes
lar mes. Il m’a dit que p ar son testament la princesse m’avait légué ses
meubles. Mon pèr e laissait d’ailleur s les grands app artements dans l’état
où les avait mis la Ré v olution. Je me suis le vé e alor s, P hilipp e m’a ouv ert
la p orte du p etit salon qui donne sur l’app artement de ré ception, et je
l’ai r etr ouvé dans le délabr ement que je connaissais  : les dessus de p ortes
qui contenaient des table aux pré cieux montr ent leur s tr ume aux vides, les
marbr es sont cassés, les glaces ont été enle vé es. A utr efois, j’avais p eur de
monter le grand escalier et de trav er ser la vaste solitude de ces hautes
salles, j’allais chez la princesse p ar un p etit escalier qui descend sous la
6Mémoir es de deux jeunes marié e s Chapitr e I
v oûte du grand et qui mène à la p orte dér obé e de son cabinet de toilee .
L’app artement, comp osé d’un salon, d’une chambr e à coucher et de ce
joli cabinet en v er millon et or dont je t’ai p arlé , o ccup e le p avillon du côté
des Invalides. L’hôtel n’ est sép aré du b oule vard que p ar un mur couv ert
de plantes grimp antes, et p ar une magnifique allé e d’arbr es qui mêlent
leur s touffes à celles des or me aux de la contr e-allé e du b oule vard. Sans le
dôme or et bleu, sans les masses grises des Invalides, on se cr oirait dans
une forêt. Le style de ces tr ois piè ces et leur place annoncent l’ancien
app artement de p arade des duchesses de Chaulieu, celui des ducs doit se
tr ouv er dans le p avillon opp osé  ; tous deux sont dé cemment sép arés p ar
les deux cor ps de logis et p ar le p avillon de la façade où sont ces grandes
salles obscur es et sonor es que P hilipp e me montrait encor e dép ouillé es
de leur splendeur , et telles que je les avais v ues dans mon enfance . P
hilipp e prit un air confidentiel en v o yant l’étonnement p eint sur ma figur e .
Ma chèr e , dans cee maison diplomatique , tous les g ens sont discr ets et
my stérieux. Il me dit alor s qu’ on aendait une loi p ar laquelle on r endrait
aux émigrés la valeur de leur s biens. Mon pèr e r e cule la r estauration de
son hôtel jusqu’au moment de cee r estitution. L’ar chite cte du r oi avait
é valué la dép ense à tr ois cent mille liv r es. Cee confidence eut p our
effet de me r ejeter sur le sopha de mon salon. Eh  ! quoi, mon pèr e , au lieu
d’ emplo y er cee somme à me marier , me laissait mourir au couv ent  ?
V oilà la réfle xion que j’ai tr ouvé e sur le seuil de cee p orte . Ah  ! René e ,
comme je me suis appuyé la tête sur ton ép aule , et comme je me suis r
ep orté e aux jour s où ma grand’mèr e animait ces deux chambr es  ! Elle qui
n’ e xiste que dans mon cœur , toi qui es à Maucomb e , à deux cents lieues
de moi, v oilà les seuls êtr es qui m’aiment ou m’ ont aimé e . Cee chèr e
vieille au r eg ard si jeune v oulait s’é v eiller à ma v oix. Comme nous nous
entendions  ! Le souv enir a chang é tout à coup les disp ositions où j’étais
d’ab ord. J’ai tr ouvé je ne sais quoi de saint à ce qui v enait de me p araîtr e
une pr ofanation. Il m’a semblé doux de r espir er la vague o deur de p oudr e
à la maré chale qui subsistait là , doux de dor mir sous la pr ote ction de ces
ride aux en damas jaune à dessins blancs où ses r eg ards et son souffle ont
dû laisser quelque chose de son âme . J’ai dit à P hilipp e de r endr e leur
lustr e aux mêmes objets, de donner à mon app artement la vie pr opr e à
l’habitation. J’ai moi-même indiqué comment je v oulais y êtr e , en assignant
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