Physiologie du mariage
401 pages
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Physiologie du mariage

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Description

La Comédie humaine - Études analytiques. Seizième volume de l'édition Furne 1842. Extrait : La femme qui, sur le titre de ce livre, serait tentée de l’ouvrir, peut s’en dispenser, elle l’a déjà lu sans le savoir. Un homme, quelque malicieux qu’il puisse être, ne dira jamais des femmes autant de bien ni autant de mal qu’elles en pensent elles-mêmes. Si, malgré cet avis, une femme persistait à lire l’ouvrage, la délicatesse devra lui imposer la loi de ne pas médire de l’auteur, du moment où, se privant des approbations qui flattent le plus les artistes, il a en quelque sorte gravé sur le frontispice de son livre la prudente inscription mise sur la porte de quelques établissements : Les dames n’entrent pas ici.

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Publié par
Nombre de lectures 33
EAN13 9782824710518
Langue Français

Exrait

HONORÉ DE BALZA C
P H YSIOLO GI E DU
MARIA GE
BI BEBO O KHONORÉ DE BALZA C
P H YSIOLO GI E DU
MARIA GE
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1051-8
BI BEBO OK
w w w .bib eb o ok.comLicence
Le te xte suivant est une œuv r e du domaine public é dité
sous la licence Cr e ativ es Commons BY -SA
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Cee œuv r e est publié e sous la licence CC-BY -SA, ce qui
signifie que v ous p ouv ez lég alement la copier , la r e
distribuer , l’ env o y er à v os amis. V ous êtes d’ailleur s
encourag é à le fair e .
V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.P H YSIOLO GI E DU
MARIA GE
1DÉDICA CE
Faites aention à ces mots  : « L’homme sup érieur à qui ce
liv r e est dé dié » n’est-ce pas vous dire  : ― «  C’est à vous   ? »
L’ A U T EU R.
  , sur le titr e de ce liv r e , serait tenté e de l’ ouv rir , p eut
s’ en disp enser , elle l’a déjà lu sans le sav oir . Un homme , quelqueL malicieux qu’il puisse êtr e , ne dira jamais des femmes autant de
bien ni autant de mal qu’ elles en p ensent elles-mêmes. Si, malgré cet avis,
une femme p er sistait à lir e l’ ouv rag e , la délicatesse de vra lui imp oser la loi
de ne p as mé dir e de l’auteur , du moment où, se privant des appr obations
qui flaent le plus les artistes, il a en quelque sorte gravé sur le fr
ontispice de son liv r e la pr udente inscription mise sur la p orte de quelques
établissements  : Les dames n’entrent pas ici .
n
2I N T RODUCT ION
« Le mariag e ne dériv e p oint de la natur e . — La famille orientale dièr e
entièr ement de la famille o ccidentale . — L’homme est le ministr e de la
natur e , et la so ciété vient s’ enter sur elle . — Les lois sont faites p our les
mœur s, et les mœur s varient. »
Le mariag e p eut donc subir le p erfe ctionnement graduel auquel toutes
les choses humaines p araissent soumises.
Ces p ar oles, pr ononcé es de vant le Conseil-d’État p ar Nap olé on lor s
de la discussion du Co de civil, frappèr ent viv ement l’auteur de ce liv r e  ;
et, p eut-êtr e , à son insu, mir ent-elles en lui le g er me de l’ ouv rag e qu’il
offr e aujourd’hui au public. En effet, à l’ép o que où, b e aucoup plus jeune ,
il étudia le Dr oit français, le mot ADU LT ÈRE lui causa de singulièr es
impr essions. Immense dans le co de , jamais ce mot n’app araissait à son
imagination sans traîner à sa suite un lugubr e cortég e . Les Lar mes, la Honte ,
la Haine , la T er r eur , des Crimes se cr ets, de sanglantes Guer r es, des
Familles sans chef, le Malheur se p er sonnifiaient de vant lui et se dr essaient
soudain quand il lisait le mot sacramentel  : ADU LT ÈRE  ! P lus tard, en
ab ordant les plag es les mieux cultivé es de la so ciété , l’auteur s’ap er çut
que la sé vérité des lois conjug ales y était assez g énéralement temp éré e
p ar l’ A dultèr e . Il tr ouva la somme des mauvais ménag es sup érieur e de
3P hy siologie du mariag e Chapitr e
b e aucoup à celle des mariag es heur eux. Enfin il cr ut r emar quer , le pr
emier , que , de toutes les connaissances humaines, celle du Mariag e était la
moins avancé e . Mais ce fut une obser vation de jeune homme  ; et, chez lui
comme chez tant d’autr es, semblable à une pier r e jeté e au sein d’un lac,
elle se p erdit dans le g ouffr e de ses p ensé es tumultueuses. Cep endant
l’auteur obser va malgré lui  ; puis il se for ma lentement dans son imagination,
comme un essaim d’idé es plus ou moins justes sur la natur e des choses
conjug ales. Les ouv rag es se for ment p eut-êtr e dans les âmes aussi my
stérieusement que p oussent les tr uffes au milieu des plaines p arfumé es du
Périg ord. D e la primitiv e et sainte fray eur que lui causa l’ A dultèr e et de
l’ obser vation qu’il avait étourdiment faite , naquit un matin une minime
p ensé e où ses idé es se for mulèr ent. C’était une raillerie sur le mariag e  :
deux ép oux s’aimaient p our la pr emièr e fois après vingt-sept ans de
ménag e .
Il s’amusa de ce p etit p amphlet conjug al et p assa délicieusement une
semaine entièr e à gr oup er autour de cee inno cente épigramme la
multitude d’idé es qu’il avait acquises à son insu et qu’il s’étonna de tr
ouv er en lui. Ce badinag e tomba de vant une obser vation magistrale . D
ocile aux avis, l’auteur se r ejeta dans l’insouciance de ses habitudes p
ar esseuses. Né anmoins ce lég er princip e de science et de plaisanterie se
p erfe ctionna tout seul dans les champs de la p ensé e  : chaque phrase de
l’ œuv r e condamné e y prit racine , et s’y fortifia, r estant comme une p etite
branche d’arbr e qui, abandonné e sur le sable p ar une soiré e d’hiv er , se
tr ouv e couv erte le lendemain de ces blanches et bizar r es cristallisations
que dessinent les g elé es capricieuses de la nuit. Ainsi l’ébauche vé cut et
de vint le p oint de dép art d’une multitude de ramifications morales. Ce
fut comme un p oly p e qui s’ eng endra de lui-même . Les sensations de sa
jeunesse , les obser vations qu’une puissance imp ortune lui faisait fair e ,
tr ouvèr ent des p oints d’appui dans les moindr es é vénements. Bien plus,
cee masse d’idé es s’har monia, s’anima, se p er sonnifia pr esque et
marcha dans les p ay s fantastiques où l’âme aime à laisser vag ab onder ses
folles pr og énitur es. A trav er s les pré o ccup ations du monde et de la vie ,
il y avait toujour s en l’auteur une v oix qui lui faisait les ré vélations les
plus mo queuses au moment même où il e x aminait av e c le plus de plaisir
une femme dansant, souriant ou causant. D e même que Méphistophélès
4P hy siologie du mariag e Chapitr e
montr e du doigt à Faust dans l’ép ouvantable assemblé e du Br ok en de
sinistr es figur es, de même l’auteur sentait un démon qui, au sein d’un bal,
v enait lui frapp er familièr ement sur l’ép aule et lui dir e  : ―  V ois-tu, ce
sourir e enchanteur  ? c’ est un sourir e de haine . T antôt le démon se p
avanait comme un capitan des anciennes comé dies de Hardy . Il se couait la
p our pr e d’un mante au br o dé et s’ effor çait de r emer e à neuf les vieux
clinquants et les orip e aux de la gloir e . T antôt il p oussait, à la manièr e
de Rab elais, un rir e lar g e et franc, et traçait sur la muraille d’une r ue un
mot qui p ouvait ser vir de p endant à celui de  : ―  T rinque  ! seul oracle
obtenu de la div e b outeille . Souv ent ce T rilb y liérair e se laissait v oir assis
sur des monce aux de liv r es  ; et, de ses doigts cr o chus, il indiquait
malicieusement deux v olumes jaunes, dont le titr e flamb o yait aux r eg ards.
Puis, quand il v o yait l’auteur aentif, il ép elait d’une v oix aussi ag açante
que les sons d’un har monica  : ― P H YSIOLO GI E DU MARIA GE  ! Mais
pr esque toujour s, il app araissait, le soir , au moment des song es. Car
essant comme une fé e , il essayait d’appriv oiser p ar de douces p ar oles l’âme
qu’il s’était soumise . A ussi railleur que sé duisant, aussi souple qu’une
femme , aussi cr uel qu’un tigr e , son amitié était plus r e doutable que sa
haine  ; car il ne savait p as fair e une car esse sans égratigner . Une nuit
entr e autr es, il essaya la puissance de tous ses sortilég es et les cour onna
p ar un der nier effort. Il vint, il s’assit sur le b ord du lit, comme une jeune
fille pleine d’amour , qui d’ab ord se tait, mais dont les y eux brillent, et
à laquelle son se cr et finit p ar é chapp er . ―  Ce ci, dit-il, est le pr osp e ctus
d’un scaphandr e au mo y en duquel on p our ra se pr omener sur la Seine
à pie d se c. Cet autr e v olume est le rapp ort de l’Institut sur un vêtement
pr opr e à nous fair e trav er ser les flammes sans nous brûler . Ne pr op
oserastu donc rien qui puisse préser v er le mariag e des malheur s du fr oid et du
chaud  ? Mais, é coute  ? V oici L’ ART DE CONSERV ER LES SU BST ANCES
ALIMEN T AI RES, L’ ART D’EMP ÉCH ER LES CH EMI N ÉES DE F UMER,
L’ ART DE F AI RE DE BONS MORT I ERS, L’ ART DE MET T RE SA CRA -
V A T E, L’ ART DE DÉCOU P ER LES V IAN DES.
Il nomma en une minute un nombr e si pr o digieux de liv r es, que
l’auteur en eut comme un éblouissement.
―  Ces my riades de liv r es ont été dé v orés, disait-il, et cep endant tout
le monde ne bâtit p as et ne mang e p as, tout le monde n’a p as de cravate
5P hy siologie du mariag e Chapitr e
et ne se chauffe p as, tandis que tout le monde se marie un p eu  !. . . Mais
tiens, v ois  ? . . .
Sa main fit alor s un g este , et sembla dé couv rir dans le lointain un
o cé an où tous les liv r es du siè cle se r emuaient comme p ar des mouv
ements de vagues. Les in-18 rico chaient  ; les in-8º qu’ on jetait r endaient
un son grav e , allaient au fond et ne r emontaient que bien p éniblement,
empê chés p ar des in-12 et des in-32 qui foisonnaient et se résolvaient en
mousse légèr e . Les lames furieuses étaient char g é es de jour nalistes, de
pr otes, de p ap etier s, d’appr entis, de commis d’imprimeur s, de qui l’ on ne
v o yait que les têtes pêle-mêle av e c les liv r es. D es millier s de v oix criaient
comme celles des é colier s au bain. Allaient et v enaient dans leur s canots
quelques hommes o ccup és à pê cher les liv r es et à les app orter au rivag e
de vant un grand homme dé daigneux, vêtu de noir , se c et fr oid  : c’était
les librair es et le public. Du doigt le D émon montra un esquif nouv
ellement p av oisé , cinglant à pleines v oiles et p ortant une affiche en guise de
p avillon  ; puis, p oussant un rir e sardonique , il lut d’une v oix p er çante  :
― P H YSIOLO GI E DU MARIA GE.
L’auteur de vint amour eux, le diable le laissa tranquille , car il aurait
eu affair e à tr op forte p artie s’il était r e v enu dans un logis habité p ar une
femme . elques anné es se p assèr ent sans autr es tour ments que ceux de
l’amour , et l’auteur put se cr oir e guéri d’une infir mité p ar une autr e . Mais
un soir il se tr ouva dans un salon de Paris, où l’un des hommes qui
faisaient p artie du cer cle dé crit de vant la cheminé e p ar quelques p er sonnes
prit la p ar ole et raconta l’ane cdote suivante d’une v oix sépulcrale .
― Un fait eut lieu à Gand au moment où j’y étais. Aaqué e d’une
maladie mortelle , une dame , v euv e depuis dix ans, gisait sur son lit. Son
der nier soupir était aendu p ar tr ois héritier s collatéraux qui ne la
quittaient p as, de p eur qu’ elle ne fît un testament au pr ofit du Béguinag e de
la ville . La malade g ardait le silence , p araissait assoupie , et la mort
semblait s’ emp ar er lentement de son visag e muet et livide . V o y ez-v ous au
milieu d’une nuit d’hiv er les tr ois p ar ents silencieusement assis de vant
le lit  ? Une vieille g arde-malade est là qui ho che la tête , et le mé de cin,
v o yant av e c anxiété la maladie ar rivé e à son der nier p ério de , tient son
chap e au d’une main, et de l’autr e fait un g este aux p ar ents, comme p our
leur dir e  : « Je n’ai plus de visites à v ous fair e . » Un silence solennel p
er6P hy siologie du mariag e Chapitr e
meait d’ entendr e les sifflements sourds d’une pluie de neig e qui
fouettait sur les v olets. D e p eur que les y eux de la mourante ne fussent blessés
p ar la lumièr e , le plus jeune des héritier s avait adapté un g arde-v ue à la
b ougie placé e près du lit, de sorte que le cer cle lumineux du flamb e au
atteignait à p eine à l’ or eiller funèbr e , sur le quel la figur e jaunie de la malade
se détachait comme un christ mal doré sur une cr oix d’ar g ent ter ni. Les
lueur s ondo yantes jeté es p ar les flammes bleues d’un p étillant fo y er é
clairaient donc seules cee chambr e sombr e , où allait se dénouer un drame .
En effet, un tison r oula tout à coup du fo y er sur le p ar quet comme p our
présag er un é vénement. A ce br uit, la malade se dr esse br usquement sur
son sé ant, elle ouv r e deux y eux aussi clair s que ceux d’un chat, et tout le
monde étonné la contemple . Elle r eg arde le tison mar cher  ; et, avant que
p er sonne n’ eût song é à s’ opp oser au mouv ement inaendu pr o duit p ar
une sorte de délir e , elle saute hor s de son lit, saisit les pincees, et r ejee
le charb on dans la cheminé e . La g arde , le mé de cin, les p ar ents, s’élancent,
pr ennent la mourante dans leur s bras, elle est r e couché e , elle p ose la tête
sur le che v et  ; et quelques minutes sont à p eine é coulé es, qu’ elle meurt,
g ardant encor e , après sa mort, son r eg ard aaché sur la feuille de p
arquet à laquelle avait touché le tison. A p eine la comtesse V an-Ostr oëm
eut-elle e xpiré , que les tr ois cohéritier s se jetèr ent un coup d’ œil de
méfiance , et, ne p ensant déjà plus à leur tante , se montrèr ent le my stérieux
p ar quet. Comme c’était des Belg es, le calcul fut chez eux aussi pr ompt
que leur s r eg ards. Il fut conv enu, p ar tr ois mots pr ononcés à v oix basse ,
qu’aucun d’ eux ne quierait la chambr e . Un laquais alla cher cher un
ouv rier . Ces âmes collatérales p alpitèr ent viv ement quand, réunis autour de
ce riche p ar quet, les tr ois Belg es vir ent un p etit appr enti donnant le pr
emier coup de cise au. Le b ois est tranché . ― « Ma tante a fait un g este  !. . .
dit le plus jeune des héritier s. ― Non, c’ est un effet des ondulations de
la lumièr e  !. . . » rép ondit le plus âg é qui avait à la fois l’ œil sur le trésor
et sur la morte . Les p ar ents afflig és tr ouvèr ent, pré cisément à l’ endr oit
où le tison avait r oulé , une masse artistement env elopp é e d’une couche
de plâtr e . ― « Allez  !.. » dit le vieux cohéritier . Le cise au de l’appr enti fit
alor s sauter une tête humaine , et je ne sais quel v estig e d’habillement leur
fit r e connaîtr e le comte que toute la ville cr o yait mort à Java et dont la
p erte avait été viv ement pleuré e p ar sa femme .
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