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Zevaco don juan

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Michel Zévaco DON JUAN 14 mars – 14 août 1916 – Le Matin 1916 – Tallandier, Le Livre national n°102 Édition du groupe « Ebooks libres et gratuits » Table des matières I LA VOIX.................................................................................5 II TÉMOIGNAGE DU COMMANDEUR ............................... 16 III DON JUAN ENTRE EN SCÈNE....................................... 19 IV LA FOUDRE TOMBE SUR LE PALAIS............................26 V L’ASCENSION DE CHRISTA.............................................33 VI LE JOYEUX REPAS OFFERT PAR LES QUATRE TÉMOINS................................................................................36 VII LA CHAPELLE DU COUVENT DES FRANCISCAINS...50 VIII D’ULLOA MARCHE À SON DESTIN ............................65 IX LA MAISON DU CHEMIN DE LA CORDERIE ...............70 X AMAURI ET BÉRENGÈRE................................................79 XI LE ROI...............................................................................82 XII LES DERNIÈRES PAROLES DE PHILIPPE DE PONTHUS95 XIII L’ÉPÉE DE PONTHUS ................................................ 107 XIV LES DOUZE CAROLUS D’OR...................................... 126 XV LA MÉMORABLE BATAILLE QUE SE LIVRÈRENT MAÎTRE FAIRÉOL ET DON JUAN141 XVI LA GRAND’ROUTE...................................................... 156 XVII « LA GRÂCE DE DIEU » ............................................ 165 XVIII LE MÉDIUM..............................................................189 XIX PRIÈRE D’AMOUR ..................................................... 203 XX L’AUBERGE DE LA DEVINIÈRE .................................210 XXI LES FIANÇAILLES DE JACQUEMIN CORENTIN ... 230 XXII LE COMMANDEUR .................................................. 240 erXXIII LE SOIR DU 1 JANVIER 1540 ................................256 XXIV DONC, L’ÉTREINTE DU COMMANDEUR NE POURRA JAMAIS ÉTOUFFER DON JUAN !...................... 271 XXV LA DESTINÉE DE JACQUEMIN CORENTIN ...........287 XXVI L’HÔTEL DE LORAYDAN........................................ 304 XXVII LA FORTUNE DE LORAYDAN ............................... 312 XXVIII LE FIANCÉ DE LÉONOR .......................................324 XXIX LE CHAPITRE DE BEL-ARGENT ........................... 340 XXX PUISQU’IL EST QUESTION DE BEL-ARGENT….....358 erXXXI DUEL DE CHARLES-QUINT ET FRANÇOIS I ...... 371 XXXII LE LOGIS TURQUAND ...........................................387 XXXIII SUITE DE LA DESTINÉE DE JACQUEMIN CORENTIN .......................................................................... 403 XXXIV LE ROI S’AMUSE....................................................423 XXXV AUX ABORDS DU LOGIS TURQUAND................. 440 XXXVI LORAYDAN ARRANGE SON MARIAGE AVEC LÉONOR D’ULLOA ..............................................................454 XXXVII LA RIBAUDE .........................................................473 XXXVIII LA DUCHESSE.................................................... 488 – 3 – XXXIX CONCLUSION DE L’AVENTURE DE LA DUCHESSE ET DE LA RIBAUDE........................................499 À propos de cette édition électronique................................. 515 – 4 – I LA VOIX Ce fut le soir du 19 novembre 1539 que ceci arriva, ce fut vers l’heure où l’obscurité rampe et s’amasse autour des choses. Qu’on imagine ce sauvage recoin de la rive espagnole de la Bi- dassoa et ce vaste silence au fond duquel s’égrenèrent les der- nières notes du pipeau d’un chevrier en retraite vers son aire. Parmi ces genêts immobiles, qu’on évoque le groupe impres- sionnant de ces vingt seigneurs rigides dans leurs armures ; et, tout seul au bord du fleuve, fixant par delà la frontière un avide regard d’interrogation, ce cavalier vêtu de velours noir comme nous le montrent les portraits du temps, la poitrine chaînée par les insignes de la Toison d’Or. Dans les ténèbres qui descendaient des Pyrénées, il sem- blait de bronze. Mais, sur l’écran de la nuit, en saisissant relief, se dessinait sa face pâle qu’encadrait une barbe courte et touffue, une face au sourire glacial figé sur des lèvres sans pitié, la face volontaire et obstinée, la face indéchiffrable de l’empereur Charles-Quint ! Il jeta une brève question au passeur du bac invisible dans les buées de l’autre rive. Et comme on lui répondait négative- ment, il eut un furieux geste, et son tourment lui monta à la gorge en rudes paroles métalliques : – Donc, ce soir, messieurs, nous ne verrons pas le Com- mandeur Ulloa. Huit jours ! huit mortels jours que j’attends la – 5 – réponse du roi François ! Et cependant les Flandres s’organi- sent, les Flandres vont nous échapper, les Flandres m’échappent – mais je veux, par l’enfer… Il se courba soudain : la cloche grêle d’un monastère, au loin, tintait l’angélus – et il murmura : – Ave Maria, gratia plena… Oh ! gronda-t-il en se redres- sant, pouvoir m’élancer et tomber sur ces imposteurs, qui par- lent de liberté ; leur rentrer leur blasphème dans la gorge ; fon- dre au feu du bûcher la maudite Roelandt (le fameux tocsin de Gand) qui les affole, et transformer en lac de sang leur terre de révolte depuis Gand jusqu’à Liège ! Oui, mais il faut arriver à temps. Il faut que François me laisse traverser la France ! Ulloa, Ulloa, que vas-tu m’apporter ? Charles-Quint frémissant et songeur, contemplait le fleuve muet. Quelques minutes encore, il attendit. Puis, tournant bride : – À nos logis, messieurs. Ce soir encore, le Commandeur ne reviendra pas ! – Ho, ho, là-bas ! envoya à ce moment le passeur. Holà, ho ! Tous tressaillirent et, de nouveau face au fleuve, entendi- rent un galop qui, l’instant d’après, s’arrêta net au bord de la Bidassoa ; aussitôt, du fond des brumes, surgit le large bac que le passeur manœuvrait à la corde. Sur le plateau d’avant, monté sur un solide cheval, son athlétique stature, silhouettée de rouge par la lumière d’une tor- che, apparut un homme à barbe blanche, majestueux d’attitude, redoutable d’aspect comme les chevaliers de ces âges de fer : don Sanche d’Ulloa, Commandeur (Gouverneur) de Séville et – 6 – d’Andalousie, ambassadeur secret de Charles-Quint auprès de erFrançois I . L’ardente anxiété de l’empereur se fit jour et jaillit : – Un mot, Ulloa, un seul : est-ce non ? – C’est oui, sire ! Instantanément, tout signe d’agitation disparut en Charles- Quint. – Soyez le bienvenu, mon brave messager ! dit-il simple- ment. Mais sans doute en ces quelques paroles passa le souffle de la vengeance, car un frisson menaçant secoua l’escorte, entre- choqua les armures d’acier, et une frénétique clameur monta dans la nuit : – Mort aux bourgeois de Flandre ! Le commandeur prit terre. Alors, on eût pu voir qu’il était livide et qu’un tremblement convulsif l’agitait. Sûrement, la peur écrasait ce guerrier qui, en dix batailles rangées, autant d’escarmouches et d’assauts, sans compter les duels, avait tranquillement regardé la mort en face. Vers le ciel, vers un point précis du ciel, il levait des yeux ha- gards. – J’attends ! dit l’empereur. D’un violent effort, Ulloa reprit son sang-froid, et s’inclinant avec ce hautain respect des grands d’Espagne : – 7 – – Sire, la route est libre. Avec telle suite qui vous convien- dra, vous pouvez entrer en France, et Sa Majesté le roi de ce royaume vous prépare d’inoubliables réceptions. Pour atteindre la Flandre, sire, vous allez passer par la voie triomphale. – Ah ! fit l’empereur. C’est un bon frère que mon frère François ! – Honneur au roi de France ! souligna l’escorte, pareille au chœur antique. – Ce n’est pas tout. Pour ôter à Votre Majesté toute arrière- pensée d’inquiétude, le roi a envoyé à Bayonne le connétable de Montmorency avec le dauphin Henri et le jeune duc d’Orléans ; en même temps que vous toucherez le sol de France, les deux fils du roi entreront en Espagne pour y être otages jusqu’à ce que vous ayez atteint une des villes de l’empire. – Louée soit Notre-Dame ! dit l’empereur. Ulloa, merci ! Demain, messieurs, nous franchirons la Bidassoa pour courir d’une traite à Bayonne. Mais je ne veux pas d’otages. Les deux princes resteront parmi nous et seront nos compagnons de voyage ; je ne me laisserai pas vaincre en magnanimité. Quant à vous, Ulloa, vous avez réussi au delà de mon espoir… Eh bien, qu’avez-vous donc, Commandeur ? Ulloa sursauta, comme ramené d’un rêve lointain. Il essuya la sueur froide qui ruisselait à ses tempes. Mais, se remettant promptement : – Sire, dit-il, si j’ai pu mener à bonne fin l’ambassade dont vous m’aviez honoré, c’est grâce à un brave et loyal gentil- homme français qui a eu le courage de faire entendre à la Cour de France la voix de la justice… – 8 – – Venant de vous, c’est là le plus beau des éloges. Qui est cet homme de cœur ? – Homme de cœur : vous l’avez dit !… Il se nomme le comte Amauri de Loraydan. – Ah ! Le nom ne m’est pas inconnu. Les Loraydan, sur tous les champs de bataille, nous ont été de rudes adversaires. Il y a eu un Loraydan tué à Pavie, je crois. Mais plusieurs des nô- tres, d’abord, succombèrent sous ses coups. Race fière, mais pauvre. – Celui dont je vous parle est le fils de Loraydan de Pavie. J’ignore s’il est riche autrement qu’en vaillance. Mais, malgré sa jeunesse, c’est un des conseillers les plus écoutés du roi Fran- çois. En bonne part, c’est à lui que vous devez de pouvoir entrer en France sans conditions. Au Louvre, il a été mon plus ferme, je devrais dire mon seul soutien. Lorsque j’ai quitté Paris avec M. de Montmorency et les princes, il a voulu m’accompagner jusqu’à Angoulême, agissant encore sur le connétable, comme il avait agi sur le roi… – Amauri de Loraydan. Bien. Je me souviendrai. S’il ne tient qu’à moi, sa fortune est faite. Car, non seulement, je parle- rai de lui au roi de France dans les termes qui conviennent, mais moi-même je saurai lui faire accepter les preuves de ma recon- naissance. – L’empereur me comble d’aise, dit vivement Ulloa. L’atti- tude de ce gentilhomme a été si franche, son respect si touchant pour ma vieillesse, et son amitié si prompte, si cordiale, que, je l’avoue, je me suis pris pour lui d’une profonde affection. La faveur que vous voulez bien me témoigner, sire, je serai heureux de la voir se reporter entière sur Amauri de Loraydan – et je me trouverai largement payé. – 9 – – Je ne l’entends pas ainsi, dit gravement Charles-Quint. Le service que vous venez de rendre à l’empire est de ceux qui veulent qu’éclatante et publique soit la récompense. Or… est-ce que vous n’avez pas deux enfants ?… – Deux filles, Majesté : ma raison de vivre encore depuis que la marquise d’Ulloa est allée reprendre sa place parmi les anges de Dieu. – Oui… je sais combien elle vous fut chère et je sais com- bien vous aimez les deux filles qu’elle vous a laissées. Mais, di- tes-moi, elles sont en âge d’être pourvues, je crois ?… Et belles, m’assure-t-on ? Le commandeur parut alors tout à fait oublier cette terreur qui l’avait opprimé. Un sourire de fierté paternelle illumina ses traits. – Reyna-Christa, dit-il, a vingt ans, Léonor en a dix-huit. Et quant à leur beauté, sire, à Séville, on les appelle les deux roses du jardin d’Andalousie… – C’est bien, fit l’empereur avec une sorte d’attendrisse- ment. Trouvez-leur des maris dignes d’elles. Mais aux filles de celui qui vient de mener à bien une telle mission, de gagner une telle bataille, messieurs, à de telles filles, dis-je, il faut une dot princière : ne vous en inquiétez pas, Ulloa, ce sera à l’État d’y pourvoir. Il y eut dans l’escorte un murmure d’admiration. Ulloa se courba, le cœur ému et joyeux : Commandeur d’une opulente province. Il était resté pauvre à la source de la fortune – pauvreté relative, d’ailleurs, qui, si elle avait pu jus- – 10 –