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Le « Bon usage » actuel : langue littéraire et langue parlée - article ; n°1 ; vol.14, pg 39-61

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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 1962 - Volume 14 - Numéro 1 - Pages 39-61
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1962
Nombre de lectures 78
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Extrait

Helmut Hatzfeld
Le « Bon usage » actuel : langue littéraire et langue parlée
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1962, N°14. pp. 39-61.
Citer ce document / Cite this document :
Hatzfeld Helmut. Le « Bon usage » actuel : langue littéraire et langue parlée. In: Cahiers de l'Association internationale des
études francaises, 1962, N°14. pp. 39-61.
doi : 10.3406/caief.1962.2216
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1962_num_14_1_2216LE « BON USAGE » ACTUEL :
LANGUE LITTÉRAIRE
ET PARLÉE
Communication de M. HATZFELD
{Washington)
au XIIIe Congrès de Г Association, le 24 juillet 1961.
Dans la France d'aujourd'hui il n'y a plus de cour dont les
écrivains chercheraient à imiter et à enrichir la langue sous
l'observation de grammairiens de la réputation d'un Vaugelas.
Il n'y a plus de critique collaboratrice d'une Académie dont
les membres tout en légiférant partageaient leur vocabulaire,
du moins élémentaire, avec les proverbiaux crocheteurs du
port au foin. Néanmoins il existe encore le bon usage de la
langue française en harmonie avec son génie, dont René
Georgin a donné la définition suivante (Le bon usage) :
C'est celui du Français cultivé qui, sans affectation ni snobisme,
veut continuer à parler et à écrire une langue saine et correcte,
éloignée des recherches de certaines écoles littéraires, mais aussi de la
vulgarité faubourienne qu'on croit trop souvent élégant d'adopter.
C'est le langage de ceux qu'on aurait appelés au XVIIe siècle les
« honnêtes gens », celui aussi des meilleurs prosateurs d'aujourd'hui
qui respectent les traditions de netteté et de clarté du français (1).
La définition d'Albert Dauzat est plus concise : « Le bon
(1) René Georgin, Le Code du bon langage, Paris, E.S.F., 1959, p. 6. HELMUT HATZFELD 4O
usage c'est l'usage de la classe cultivée de Paris à une époque
donnée (2). » Pour von Wartburg et Zumthor l'usage c'est la
langue soignée, châtiée et surveillée, non familière, non
populaire, non relâchée, non proprement littéraire (3). Ce
concept d'une probité linguistique inhérente au bon usage
s'explique bien par une remarque d'Antoine Meillet :
La langue commune française est une langue traditionnelle
littéraire, aristocratique, qui ne peut être maniée que par des per
sonnes ayant un degré très élevé de culture (4).
Maurice Grévisse appuie de même sur ce lien avec la culture
du passé, en définissant le « bon usage » comme « l'usage
constant des personnes qui ont souci de bien parler et de bien
écrire » (5). Pour tous ces grammairiens la ligne de séparation
entre la langue littéraire et la langue parlée, tant qu'il ne s'agit
pas de style, d'écriture, de prose d'art, d'une part et d'un
langage argotisé et vulgaire de l'autre, est extrêmement
mince.
La question brûlante cependant est celle-ci, si ces vues
théoriques correspondent encore à une réalité dans une
France, où, comme dit Abel Hermant, « la crise du français
est la crise de l'éducation » (6). La position du dirigisme li
nguistique et grammatical vis à- vis d'un langage autrefois
aristocratique, mais maintenant non seulement embourgeoisé,
mais prolétarisé, est devenue si faible que Charles Bruneau
préfère à la définition du grammairien une définition strict
ement linguistique de l'Usage. Il considère la décision sur
l'usage en fait de langue, comme une émanation quelque peu
mystérieuse du peuple français pris dans son ensemble (7).
Dans cette définition de l'usage, le facteur social n'est pas
(2) Albert Dauzat, Le Guide du bon usage, Delagrave, 1955, p. 7.
(3) Walter von Wartburg et Paul Zumthor, Précis de syntaxe du français
contemporain, Berne, Francké, 1958, p. 10.
(4) Antoine Meillet, Les Langues dans l'Europe nouvelle, Payot, 19 18,
p. 224.
(5) Maurice Grévisse, Le Bon usage, septième édition, Geuthner, 1959,
p. 26.
(6) Abel Hermant, Chroniques de Lancelot, t. II, Larousse, 1938, p. 166.
(7) Charles Bruneau, Petite Histoire de la langue française, t. II, Colin,
1958, p. 362. LE BON USAGE ACTUEL 41
mentionné. Le bon usage, cependant, déclasse socialement
l'usager qui dit assoyes-vous, sans mentionner aller au comm
issaire et lire sur le journal. Qui en décide ?
Le dictionnaire de l'Académie, le dictionnaire général et
celui de Littré sont en retard ou même pétrifiés ; chaque
nouveau Larousse devient plus libéral envers les néologismes.
L'échec de l'office de langue française (1937-1945), les pou
voirs limités du Conseil du langage scientifique, du Cercle
Richelieu et de l'Office du Vocabulaire français rendent très
difficile la fixation du bon usage en vue de l'intrusion de
l'argot, de l'inondation de la langue par les américanismes, de
la création de néologismes superflus, de l'emploi hésitant et
indécis quant aux formes ou à la syntaxe du subjonctif, du
passé défini, du participe, de l'infinitif, des constructions
interrogatives, de l'abus du style dit nominal, etc. Heureuse
ment, il y a du moins une sorte de conspiration individuelle
de gens de goût, de puristes, de linguistes, de grammairiens,
de de lettres contre le mauvais usage de la presse, de la
radio, de l'administration, de la science et de la technocratie.
Donc, s'il n'y a plus de bon usage actuel, élaboré par une
collectivité linguistiquement stable, il y a du moins un bon
usage virtuel établi par la convergence d'efforts individuels,
mais compétents.
Dans ces efforts, M. René Georgin est peut-être à consi
dérer comme un nouveau Henri Estienne, fulminant contre
une langue française américanisée, Abel Hermant se consi
dérait lui-même comme un nouveau Lancelot, André Thérive
et Robert Le Bidois sont les nouveaux. Du Bellay par leur
manière hardie de défendre la langue française en progrès,
le Criticus au microscope, Marcel Berger, écrit ses remarques
supra-puristes non seulement comme un autre Malherbe,
en marge d'un seul livre, mais en fait toute une série de livrets
de corrections. Et combien de Ménage, pseudonyme d'ail
leurs choisi par Guerlin de Guer, combien de Bouhours et de
Rivarol ont aidé la langue moderne de leurs conseils :
Ferdinand Brunot, Jean Marouzeau, Charles Bruneau, Albert
Dauzat, Philippe Martinon, Etienne Le Gai, Philippe La-
lanne, Victor Snell, Maurice Grévisse, Joseph Hanse, Armand 43 HELMUT HATZFELD
Bottequin, Jean Humbert et André Mouff let (8). Il faut ment
ionner aussi La Nouvelle Revue Française qui réagit, selon
le mot de Charles Bruneau, à la fois contre les salons et contre
le « Boulevard » (9). Il faut mentionner encore l'effort de
M. René Etiemble de purifier le vocabulaire anglo-saxon du
sport en France.
Comme linguiste étranger je n'ose donner qu'une mise au
point des opinions des maîtres français mentionnés sur ce qu'on
peut appeler le bon usage d'aujourd'hui en vue d'exemp
les concrets. Je parlerai donc des problèmes du bon usage
dans les domaines des calques américains et de la sémantique
pseudo-française en résultant, des trouvailles de traduction,
de néologismes qui heurtent plus ou moins l'euphonie du
français, de la formation de mots par une hypertrophie de
soi-disant mots anglo-normands virtuels en -iser et -isation,
des désinences à problèmes : -able, -abilité, -al, -el, -once,
-ence, de la déformation de mots, surtout de verbes par imi
tation, dérivation nominale, confusion de sens et caprice de
modes. Après ces problèmes de composition je vais considérer
la morphologie de certaines formes verbales et du pluriel du
nom, la formation de certains féminins pour m'approcher de
la syntaxe en discutant cas d'adverbe remplacé par
l'adjectif, quelques fonctions de pronom, de préposition,
de conjonction et de certains accords. Appuyant ensuite sur la
syntaxe de la phrase, je parlerai naturellement du subjonctif
et du passé défini et de certaines propositions infinitives,
relatives et concessives. J'aborderai enfin la stylistique en
mentionnant l'ellipse, le raccourci et le pléonasme, le choix
en

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