Comment on raconte une histoire
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Mark TwainComment on raconte une histoiretraduction François de GailLes histoires humoristiques sont d’importation américaine. En quoi elles diffèrentdes histoires comiques et piquantes.Je ne prétends pas raconter une histoire dans toutes les règles de l’art. Je prétendsseulement savoir comment on doit raconter, car j’ai été souvent et pendant desannées en compagnie de narrateurs émérites.Il y a différentes espèces d’histoires, mais une seule est difficile à manier : c’estl’histoire humoristique. Je parlerai principalement de celle-là. Le conte humoristiqueest américain, le conte comique est anglais, le conte spirituel, français.L’effet de l’histoire humoristique dépend de la manière dont elle est racontée ; celuide l’histoire comique piquante dépend du sujet.L’histoire humoristique peut se dérouler à longue haleine, et peut parcourir un vastechamp, sans arriver à un dénouement particulier : tandis que les histoires comiqueset piquantes demandent la brièveté et finissent par une pointe. L’histoirehumoristique est un pétillement perpétuel, tandis que les autres se terminent enexplosion.L’histoire humoristique est avant tout une œuvre d’art fine et délicate (un artiste seulpeut la manier) ; pour l’histoire comique et piquante, point n’est besoin de talentspécial. N’importe qui peut y prétendre. L’art de raconter de vive voix des histoireshumoristiques est une création américaine qui n’a pas émigré.L’histoire humoristique doit se raconter gravement ; ...

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Mark Twain Comment on raconte une histoire traduction François de Gail
Les histoires humoristiques sont d’importation américaine. En quoi elles diffèrent des histoires comiques et piquantes.
Je ne prétends pas raconter une histoire dans toutes les règles de l’art. Je prétends seulement savoir comment on doit raconter, car j’ai été souvent et pendant des années en compagnie de narrateurs émérites.
Il y a différentes espèces d’histoires, mais une seule est difficile à manier : c’est l’histoire humoristique. Je parlerai principalement de celle-là. Le conte humoristique est américain, le conte comique est anglais, le conte spirituel, français.
L’effet de l’histoire humoristique dépend de la manière dont elle est racontée ; celui de l’histoire comique piquante dépend du sujet.
L’histoire humoristique peut se dérouler à longue haleine, et peut parcourir un vaste champ, sans arriver à un dénouement particulier : tandis que les histoires comiques et piquantes demandent la brièveté et finissent par une pointe. L’histoire humoristique est un pétillement perpétuel, tandis que les autres se terminent en explosion.
L’histoire humoristique est avant tout une œuvre d’art fine et délicate (un artiste seul peut la manier) ; pour l’histoire comique et piquante, point n’est besoin de talent spécial. N’importe qui peut y prétendre. L’art de raconter de vive voix des histoires humoristiques est une création américaine qui n’a pas émigré.
L’histoire humoristique doit se raconter gravement ; le narrateur s’ingénie à cacher le point, qui lui paraît prêter tant soit peu à rire ; tandis que le narrateur d’une histoire comique vous prévient qu’il va vous présenter la chose la plus drôle qu’il ait jamais entendue ; puis il vous raconte avec un plaisir extrême, et est le premier à rire, quand il arrive au point critique. Quelquefois, quand il a obtenu plein succès, il est si content, si heureux, qu’il répétera le trait saillant et sollicitera de visage en visage les applaudissements de l’auditoire ; il recommencera au besoin. C’est un fait pathétique à observer.
Très souvent une histoire humoristique finit par un trait, une saillie, un coup de patte (donnez à cela le nom que vous voudrez). Mais l’auditeur doit être tout oreilles, car bien souvent le narrateur trompera sa vigilance en glissant à dessein sur le point saillant d’un air parfois indifférent ; il affectera même d’ignorer la présence de cette saillie.
Artemus Ward employait souvent ce moyen ; puis, quand l’auditoire, d’abord surpris, saisissait la plaisanterie, il le regardait avec un étonnement ingénu, en ayant l’air de ne pas comprendre pourquoi il riait. Dans Setchell usait du même procédé avant lui : c’est aussi celui de Nye et de Kile aujourd’hui.
Le narrateur d’histoires comiques, au contraire, ne passe pas sous silence le trait saillant ; il vous le crie à haute voix et l’annonce chaque fois ; quand il le publie, en Angleterre, en France, en Allemagne et en Italie, il le fait imprimer en italiques, avec des points d’exclamation bien ronflants ; quelquefois mêmes il l’explique entre parenthèses. Tout cela humilie le lecteur, lui ôte l’envie de plaisanter et l’engage à plus de sérieux.
Laissez-moi vous donner un exemple du procédé comique en vous servant une anecdote, populaire dans le monde entier depuis douze ou quinze siècles. La voici :
LE SOLDAT BLESSE
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