André Le Nôtre en perspectives
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Description

Ouvrage de référence qui paraît à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de André Le Nôtre (1613-2013), ce livre est aussi le catalogue officiel de l’exposition « Le Nôtre en perspectives » organisée au château de Versailles par l’Etablissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles du 22 octobre 2013 au 24 février 2014. Réunissant les meilleurs spécialistes de l’histoire des jardins, des sciences et des techniques, mais aussi de l’histoire de l’art ou des institutions, cet ouvrage à l’approche transversale révise les idées reçues sur celui qui fut tout à la fois jardinier et dessinateur du roi, mais aussi contrôleur général des Bâtiments, jardins, arts et manufactures de Louis XIV, sur sa manière d’œuvrer en tant qu’architecte de l’espace, son rôle d’ingénieur, sa passion de collectionneur et l’héritage de ses conceptions, du 17e siècle jusqu’à nos jours.

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Publié le 14 mai 2014
Nombre de lectures 127
Langue Français
Poids de l'ouvrage 79 Mo

Exrait

Adam Frans van der Meulen, LaConstruction du château de Versailles, v. 1680, huile sur toile, 108×142,3 cm, Londres, The Royal Collection, RCIN 406554 (détail). Au premier plan : Jules Hardouin-Mansart et André Le Nôtre
Le Nôtre sans le mythe Orig ineset parentèle, statut et clientèle
Patricia Bouchenot-Déchin
Du « génie » à l’« homme heureux », la figure d’André Le Nôtre, auréolée de l’amitié de Louis XIV, a été construite au fil des siècles, au point que, comme l’a souligné Monique Mosser, « la e réinvention de Le Nôtre, à la fin duXIXsiècle, et la construction de sa légende semblent l’avoir définitivement arraché à toute temporalité objective et à toute contextualisation pour le his-ser dans une sorte d’empyrée héroïque, qu’il partagerait avec 1 le Roi-Soleil, sans autre repère ». Retrouver l’homme demande d’interroger les sources essentielles ayant contribué à la nais-sance du mythe tandis que quelques exemples illustrant tant ses origines et sa parentèle que son statut et sa clientèle per-mettent, grâce à des documents nouveaux, d’enrichir le portrait de celui que les célébrations du tricentenaire de sa mort avaient 2 qualifié en 2000 d’« inconnu illustre».
A u xr a c i n e sd um y t h e « C’est un génie qui s’applique à tout, et ne se relâche jamais », 3 souligne entre autres La Fontaine dès 1669 . UnTraité des tulipesdédié à Le Nôtre met en exergue « Versailles dont les endroits
Carlo Maratta, André Le Nôtre, 1679-1681, huile sur toile, 113×85,5 cm, châteaux de Versailles et de Trianon, MV 3545
Portraits peints et gravés d ’A ndréLe Nôtre La construction d’une image
Nicolas Milovanovic
L’image d’André Le Nôtre n’a quasiment été conservée que par un seul portrait, celui peint par Carlo Maratta (1625-1713), qui est probablement celui exposé aujourd’hui au 1 château de Versailles. Cette image a été traduite en pein-2 ture par Jean-Baptiste Mauzaisse, en gravure par Antoine 3 4 Masson et John Smith , en sculpture par Antoine Coysevox . Pourtant, les circonstances de l’exécution de ce portrait demeurent encore mal connues, de nombreuses inexactitudes ayant été publiées à son sujet. Après la mort de Le Nôtre, survenue en 1700, le tableau appartint à sa veuve, Françoise 5 Langlois. Il demeura ensuite dans la famille . Il fut acquis par le chevalier Lespinasse de Langeac, qui le vendit au musée6 du Louvre en 1822 parmi un lot de vingt-trois autres toiles .Le tableau a été envoyé au château de Versailles pour le musée de l’Histoire de France de Louis-Philippe, inauguré en 1837.
Q u e s t i o n si r r é s o l u e sa u t o u rd ’ u np o r t r a i t Amalia Mezzetti a été la première à remettre en cause le carac-tère autographe de la version de Versailles, dans une étude parue 7 en 1955. Ce jugement a été récemment confirmé par Stella
Domenico Zampieri, dit le Dominiquin,Adam et Ève chassés du Paradis, 1623-1625, huile sur cuivre, 95×75 cm, Grenoble, musée de Grenoble, dépôt du musée du Louvre, MG 937
Les tableaux d ’A ndréLe Nôtre Nouvelles réflexions sur la formation et la liquidation d ’unecollection
François Marandet
Depuis environ un siècle, la collection d’œuvres d’art d’André Le Nôtre a donné lieu à de multiples travaux sans que l’origine et le destin des œuvres ainsi réunies aient été véritablement 1 élucidés . L’objectif de cet article consiste à reconstituer, à partir de documents d’archives, le cheminement d’un certain nombre d’œuvres, pour certaines majeures, ainsi que le milieu des peintres marchands qui semblent avoir conseillé Le Nôtre pour ses achats. La collection de tableaux d’André Le Nôtre était célèbre bien avant 1693, date à laquelle le jardinier fit don de ses plus belles œuvres au roi. En 1665, lors de sa fameuse visite à Paris, Le Bernin visita le cabinet de Le Nôtre, où il put voir ses pein-2 tures de Nicolas Poussin ainsi qu’un tableau du Dominiquin: il ne pouvait s’agir alors que deAdam et Ève chassés du paradis, chef-d’œuvre du maître bolonais qui fit partie du don au roi. En 1679, André Félibien devait signaler cette peinture dans la 3 troisième partie de sesEntretiens, et, six ans plus tard, il faisait état de deux œuvres majeures de Nicolas Poussin visibles chez André Le Nôtre :Saint Jean baptisant le peupleetMoïse sauvé
L ac o l l e c t i o nd eb r o n z e sd eL eN ô t r e Stéphane Castelluccio
Tout au long de son existence, Le Nôtre a réuni un ensemble de bronzes suffisamment remarquable pour être mentionné par Spon 1 dès 1673 . En comprenant ceux offerts à Louis XIV en mai 1693 et ceux qu’il détenait à la fin de sa vie, le jardinier a possédé cent 2 vingt-neuf bronzes. Quarante-huit, soit un peu plus d’un tiers, représentaient des dieux, des déesses et des héros de la mythologie, soit en figures isolées, commeMars,Mercure,Jupiter ouHercule, soit en groupes, généralement de deux personnages. Les pièces les plus prestigieuses, tels l’Enlèvement de Déjanire, Vénus et Cupidon, e Diane et un satyre…, avaient été exécutées à Florence auXVIsiècle par Jean de Bologne, le grand maître en ce domaine, et ses disciples Antonio Susini et Pietro Tacca, ou encore par Pierre Francqueville, ainsi que par de grands sculpteurs français comme Hubert Le Sueur ou Michel Anguier, à moins qu’il ne s’agisse d’œuvres attribuéesà l’atelier de Girardon. Cet ensemble, dans lequel la noblesse des sujets le disputait à la renommée de leurs auteurs, contrastait avec les dix-neuf sujets de genre, de taille souvent plus réduite et aux sujets plus pittoresques, comme laPetite femme tenant son enfant pour le faire pisser, la Laitière tenant son pot au lait sur la tête, laFemme peignant ses che-veux, laVache où il y a une femme qui la traitou lePaysan tenant son panier. De même, les dix-sept figures d’animaux, chiens, che-vaux, taureaux ou lions, confirment le goût de Le Nôtre pour les thèmes plus anecdotiques. Leur charme vient de la simplicité des scènes de la vie quotidienne représentées, dont la veine naturaliste inspira également Bologne et particulièrement Barthélemy Prieur e en France au début duXVIIsiècle. À leur côté, vingt et une œuvres présentaient des sujets divers, comme l’allégorie de la Fortune, Henri IV à cheval terrassant ses ennemis, une Cléopâtre, un consul romain, deux termes servant de chandeliers, une « femme qui se poignarde, ditDidon», et plus probablement Lucrèce, ou un Marc-Antoine tout aussi désespéré. La collection ne comptait que huit réductions d’antiques, dont une Vénus Médicis, unAntinoüs,Arie et Poetus,LaocoonouMars. Deux Bacchanales d’enfantsbas-relief et trois lampes, dont deux à en figures grotesques, probablement des créations italiennes du e XVIsiècle, et une estimée antique, complétaient l’ensemble. Cette collection était remarquable par sa quantité et sa variété. e Elle reflétait le goût des amateurs duXVII sièclepour une fonte de qualité, une ciselure fine et une belle patine qui mettaient en valeur le métal et les formes. Les créations de Bologne et de ses
1/ Spon, 1673, p. 216. 1 31 7 2/ AN, O1964 , 15 ; O1964 , 10 ; Y 15561B ; MC, CXVI, 132, 24 septembre 1700. Guiffrey, 1911 ; Schnapper, 1994, p. 389-399 ;
126S O NT E M P SN Ô T R EE TL E
Castelluccio, 2000, p. 52 ; cat. exp. Paris, 1999 ; Castelluccio, 2002, p. 74-78. 3/ Castelluccio, 2013b.
suiveurs étaient particulièrement appréciées, pour la subtile com-position tant des figures isolées que des groupes, leur précision en matière d’anatomie humaine et animale, superbement traitées avec l’Enlèvement de Déjanireou unEnlèvement des Sabines. Le Nôtre offrit à Louis XIV ses trente et une plus belles pièces, exécutées par les artistes les plus prestigieux et les plus admirés en ce domaine. Connaissant la sensibilité classique du roi et son intérêt relatif pour les bronzes, il lui fit présent de ceux qui étaient le plus susceptibles de lui plaire, tant par la noblesse de leurs sujets que par la perfection de leur traitement. Les quatre-vingt-huit bronzes conservés par le « jardinier », de qualité moindre, n’étaient pas méprisables. Cinq d’entre eux se voyaient estimés plus de 100 livres, dont unMercure jouant de la flûte350 livres. Vingt et un autres étaient évalués entre 40 et à 69 livres, cinquante-trois dans une fourchette comprise entre 10 et 39 livres et les neuf derniers moins de 9 livres. Or les inventaires e de marchands merciers de la fin duXVIIsiècle donnent des évalua-tions généralement inférieures à 10 livres pour une figure isolée et pour quelques-unes entre 25 et 40 livres, les groupes se situant dans 3 une fourchette comprise entre 20 et 350 livres . Ainsi les pièces conservées par Le Nôtre étaient-elles de bonne qualité. La collection de bronzes de Le Nôtre reflète la sensibilité clas-sique commune aux hommes de son temps et montre sa liberté vis-à-vis de la mode, comme l’atteste le grand nombre de figures pit-toresques et d’animaux. L’Antiquité l’intéressait peu : il ne possédait aucun buste antique et n’avait qu’une lampe estimée antique. Il pré-e e férait les productions modernes des maîtres desXVIetXVIIsiècles.
Vase Médicis au décor d’Apollon et les Muses, 1651-1693, Italie, bronze patiné, 48×37 cm,châteaux de Versailles et de Trianon, Vmb 13849.2
e Hercule,XVIIs., Italie, bronze, 46×20×17 cm, châteaux de Versailles et de Trianon, MV 7733
Hercule Farnèse, e XVIIs., Italie, bronze, 40×22×18 cm, châteaux de Versailles et de Trianon, inv. 2009.0 0.113
L AC O L L E C T I O ND EB R O N Z E SD EL EN Ô T R E 127
L’ AR TE TL’ Œ U V R ED EL EN Ô T R E
144 164 / /PATRICIA BOUCHENOT-DÉCHINLe Nôtre à l’œuvre/ A /LEXANDRE GADYLa bêcheet lecompas ? Réflexions sur 170 188 Le Nôtre et les architectes/ G /EORGES FARHATLes grandes perspectives dans l’œuvre de Le Nôtre // VINCENT204 MAROTEAUXVersailles, un territoire pour l’art de Le Nôtre // FRÉDÉRIC SICHETL’hydraulique des jardins au temps 212 d’André Le NôtreT/ /HOMASHEDINDu bassin à la fontaine. Le Nôtre avantLe Brun dans les jardins de Versailles226 22 / /DANIELLAMALNAR1687Le bassin d/8ABRI e Latone dans le domaine du roi à Versailles en/ GELLALAMY& FELICEOLIVESIParterres et fleurissement dans les maisons royales sous Louis XIV/246/ ANNEALLIMANT-VERDILLONLes sols dans l’œuvre de Le Nôtre au jardin des Tuileries // JÉRÔME BURIDANTDe l’allée plantée au bois marmenteau. 248 e Bosquets et boisements dans les jardins duXVIIsiècleG/ /ENEVIÈVEBRESC-BAUTIERLes sculptures dans les jardins 262 278 282 de Le NôtreA/ /LEXANDREMARALLe Nôtre, le parterre d’Eau et laGrande Commande de Versailles/ /JÉRÔMEDE292 LAGORCECarlo Vigarani et Le Nôtre : la création du Théâtre d’eauA/ /NNICKHEITZMANNThéâtre d’eau : les apports de l’archéologie
156N Ô T R EL’ Œ U V R EE TL ED EL’ A R T
École de Charles le Brun, Schéma général de la cascade de Sceaux, plume et encre brune, sur esquisse à la pierre noire, avec rehauts de lavis gris et d’aquarelle, sur trois feuilles de papier réunies verticalement et deux bandes rapportées sur le tiers de la longueur,
échelle à la pierre noire, cotée en toises, 73,1×143,5 cm, Paris, musée du Louvre, Arts graphiques, INV 30325
Anonyme,Profil de la cascade haute ou basse de Trianon, dessin aquarellé, Paris, Archives nationales
L EN Ô T R EÀ L’Œ U V R E 157
Jean Joubert,Vue de la salle des Antiques ou galerie d’Eau avec Narcisse se mirant nde dans un bassin, 2moitié e duXVIIs., gouache sur vélin, 47,25×36,1 cm, châteaux de Versailles et de Trianon, Inv. Dess. 745
Les sculptures dans les jardins de Le Nôtre
Geneviève Bresc-Bautier
Qui regarde et admire un parc créé par André Le Nôtre est frappé par le rôle majeur qu’y joue la sculpture. La blancheur immaculée du marbre d’Italie se détache sur les frondaisons vertes, le bronze joue avec l’architecture, le plomb se reflète sur l’eau et, quand il est doré, il éclate en fanfare dans la grandeur du paysage. La sculpture semble faire corps avec l’architecture du jardin, telle une symphonie conçue dès l’origine comme un ensemble homogène et cohérent, sorti tout droit du cerveau et de la main d’un dessinateur de génie. Pourtant, c’est le fruit de tâtonnements, de projets longs à engager, parfois avortés. Et surtout le résultat de collaborations multiples, dont on ne peut savoir si elles ont été harmonieuses ou contrastées. Car la mise en œuvre n’a pas été simple. Empêtré dans l’absence de sources documentaires et les discours contradic-1 toires, l’historien se pose, sans les résoudre, des questionssur les responsabilités croisées des acteurs de la création des jardins – le donneur d’ordre, l’administrateur, l’architecte, le peintre, le sculpteur, le fontainier et le « jardinier », même si ce dernier titre donné à Le Nôtre ne reflète qu’une manière bonhomme de le nommer, lui qui était peintre, paysagiste et contrôleur des Bâtiments du roi.