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ARTS N° 482 du 22 septembre 1954

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Faites un retour en arrière avec ce journal intégral de l'édition du magazine "ARTS N° 482" et relisez pour votre plus grand plaisir les titres de l'actualité de cette époque du 22 septembre 1954.
En exclusivité venez découvrir a la une de ce journal datant de 1954, les sujets notoires des grands titres à la une de l'époque :
-L'ADIEU A MAURICE VLAMINCK A SON AMI DERAIN.

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Publié le 22 septembre 1954
Nombre de lectures 19
EAN13 3607910113102
Langue Français
Poids de l'ouvrage 17 Mo

L 'ADIEU DE MAURICE VLAMINCK A SON AMI D ERA IN
Spectacles
, *
Du 2 2 a u 2 8 septembre 1954. - NT 48 2 - Prix : 3 0 francs .
140, Faubourg Saint-Honoré. - ELY. 21-1 4
DELIE
fiïEHTURE ! DERAI N
par Jules ROY
N sait que Jules Roy a A mort d'André Derain
interprété à Bruxelles fait ressurgir en moi O le rôle du général dans L des images, des paysa- mon camarade sa pièce « Les cyclones ? —
ges... Tout un monde de fan - actuellement représentée au
1 tômes, de personnages vieil- Théâtre de la Michodière, par •
la troupe de Pierre Fresnay. lis, démodés ou encore en vie,
Nous avons demande a Jules se bouscule, s'agite et passe ï
Rot/ (qui n'a pas voulu paraî-sur l'écran. La bobine dans
tre sur une scène parisienne), par VLAMINCK l'appareil semble dérouler à de nous faire part de ses
imrebours le film du passé. pressions d'acteur (on lira, en
page 3 notre compte-rendu). Je revois André Derain à féraient, no s aspirations plus sincère, plus
désintévingt ans, déambulant dans les étaient qualitativement sem-ressé que je ne l'ai jamais
OUT auteur dramati-rues de Chatou, l'air las et dé- blables : nous aspirions à un fait... que doit avoir éprou-sabusé, grand, long, efflan- même idéal en empruntant » Ecris-moi deux mots, T vé le regret, au mo-qué, ayant l'allure d'un escho- des chemins différents. n'importe quoi ! Donne-moi
ment où le rideau se lève, lier de la basoche. Dans ses des nouvelles de Chatou, même Dès l'enfance, Derain avait d'être séparé de ceux qui propos, sans transition, il pas- fausses ! ». été en classe. Ses facultés vont avoir à défendre sa sait de l'amertume à l'hu- avaient été cultivées. Ses étu-Derain employait parfois pièce, à plus forte raison mour, de la lassitude à l'en- des au collège lui donnaient dans la conversation et dans pourquoi ne céderait-il pas nui, de l'enthousiasme à la des certitudes et le différen-ses lettres, des mots crus ; à son metteur en scène confiance et au doute. Il était ciaient de moi. Je n'étais mais si l'accent était rude, le quand celui-ci lui demande jeune ! Derain laissait à ses qu'une graine que le vent tour direct, si le langage était de prendre lui-même la pensées leur libre cours. Mais avait semée au hasard et qui coloré, ce qu'il exprimait rele- responsabilité d'un person-dans tout ce qu'il disait, dans
nage qu'il a créé tel que les préoccupations d'un
aveson interprète exact est nir incertain, une chose
domidifficile à trouver. Un gé-nait et l'obsédait.-, la
Peinnéral d'aviation est un ture !
homme encore jeune ; son
Au bout d'un an de travail autorité ne s'impose pas
en commun dans l'atelier que dans les gestes ni par les
nous avions tous deux à Cha- coups de gueule : il doit
tou — atelier devenu histori- convaincre plus que forcer,
que — Derain partit au régi- et il a moins en face de
ment. Pendant le temps qu'il lui des subordonnés que des
passe à Commercy à faire son camarades. Il doit donc
apprentissage militaire, dans leur parler avec familiarité toutes ses lettres il rage et son prestige n'a de valeur
d'être là, encombré d'un fusil que parce qu'il a risqué sa
et d'écraser les mottes de ter- vie autan t qu'eux.
re sous ses godillots. Toutes Comment l'accent natu -
„es pensées, tous ses désirs rel de la vérité pouvait-il
r l'appellent autre part ; ce se faire entendre dans ce
qu'il demande c'est d'avoir des royaume d'illusion de la
pinceaux et une palette char- vérité qu'est le théâtre ?
gée de couleurs dans les Grâce à la volonté de J'AI SOIXANTE ANS mains. Pierre Fresnay. Il ne m'a
« Four la peinture... m'écri- pas plié au travail de la
vait-il quelques mois après scène : il a ordonné le
trason arrivée,à la caserne, pour vail de la scène autour de
la peinture, j'ai conscience moi. J'ai eu l'impression par Jean RENOIR que la peinture réaliste est qu'il me suffisait d'entrer,
finie. On ne fait que commen- de faire quelques pas,, de
Le 15 septembre, Jean Renoir Et c'est ainsi pour tout le mé- cer en tant que peinture. m'asseoir, d'enlever un
moa eu soixante ans. Cet anniver- tier du spectacle. Sans toucher à l'abstraction nologue de quatre pages de saire coïncide avec sa. rentrée sur
Vous savez Combien l'es derr des toiles de Vincent Van texte, comme un galop de les plateaux parisiens puisque
Gogh, abstraction que je ne dans quelques jours, il donnera niers jours du tournage d'un haies, de me lever et de
conteste pas, je crois que les le premier tour de manivelle de sortir. Comme c'est simple film sont abominables ; on se
French Cancan, qui sera son pre- lignes, les couleurs ont des et amusant ! quitte après avoir vécu
enmier film français depuis La Rè - rapports assez puissants dans Ou plutôt, comme c'était semble pendant des semaines gle du jeu (1939). A cette occa- leur parallélisme à la base vi- simple ! Les difficultés ne sion, le grand metteur en scène et on s'en va aux quatre coins tale pour permettre de
cherpropose à nos lecteurs quelques sont venues que de l'exté-du monde. C'est un peu com- cher, de trouver u n champ, Portrait de Vlaminck par Derain. réflexions... mélancoliques. rieur. On s'est d'abord me une plongée dans la Seine pas nouveau, mais plus réel étonné que j'aie accepté de en plein hiver. C'est pourquoi et surtout plus simple dans sa tenir un rôle dans une piè-vait de la plus fine sensibilité s'accrochait à la terre où elle synthèse-.. » je me souviens moins des ce de moi. On a ensuite ou soulignait la plus cruelle avait germé, croissant avec 'AI soixante ans et j'ai
films que j'ai tournés que des gentiment laissé entendre Plus loin, il écrivait : tourné trente-cinq films ; observation. son seul instinct et en vue
amis avec qui je les ai tour- que j'avais écrit le rôle Les-expressions parfois gros- seulement de ses propres ac-« Il ne faut pas oublier que J ces films sont-ils bons ou
nés ; mes souvenirs les plus pour moi, comme si les au-sières étaient là, dites com- quisitions. Cependant l'un la seule définition complète mauvais ? A vrai dire je n'en
vifs sont ceux des équipes ; me un mépris de la crasse in- teurs dramatiques pou-comme l'autre, nous enten-de l'art est dans le fait du sais rien et je crois d'ailleurs vaient donner la vie à digente, un défi jeté à la bê-vous savez que Gabin va te- dions refaire le monde à no-passage du subjectif à l'objec-que cela n'a aucune espèce d'autres personnages qu'à tise et à l'ignorance. tre façon, à notre mesure. nir le rôle principal de tif, Hier, au détour d'un
ched'importance. ceux qui les habitent. On Si invraisemblable que cela Nous y apportions la même min, j'ai vu un vrai Rodin... French-Cancan•• et- c'est pour a assuré que, n'étant par-puisse' paraître, si nous avions hardiesse, le même enthou-Une femme portant un gosse moi comme si je retrouvais le On me demande souvent si venu, à quarante-six ans, certains points communs, la à cheval sur une épaule : siasme. Avant d'avoir assem-Pépé des Bas-Fonds ou le Ma-j'aime mieux travailler dans qu'au grade de colonel, nature d'André Derain et la blé les matériaux d'un nouvel c'était très beau. Le gosse réchal de La Grande Illusion. tel pays plutôt que dans tel j'avais voulu me plaquer mienne s'opposaient. Mais si était raide et vraiment à
che(Suite en page 3) des étoiles sur les épaules. autre. Cela aussi n'a aucune nos moyens de réalisation dif-val... L'épaule qui portait- très Dans le cinéma, il y a des En quittant l'armée de importance. Je préfère tra- large. Tout cela était rythmé gens qui vous disent : « Moi le l'air, j'ai, une fois pour et vraiment un peu dans vailler en France pour des rai- soir, je n'ai qu'un souci, c'est toutes et sans aucun re-l'avenir... Je voudrais tout dire sons d'amitiés ; le « côté fa - d'oublier le cinéma ; il faut gret, renoncé à briguer ce et je ne peux rien devant le mille » d'une équipe est plus changer de milieu, etc. » Eh grade pour consacrer mon papier. Des mots ne suffisent DEVOIR profond en France, mais je temps à la littérature. Mais bien moi, c'est tout le con- plus, ce ne sont plus que des
crois que chaque film est une je sais aussi qu'un écrivain traire : je me sens plus à mots, des dessins ou des sons.
Jea n Renoir vu par son père, dont il était, avec son frère Pierre, nationalité en soi, un petit ne peut changer de voca-l'aise avec un machiniste ou Parle-moi si tu as vu des
le modèle favori. Cinquante-neuf ans plus tard, notre photogra- tion. Quand il en a une, monde dont les frontières ne nouveaux Van Gogh ou des un opérateur indous qu'avec phe l'a surpris (en haut de la page), en compagnie de sa pit- D'ÉLÈVE : sa vocation est de créer et se définissent pas comme cel- Cézanne ou autre chose ? J'ai toresque caméra « panoramique », dam les studios de no n de jouer ses propres (Suite en page 3) besoin maintenant d'un travail les qui séparent les nations. Saint-Maurice. (.Photo Luc Fournol).
personnages ; son destin, « Les abstractions ne sont rien de les abandonner à peine
fixés, pour en poursuivre il n'y a qu e les êtres » (Montherlant)
d'autres. C'est cela qui m'a
ramené devant mon
écritoire, et non les ragots par Roger NIMIER
qu'on a colportés. N'em-AINSI PARLAIT PAGNOL pêche que je m'étais atta -
Cette saison un certain nombre de grands écrivains contemporains ché, comme à des camara -
deviennent « classiques », en trouvant leur consécration dans la col- des d'escadrille, à Pierre
s'il le faut. Viens, on va boire lection Vaubourdolle. Nous avons demandé à deux jeunes écrivains, rait dit la panoplie du parfait Tabard, à François Chau-par Yvan AUDOUARD Roger Nimier et J.-P. Clébert, de traiter chacun un des sujets de quelque chose, Yvan, et par-jardinier. Jamais un paysan mette et à notre ingénieur, devoirs, qui peuvent être désormais proposés aux candidats bacheliers. donne-moi .si je ne prends ne se sert d'un outil neuf, il François Darbon. N'empê-pris le français dans mes li-prenne m a femme pour m a pas de pastis, il y a quinze ans aurait peur de l'abimer. Cette che que j'éprouvais une AN S les « Carnet s » , qui vres. Je te jure- Il a même fille que si on la prenait pour just e le rattacher à Barré s — que je n'en ai pas bu. Tu fois, ils me plaisent,, quand on sorte de griserie, qui fu t fon t probablemen t parti e joué le rôle de « Marius » en-m a mère. Tu te rappelles, Jac- a u momen t préci s o ù Barré s comprends, quand tu en bois les prend dans la main, on parfois du fou rire, à être D d e so n Théâtre , o u cha -Irlande. La pièce devait sûre- s'éloignait . Et pui s il écrivan-queline, cet Américain ? Il un,.tu en bois trente et à mo n n'a pas l'air de jouer au cro- accueilli en scène par Pier-pitr e de s monologues , Mon -ment avoir un autre titre, était saoul comme un Améri- te françai s d'un e manièr e in-âge ce n'est pas raisonnable. quet. Celui-là, tu sais com- re Fresnay à qui je répon-therlan t déclar e qu e se s con -parce que Marius, il n'y a cain, mais il savait bien ce décent e pou r u n jeun e hom -Tu vois on ne devrait pas men t il s'appelle : une « eis- dais : « Bonjour, Beau-frère s le jugen t généralemen t qu'en France qu'on ait oublié qu'il voulait. Il m'avait pris me ; mêlan t la fièvr e à l'assu -i vieillir. Et 'mourir, tu. trouves sado ». Qu'est-ce que tu dis u n pe u bête . L'auteu r d u fort ! » et que je me suis que c'était un général romain. par le bras et il n'arrêtait pas rance , le lyrisme à la séche -que c'est intelligent ? Tu peux Honoré ? Que ce n'est pas une « Song e », de s « Olympique s » , ennuyé à mourir le pre-En Amérique ils s'en souvien-de me répéter : resse. A diver s signes , il mon -me dire, toi, à quoi ça sert la cissado ? Tu vas m'apprendre de s a Bestiaire s » n e foisai t mier soir de Paris où, après — Monsieur, j'ai l'honneur nent et ils ne comprendraient trai t qu'i l n'avai t pa s ét é nour -mort ? Je te le dis : je suis à moi ce que c'est une « eis- évidemmen t pa s figur e d'in - Bruxelles, là pièce s'en est pas qu'il serve des canons de vous demander la main de ri dans-l e sérail . contre. Je n'ose plus aller voir sado » ? Les eissado ont le tellectuel e n publian t se s pre - allée sans moi. dans un bistrot du Vieux U n pe u piu s tard , le goû t votre fille. « Marius » au cinéma. Ce bout carré ! Avec le bout miers livres. ,De temp s à ou -Yvan, ce couffin, tu ne Port. C'est comme pour Fan- Quelle aventure ! Je la de s idées lui vint e t les criti -Je suis patient ; je n'arrê-n'est plus un film, c'est un ci-l'as pas vu ? Ne cher- pointu c'est une eissado tre , il s'adressai t bien à'so n ny, en anglais ce n'est pas un souhaite à tous les auteurs que s s'e n réjouirent . Le- syn -tais pas de lui dire : metière : il y a déjà huit in-quand même. Enfin chez moi grand-pèr e Eschyle o u à , son O che pas, tu ne le trou- prénom. C'est une partie du dramatiques qui ne l'ont chréfism e et l'alternanc e fai -—• Ce n'est pas ma fille, terprètes qui sont morts. verais pas. Ici, il n'y a pas c'est comme ça qu'on les ap- oncl e Epictète, mai s d'un e ma - pas connue et, pour m a part, corps, dont on retrouve le c'est m a femme. Alors, quand je les vois qui es-pelle. Chez toi on les appelle nièr e qui n e disai t rien d e bo n moyen de garder les choses. sens dans l'expression chère je suis prêt à recommen-Ça le faisait rire, le gros-saient quand même de me (Suite en page 7.) au x critiques . O n pouvai t tou t Ce doit être Marius qui l'a des sapes : et tu trouves que cer dans ma prochaine aux joueurs de boules : « Em-sier. Un ami a voulu interve-faire rire, j'ai u n peu honte. rangé. Il a dû se dire : voilà c'est un beau nom ? Alors pièce, mais pas dans un brasser Fanny ». Marius et O Jacqueline, j'ai une lettre nir. Il a dit : un couffin qui est tout neuf tais-toi. Ne t'en va pas : t u rôle de général, même en Fanny, en quelque sorte, cela — Je vous présente _ M. pour toi. Enfin, je suppose et qui ne servira à personne aurais pas vu un couffin par civil, comme celui-là. Ou voudrait dire « général do Marcel Pagnol, de l'Académie qu'elle est pour toi. Elle est hasard ? Ce n'est pas toi qui tandis qu'à moi, qui suis ma- mes fesses », ce qui n'est pas alors il faudrait me prou-française. PASTICHE adressée à Mademoiselle . Jac-l'a pris ? Qui te dit le con-çon, il me fera du profit. Il ver que le théâtre a perdu du tout conforme à ma pen-L'autre a failli s'étouffer queline Pagnol. Si c'était la est honnête, Marius, mais il traire ; d'abord qu'est-ce que sée. En Amérique, des deux son éminente dignité : cel-ARTS a entrepris un rapport de la mentalité française première, je ne dirai rien, tellement il riait : tu en ferais d'un couffin ? n'aime pas que les choses contemporaine. Il a choisi la forme du pastiche dans l'espoir de le que nous envions d'ac-pièces, ils ont fait une opé-— Pagnol. il disait, il y a mais à la longue ça agace. Il Enfin, si tu le trouves ce couf-traînent. Viens, on va voir les vous instruire en vous amusant. quérir avec lui et qui lui rette à grand spectacle qui y a des malhonnêtes qui font cent ans qu'il est mort. J'ai fin tu me le ramènes, j'en ai Après les pastiches du Readers' Digest et de L'Express, c'est outils qu'ils m'ont ramenés. confère la première place s'appelait autan t que je m'en appris le français dans ses li-semblant de croire que Jac - sur le grand hebdomadaire féminin, Elle, que nous nous som-besoin. Si je ne l'ai pas ce Ils avaient cru bien faire, les parmi les
Beaux-Artsvres. queline, c'est m a fille. Tu me mes exercés cette semaine. couffin, j'arrête les « Lettres pauvres, ils m'avaient acheté (Suite en page 6) diras qu'il vaut mieux qu'on Orson Welles aussi, il a ap-de mon moulin », trois mois des outils tout neufs ; on au-