ARTS N° 707 du 28 janvier 1959

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Revivez avec le journal intégral de l'édition du magazine "ARTS N° 707" et découvrez pour votre plus grand plaisir les grandes actualités importantes de cette époque du 28 janvier 1959.
Vous allez pouvoir découvrir a la une de cette chronique de 1959, les sujets importants des actualités de cette époque :
-INEDIT DE KAZANTZAKI
-100 ANS DE PEINTURE CHINOISE
-VADIM
-NOUS SAVONS QUI ETAIT LE PERE D'UTRILLO
-AMALIA RODRIGUEZ.

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Publié le 28 janvier 1959
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EAN13 3607910115601
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0068 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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CEN T AN S UN INÉDIT
<ARTS révèle VADIM raconte DE KAZANTZAKI DE PEINTURE
Lettres
I Spectacles iRTS
Du 2 8 janvier au 3 février 195 9 — N? 70 7 — Prix î 10 0 francs 140, Faubourg Saint-Honoré — ELY. 21-14
LES LIAISON S A M A L I A Nous savons qui était
RODRIGUEZ DANGEREUSES
le père d'UTRILLO D'AUJOURD'HUI
à traver s sa domination de la So-NDRE PARINATJD. — Vous
allez commencer à tourner, ciété pa r les femmes, se prouver à
lui-même, sans l'aide ni d e Dieu, ni A le 15 février, « Les Liaisons
des hommes, qu'il est pour quelque dangereuses » adaptées du célèbre Des lettres inédites signées
chose sur la terre. Il s'engage donc, roman de Laclos. Sa réalisation
durera huit semaines, coûtera 150 pa r cela même, dans une voie d'au -
todestruction qui, d'ailleurs, le per -millions et déjà une polémique est
née autour d e ce projet. dra à la fin.
L e personnage sera interprété pa r Je voudrais vous demander tout
d'abord de me raconter le film que Gérard Philipe. Il aur a 30 ans. Ce du peintre prouvent qu'il
sera un Gérard Philipe un peu dif -: 3 vous avez conçu.
férent de celui qu'on a vu dans ses Roger VADIM. — Si je vous résu -
mais mo n film, ce serait aussi le derniers films, pas du tout roman -
tique, moins acteur mais très char -résum é du livre que je donnerais.
JÈ M mant , plein d e séduction, d'agré -Vous n e verriez pas de différence • I a ment, de finesse, pas du tout redou -entre mo n récit et le devoir qu'u n connaissai t sa filiatio n US table. L e jeun e bourgeois adorable étudiant pourrait remettr e à son
1 que l'on pourrait rencontrer dans professeur d e littérature.
les salons et qui, s'il n'était pas L e milieu dans lequel est situé
précédé de son abominable réputa -bien, n'a jamais été soutenue très « Les liaisons dangereuses », par u RTS présente un document
sérieusement. tion, ferait retourne r quelques têtes qui semble répondre à la en 1782, était celui d'un e noblesse
En 1882-1883, Suzanne avait été mais n e provoquerait aucu n mouve -Aquestion ; qui était le père de parisienne ; non pas une noblesse de m
la maîtresse de deux hommes, fort ment d e foule. cour qui touchait au roi à Versailles, Maurice Utrillo?
différents l'un de l'autre. Le pre- J e voudrais utiliser le côté angé -Lorsque naquit Utrillo, en dé- mais la classe qui réellement domi-»
mier était Maurice Boissy : les lique d e Gérard, car je trouve que cembre 1883, sa mère, Suzanne Va- nait le pays et profitait du régime.
témoignages que nous possédons sur ce qu'il y a d e diabolique chez Val-ladon, travaillait comme modèle, et J'a i transposé par analogie avec
lui le dépeignent comme un incu- mont peut aussi bien s'exprimer de c'était un modèle déjà très « lancé ». le milieu de la haut e bourgeoisie,
î" * rable bohème, un alcoolique invétéré. Pas plus qu'aujourd'hui, on ne sa- parisienne. Le milieu aristocratique cette façon-là.
Peintre à ses heures, il chantait vait à cette époque qui était le père françai s étant devenu pa r sa vie
dans les cabarets artistiques, au de Maurice. Le mystère entourant presque en marg e de l'évolution mo - # Suite pag e 4
Chat-Noir et au Lapin à Gill. Le cette naissance était d'autant plus dern e et sociale un cas un peu plus
**»?. 1-deuxième Miguel Utri|Iq y Molins, épais que Valadon avait une vie particulier: En revanche, les grands
était un espagnol de Relie allure, •enUm*irt*le extrêmement agitée, bourgeois jairigf"/ les destinées du
e'est le moins qu'on puisse dire. très distingué de sa personne, cul- pays, touchant ••• ; ouvernement, soft
tivant la peinture, l'architecture, la Aussi ne devait-on pas manquer de pa r le Quai d'£>isay, les Finances, EN CHINE :
prêter à Utrillo de nombreux littérature et qui raffolait à ce point ou la politique intérieure.
de la Butte qu'il avait pris asile au Voyons maintenan t les person-« pères ».
Moulin de la Galette. C'est cet Ecartons tout de suite trois noms : nages.
Espagnol qui, en 1891, «reconnut» ceux de Toulouse-Lautrec, de Degas Valmont est d'une famille d e PEINTUR E
Maurice. et de Renoir. Toulouse-Lautrec a bourgeois riches, mais il n'est pas
Boissy ? Utrillo ? Les choses en été, effectivement, l'amant de Su- noble. Il a fait Sciences Po avant de
étalent là lorsque, à la fin de 1956, zanne Valadon. Mais il n e l'a passer le concours, puisqu'il se
desMme Lucie Valore révélait que le connue, par l'intermédiaire du pein- tine à la diplomatie. Il est attaché ET POÉSIE véritable père d'Utrillo était Puvis tre vénitien Zandomcneghl, qu'en au quai d'Orsay. Il n'a pas besoin
de Chavannes. 1884, c'est-à-dire après la naissance de travailler pour vivre.
Depuis cette date, j'ai souvent dis-de Maurice. Degas, quant à lui, est A. P. — Son caractère ?
cuté de la question avec mon ami entré en relations avec Suzanne plus R. V. — A mon avis, c'est un sont descendues Edmond Heuzé, qui a longtemps t3rd encore, après que Lautrec eut personnage plus intelligent que la
vécu avec André Utter et Suzanne fait admirer des dessins de la jeune moyenne des individus et qui a
beValadon. Pour lui, aucun doute : femme au sculpteur Bartholomé, le- soin de « faire quelque chose de
Puvls de Chavannes est réellement quel était très lié aveo Degas- En- plus que les autres », mais très dans la rue
le père de Maurice. C'est, du reste, fin, bien que Suzanne ait servi de lucide, il refuse absolument tout
Puvis qui, pour la première fois, modèle à Renoir en 1883 (pour La fanatism e : politique, religieux et
employa Suzanne comme modèle, Danse à la Campagn e et La Danse mêm e sentimental, car la forme
la mère de Suzanne était alors éta-à la Ville), il ne saurait venir à pur e de l'amour occidental, de par Armand G A TTI blie blanchisseuse impasse de Guel-l'esprit de personne connaissant Re- l'amour-passion tel qu'i l est exalté
ma. Suzanne (qui aidait sa mère noir et sa vie qu'il ait pu être le dans tous les films et dans la plu - 0 A propos de l'exposition
à contre-cœur) livrait le linge à di-père de Maurioe. L'hypothèse, aussi par t des romans, est à mon sens Cent ans de Peinture chinoise
vers artistes, entre autres, place Pi- 0 Migue l Utrill o (cl-dessus) fu t bie n l e pèr e d e Mauric e Utrill o : telle es t aussi une form e de fanatisme. à la Maison de la Pensée
frangalle, à Puvis de Chavannes. Ce la révélatio n sensationnell e fait e pa r Migue l Utrill o fils, l e journalist e espagnol . Il n e peut se contenter d e son çaise, nous avons demandé à
dernier la remarqua et la fit poser L a ressemblanc e d e Mauric e (ci-dessous) ave c son pèr e es t d'ailleur s évidente . métier de tous les jours ni de ses Armand Gatti qui revient de
dans son atelier : presque tous les Ains i s e trouverai t réfuté e la théori e selo n laquell e Utrill o aurai t ét é l e fils d e rapports humain s avec les autres, Chine, de rapporter ce qu'il y a Protégé du ciel personnages, muses et éphèbes, du Puvi s d e Chavannes . il cherche à aller plus loin e t — là vu sur le plan artistique et
culfameux Bois Sacré de Puvis de je dépasse peut-êtr e Laclos, en lui turel.
Chavannes (« Pubis de cheval! », prêtant des intentions qu'il n'a pas
OU R la deuxièm e fols en deu x disait lautrec) doivent quelque Le (ado à l'Olympia. (Lire eues, mais c'est du moins l'inter- siècles, l a Franc e découvre la chose à Suzanne. D'après Edmond page 9, l'article de Claude prétation qu e j'en donne — il veut C B, DE MILLE P Chine . La premièr e fois, c'étai t Heuzé, Suzanne aurait formellement Martine.)
à traver s les Encyclopédistes. Au -reconnu un jour devant lui «ue
jourd'hui , c'est autou r d'u n curieu x Maurice était le fils de Puvis.
poudin g à bas e de peintur e Song, Nous versons un nouvel élément fit d e Dieu d e grand e muraille , d e dépêche s
au dossier.
e n provenanc e d e Ta ï - Wan , d e TOUS LES OISEAUX Henri PERRUCHO T
cerfs-volant s du bout d u monde ,
de fourmi s bleues, de péril jaune , une vedette N problèm e n'avai t jusqu' à d'Opér a de Péki n e t de cen t fleurs .
presen t jamai s ét é résol u : Fair e le poin t sur les cen t fleurs, U pourquo i Miguel Utrillo pèr e c'est situe r l'artiste dan s (et à tra -DE LA MÉLANCOLIE
aurait-i l reconn u Mauric e s'il n' y vers) les bouleversement s qui dé -par » . avai t pa s eu un e raiso n profond e ? ferlen t actuellemen t su r so n pays.
Franci s Carc o e t d'autre s attri - Cette théori e tien t tou t entièr e
buaien t cette reconnaissanc e à u n dan s hui t idéogramme s tracé s d e
geste puremen t chevaleresque . par Christiane ROCHEFORT l a mai n mêm e d e Ma o Tse Toun g : Marcel L 'HERBIER
Bie n sûr, Miguel Utrillo étai t Espa - « Cen t fleur s ensembl e fleurir ,
gnol, mai s ce n'étai t pa s l à un e •VW N des dernier s gros mur s éle- pousse r vieux, sorti r nouvea u » E fad o ici n'était qu'un mot ; il restait caché là-bas au Por -
explicatio n bien convaincant e et vés sur les fondation s de (traductio n mo t à mot) . Beaucou p tugal, et pour le connaître il fallait aller l'y chercher ; on U LHollywood vient de s'abattre . surtou t bie n solide. E t si l'on fai t l'avait alors tout pur, tout préservé, dans son cadre natif, plus prolixe, le théoricie n Liou mm
appe l a u sentimen t de l'honneu r L a grand e famill e du cinéma - | Cha o Chi a étend u cett e formul e on respirait l'air qui l'avai t fait naître.
tograph e es t affligée. espagnol, il port e naturellemen t à sur quelque deu x mille signes. Mais en ces années — comme un qui sent veni r sa fin ? —
No n pa s qu'elle se montr e un e autr e conclusion. « Qu e cen t fleur s s'épanouissen t » l'humanité, paraît-il, fai t son inventaire général, et le compte
I l y avai t don c u n mystère . Pou r aujourd'hu i trè s hollywoodienne est un e méthod e pou r favorise r le de ce qu'elle aura à regretter. On exhum e tout ce qui est enfoui
la premièr e fois, ce mystèr e est d'esprit. Mais elle gard e u n senti - développemen t des sciences et des sous la terre ; on débusque tout ce qui est dessus, et on le donne
expliqué d'un e faço n cohérente , men t attendr i a u souvenir des arts , e t en mêm e temp s résoudr e en spectacle.
grâc e à des révélations don t l a première s conquête s de son art . les contradiction s a u sein d u Alors il arrive une drôle de chose : les trésors sèchent dans
précision e t le nombr e son t impres -E t de ses premier s conquérants . peuple... Nous laissons croître les les musées, les statues meurent , et les beautés nées d e la ferveu r
sionnants , que vien t de nou s fair e Cecil B. De Mille étai t en têt e mauvaise s herbes , les herbe s véné -naturelle des peuples, les vérités pour tout dire, d'être séparées
Miguel Utrillo, le fils du Miguel # m de ceux-là. E t il étai t deven u notr e neuses , antisocialistes, pour pré -à la fois, pa r la distance, de leur origine, et, pa r la rampe, de
doyen. O n regrett e ce pionnie r Utrillo qui régularis a la situatio n sente r a u peupl e le côté négati f ceux à qui elles sont offertes, se vident comme le masqu e rituel
vénérabl e e t familier . de Maurice. des choses, afi n que, pa r voie d e dans sa vitrine. Il faut bien alors, pour briser ce silence, se wmÈm
Oui, il y a de la pein e pou r nou s Miguel Utrillo fils est u n gran d comparaison , il voie ces herbe s gonfler, s'époumonher, en remettre. Les meilleurs sont pris sous
tou s à voir disparaîtr e ce cinéast e journalist e espagno l : il collabore pou r ce qu'elles son t réellement... l'obligation de forcer cette, barrière qui les retranche à la fois
à Pueblo, à Blanco y Negro, à la de taille insolite. Commen t oublie- Entr e ces. deu x proclamation s se et d'eux-même s et des autres ; leurs, loueurs les y encouragent
rais-,je moi-mêm e que jè lui dois Gaceta Iilustrada. Récemment , Mi- situe la campagn e contr e les droi -vivement ; et voilà la concession.
le premie r intérê t que j'a i pri s à guel Utrillo, celui que l'on consi- tiers, quelle que soit la classe so-Tous les oiseaux de la mélancolie pourtant roucoulent dans dérait jusqu'ici comm e étan t le u n spectacle d'écran . Mais cette ciale à laquelle ils appartiennent . la gorge d'Amalia Rodriguez, incarnation du fado, et lui obéissent
disparition, autan t qu'elle attriste , demi-frèr e d e Mauric e e t qui tou - Parm i les artiste s et écrivains, il autremen t qu'à Mlle Fabiola ses pauvres colombes ; elle est belle ;
jour s avai t gard é avec décence le exalte. y eu t un e victim e de taille : le elle ressemble à son pays, elle se tient comme un arbr e ; elle De Mille s'efface, semble-t-il , silence, a fai t un e conférenc e à poèt e révolutionnair e Aï Tsing.
garde sa simplicité de gestes, bien qu'exilée derrière un micro aprè s treiz e an s de théâtr e e t Barcelon e sur le.» cas « Mauric e L'accusation porté e contr e lui a pour elle combien inutile, qui la fige, et donne à sa voix excep-Utrillo, mo n frèr e ». Cette confé -quarant e - sep t an s d'immens e ét é des plu s vague s : orgueil. Sa tionnellement vivante pourtan t des échos de mécanique : il parait
labeu r e t d'immense s triomphe s renc e a eu u n gran d retentisse - situatio n actuelle a de quoi éton -que les gens ont pris l'habitude de ces sons de confection ; le cinématographiques , comm e pou r men t e n Espagne . Miguel Utrillo ne r u n Occidental . Pou r les Chi -
commerce leur a fabriqu é des oreilles. nou s laisser mieu x saisir, saisir à affirm e que Mauric e e t lui on t nois, Aï Tsin g demeur e le poèt e Amalia Rodriguez résiste. Elle résiste de son mieux. Mais elle nu , son exceptionne l exempl e : le mêm e père. Le «journaliste espa - national . Cependan t il n'écri t plus ;
penche vers le gouffr e dans lequel tout se mélange et s'unifor-celui d'un cinéast e qui fu t le sou - gnol est en trai n d'acheve r u n il travaille comm e paysa n dan s un e
mise, ce mixeur d'où ne sort que cuisine de palace. Partie pure verai n maîtr e d e la productio n et ••uvrage qu'il publier a d'ici un commun e d e l a région d e Tien -
son pays à la semelle de ses souliers, elle cède du terrain sur les le perpétue l protég é de . ce Dieu nois à Madrid . Ce livre doit fair e Tsin.
bords, au x finals ; on frôle la romance ; en français, on y tombe : don t il fit , pa r gratitud e san? ''effe t d'un e bombe. Avan t mêm e — Ecrira-t-i l encor e ?
on frémit d'identifier dans « Mourir pour toi » les accents de doute, sa vedette. qu'il soit publiç,. Miguel Utrillo — Certainemen t ! Aï Tsing, plu s
Dalida dans « Bambino ». Dieu nous préserve ! Il n'y a guère que Quel autr e a u mond e eu t un e m' a exposé les quatr e point,s' de que tou t autre , se doit d'être un e
lui qu i le puisse. , ' . réussite si tenac e ? son argumentation. ' Les voici : des cen t fleur s du parterr e chinois.
La vérité comme le-vin, ça n e voyage que si ça se trafique.
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