La circulation dans les couches superficielles de la mer polaire du nord - article ; n°182 ; vol.33, pg 97-104

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Annales de Géographie - Année 1924 - Volume 33 - Numéro 182 - Pages 97-104
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1924
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J. de Schokalsky
La circulation dans les couches superficielles de la mer polaire
du nord
In: Annales de Géographie. 1924, t. 33, n°182. pp. 97-104.
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de Schokalsky J. La circulation dans les couches superficielles de la mer polaire du nord. In: Annales de Géographie. 1924, t.
33, n°182. pp. 97-104.
doi : 10.3406/geo.1924.9694
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1924_num_33_182_9694182 XXXIII année 15 mar 1924
ANNALES
DE
OGRAPHIE
LA CIRCULATION DE LA DANS MER LES POLAIRE COUCHES DU NORD SUPERFICIELLES
Fridtjof Nansen aide des seuls matériaux recueillis durant la
dérive du Fram en longeant la plateforme continentale de Eurasie
pu donner un exposé très clair et très intéressant de la circulation dans
cette parlie de la mer Il pas traile des courants superficiels dans toute
la mer polaire laute de connaître les données recueillies par Peary
durant ses deux derniers voyages ceux de 1906 et de 1909 quand fut
atteint le but de presque toute la vie de ce grand voyageur le Pôle Nord
La mer polaire du Nord forme un bassin très profond plus de
4000 m.) complètement isolé dans sa partie profonde de Océan Paci
que avec lequel il ne communique que superficiellement par le détroit
de Behring large peu près de 100 km et une profondeur qui ne
dépasse pas 60 Au Nord de ce détroit sur plusieurs degrés de lati
tude les profondeurs restent encore inférieures 100 Le détroit de
Behring ne joue donc pas un rôle important comme chenal de commu
nication entre le Pacifique et lamer polaire du Nord
Le contact avec Atlantique se fait par des voies beaucoup plus
larges et plus profondes est entre le Groenland etle Spitzberg que la
mer polaire communique le plus librement en profondeur avec la mer
Nord-Européenne On pas encore précisé par des sondages le
niveau exact de ce seuil est indirectement que Narsen apu évaluer
700 environ Ce large détroit dans sa partie groenlandaise est
constamment obstrué par une zone de glaces lottantes qui se
V.NN UK UO XXXIII AHM.L 98 ANNALES DE OGRAPHIE
déchargent sans interruption de la mer polaire Dans la partie voisine
du Spitzberg un peu au-dessous de la surface se rencontre la
branche Nord du courant Atlantique vulgairement nommé Gulfstream
est par elle que la mer polaire re oit de Atlantique sa provision
eau salée et relativement chaude tandis que dans la partie Ouest
du détroit les eaux refroidies et peu salées des couches superficielles
de la mer polaire en vont au Sud
Du Cap Nord la pointe Sud du Spitzberg étend la plate-
forme continentale une profondeur de 200 300 exceptionnel
lement 400 m.) le courant chaud et salé répand partir du
Cap Nord entre dans la mer de Barentz et divise en plusieurs
branches encore insuffisamment connues Un courant polaire été
signalé aussi comme se dirigeant au Sud-Ouest de archipel du
Spitzberg mais on ne le connaît que très imparfaitement et il
certainement point une importance comparable celui de la côte
Ouest du Groenland Telles sont les voies par où se fait échange des
eaux de la mer polaire avec celles de Atlantique énorme largeur
de la plateforme continentale tant au Nord au Sud du détroit de
Behring et étroitesse de ce dernier rendent absolument insigni
fiant échange eaux superficielles entre la mer polaire et Océan
Pacifique
Mais il existe deux autres sources alimentation de la mer polaire
eau douce déchargée par les fleuves principalement par ceux de
Eurasie et les précipitations atmosphériques
Le volume de eau douce des fleuves qui vont la mer polaire
est lernen appréciable présent on pas fait esti
mation du débit de ces fleuves Mais on peut arriver indirectement
par un calcul sufnsamment approché se représenter ordre du
chiffre exprimant ce volume
Nansen calculé en se basant sur les données assez peu nom
breuses il est vrai on possède sur les précipitations dans les
bassins des rivières et fleuves de la Sibérie Il est arrivé au chiffre de
3970 km3 par an volume des précipitations dont la mer ne re oit
certainement une partie2 Nansen calcule que si cette quantité eau
douce met deux ans écouler dans la mer elle couvre le secteur entre
la cote sibérienne et les méridiens 68 et 165 de long Ouest de Green
wich une couche de 276 épaisseur Si on suppose que écoule
ment dure quatre années de la couche eau douce four
nie par Jes fleuves de Sibérie serait de 552
The Oceanography of lhe North alar Häsin Norwegian North folar
dilion Ill 190 2(i)
On pourrait Actuellement faire un nouveau calcul maje îï la différence
eerail assurément minime il ne vaut pas la peine de tenter une estimation qui
reeterait encore provisoire CIRCULATION DES EAUX DE LA MER POLAIRE Dû NORD 99
Se basant sur la vitesse du courant superficiel le long de la route
du Fram Nansen admet un intervalle de plus de quatre années
La seconde source eau douce les précipitations sur la surface de
la mer polaire elle-même est beaucoup moins considérable Nansen
estime après les observations du Fram àO 25 par an peu près
donnant en quatre ans une couche de épaisseur
Si même il existait un courant constant passant le détroit de Behring
vers le Nord avec une salinité de 31 1000 environ un calcul de
Nansen prouve il équivaudrait apport de 834 km3 eau volume
beaucoup plus petit que celui de eau douce déversée par les fleuves
de Sibérie*
Nansen estime que apport eau par les fleuves de Sibérie est tout
fait suffisant pour expliquer la dilution des couches superficielles de
la mer polaire de 200 de profondeur la salinité 33-
34 1000
Quant au volume eau salée fourni au bassin de la mer polaire
par la branche du courant Atlantique se propageant par le socle conti
nental du Spitzberg il est bien difficile de apprécier Plusieurs esti
mations ont été données du débit du courant dans le déiroit Fixr-Wer-
Shetland par exemple Nansen pour estime 140000 km3 par
an Mais au cours de leur progression vers le Nord les aux sont
saisies par les mouvements cycloniques qui affectent la mer de Norvège
comme démontré le même auteur Le courant chaud et salé venu de
Atlantique ne débite plus près des îles Lofoten que 70000
72000 km3 par an Il est impossible de tirer de ces estimations même
une appréciation approchée du volume du courant du Spitzberg
Néanmoins apport eau salée et chaude de Atlantique dans la
mer polaire doit suffire déterminer un courant en sens inverse
Le courant chaud entré dans la mer polaire et se conformant la
loi de Coriolis déviation vers la droite) reste continuellement accolé
au bord du socle continental ce bord assez bien connu est situé au
Nord des archipels du Spitzberg de Fran ois-Joseph et sûrement pas
loin de la partie Nord de la Terre de Nicolas lî Le fait est bien démon
tré par les observations du Fram qui trouva entre 350-450 de
profondeur une couche de température maxima et en même temps
de grande salinité 351 353 1000 Nansen suppose que ce
courant fait le tour du bassin fermé de la mer polaire et fournit
eau salée mais refroidie par contact des grandes profondeurs tic eu
bassin
1- mouvement des eaux superficielles de la mer polaire vers Ouest
Le courant du déiroit de Behring est encore moins connu que ceux de
Atlantique Nord On peut meine supposer que ce courant est beaucoup moins
important on ne le penae actuellement
The Niiriiieffian Sea 169 100 ANNALES DE OGRAPHIE
est encore accentué par influence des vents comme prouvé Nausen
après la dérive du Fram fig l)
Quantité de faits bien connus confirment existence un pareil
courant travers le pôle vers le débouché de la mer polaire entre
le Groenland et le Spitzberg ustensiles de pêche des indigènes de
Alaska bois flottants espèces sibériennes objets ayant appartenu
équipage de la Jeannette retrouvés Ouest dérives des navires
Tegethof Jeannette Fram Karluck Sainte-Anne de expédition de
Stefanson 1917-1918 Mais toutes ces données se rapportent plutôt
la partie de la mer polaire située entre le pôle et Eurasie tandis que
autre moitié du bassin est beaucoup moins connue
Avant de passer exposition de nos idées sur la circulation super
cielle du bassin polaire il faut rappeler que existence une grande
terre ou du moins de hauts fonds très étendus au Nord-Ouest de
archipel américain été supposée par Rollin Harris dans son traité
sur les marées de la mer polaire Mais cette hypothèse ne paraît guère
vraisemblable Si Harris avait connu les résultats des observations
de marées faites par expédition polaire russe de 1900-1902 le long
des côtes sibériennes il aurait probablement modi son opinion On
doit plutôt croire que la partie profonde du bassin polaire étend sans
interruption au socle continental de archipel Nord-américain
Nansen admet2 lui-même il peut exister une large plateforme
continentale portant des terres inconnues au Nord de archipel Nord-
américain Mais la dérive de Storkorsen en 1918 sur la glace flottante
de la mer de Beaufort où il trouvé de grandes profondeurs prouve
que le plateau continental entre la terre russe de île de Wrangel et la
terre de Banks est étroit comme les sondages de Mikkelsen ont
démontré plus loin Est
Tout cela conduit plutôt idée un bassin polaire profond éten
dant sans interruption et entourant le pôle de tous les côtés une large
bande de grands fonds
Mais la question de existence un bassin polaire plus ou moins
étendu pas de rappprt direct avec la circulation superficielle dans ce
même bassin Si nous abordons ici en passant est surtout pour
mentionner les données russes sur les marées de la côte de Sibérie
restées inconnues dans la littérature scienti que et pour en tirer les
conséquences elles comportent
Comme il été dit précédemment personne actuellement ne met en
doute existence un courant continu dans les couches super cielles
<le la mer polaire se dirigeant de Est Ouest au moins dans la partie
de la mer voisine de Eurasie
LI ausai ceux de expédition russe de 1914-191
Spitsbergen Waters 1915 23 CIRCULATION DES EAUX DE LA MER POLAIRE DU NORD 101
Quelques-uns ont supposé une grande partie de ce courant super-
ciel après avoir détaché de ses branches le long du Groenland
vers le Sud continue sa marche en longeant la plateforme continentale
américaine et forme ainsi un mouvement anticyclonique entraînant
avec lui une partie des glaces flottantes
Nous sommes arrivé une idée tout fait différente en étudiant les
faits de dérive des glaces qui nous sont connus
Les travaux des Russes le long de la côte de Sibérie datent de 1733-
1743 est alors que la grande expédition du Nord entreprit étude des
FIO CARTE RB LA MER POLArRB DU NORD
côtes de la mer polaire des conditions de navigation et par conséquent
du régime des glaces côtières Les données qui datent du xvi siècle
obtenues par les premiers explorateurs les cosaques conquérants du
pays avaient en effet été complètement perdues pour la science
Durant cette expédition on eut pas occasion de éloigner beau
coup de la côte et les faits observés se rapportent au régime de la glace
qui durant hiver est attachée cette côte par la gelée En langue
russe il existe un terme très propre pour indiquer cette catégorie de
glaces est le pripaj côtier ce qui veut dire la couche soudée 11
serait désirer que ce terme si sintroduisît dans la
langue scienti que il remplacerait avec avantage un autre terme russe
depuis longtemps en usage sastruguit
Il eat assez singulier un ouvrage anglais attribue ce mot une origine
anglaise ANNALES DE OGRAPHIE 102
Anjou et Wrangel qui en 1821-1824 ont beaucoup circulé en
traîneau sur les glaces côtières entre la péninsule de Tajmyr archipel
de la Nouvelle Sibérie et île de Wrangel ont trouvé au Nord de
archipel de la Nouvelle Sibérie et de la côte de la Sibérie la
baie de Kolutshin il existe toujours en hiver une pölyni/a est-à-dire
un intervalle eau ou complètement libre ou obstrué par des débris de
glaces qui longe la limite extérieure du ipoj côtier La largeur de ce
ipoj est fonction de la profondeur de la mer et partiellement aussi
de la con guration de la ligne de la côte partir du bord extérieur
du ipoj de autre côté de la polynija les glaces sont en mouvement
continuel été comme hiver Ce fait est indiscutable après les dérives
du Karluck de la Jeannette du Fram et des balises de Melville-Bryant
Un émis hypothèse que cette polynija serait due une branche
du courant chaud atlantique qui irait vers Est en contournant le
Spitzberg idée est tout fait invraisemblable car le courant chaud
entré dans la mer polaire devient immédiatement sous-marin il se
dirige Est le long du socle continental de Eurasie mais étant plus
salé et par conséquent plus dense ne peut monier sur la plateforme
continentale où on trouve la polynija beaucoup plus au Sud près de la
côte de Sibérie
est une cause dynamique et non thermique qui produit une bri
sure dans la couche de glaces assez loin de la côte mais aussi bien au
Sud du bord de la plateforme continentale Nuus avons dit que les
couches super cielles de la mer polaire sont principalement formées par
les eaux douées venant des fleuves de Sibérie et il en resulle un
courant constant travers la mer polaire vers le détroit Spitzberg-
Groenland On pouvait après le travail de Nansen considérer cette
conception comme très plausible Nous en possédons actuellement une
preuve décisive grâce la malheureuse expédition de Broussilof sur le
bateau Sainte-Anne en 1912-1914 En octobre 1912 le 29 st. près
de la côte de Jamal 71 47 lat N.) le navire fut pris par les glaces et
partir de ce moment la dérive entraîna au Nord ce il
dépassât archipel de la terre Fran ois-Joseph est seulement alors
que la dérive changea de sens et prit la direction de Ouest 17 dec
1913 par 82 14 lat N. 73 long de Gr. parallèle celle du Frum
Un fait remarquable fut observé durant celte longue dérive
29 octobre 1912-17 décembre 1913 La direction des vents dut certai
nement varier pendant toute une année de marche au Nord mais le
champ de glace qui portait le bateau tout en faisant des zigzags sui
vant les changements de vents continua avancer vers le Nord la
pointe du compas du vaisseau durant tout ce temps ne dévia pas de
plus de
Le fait ne peut expliquer en supposant que la dérive des glaces
et du bateau était due non la direction moyenne des vents mais CIRCULATION DES EAUX DE LA MER POLAIRE DU NORD 103
une autre cause qui ne peut être que la marche des couches superfi
cielles de la mer vers le Nord Il existe bien un courant constant avec
une vitesse moyenne de 15 mille marin par jour estimation bien
proche de celle de Nansen) courant eau douce ou peu salée se diri
geant des côtes de Eurasie au Nord vers le large de la mer polaire Si
pendant hiver la faible profondeur de la mer permet la formation
une large bande de ipoj le long de la côte sibérienne le mouve
ment continuel des glaces plus au large détermine une brisure au
point où la dérive commence est origine de la polynija
Le régime des glaces de la partie de la mer polaire qui avoisine
Eurasie nous est donc actuellement un peu plus connu
Que peut-on dire de la partie américaine de cette mer
Nous avons ici beaucoup moins de données Si les voyages dans
cette région ont été assez nombreux ils ne dépassèrent pas les confins
de archipel américain Seul Peary dans ses tentatives pour atteindre
le pôle fit plusieurs longs parcours sur les glaces qui étendent au
Nord de archipel Les faits les plus intéressants pour nous sont les
suivants
En 1902 il poussa au Nord de la Terre de Grant 84 17 de
lat Nord 68 lat Ouest de Gr environ et fut arrêté par une large
polynija il ne put traverser Durant presque deux semaines il sta
tionna au bord de cette brisure en demeurant sur la glace côtière le
pripa) Après avoir épuisé ses vivres il dut revenir en arrière
En 1900 au méridien 75 il atteignit la latitude 85 où il rencontra
de nouveau la polynija mais cette fois moins large et couverte une
mince couche de glace grâce la remarquable propriété de la glace
de mer sa flexibilité il put la traverser et avancer sur les champs
de glaces la latitude de 87 06 limite il pu atteindre cette
fois Obligé de rebrousser chemin il arriva de nouveau la polynija
la latitude de 84 et la traversa de nouveau mais beaucoup plus
Est pendant sa marche sur les champs de glaces il dériva de 270-280
de longitude et pour regagner son hivernage dut faire route de Est
Ouest le long des côtes
Pendant son voyage définitif de 1909 il rencontra la même polynija
mais par bonheur une largeur praticable est cette heureuse cir
constance qui lui permit atteindre le pôle
Ces faits démontrent une poli/nija constante existe aussi le long
du bord de la glace côtière dans la partie américaine de la mer
polaire Ici il existe pas de décharge eau douce il pas
de fleuves il pas non plus de courant chaud qui pourrait
affaiblir la glace Il ne reste donc une seule cause invoquer un
courant des couches superficielles de la mer polaire se dirigeant vers
unique issue au Sud le détroit Groenland-Spilzberg est ce cou
rant qui produit la dérive des glaces du large observa Peary et la ANNALES DE OGRAPHIE 104
cassure entre eux et la glace côtière stable en hiver parce elle est
soudée la côte
11 semble donc on peut constater sur toute étendue de la mer
polaire existence un courant superiïciel qui se dirige des parages
de la mer de Beaufort vers le pôle le dépasse et se déverse au Sud
entre le Groenland et le Spitzberg
SCHOKALSKY
Professeur Président de emèrite la Société Académie rus de Géographie cavale ru se
Avril 1923