La femme est-elle un sportif comme un autre ?
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La femme est-elle un sportif comme un autre ?

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22 févr. 2012 – La femme est-elle un sportif comme un autre ? Par Vincent Martinelli. Publié le 11 fevrier 2012 à 04h00. Mis à jour le 12 fevrier 2012 à 10h17 ...

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Langue Français
La femme est-elle un sportif comme un autre ?
Par Vincent Martinelli
Publié le 11 fevrier 2012 à 04h00
Mis à jour le 12 fevrier 2012 à 10h17
On ne parle pas du physique mais de l'état d'esprit. Quels sont les atouts des filles
pour s'imposer dans le sport de haut niveau ? Réponses de sélectionneurs
Il y a ceux qui, par principe, ne veulent pas en parler. Ou alors pour répondre que la question
n'a pas lieu d'être. La femme est un sportif comme un autre, point barre.
Bruno Bini suit cette tendance. Sélectionneur de l'équipe de France de football, demi-finaliste
du Mondial 2011, il estime que les joueuses « n'affichent pas plus ou moins de détermination
que les garçons. Ils ont tous une même envie d'accéder au haut niveau. » Peut-être parce
qu'il fait partie des sélectionneurs les plus modernes, peut-être aussi parce que sur le terrain,
« l'équipe n'a pas de sexe », Bini voit dans les débats entourant le sport féminin une suite
d'« idées reçues » dont « la plus grande est de croire que le sport n'est pas fait pour elles. »
Jardel : « Il n'y a pas pire, et pas meilleur »
Au basket, Pierre Vincent, qui rejoint son collègue du foot sur la détermination, est plus
nuancé en évoquant la supposée vénération des filles pour le collectif. Actuel entraîneur des
garçons de l'Asvel et des Bleues, il confirme que les filles « sont plus engagées dans le
groupe, mais pas toujours pour les bonnes raisons. Au basket, sport d'adresse, elles
manquent parfois de confiance et peuvent avoir une image négative d'elles-mêmes. Dans
ces cas-là, se fondre dans le collectif, ça aide à assumer l'échec. » Son prédécesseur au
poste, Alain Jardel, va plus loin. Pour lui, le collectif ne les rassure pas, il leur est carrément
vital : « Les femmes ont de façon notoire besoin de se trouver en groupe pour réussir.
Demander un exploit à une joueuse est quelque chose de décalé dans le sport collectif
féminin. »
Tentées par la passe de trop, globalement échaudées par la percée individuelle, les
basketteuses trahiraient ainsi ce que Pierre Vincent appelle un esprit « scolaire et
appliqué. » Celui-là même qui, pour Alain Jardel, est une vraie machine à dérouter les
entraîneurs : « J'ai entraîné des filles et des garçons. Ma conclusion c'est qu'il n'y a pas pire,
mais aussi pas meilleur qu'une séance avec des filles. Mais en basket, où le coach est très
interventionniste, on déplore toujours cet excès de discipline. C'est la question fondamentale
que le coach doit se poser : il ne doit surtout pas casser l'autonomie de la joueuse. »
Coacher des filles, exercice a priori délicat, donc, sauf quand on s'appelle Olivier Krumbholz
et qu'on tient les rênes de la sélection de handball depuis près de quinze ans.
Bini : « Notre rythme, notre histoire »
« Si elles sont plus tournées vers la coopération et studieuses, c'est aussi ce qui leur donne
une marge de progression importante dans le sport d'élite », estime le récent vice-champion
du Monde. « C'est très utile, notamment pour un sport comme le hand qui, à règles égales,
est plus difficile pour les filles que pour les garçons. Mais les filles ont aussi ont un grand
côté individualiste, et c'est primordial pour avoir plus de puissance, de maîtrise de son
savoir-faire. »
Ce trait de caractère est utile, aussi, quand le spectateur fait l'incontournable comparaison
entre les versions féminine et masculine d'un même sport. Alain Jardel reconnaît l'existence
d'un petit complexe d'infériorité : « Sans aucun doute. Dans tous les sports collectifs, les
filles sont dans l'ombre des garçons. Sur la dernière décennie, les filles sont deux fois
championnes d'Europe mais qui le sait ? » Pourtant, loin de le considérer comme un
handicap, le Gersois y voit un outil précieux : « C'était l'un des grands moteurs de l'équipe de
France que je coaché et qui a gagné l'Euro 2001 : il fallait montrer qu'elles valaient au moins
aussi bien que les garçons. »
Krumbholz : « Deux pratiques dans la même maison »
Pour le reste, les autres sélectionneurs interrogés croient autant au Père Noël qu'au
complexe d'infériorité de leurs ouailles : « Si jamais il y en avait un, ce dont je doute, ce
serait au staff de moduler tout ça », avance Bruno Bini. « On a souvent envie de mettre en
opposition foot féminin et foot masculin. C'est de la bêtise. On a notre rythme, notre propre
histoire. » Dans un style plus imagé, Pierre Vincent le rejoint : « C'est pareil pour la
différence de traitement des sports. On montre plus de foot que de basket à la télé, ça veut
dire que le foot est plus intéressant que le basket ? Non, c'est comme ça, c'est tout. »
Carrément catégorique, Olivier Krumbholz coupe court : « Il n'y a pas de complexe. Ni dans
l'expression du jeu, ni dans notre évolution médiatique. En ce qui nous concerne, c'est deux
pratiques dans la même maison. Chacune a ses temps forts et ses temps faibles. » En
résumé, la femme est un sportif comme un autre. Point barre.
Les interlocuteurs
Bruno Bini
Sélectionneur de l'équipe de France de football féminine depuis 2007.
Olivier Krumbholz
Sélectionneur de l'équipe de France de handball féminine depuis 1998.
Pierre Vincent
Entraîneur de l'équipe de France de basket féminine depuis 2008, entraîneur de Bourges de
2003 à 2011.
Alain Jardel
Entraîneur de l'équipe de France féminine de 1997 à 2006, entraîneur de Mirande (1975/97)
et Tarbes (2010/11).
Source
http://www.larepubliquedespyrenees.fr/
Plus déterminées, appliquées, à l'écoute des consignes, mais pas à l'aise quand on les compare aux garçons ? Entre la
caricature et le trait de caractère, les sportives ont leur propre terrain d'expression.
© Archives N.Sabathier