Les fédérations sportives n
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Les fédérations sportives n'hésitent pas à jouer avec "l'effet Kournikova"

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Les fédérations sportives n'hésitent pas à jouer avec "l'effet Kournikova". Recueilli par QUENTIN GIRARD. INTERVIEW, 30 mars 2012. Le chercheur Thierry ...

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Les fédérations sportives n'hésitent pas à jouer avec "l'effet Kournikova"
Recueilli par QUENTIN GIRARD
INTERVIEW, 30 mars 2012
Le chercheur Thierry Terret décrypte le tiraillement du sport féminin entre une érotisation
commerciale des corps et l'arrivée de nouveaux acteurs avec d'autres normes esthétiques.
Les joueuses de beach-volley pourront porter un short en lieu et place de l'habituel bikini
(qui reste autorisé) lors des Jeux olympiques de Londres afin de
«séduire de nouveaux pays»
,
selon la Fédération internationale. Pour Thierry Terret, directeur du
Centre de recherche et
d'innovation sur le sport
, auteur d'
Histoire du sport féminin
, le sport féminin de haut niveau
est tiraillé entre une érotisation commerciale des corps et l'arrivée de nouveaux acteurs avec
d'autres normes esthétiques.
Y-a-t-il un retour vers des tenues plus pudiques dans d'autres sports que le beach volley?
Récemment, nous avons eu le cas du badminton, mais ce n'est pas exactement la même
situation. L'année passée, la fédération internationale de badminton a souhaité imposer la
jupette aux joueuses. Cela a provoqué un tollé, et la demande
a été retirée
. Sinon, il n'y a
pas d'autres situations similaires récentes.
En se rendant peut-être moins «attirant» visuellement, le beach volley prend-il le risque
de perdre un partie de son public?
Il risque de perdre une partie de son public actuel, mais les dirigeants font le pari de
compenser largement cette perte par un gain d'un autre public qui pouvait être choqué
auparavant.
La tenue des athlètes féminines est-elle régulièrement un objet de débat?
La coupe et la texture des vêtements sportifs féminins ont considérablement évolué depuis
un demi-siècle. Dans les années 60 et 70, les vêtements copiaient le modèle masculin, et les
femmes devaient s'en contenter. Depuis les années 80, le vêtement s'est féminisé et a
essayé de traduire à la fois les exigences de la compétition et en même temps les exigences
esthétiques du regard occidental.
Des pays, notamment les pays arabes, demandent-ils des nouvelles tenues pour participer
aux compétitions sportives?
Depuis un ou deux ans seulement, on a une nouvelle inflexion qui vient de puissances en
devenir, comme les pays arabes, qui imposent de nouvelles normes esthétiques dans
lesquelles le religieux a aussi sa place. Ces nouvelles tenues, où parfois des parties du corps
sont complètement cachées, doivent tout de même rester fonctionnelles par rapport aux
exigences de performances sans non plus qu'il y ait un rejet total des considérations
esthétiques. Le vêtement peut rester moulant, attractif, et beau mais c'est au regard des
normes de ces pays qui ne sont pas forcément celles des pays occidentaux.
A chaque fois, l'enjeu semble être plus le regard masculin que la libération de la femme.
Effectivement, c'est le regard masculin qui prime. Ce regard est à la fois celui des institutions
sportives, qui sont à 90% composées de membres masculins, et aussi celui des spectateurs
et des téléspectateurs, à 75% des hommes.
Le sport féminin de haut niveau, pour être médiatisé, est-il obligé de jouer sur sa
dimension sexy?
C'est une tendance lourde qui tient à plusieurs facteurs. Le premier est le poids de l'image.
La sexualisation de l'image des sportives n'est pas récente. Dans les années 20 on vendait
déjà des cartes postales avec des sportives. Ce qui change c'est la place de l'image qui est
bien plus importante avec la télévision et surtout internet.
La seconde rupture est que le corps sexué était perçu de manière négative jusque dans les
années 70 et, ensuite, ce regard est devenu plus positif. Cela a renouvelé totalement l'image
que l'on s'en fait et les utilisations possibles. Soit pour des fins d'autopromotion des
sportives - ce qu'on appelle en sociologie du sport
«l'effet Kournikova
» - soit pour les
fédérations qui n'hésitent plus à jouer dessus dans les règlements ou dans les publicités.
Le Tour de France féminin a utilisé le même poster d'une femme en collants moulants noirs
au-milieu d'un pédalier de vélo, tout cela sur fond rouge, pendant de nombreuses années.
Cela reprenait tous les symboles utilisés dans les affiches des James Bond girls.
Est-ce qu'on ne prend pas le risque de n'avoir à la fin que des Kournikova?
Non, parce que le sport de haut niveau ne fonctionne pas que là-dessus. Il y a d'autres
ressorts qui font que les mécanismes de vente ou d'identification ne reposent pas que sur le
corps sexué.
Y-a-t-il chez les sportives des formes de rébellion, un refus du corps sexué, ou au contraire
décident-elles d'en tirer avantage?
Aujourd'hui, il y a vraiment les deux. Il y a des formes des résistances culturelles ou
commerciales. Des femmes disent non à des contrats et ont des positions très fermes. Et, de
l'autre côté, certaines franchissent le pas en se disant qu'elles gagneront plus d'argent en
commercialisant leur image. Ainsi, la lanceuse de javelot latino-américaine Leryn Franco a su
jouer le jeu des caméras alors qu'elle ne comptait pas parmi les meilleures. Elle y a gagné
infiniment plus d'argent que grâce à ses performances au javelot.
Quelles vont être les évolutions du sport féminin?
Le monde du sport féminin de haut niveau est en train d'être bouleversé avec l'arrivée de
sportives des pays arabes. On risque d'avoir dans les prochaines années un paysage encore
plus contradictoire qu'il ne l'est déjà aujourd'hui. Il y a deux ans, j'ai assisté à un marathon
dans le sud du Liban. A l'arrivée, une Britannique courait en tenue occidentale, donc
quasiment en maillot de bain fluo, et, dans le même groupe, des marathoniennes locales
concouraient entièrement couvertes, malgré la chaleur étouffante. On a donc des images
complètement paradoxales.
Source :
http://next.liberation.fr/