Récit de l

Récit de l'ascension de l'Everest par François Damilano

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FRANÇOIS E DAMILANO VH arêtteiNboerdt h E 25 mai 2014

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Publié le 20 mars 2015
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Langue Français

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FRANÇOIS E DAMILANO VH arêtteiNboerdt h E 25 mai 2014< R WE DID IT E ALTITUDE8850 M S SOPHIE LAVAUD T
TEAM EVEREST 2014 Sur fond d’Everest, en arrièreplan de gauche à droite: Kari Kobler (guide, organisateur) – CH Sophie Lavaud – F/CAN/CH Markus Muller – CH HansRuedi Buechi – CH Michel Viso – FR Assis de gauche à droite : François Damilano – FR Andreas Neuschmid (guide) – AT Uwe Karsten – D Knut Grotli – NW Bart Wrobleski – PL
NOS LEADERS Dendi (sirdar) Andreas Neuschmid (guide) Kari Kobler (guide, organisateur) Kusang (sirdar) Deux sirdars (responsables des équipes népalaises et tibétaines) ne sont pas de trop pour gérer les 35 personnes (sherpas, cuisiniers, aidecuisiniers) qui équipent et alimentent le camp de base (5100 m), l’Intermediate Camp (5700 m), l’Advanced Base Camp (6500 m), le Camp I (col nord, 7100 m), le Camp II (7700 m), le Camp III (8300 m).
COL NORD Camp 7100 mètres. Première étape de haute altitude depuis l’Avanced Base Camp (6500 mètres). Le camp Kobler est installé dans une dépression de glace dominée par un grand sérac qui protège du vent d’ouest incessant. «HYBRYD GUIDE» Hypothétique croisement entre Michel Polnareff (merci Adidas Eyewear pour le look discret des lunettes d’altitude) et un Alien (le masque à oxygène qui transforme le nez en trompe élégante). François découvre les avantages (indéniables) et contraintes de l’utilisation de l’oxygène artificielle en haute altitude.
MONTEE 7700 M À nouveau, nous quittons le camp du col Nord (7100 m) – dont on distingue les tentes dominées par le sommet du Chartse – pour remonter les pentes de l’arête Nord en direction du Camp II (7700 m). Le vent souffle, il fait froid et nous savons qu’il en sera ainsi jusqu’au jour duSummit Push. Mais nous devons monter maintenant si nous voulons être à pied d’œuvre au moment de l’hypothétique « fenêtre météo » timidement annoncée…
La longue pente de neige du col Nord bute dans les premiers ressauts rocheux de l’arête Nord. C’est raide, immédiatement. Le rythme est cassé et il faut trouver un nouveau souffle. Celui qui conduira aux Camps II et III. Celui qui mènera au sommet…
ARRIVEE CAMP II 7700M L’arrivée au Camp II à 7700 m n’est pas réjouissante : univers minéral de tuiles instables vaguement enchâssées et forte pente. Les Sherpas ont façonné de vagues terrasses restreintes permettant de monter les tentes d’altitude. Le vent souffle fort. Nous nous réfugions dans les fragiles abris de toile en cherchant à s’organiser au mieux malgré l’inconfort. Ne pas douter. Ne pas se plaindre. Serrer les dents. Faire de l’eau, tenter de se reposer.
SE POSER Aux côtés de Sophie , le guide Andreas se pose quelques instants dans notre tente lors de sa tournée du camp. Le temps de quelques gorgées de Coca mélangé à un peu d’eau… précieuse boisson appréciée à cette altitude. Les sourires sont éclatants malgré l’inconfort, le moral inébranlable malgré le doute.
CAMP II 7700 M Entre deux somnolences, entre deux casseroles d’eau, jeter un regard par l’entrebâillement de l’abside de la tente. S’émerveiller du jeu des nuages et du soleil déclinant. S’inquiéter du vent, de l’état des compagnons cloîtrés dans leur tente, de la forme de nos compagnons Sherpas si précieux.
Les Sherpas ne sont pas au repos. S’enquérir de la forme et des besoins des members, apporter de la glace pour faire de l’eau, gérer les bouteilles d’oxygène. Nous ne les verrons disparaître dans leur tente qu’à la tombée du jour.
Nous sommes haut. Le camp domine la face Nord qui plonge sur l’immense glacier de Rongbuck. À l’horizon, les montagnes népalaises et tibétaines à perte de vue dont émerge la calotte caractéristique du Cho Oyu (8200 m) gravi par Sophie en 2012.
MONTEE 8300 M Au petit matin, malgré la nuit au sommeil hypoxié et haché, il faut s’équiper, faire le sac, sortir au froid et repartir vers le haut. Et déjà la brume enferme le regard, le grésil agresse la moindre parcelle de peau exposée. Baisser la tête, se concentrer sur la corde fixe (rouge ce printemps) – notre précieux fil d’Ariane – et mettre un pied audessus de l’autre. Il ne s’agit pas de courage, simplement d’un peu d’abnégation.
CAMP III 8300 M Le camping le plus haut du monde… S’y poser quelques heures, s’abriter du vent, boire, ne pas trop s’interroger. Et puis déjà se préparer pour le Summit Push. Laconique, le guide Andreas passe l’information de tente en tente : « nous attaquerons à 22h00 malgré le fort vent, il doit faiblir en fin de nuit. Nous n’avons pas d’autre alternative, le mauvais temps est prévu dès le milieu de journée de demain. Ce sera dur. À tout à l’heure ! » À ce moment, je ne vais pas très bien… Maux de ventre, fatigue. Je ne me suis pas assez hydraté et je paie cash ! Pourtant il faudra partir dans quelques heures.
LEVER DE SOLEIL Emmitouflés dans nos volumineux vêtements en duvet, enfermés dans le monde clos du masque à oxygène, protégés (en pleine nuit !) par nos lunettes de soleil d’altitude pour que les yeux ne gèlent pas, nous sommes partis malgré les rafales (parfois les claques !) continues du jetstream. Nous avons remonté le long mur raide qui termine l’arête Nord avant d’atteindre enfin la magnifique arête Est qui file vers le sommet. Et puis là, subitement, les premières lueurs qui réchauffent le corps et le cœur. Pour la première fois de l’expédition, nous nous projetons sur la Cime ! Nous sentons que nous nous faufilons dans un tout petit trou de souris, entre vents d’altitude et arrivée de la mousson…
SOMMET 8850 M Làhaut. Regarder, écouter, filmer. Je veux pouvoir raconter.
SOMMET 8850 M Sophie sur le Toit du Monde.
SELFIE Pour un selfie le plus haut du monde : au sommet Sophie tend son appareil photo à bout de bras pour capter son image avec Nima Tsering Sherpa compagnon népalais de ses trois succès sur les hautes montagnes de la Terre, et François.
SOPHIE ET FRANÇOIS Parvenir au sommet de l’Everest, c’est aussi se débarrasser d’une formidable tension. Celle du projet, de l’attente, de l’ascension. Celle du mythe. Se relâcher. Quelques instants, quelques instants seulement. Le temps d’une accolade, de deux larmes, de trois photos. Nous sommes làhaut, tout làhaut.
EVEREST HORIZON Sur la pointe de la pyramide sommitale, se tourner et se retourner. Absorber l’horizon et l’imprégner au plus profond de soi. Tout voir pour se souvenir. Se souvenir à jamais.
DESCENTE Et puis s’arracher. S’arracher à cet instant que l’on cherche à prolonger, conscient de son unicité. Retourner sur Terre. Achever les accolades qui se multiplient encore et déjà se concentrer sur la descente. Aux premiers pas sur l’arête de neige sommitale encore confortable succède immédiatement l’immense paroi de la face Nord. Face au vide, garder le pied sûr et enchaîner les premiers ressauts raides. Relever la tête de temps à autre pour contempler la longue arête Est que nous venons de gravir.
DESCENTE CAMP 8300 M Descendre, toujours descendre. Ne pas se laisser rattraper par le mauvais temps déjà là et rejoindre le Camp 8300. La trace est ponctuée des petits points colorés des autres prétendants encore dans l’effort de la montée. Nous les esquivons au mieux, d’un pas de côté, d’une courte attente ou au contraire d’une accélération pour effectuer le croisement parfois chaotique entre deux respirations. Désescalader, enchaîner les rappels ou laisser glisser les mains le long de la corde. Rester lucide, garder la vigilance, ne pas baisser la garde.
De passage au Camp 8300 , récupérer quelques affaires, boire deux gorgées, croquer un bout de barre énergétique durcie par le gel et continuer. Pas de réel repos à cette altitude. Alors descendre, continuer de descendre…
RETOUR COL NORD Sophie, François, HansRuedi, Michel et Bart (arrièreplan) se retrouvent pour une courte pause au col Nord (6500 m). Il neige, déjà… Kari (leader de l’expédition) annonce qu’il faut continuer. Sa dernière liaison avec son prévisionniste météo lui fait craindre de fortes quantités de neige dans la nuit. Il accélère donc « l’évacuation » de la montagne avant que la mousson ne referme le piège. Nous buvons un Coca (le meilleur de notre vie), chargeons le sac et plongeons dans les raides pentes de glace du col Nord juste avant la nuit…
AVANCED BASE CAMP 6500 M Hier soir, je me suis écroulé avec délices dans le sac de couchage de ma tente de l’ABC. Sommeil de plomb après les presque 24 heures d’escalade et de descente nonstop duSummit Day.Je me réveille au bruit des sonnailles des yacks. Tous les autres sons sont feutrés. J’ouvre la tente et j’hallucine de l’épaisseur de neige qui recouvre déjà le camp. Petitdéjeuner frugal et Kari de nous annoncer « Il faut descendre dès aujourd’hui au camp de base. Il va neiger sans interruption pendant plusieurs jours, il faut évacuer dès maintenant si nous ne voulons pas rester coincés ! ». Les tentes sont enfouies, les yacks peinent à faire une trace, le blizzard cingle. C’est ça le printemps au Tibet ? Les Sherpas s’affairent à démonter le camp. Nous enfournons quelques affaires dans le sac à dos et repartons sur l’échine blanchie des moraines du glacier de Rangbuck. Dans 24 km et quelques heures nous serons au camp de base. Un dernier regard sur l’ABC. Les tentes semblent se faire manger par la neige. Le paysage alentour a disparu et l’Everest dominateur s’est effacé. L’ambiance cotonneuse est malgré tout magnifique Le Tibet nous offre un nouveau décor pour le dernier acte de notre expédition.
CAMP DE BASE 5100 M Deux jours plus tard… « heu c’est normal toute cette neige ? » Nous avions rêver d’un retour au camp de base avec des températures printanières. Nous avions imaginer la douche, le tri du matériel étalé devant la tente, la farniente au soleil… Il fait froid et humide. Nous macérons dans les mêmes vêtements depuis une semaine, nous déneigeons les tentes trois fois par jour et nous ne savons pas quand ni comment nous allons quitter le camp. Qu’importe : « We did it ! »
DEPART CAMP DE BASE 28 mai, déjà. À pied, nous quittons le camp de base. De la neige à micuisse, nous traçons jusqu’au campvillage tibétain de Rongbuck. L’étrange sensation de flottement qui nous habite depuis le sommet perdure au moment de traverser « notre » paysage quotidien aux repères effacés. Nous en profitons. Une dernière fois nous nous imprégnons de cette partie du Tibet qui nous a accueilli pendant presque deux mois. Rien ne nous chiffonne, rien ne nouscontraint. Nous nous sentons légers. « We did it ! »
ON A MARCHE SUR L’EVEREST
er Genève  1 juin 2014
Textes François Damilano Photos © Sophie Lavaud, François Damilano, Norlha