Luc Ferry , pitre et philosophe

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« Comme Midas, Luc Ferry est maintenant pourvu d'oreilles d'âne pour avoir voulu donner son avis à Canal plus où il s'était commis alors que rien ne l'y forçait. Le voici donc piégé par cette Hybris qu'il dénonce si brillamment dans son analyse des mythes ! »
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Les propos imprudents de Luc Ferry
Un moralisme étouffant
Gavée de vaines polémiques, soumise au spectacle télévisuel permanent, assoiffée des ragots d’Internet, la société française est soudainement habitée par une vocation morale qui risque de la conduire à de nouveaux débordements. L’ancien ministre et philosophe actuel Luc Ferry est payé pour le savoir. Il a tenu des propos imprudents sur Canal + il y a une semaine. La justice en fait une affaire dont les conséquences sont potentiellement graves.
LUC FERRY a déclaré sur Canal + que tout le monde sait tout sur le comportement de certains hommes politiques et qu’il était au courant, par des confidences que lui auraient faites des personnages haut placés, et notamment un Premier ministre, d’une affaire de pédophilie impliquant un ancien ministre lors d’un séjour au Maroc. On lui a demandé un nom, il n’a pas voulu le prononcer. L’ancien ministre de l’Éducation tentait de prendre la défense des journalistes, qui sauraient beaucoup de choses mais ne peuvent pas les publier sans risquer un procès en diffamation. Lui-même a soulevé un couvercle mais s’est empressé de le rabattre, estimant que, s’il mentionnait un nom sans avoir la moindre preuve de ce qu’il avançait, il serait poursuivi en justice.
Commentaires négatifs.
Il l’a été quand même. Ses déclarations ont été commentées de façon extrêmement négatives dans tous les camps, y compris au sein du gouvernement. Le parquet a alors jugé bon d’ouvrir une enquête et, vendredi dernier, Luc Ferry a dû s’expliquer prendant près d’une heure et demie devant les policiers. M. Ferry est un homme en tous points estimable, reconnu comme un philosophe qu’on lit attentivement et un chroniqueur de talent. Il a eu beaucoup de mal à exercer son métier de ministre de l’Éducation, mais ses prédécesseurs et ses successeurs ont eu une tâche au moins aussi difficile. L’affaire DSK, à l’origine des questions qui lui ont été posées, a-t-elle déclenché ce qu’on appelle volontiers aujourd’hui un hubris, du mot grec qui décrit l’attitude péremptoire et arrogante des hommes puissants ou célèbres ? C’est possible, mais pas sûr. Il s’agit d’un dérapage qui aurait dû être rapidement oublié. Il y a tant de faux événements à la télévision.
Mais non. La pédophilie est, assurément, un crime d’une très grande gravité. Donc M. Ferry est sommé d’en dire plus. De quel ancien ministre s’agit-il ? Et, s’il ne connaît pas son nom, il doit fournir l’identité de ses informateurs. Alors qu’il refusait de s’expliquer à la télé pour ne pas se livrer à la délation, le voilà contraint et forcé non seulement de désigner un suspect mais ceux-là même qui soupçonnent cet individu. On voit arriver, sans excès d’imagination, une conflagration susceptible de modifier les équilibres politiques, si les « hommes haut placés » dont M. Ferry aurait recueilli les confidences doivent à leur tour, et en pleine période électorale, s’expliquer devant la justice. Car dès lors qu’un pédophile reste libre, c’est qu’il
aurait bénéficié d’une protection. On imagine une brochette de mises en examen de personnes qui occupent le haut du pavé.
NOUS ALLONS TOUS DEVENIR PARANOIAQUES
Un magistrat fait valoir que le déchaînement de la justice dans cette affaire risque d’être peine perdue car les faits sont probablement prescrits. Cela n’empêchera pas de désigner à la vindicte publique des hommes ou des femmes qui colportaient des rumeurs ou, peut-être, de vraies informations. Une fois de plus, un homme qui, par son savoir, inspirait le respect, se retrouve dans une de ces tourmentes politiques dont la France se repaît. Pour éviter des critiques prévisibles, nous abonderons dans le sens de la justice : la pédophilie est un crime inacceptable qui ne doit pas rester impuni ; et dans celui de la morale : M. Ferry, dans son désir d’achever une magnifique démonstration, a dérapé. Il est parvenu au résultat inverse de celui qu’il recherchait. Bref, il aurait mieux fait de se taire.
Mais on ne fera pas l’économie d’une analyse plus profonde : alors que la France peine à sortir de la crise économique et financière (et qu’elle a donc d’autres chats à fouetter), la voilà saisie, au nom de l’égalité des classes (les puissants, y compris les philosophes, doivent être exemplaires), par un moralisme inquisiteur qui va tous nous rendre paranoïaques. À n’en pas douter, il est souhaitable que toute personne maîtrise ses propos, en privé comme en public. Mais nommez-moi trois personnes jamais prises en défaut de confidence ! Même de Gaulle disait du mal de certains de ses collaborateurs. Un plateau de télévision est un lieu infiniment plus redoutable qu’un salon. On a oublié que les écrivains et poètes les plus admirables sont souvent des personnages dont la vie est dissolue. On peut avoir du talent, du courage, de l’intelligence à foison et en même temps ne pas briller par le discernement. Que dire d’un Baudelaire toxicomane, d’un Rimbaud ravagé par l’absinthe ? Qu’ils ne seraient pas d’immenses poètes ? Eh bien, la justice d’aujourd’hui les poursuivrait.
> RICHARD LISCIA
Les Commentaires
« Comme Midas, Luc Ferry est maintenant pourvu d'oreilles d'âne pour avoir voulu donner son avis à Canal plus où il s'était commis alors que rien ne l'y forçait. Le voici donc piégé par cette Hybris qu'il dénonce si brillamment dans son analyse des mythes ! »
« La psychanalyse, malgré ses excès, nous a appris à nous interroger sur "le sens" des comportements, individuels et/ou collectifs, qu’il s'agisse d'un pédophile ou d'un dictateur. Cette démarche parvient même à démasquer les indignations des moralistes. »
« Dans le fond, n'existe-t-il pas une logique de l'humour noir comme il existe une logique de la bêtise ou une logique du crime ? »