Notes sur l’Angleterre

Notes sur l’Angleterre

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Ces notes ont paru, pour la première fois, dans l'édition des OEuvres complètes, donnée par Lefèvre, en 1818. Il n'y a rien de si affreux que les rues de Londres 

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EAN13 9782824711256
Langue Français
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MON T ESQU I EU
NO T ES SU R
L’ANGLET ERRE
BI BEBO O KMON T ESQU I EU
NO T ES SU R
L’ANGLET ERRE
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1125-6
BI BEBO OK
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.NO T ES SU R L’ANGLET ERRE ¹
    der nier o ctobr e I729 de la Hay e  ; je fis le v o yag e av e c
milord Chesterfield, qui v oulut bien me pr op oser une place dansJ son yacht.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le p euple de Londr es mang e b e aucoup de viande  ; cela le r end
trèsr obuste  ; mais à l’âg e de quarante à quarante-cinq ans, il crè v e .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Il n’y a rien de si affr eux que les r ues de Londr es  ; elles sont
trèsmalpr opr es  ; le p avé y est si mal entr etenu qu’il est pr esque imp ossible d’y
aller en car r osse , et qu’il faut fair e son testament lor squ’ on va en fiacr e ,
qui sont des v oitur es hautes comme un théâtr e , où le co cher est plus haut
encor e , son siég e étant de niv e au à l’imp ériale . Ces fiacr es s’ enfoncent
dans des tr ous, et il se fait un cahotement qui fait p erdr e la tête .
1. Ces notes ont p ar u, p our la pr emièr e fois, dans l’é dition des OEuvreø complètes, donné e
p ar Leè v r e , en 1818, 5 v ol. in-8º.
1Notes sur l’ Angleter r e Chapitr e
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Les jeunes seigneur s anglais sont divisés en deux classes  : les uns
sav ent b e aucoup , p ar ce qu’ils ont été longtemps dans les univ er sités  ; ce
qui leur a donné un air gêné av e c une mauvaise honte . Les autr es ne
sav ent absolument rien, et ceux-là ne sont rien moins que honteux, et ce
sont les p etits-maitr es de la nation. En g énéral les Anglais sont mo destes.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le 5 o ctobr e 1730 (n. s. ² ), je fus présenté au prince , au r oi et à la r eine , à
K ensington. La r eine , après m’av oir p arlé de mes v o yag es, p arla du théâtr e
anglais  ; elle demanda à milord Chesterfield d’ où vient que Shak esp e ar e ,
qui vivait du temps de la r eine Elisab eth, avait si mal fait p arler les femmes
et les avait fait si soes. Milord rép ondit fort bien que , dans
ce temps-là , les femmes ne p araissaient p as sur le théâtr e , et que c’était de
mauvais acteur s qui jouaient ces rôles, ce qui faisait que Shak esp e ar e ne
pr enait p as tant de p eine à les fair e bien p arler . J’ en dirais une autr e
raison  : c’ est que p our fair e p arler les femmes, il faut av oir l’usag e du monde
et des biensé ances. Pour fair e bien p arler les hér os, il ne faut qu’av oir
l’usag e des liv r es. La r eine me demanda s’il n’était p as v rai que , p ar mi nous,
Cor neille fût plus estimé que Racine  ? Je lui rép ondis que l’ on r eg ardait
ordinair ement Cor neille comme un plus grand esprit, et Racine comme
un plus grand auteur .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Il me semble que Paris est une b elle ville où il y a des choses plus
laides, Londr es une vilaine ville où il y a de très-b elles choses.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
A Londr es, lib erté et ég alité . La lib erté de Londr es est la lib erté des
honnêtes g ens, en quoi elle dièr e de celle de V enise , qui est la lib erté de
viv r e obscurément et av e c des p . . .. et de les ép ouser  : l’ég alité de Londr es
est aussi l’ég alité des honnêtes g ens, en quoi elle dièr e de la lib erté de
Hollande , qui est la lib erté de la canaille .
2. Nouv e au style .
2Notes sur l’ Angleter r e Chapitr e
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le Crasman ³ est fait p ar Bolingbr ok e et p ar M. Pultene y . On le fait
conseiller ⁴ p ar tr ois av o cats avant de l’imprimer , p our sav oir s’il y a
quelque chose qui blesse la loi.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
C’ est une chose lamentable que les plaintes des étrang er s, surtout des
Français, qui sont à Londr es. Ils disent qu’ils ne p euv ent y fair e un ami  ;
que , plus ils y r estent, moins ils en ont  ; que leur s p olitesses sont r e çues
comme des injur es. Kinski, les Br oglie , La Vilee , qui app elait à Paris
milord Esse x son fils, qui donnait de p etits r emèdes à tout le monde , et
demandait à toutes les femmes des nouv elles de leur santé  : ces g
enslà v eulent que les Anglais soient faits comme eux. Comment les Anglais
aimeraient-ils les étrang er s  ? ils ne s’aiment p as eux-mêmes. Comment
nous donneraient-ils à diner  ? ils ne se donnent p as à diner entr e eux.
« Mais on vient dans un p ay s p our y êtr e aimé et honoré . » Cela n’ est
p as une chose né cessair e  ; il faut donc fair e comme eux, viv r e p our soi,
comme eux, ne se soucier de p er sonne , n’aimer p er sonne , et ne compter
sur p er sonne . Enfin il faut pr endr e les p ay s comme ils sont  : quand je
suis en France , je fais amitié av e c tout le monde  ; en Angleter r e , je n’ en
fais à p er sonne  ; en Italie , je fais des compliments à tout le monde  ; en
Allemagne , je b ois av e c tout le monde .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
On dit  : En Angleter r e , on ne me fait p oint amitié . Est-il né cessair e
que l’ on v ous fasse des amitiés  ?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Il faut à l’ Anglais un b on dîner , une fille , de l’aisance  ; comme il n’ est
p as rép andu, et qu’il est b or né à cela, dès que sa fortune se délabr e , et
qu’il ne p eut plus av oir cela, il se tue ou se fait v oleur .
3. Le Crasman était un jour nal  ; crasman signifie artisan. ( Note de l’é d. de 1818.)
4. Conseiller est là p our e x aminer . (1818.)
3Notes sur l’ Angleter r e Chapitr e
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ce 15 mar s ( v . s. ⁵ ). Il n’y a guèr e de jour que quelqu’un ne p erde le r
esp e ct au r oi d’ Angleter r e . Il y a quelques jour s que milady Bell Molineux,
maîtr esse fille , env o ya ar racher des arbr es d’une p etite piè ce de ter r e que
la r eine avait acheté e p our K ensington, et lui fit pr o cès, sans av oir jamais
v oulu, sous quelque préte xte , s’accommo der av e c elle , et fit aendr e le
se crétair e de la r eine tr ois heur es, le quel lui v enait dir e que la r eine
n’avait p as cr u qu’ elle eût un dr oit de pr opriété seigneuriale sur cee piè ce ,
l’autr e l’ayant p our tr ois vies, mais av e c défense de la v endr e .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Il me semble que la plup art des princes sont plus honnêtes g ens que
nous, p ar ce qu’ils ont plus à p erdr e de leur réputation, étant r eg ardés.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La cor r uption s’ est mise dans toutes les conditions. Il y a tr ente ans
qu’ on n’ entendait p as p arler d’un v oleur dans Londr es  ; à présent, il n’y
a que cela. Le liv r e de Whiston ⁶ contr e les miracles du Sauv eur , qui est
lu du p euple , ne réfor mera p as les mœur s. Mais, comme on v eut que l’ on
é criv e contr e les ministr es d’État, on v eut laisser la lib erté de la pr esse .
Pour les ministr es, ils n’ ont p oint de pr ojet fix e . A chaque jour suffit
sa p eine . Ils g ouv er nent jour p ar jour .
Du r este , une grande lib erté e xtérieur e . Milady D enham étant
masqué e , dit au r oi  : « A pr op os, quand viendra donc le prince de Galles  ?
Est-ce qu’ on craint de le montr er  ? Serait-il aussi sot que son pèr e et son
grand-pèr e  ? » Le r oi sut qui elle était, p ar ce qu’il v oulut le sav oir de sa
comp agnie . D epuis ce temps, quand elle allait à la cour , elle était pâle
comme la mort.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
5. Vieux style .
6. William Whiston (1667-1752), thé ologien et mathématicien, fort célèbr e au der nier
siè cle p ar ses opinions et ses contr o v er ses r eligieuses.
4Notes sur l’ Angleter r e Chapitr e
L’ar g ent est ici souv erainement estimé  ; l’honneur et la v ertu p eu.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
On ne saurait env o y er ici des g ens qui aient tr op d’ esprit. On se tr
omp era toujour s sans cela av e c le p euple , et on ne le connaîtra p oint. Si on se
liv r e à un p arti, on y tient. Or , il y a cent millions de p etits p artis, comme
de p assions. D’Hib er ville , qui ne v o yait que des jacobites, se laissa
entraîner à fair e cr oir e à la cour de France qu’ on p our rait fair e un p arlement
tor y  : il fut wigh, après b e aucoup d’ar g ent jeté , et cela fut cause , dit-on,
de sa disgrâce . Les ministr es de mon temps ne connaissaient p as plus
l’ Angleter r e qu’un enfant de six mois. Kinski se tr omp ait toujour s sur les
mémoir es de tor y s. Comme on v oit le diable dans les p apier s p ério diques,
on cr oit que le p euple va se ré v olter demain  ; mais il faut seulement se
mer e dans l’ esprit qu’ en Angleter r e , comme ailleur s, le p euple est
mécontent des ministr es, et que le p euple y é crit ce que l’ on p ense ailleur s.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Je r eg arde le r oi d’ Angleter r e comme un homme qui a une b elle
femme , cent domestiques, de b e aux é quip ag es, une b onne table  ; on le
cr oit heur eux. T out cela est au dehor s. and tout le monde est r etiré ,
que la p orte est fer mé e , il faut qu’il se quer elle av e c sa femme , av e c ses
domestiques, qu’il jur e contr e son maîtr e d’hôtel  ; il n’ est plus si
heur eux ⁷ .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
and je vais dans un p ay s, je n’ e x amine p as s’il y a de b onnes lois,
mais si on e x é cute celles qui y sont, car il y a de b onnes lois p artout.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
7. Leibnitz comp arait le r oi d’ Angleter r e et son Parlement à un mari et à sa femme , dont
les rapp orts p ouvaient p arfois êtr e tendus, mais qui étaient for cés de se mer e d’accord.
( Foucher de Car eil, Leibnitz et les deux Sophies. Paris, 1876, p . 179.)
5Notes sur l’ Angleter r e Chapitr e
Comme les Anglais ont de l’ esprit, sitôt qu’un ministr e étrang er en
a p eu, ils le méprisent d’ab ord, et soudain son affair e est faite , car ils ne
r e viennent p as du mépris.
Le r oi a un dr oit sur les p apier s qui cour ent ⁸ , et qui sont au nombr e
d’une cinquantaine , de façon qu’il est p ayé p our les injur es qu’ on lui dit.
Comme on ne s’aime p oint ici, à for ce de craindr e d’êtr e dup e , on
de vient dur .
Un couv r eur se fait app orter la g azee sur les toits p our la lir e .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Hier , 28 janvier 1730 ( v . s.), M. Chipin p arla dans la Chambr e des
communes au sujet des tr oup es nationales  ; il dit qu’il n’y avait qu’un ty ran
ou un usur p ateur qui eût b esoin de tr oup es p our se maintenir , et qu’ainsi
c’étaient des mo y ens que le dr oit incontestable de S. M. ne p ouvait p as
e xig er . Sur les mots de ty ran et d’usur p ateur , toute la chambr e fut
étonné e , et lui les rép éta une se conde fois  ; il dit ensuite qu’il n’aimait p as
les maximes hano v riennes. . . Cela était si vif que la Chambr e eut p eur de
quelque débat, de façon que tout le monde cria aux voix, afin d’ar rêter le
débat.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Lor sque le r oi de Pr usse v oulut fair e la guer r e à Hano v r e , on demanda
p our quoi le r oi de Pr usse avait soudain assemblé ses tr oup es avant d’av oir
demandé satisfaction. Le r oi de Pr usse rép ondait qu’il l’avait fait
demander deux ou tr ois fois, mais que le sieur de Reichtembach, son ministr e ,
avait toujour s été rabr oué et non é couté p ar le sieur D eb ouche , pr emier
ministr e , le quel avait de l’av er sion p our la couleur bleue . Or , il se tr ouva
que le plus riche habit de Reichtembach, que je lui ai v u, était bleu  ; ce
qui faisait que le dit ministr e ne p ouvait av oir un moment d’audience .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
8. C’ est le timbr e des jour naux.
6Notes sur l’ Angleter r e Chapitr e
Il y a des membr es é cossais qui n’ ont que deux cents liv r es sterling
p our leur v oix et la v endent à ce prix.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Les Anglais ne sont plus dignes de leur lib erté . Ils la v endent au r oi  ;
et si le r oi la leur r e donnait, ils la lui v endraient encor e .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Un ministr e ne song e qu’à triompher de son adv er sair e dans la
chambr e basse  ; et p our v u qu’il en vienne à b out, il v endrait l’ Angleter r e
et toutes les puissances du monde .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Un g entilhomme nommé . . ., qui a quinze é cus sterling de r ente , avait
donné , à plusieur s temps, cent guiné es, une guiné e à lui en r endr e dix lor
squ’il jouerait sur le théâtr e . Jouer une piè ce p our arap er mille guiné es,
et cee action infâme n’ est p as r eg ardé e av e c hor r eur  ? Il me semble qu’il
se fait bien des actions e xtraordinair es en Angleter r e  ; mais elles se font
toutes p our av oir de l’ar g ent. Il n’y a p as seulement d’honneur et de v ertu
ici  ; mais il n’y en a p as seulement d’idé e  ; les actions e xtraordinair es en
France , c’ est p our dép enser de l’ar g ent  ; ici c’ est p our en acquérir .
Je ne jug e p as de l’ Angleter r e p ar ces hommes  ; mais je jug e de l’
Angleter r e p ar l’appr obation qu’ elle leur donne  ; et si ces hommes y étaient
r eg ardés comme ils le seraient en France , ils n’auraient jamais osé cela.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J’ai ouï dir e à d’habiles g ens que l’ Angleter r e , dans le temps où elle
fait des efforts, n’ est cap able , sans se r uiner , de p orter que cinq millions
sterling de tax e  ; mais à présent, en temps de p aix, elle en p aie six.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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