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L'aide internationale au développement dans la doctrine de la République Populaire de Chine - article ; n°1 ; vol.22, pg 563-588

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Annuaire français de droit international - Année 1976 - Volume 22 - Numéro 1 - Pages 563-588
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1976
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Langue Français
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Lazar Focsaneanu
L'aide internationale au développement dans la doctrine de la
République Populaire de Chine
In: Annuaire français de droit international, volume 22, 1976. pp. 563-588.
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Focsaneanu Lazar. L'aide internationale au développement dans la doctrine de la République Populaire de Chine. In: Annuaire
français de droit international, volume 22, 1976. pp. 563-588.
doi : 10.3406/afdi.1976.2003
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/afdi_0066-3085_1976_num_22_1_2003L'AIDE INTERNATIONALE AU DEVELOPPEMENT
DANS LA DOCTRINE
DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE
Lazar FOCSANEANU
I. — INTRODUCTION
1. Les aspects multiples de la, doctrine chinoise de l'aide internationale
au développement. L'attitude de la R.P.C. à l'égard de
au développement a été, et continue d'être, nuancée et évolutive. Pour
les besoins d'un exposé schématique, il semble qu'elle puisse être examinée
sous les cinq aspects suivants : a) l'aide étrangère au développement de
la R.P.C. ; b) l'aide bilatérale des pays industrialisés aux pays en voie de
développement; c) l'aide internationale multilatérale aux en voie de
développement ; d) de la Chine aux pays du Tiers Monde et e) l'aide
réciproque des pays en voie de développement. Les cinq aspects de la
doctrine chinoise de l'assistance au développement feront l'objet des cinq
chapitres suivants de la présente étude.
II. — LA DOCTRINE CHINOISE CONCERNANT
L'AIDE ÉTRANGÈRE AU DÉVELOPPEMENT DE LA R.P.C.
2. Deux doctrines, séparées par le revirement de 1960. L'attitude
du Gouvernement de la R.P.C. à l'égard de l'aide étrangère au dévelop
pement de la Chine a connu un retournement spectaculaire, en 1960. Depuis
sa création, le 1er octobre 1949, et jusqu'au rappel des techniciens sovié
tiques, du mois d'août 1960, les autorités de Pékin ont fait, de manière
Note. Les sigles suivants seront utilisés dans le présent article:
R.P.C. République populaire de Chine
P.C.C. Parti communiste chinois
P.I. «Pékin Information» l'aide au développement de la chine populaire 564
constante, l'éloge de la contribution de l'Union soviétique et des pays de
démocratie populaire au développement de leur pays. A partir de 1960, la
doctrine chinoise a changé complètement d'orientation pour préconiser le
développement de la Chine par ses propres moyens. La nouvelle orientation
n'est devenue publique qu'à partir de 1963.
3. L'aide économique de l'Union soviétique et des pays de démocratie
populaire comme principe de base de la politique chinoise du développement.
Dès le mois de mars 1949, la résolution adoptée par la deuxième session
plénière du 7° Comité central du P.C.C. déclarait :
« grâce... à l'aide du prolétariat d'autres pays, tout d'abord avec l'aide de
l'Union Soviétique, la construction économique de la Chine ne se fera pas
lentement, mais probablement avec une rapidité considérable (1).»
Dans son rapport présenté les 5 et 6 juillet 1955 à la seconde session
de la première Assemblée populaire nationale sur le premier Plan quin
quennal pour le développement économique de la R.P.C. (1953-1957),
Li Fou-tchouen, vice-premier ministre et président du Comité du Plan,
s'exprime de la manière suivante au sujet de l'aide reçue par la Chine
de l'Union soviétique et des autres pays socialistes :
«Nous parlons souvent de notre reconnaissance pour l'aide que nous
apportent l'Union Soviétique et les autres pays frères, cela est certes bien
naturel, puisque cette aide est généreuse et désintéressée (2) ; »
Dans son allocution d'ouverture du VIII* Congrès du P.C.C, prononcée
le 15 septembre 1956, Mao Tsé-toung a exalté l'aide de l'Union soviétique
et d'autres pays frères :
« Camarades, comme vous je suis persuadé que les forces du peuple
chinois déjà libéré sont immenses et infinies, et grâce à l'aide de notre grande
alliée, l'Union Soviétique et d'autres pays frères, grâce au soutien de tous
les partis frères du monde, à l'appui de tous ceux qui nous accordent leur
sympathie de par le nous n'avons pas du tout le sentiment d'être
isolés, ainsi arriverons-nous sûrement à transformer, étape par étape, notre
pays en un grand pays industriel socialiste (3).»
L'aide de l'Union soviétique et des pays socialistes d'Europe et d'Asie
a également été évoquée dans le Rapport politique présenté au VIIIe Congrès
par Liou Chao-tchi au nom du Comité central du P.C.C. :
«L'Union Soviétique a prêté une assistance considérable à l'édification
socialiste de notre pays. Les pays socialistes de l'Europe orientale et d'Asie
(1) Le texte de la résolution a été reproduit ci-dessus d'après une citation faite par
Liou Liou Chao-tchi dans le rapport du Comité central présenté à la Deuxième session du
VIIIe Congrès du P.C.C, le 5 mai 1958 (voir Deuxième session du VIIIe Congrès national du
P.C.C, Recueil de documents, Pékin, Editions en langues étrangères, 1958, p. 33).
(2) Voir Li Fou-tchouen, Rapport sur le Premier Plan quinquennal pour le développe
ment de l'économie nationale de la R.P.C. (1953-1957), Pékin, éditions en langues étrangères,
1956, p. 144.
(3) Voir « Vine Congrès national du P.C.C, 15-27 septembre 1956, Recueil de documents »,
Supplément au numéro de janvier 1957 de la revue Les Cahiers du Communisme, Paris, p. 8. au développement de la chine populaire 565 l'aide
nous ont également grandement aidés. Le peuple chinois n'oubliera jamais
cette assistance fraternelle. Pour nous,elle était, et sera toujours, indispensable.
L'union et l'amitié que la Chine a scellées avec la grande Union Soviétique
et les autres pays socialistes, sur la base d'un but commun et de l'assistance
mutuelle, sont indestructibles et éternelles (4). »
Des détails précis sur l'aide soviétique sont fournis par le « Rapport sur
les propositions concernant le 2e Plan quinquennal pour le développement
de l'économie nationale », présenté par Chou En-laï, au VHP Congrès du
P.C.C., le 16 septembre 1956 :
«II y a lieu aussi de faire remarquer qu'au cours de l'exécution du premier
plan quinquennal la grande Union Soviétique et les pays de démocratie
populaire nous ont apporté une aide immense. Dans cette période, l'Union
Soviétique nous a accordé des prêts à des conditions très favorables, nous a aidés
à dresser les plans de deux cent cinq entreprises industrielles, fourni une
grande partie de l'outillage, envoyé un grand nombre de spécialistes chevronnés
et apporté une grande aide technique dans les autres domaines. Les différents
pays de démocratie populaire nous ont également apporté une très grande aide
au point de vue de l'outillage, du matériel et de la technique. Les spécialistes
de l'Union Soviétique et des pays de démocratie populaire, travaillant en Chine,
ont apporté à notre édification socialiste une éminente contribution. Nous
voulons profiter de cette occasion pour exprimer nos profonds remerciements
à l'Union Soviétique et aux pays de démocratie populairef pour leur aide
sincère et fraternelle (5) . »
Enfin, dans le « Rapport sur le travail du Comité central du P.C.C. à
la deuxième session du VIIIe Congrès national », daté du 5 mai 1958, Liou
Chao-tchi évoquera encore l'aide fraternelle de l'Union soviétique, mais
cette aide sera envisagée dans le cadre élargi de l'entraide et de la coopé
ration des pays du camp socialiste :
« La victoire de notre cause s'appuie aussi sur l'aide fraternelle des pays
du camp socialiste avec à sa tête l'Union Soviétique qui, sur le plan international,
est le plus important facteur en notre faveur. Nous continuerons à nous inspirer
de l'expérience avancée de l'Union soviétique et des autres pays, renfor
cerons sans cesse l'entraide et la coopération avec les autres pays du camp
socialiste... (6) »
Ajoutons que, sur le plan diplomatique, l'aide accordée à la Chine par
l'Union soviétique et les pays du « camp socialiste » a donné lieu à la
signature d'un nombre important de traités, d'accords et de protocoles. Il
suffira de rappeler ici le traité d'amitié, d'alliance et d'assistance mutuelle
entre PU.R.S.S. et la R.P.C., signé à Moscou le 14 janvier 1950, suivi de
l'accord sur un crédit de 300 millions de dollars consenti par 1'U.R.S.S. à la
R.P.C., signé le 14 février 1950, des accords concernant la constitution de
sociétés mixtes pour l'exploitation du pétrole et des métaux non ferreux au
(4) Voir ibid., p. 70.
(5)p. 164.
(6) Voir Deuxième session du VIII' Congrès national du Parti Communiste Chinois,
Recueil de documents, Pékin, éditions en langues étrangères, 1958, p. 68. 566 l'aide au développement de la chine populaire
Sinkiang et de l'accord pour la création d'une compagnie mixte de navi
gation aérienne, signés le 27 mars 1950.
A l'occasion du cinquième anniversaire de la R.P.C., une importante
délégation gouvernementale soviétique séjourna en Chine, du 29 septembre
au 12 octobre 1954. Elle y négocia d'importants accords avec les représen
tants du gouvernement de la R.P.C. Les résultats des négociations furent
rendus publics le 12 octobre 1954, sous la forme d'un communiqué conjoint
accompagné de sept textes, dont plusieurs concernaient des problèmes de
développement économique. Citons parmi ces textes le relatif
aux sociétés mixtes soviéto-chinoises, le communiqué relatif à la conclusion
d'un accord de coopération scientifique et technique et le communiqué
relatif à la construction du chemin de fer de Lantchéou (Chine) à Aima Ata
(U.R.S.S.), via Ouroumtchi (Sinkiang).
Le communiqué relatif aux sociétés mixtes précisait qu'à partir du
1er janvier 1955, le gouvernement de l'U.R.S.S. cédera à celui de la R.P.C.
les participations soviétiques dans les quatre sociétés mixtes soviéto-chinoises,
à savoir : la société des métaux non ferreux du Sinkiang, la société d'extrac
tion et de traitement du pétrole du Sinkiang, la société d'exploitation des
lignes aériennes civiles et la société de constructions et de réparations
navales de Dalny. Le paiement des participations cédées était étalé sur
plusieurs années et devait être effectué par la livraison à 1'U.R.S.S. de mar
chandises chinoises faisant l'objet d'exportations courantes.
Parmi les textes publiés le 12 octobre 1954, figure également un com
muniqué tripartite de l'U.R.S.S., de la R.P.C. et de la République populaire
mongole concernant la construction d'un chemin de fer de Tsining (Chine)
à Oulan Bator (Mongolie), qui devait être relié à la ligne menant d'Oulan
Bator en U.R.S.S.
En ce qui concerne les pays du « camp socialiste », autres que l'U.R.S.S.,
il convient de mentionner les traités d'amitié et de coopération conclus par
la R.P.C. avec la République démocratique allemande (Pékin, 25 dé
cembre 1955), avec la tchécoslovaque (Pékin, 27 mars 1957) et
avec la République populaire de Hongrie (Pékin, 6 mai 1959). Un traité
d'amitié et d'assistance mutuelle a été signé par la R.P.C. et la République
populaire mongole, à Oulan Bator, le 31 mai 1960, tandis qu'un traité d'amitié,
de coopération et d'assistance mutuelle était signé à Pékin, le 11 juillet 1961,
entre la R.P.C. et la République démocratique de Corée (7).
4. Fin de l'aide étrangère au développement de la Chine : le rappel des
spécialistes et techniciens soviétiques, de l'été 1960. L'aide de l'Union soviéti
que et des pays de démocratie populaire au développement de la Chine prit
(7) Voir L. Focsaneanu, € Les grands traités de la République populaire de Chine », AI'.DJ.,
1962, pp. 139 à 177. l'aide au développement de la chine populaire 567
fin brusquement, pendant l'été 1960. Cet événement a été la conséquence de
la politique de détente soviéto-américaine, consacrée par la visite aux Etats-
Unis du président du Conseil des ministres soviétique, N. Khrouchtchev (15-
27 septembre 1959) et de ses entretiens de Camp David avec le président des
Etats-Unis, D. Eisenhower (25-26 septembre 1959).
Pour préparer le voyage de N. Khrouchtchev, le gouvernement de
l'U.R.S.S. dénonça, dès le 20 juin 1959, l'accord secret qu'il avait conclu,
le 15 octobre 1957, avec le gouvernement de la R.P.C., aux termes duquel
l'Union Soviétique devait fournir à la Chine des secrets nucléaires ainsi
qu'un modèle de bombe atomique.
Dans l'année qui suivit le voyage, l'U.R.S.S. cessa l'aide économique
à la R.P.C. et rappela, à partir de juillet 1960, ses techniciens et spécialistes
qui travaillaient en Chine (8).
L'ampleur et les conséquences de l'exode des spécialistes soviétiques
ne furent connues en Occident qu'en 1963, après que la rupture sino-sovié-
tique eût été officialisée (9).
En effet, les deux parties observèrent un silence total sur l'événement,
pendant trois ans.
Lors de sa visite à Moscou, où il avait assisté à la célébration du 43e anni
versaire de la Révolution d'Octobre et à la réunion de la Conférence des
partis communistes et ouvriers, le président Liou Chao-tchi déclara, le 7
décembre 1960, à un banquet offert en l'honneur de la délégation de la R.P.C.,
que le peuple chinois avait reçu une aide considérable de l'Union Soviétique
et qu'il n'oublierait jamais l'assistance fournie par l'U.R.S.S. (10).
A l'occasion du onzième anniversaire de la signature du traité sino-
soviétique d'amitié, d'alliance et d'assistance mutuelle, de 1950, le Quoti
dien du Peuple (« Renmin Ribao ») du 11 février 1961 publia un editorial
intitulé « Grande unité, éternelle amitié » qui évoque, de manière détaillée,
la « très importante » assistance fournie par l'Union soviétique à la R.P.C.
pour le développement de l'économie chinoise. Au cours du premier plan
quinquennal, l'U.R.S.S. a fourni son assistance pour la réalisation de 166
très importants projets de construction. En 1958 et 1959, l'Union soviétique
et la R.P.C. ont signé de nouveaux accords concernant d'autres projets
industriels. L'U.R.S.S. a envoyé en Chine, au cours des années, plus de
10 000 spécialistes, qui ont apporté à la Chine la technologie soviétique. Et
l'éditorial déclare que le peuple chinois n'oubliera jamais l'assistance fournie
(8) Voir Jacques Guillermaz, Le Parti communiste chinois au pouvoir (1er octobre 1949-
l'T mars 1972), Paris, Payot (Bibliothèque historique), 1972, p. 308.
(9) Voir au sujet du « rappel des spécialistes », François Fejto, Chine/VMJSS. De
l'alliance au conflit, 1950/1972, Paris, Editions du Seuil, 1973, pp. 182-187 et Alain Bouc,
Mao Tsé-toung ou la Révolution approfondie, Editions du Seuil, 1975, p. 240.
(10) Voir Peking Review, n°» 49 et 50, 13 décembre 1960, p. 31. 568 l'aide au développement de la chine populaire
par le Parti communiste, le Gouvernement et le peuple de l'Union
soviétique (11).
Ce n'est qu'à partir de 1963 que la presse chinoise et les cercles officiels
de Pékin ont commencé à parler du trouble profond que le rappel des spé
cialistes soviétiques avait causé à l'économie de la R.P.C.
Un article publié par Fang Tchoung, en août 1963, dans la Peking
Review, précise qu'en juillet 1960, l'Union soviétique a rappelé brusque
ment plus de 1300 experts soviétiques travaillant en Chine, qu'elle a résilié
des centaines de contrats et d'accords et qu'elle a cessé la fourniture d'im
portants équipements et matériels commandés. L'auteur souligne que ces
agissements ont créé des difficultés incalculables et causé des pertes à
l'économie, à la défense nationale et à la recherche scientifique de la
Chine (12).
Un editorial du Quotidien du Peuple (« Renmin Ribao »), du 4
décembre 1963, dont une traduction en anglais a été publiée dans la Peking
Review, confirme et précise les renseignements susmentionnés. Selon cet
editorial, intitulé « Continuer le combat pour l'édification d'un système
économique national indépendant, complet et moderne », l'Union soviétique
a étendu, en juillet 1960, les divergences idéologiques opposant les partis
communistes de l'U.R.S.S. et de la Chine aux rapports entre Etats. Le gou
vernement de Moscou a rappelé unilatéralement ses 1300 experts qui se
trouvaient en Chine, a résilié 343 contrats concernant le travail des experts
et a abandonné 257 projets de coopération technique et scientifique. Les
fournitures d'équipements-clés ont été considérablement réduites. L'attitude
de l'U.R.S.S. a causé à la Chine des pertes énormes et a compromis la
réalisation de son plan de développement de l'économie (13).
Le communiqué de presse publié à la clôture de la quatrième session de
l'Assemblée populaire nationale (17 novembre-3 décembre 1963) déclare :
«Nous avons surmonté les difficultés économiques créées par trois années
successives de graves calamités naturelles et par l'action perfide de ceux qui
ont unilatéralement répudié des accords et ont retiré des experts. »
Le même communiqué précise qu'en 1963, la R.P.C. a continué de rem
bourser le principal et les intérêts de ses dettes contractées envers l'Union
soviétique depuis 1950. Un petit reliquat sera payé avant la fin de l'année
1965, conformément aux arrangements pris (14).
Un long réquisitoire, très critique, du « rappel des spécialistes » ainsi
que de tout le système de l'aide soviétique à la Chine se trouve dans la
(11) Voir Peking Review, n° 7, 19 février 1961, p. 5.
(12)Fang Chung, < Ail-Round Improvement in China's Economy », in Peking
Review, n° 34 du 23 août 1963, p. 8.
(13) Voir Peking Review, n° 49, 6 décembre 1963, p. 10.
(14)la traduction en anglais du communiqué in Peking Review, n° 49 du 6 décembre
1963, pp. 6-9. au développement de la chine populaire 569 l'aide
lettre du 29 février 1964, adressée par le Comité central du P.C.C. au
Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique. Il paraît indis
pensable d'indiquer ci-après les passages essentiels de ce document, malgré
la longueur de la citation (15) .
« H. A propos de l'aide »
« Nous avons toujours apprécié à sa juste valeur l'aide amicale de l'Union
Soviétique, qui a commencé à l'époque de la direction de Staline. Nous avons
toujours estimé que l'aide amicale du peuple soviétique a joué un rôle positif
dans l'établissement des préliminaires de l'industrialisation socialiste de la
Chine. A ce sujet, le P.C.C. et le peuple chinois ont exprimé leur gratitude
à de multiples occasions. »
«Ces dernières années, les dirigeants du P.C.U.S. ont pris l'habitude de
se poser en bienfaiteurs et se sont vantés à d'innombrables reprises de leur
« aide désintéressée ». La Pravda, les Izvestia et d'autres moyens soviétiques
de propagande ont une fois de plus fait grand bruit à ce sujet, ce mois-ci,
à l'occasion du 14e anniversaire de la signature du Traité sino-soviétique
d'Amitié, d'Alliance et d'Assistance mutuelle. Nous n'y avons pas encore répondu
systématiquement par la presse, mais nous devons souligner que loin d'avoir
été accordée à titre gracieux, l'aide soviétique à la Chine consistera princ
ipalement en transactions commerciales et qu'elle ne fut certainement pas de
caractère unilatéral. La Chine a payé et paie, intérêts y compris, l'Union
Soviétique en marchandises, en or et en devises étrangères convertibles pour
tous les équipements complets et toutes les autres marchandises qui lui ont été
fournis, y compris les équipements et marchandises obtenus par ouverture de
crédit. Il est nécessaire d'ajouter que les prix de nombreuses marchandises
importées par nous de l'Union Soviétique étaient bien plus élevés que ceux
du marché mondial. »
«La Chine a reçu l'aide de l'Union soviétique, mais celle-ci a reçu de son
côté une aide correspondante de la Chine. Nul ne peut prétendre que l'aide
de la Chine à l'Union Soviétique ait été insignifiante et indigne de mention. »
« Quant aux crédits accordés par l'Union soviétique, il doit être souligné
qu'ils furent principalement utilisés par la Chine pour acheter à l'Union sovié
tique du matériel de guerre dont la majeure partie a été utilisée et consommée
durant la guerre de résistance à l'agression américaine et pour l'aide à la
Corée. Le peuple coréen a assumé le plus lourd fardeau dans cette guerre et
subi les plus grandes pertes. Le peuple chinois aussi a fait de grands sacrifices
et supporté des dépenses militaires considérables. Le P.C.C. a toujours estimé
que c'était là un devoir internationaliste que le peuple chinois se devait de
remplir, et il n'y a là rien dont il ait à se vanter. Nous avons payé pendant
des années pour ces crédits soviétiques et pour les intérêts, sous forme de
marchandises qui interviennent pour une part considérable dans nos export
ations annuelles en Union Soviétique. Donc, même le matériel de guerre fourni
à la Chine pendant la guerre de résistance à l'agression américaine et pour l'aide
à la Corée n'a pas été une fourniture gratuite. »
« in. A propos des spécialistes soviétiques. »
«Les spécialistes soviétiques travaillant en Chine furent toujours bien
accueillis par le gouvernement et le peuple chinois, qui les respectaient et
avaient confiance en eux. L'écrasante majorité de ces spécialistes travaillaient
avec cœur et aidaient à l'édification socialiste de notre pays. Nous avons toujours
(15) Voir PJ. n° 19 du 11 mai 1964, pp. 12-18. l'aide au développement de la chine populaire 570
hautement apprécié leur conscience au labeur et gardé un excellent souvenir
d'eux. »
«Vous vous rappellerez qu'au moment où les dirigeants du P.C.U.S. déci
dèrent, par une mesure unilatérale, de rappeler tous les spécialistes soviétiques
travaillant en Chine, nous vous avons exprimé solennellement notre désir
de les voir poursuivre leur tâche en Chine et l'espoir que vous reconsidéreriez
votre décision et la changeriez. »
« Mais, en dépit de nos objections, vous êtes allés à rencontre des principes
régissant les rapports internationaux et vous avez retiré sans scrupule les
1 390 spécialistes soviétiques travaillant en Chine, déchiré 343 contrats et annexes
au sujet de spécialistes et jeté au panier 257 projets de coopération scientifique
et technique, le tout dans le bref délai d'un mois. »
«Vous saviez pertinemment bien que les spécialistes soviétiques étaient
répartis dans plus de 250 entreprises et institutions des secteurs de l'économie,
de la défense nationale, de la culture, de l'enseignement et de la recherche
scientifique de notre pays, et qu'ils assumeraient des tâches importantes dans
l'élaboration de projets techniques, leur mise en chantier, l'installation des
équipements, les essais de fabrication et la recherche scientifique. Comme vous
leur avez formellement enjoint d'interrompre leur travail et de rentrer en
Union Soviétique, un grand nombre de nos projets importants en élaboration et
de nos projets de recherches scientifiques durent être arrêtés en cours d'exécut
ion, d'autres projets en construction durent être suspendus et certaines usines
et mines arrivées au stade de la production à l'essai ne purent être mises en
exploitation selon le plan prévu. Vos agissements perfides ont bouleversé le
plan établi pour notre économie nationale et infligé des pertes immenses à
l'édification socialiste de la Chine. »
« Vous avez agi entièrement à l'encontre de la morale communiste en
profitant des sérieuses calamités naturelles qui frappaient la Chine pour
adopter des mesures d'une telle gravité. »
« Vos agissements ont pleinement démontré que vous violez le principe de
l'aide mutuelle entre pays socialistes et que l'envoi de spécialistes est utilisé
par vous comme un instrument pour exercer une pression politique sur les pays
frères, vous immiscer dans leurs affaires intérieures, entraver et saboter leur
édification socialiste. »
«Aujourd'hui, vous suggérez de nouveau l'envoi de spécialistes en Chine.
Franchement, le peuple chinois n'a plus confiance en vous. Il vient de £
relever des blessures que votre retrait des spécialistes lui a infligées. L'événe
ment est encore tout frais dans sa mémoire. Les dirigeants du P.C.U.S. poursui
vant une politique antichinoise, il ne tient pas à se laisser berner. »
5. La doctrine « compter sur ses propres forces ». Instruite par les
déboires éprouvés à la suite du blocus économique imposé par les Etats-
Unis et des pressions exercées sur elle par l'Union soviétique, lors du
« rappel des experts >, la R.P.C. décida de suivre une politique d'indépen
dance économique, caractérisée par les mots d'ordre « compter sur ses
propres forces » et « avoir confiance en soi ». Dans un article publié en
1965, Tseng Yun écrit (16) :
« Notre expérience recueillie dans la construction durant ces quinze dernières
années montre que l'indépendance politique réelle est impossible sans l'indépen
dance économique. C'est la politique de confiance en soi qui nous a permis de
résister aux pressions de l'impérialisme, du colonialisme, du néo-colonialisme et
du révisionisme moderne, et de sauvegarder notre indépendance et notre souve
raineté nationale. »
(16) Voir Tseng Yun, Comment la Chine applique la politique de confiance en soi, in PJ.
n° 25, du 21 juin 1965, pp. 16 à 20. au développement de la chine populaire 571 l'aide
Au sujet du « rappel des experts soviétiques », l'auteur s'exprime en
termes véhéments :
« ... Ces dernières années, lorsque notre pays fut frappé par de sérieuses
calamités naturelles qui devaient durer pendant trois années consécutives, les
révisionnistes modernes khroutchéviens utilisèrent des procédés d'une perfidie
inouïe pour exercer sur nous des pressions, tel le retrait des experts soviétiques
et l'annulation des contrats et accords, tentant de nous soumettre à leur ligne
révisionniste. »
La politique de la Chine de « compter sur ses propres forces » dans la
construction du socialisme a été ofiEiciellement proclamée lors de la quatrième
session de la deuxième Assemblée populaire nationale (17 novembre - 3 dé
cembre 1963). Le communiqué de presse, publié à la clôture de la session,
affirme que
«La session (de l'Assemblée) a souligné de manière ferme la signification
importante qu'il convient d'attribuer au fait que la Chine persiste dans sa
politique de compter sur ses propres efforts pour réaliser la construction
socialiste (17).»
Le jour qui suivit la clôture de la session, le Quotidien du Peuple
(«Renmin Ribao ») du 4 décembre 1963 commenta longuement la politique de
la R.P.C. de compter sur ses propres forces, dans un editorial intitulé « Const
ruire un système économique national indépendant, complet et moderne ».
Il y est dit, entre autres :
«Notre aptitude de construire le socialisme de manière indépendante, en
comptant sur nos propres efforts, n'a jamais été aussi grande qu'en ce
moment (18).»
Depuis 1963, le mot d'ordre « compter sur nos propres forces » a
constitué un dogme intangible de la politique chinoise. Il a été entériné par
le neuvième Congrès (ler-24 avril 1969) et par le dixième Congrès (24-28
août 1973) du P.C.C.
Le rapport politique présenté au neuvième Congrès du P.C.C, par Lin
Piao, le 1er avril, et adopté le 14 avril 1969, déclare :
«Nous devons continuer à stigmatiser et à condamner la philosophie
compradore de servilité devant l'étranger, et la thèse préconisant de se traîner
derrière les autres, telle qu'elles sont incarnées par Liou Chao-tchi, ce renégat,
agent de l'ennemi et traître à la classe ouvrière; nous implanterons encore plus
solidement chez les cadres et les masses ce principe formulé par le président
Mao : « indépendance et autonomie » et « compter sur ces propres forces »,
afin de garantir que notre cause continuera de progresser suivant l'orientation
indiquée par le président Mao (19) . »
(17) Voir Peking Review, n° 49 du 6 décembre 1963, p. 7.
(18)Review n° 49 du 6 pp. 9-11.
(19) Voir PJ. n° 18 du 30 avril 1969, p. 25.