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Pauvretés et Territoires en Nord-Pas-de-Calais : Mettre en regard ressources et besoins d'un foyer

De
10 pages
L'image qu'une société retient de la pauvreté dépend des valeurs qui l'animent, et du niveau général de richesse dont elle bénéficie. Dans les pays en développement, la pauvreté est la situation la plus courante, celle de tout un chacun : ainsi est-elle perçue comme une norme sociale. Dans les pays développés, au contraire, la pauvreté se doit d'être une exception, une situation anormale. C'est la philosophie qui sous-tend le dispositif des aides sociales en France : les minima sociaux délimitent la population que les pouvoirs publics considèrent être « pauvre », dans le même temps qu'ils contribuent à la sortir de la pauvreté. Les minima sociaux ont ainsi cette ambiguïté : outil de lutte contre la pauvreté, ils servent également de référence pour distinguer les pauvres des autres. Pourtant, des personnes peuvent ne pas être éligibles à un minimum social tout en disposant de ressources faibles, voire insuffisantes, pour faire face à leurs besoins. Pour prendre en compte la pauvreté à laquelle ils font face, il est nécessaire de s'appuyer sur une autre approche, qui met en regard les ressources et les besoins des ménages, indépendamment de leur droit à bénéficier d'un minimum social. Une toute autre image de la pauvreté se dessine alors, une image dans laquelle l'insertion professionnelle ne préserve pas nécessairement de la précarité, où les ménages pauvres ne sont pas en majorité des personnes isolées ou des familles monoparentales, mais des couples avec enfants.
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- CHAPITRE III -
Mettre en regard ressources
et besoins d’un foyer- CHAPITRE III -
Mettre en regard ressources
et besoins d’un foyer
’image qu’une société retient de la pauvreté dépend des valeurs qui l’animent, et du niveau général de
richesse dont elle bénéficie. Dans les pays en développement, la pauvreté est la situation la plus courante, celleL de tout un chacun: ainsi est-elle perçue comme une norme sociale. Dans les pays développés, au contraire, la
pauvreté se doit d’être une exception, une situation anormale. C’est la philosophie qui sous-tend le dispositif des
aides sociales en France : les minima sociaux délimitent la population que les pouvoirs publics considèrent être
« pauvre », dans le même temps qu’ils contribuent à la sortir de la pauvreté. Les minima sociaux ont ainsi cette
ambiguïté : outil de lutte contre la pauvreté, ils servent également de référence pour distinguer les pauvres des
autres. Pourtant, des personnes peuvent ne pas être éligibles à un minimum social tout en disposant de ressources
faibles, voire insuffisantes, pour faire face à leurs besoins. Pour prendre en compte la pauvreté à laquelle ils font
face, il est nécessaire de s’appuyer sur une autre approche, qui met en regard les ressources et les besoins des
ménages, indépendamment de leur droit à bénéficier d’un minimum social. Une toute autre image de la pauvreté
se dessine alors, une image dans laquelle l’insertion professionnelle ne préserve pas nécessairement de la précarité,
où les ménages pauvres ne sont pas en majorité des personnes isolées ou des familles monoparentales, mais des
couples avec enfants.
Cette nouvelle conception de la pauvreté, appelée «approche par les bas revenus», nécessi-
te en premier lieu de prendre en compte l’ensemble des revenus dont dispose chaque foyer: les
revenus déclarés aux impôts, mais aussi l’ensemble des revenus de transfert, depuis les minima
sociaux jusqu’aux allocations familiales et aides au logement. En Nord-Pas-de-Calais plus
qu’ailleurs, ces aides ont un effet très important sur le budget des ménages. Les aides au loge-
ment, conçues pour réduire les charges de loyer ou de remboursement de prêt, sont versées à
plus de 440000 foyers de la région. En prenant en compte la famille de l’allocataire, un tiers des
habitants de la région sont couverts par ces aides. De même, les «allocations familiales» à elles
seules sont versées à plus de 310000 foyers de la région. Toutes les aides monétaires liées à l’en-
fance sont également ajoutées, qu’elles soient ponctuelles comme l’allocation de rentrée sco-
laire, ou versées pendant plusieurs années comme l’allocation parentale d’éducation, qu’elles
visent à financer un service spécifique comme la garde des enfants par une assistante mater-
nelle ou à domicile, ou accompagner plus généralement une nouvelle naissance comme l’allo-
cation pour jeune enfant.
Pour autant, comparer directement les revenus des foyers entre eux n’a pas grand sens. Une
mère élevant seule un enfant avec un revenu global de 1300 euros par mois est-elle moins riche
qu’un couple avec deux enfants dont le revenu atteint 1 700 euros par mois ? Pour répondre à
cette question, deux éléments doivent auparavant être pris en considération. D’une part, les
besoins croissent avec le nombre de personnes – par exemple, pour se nourrir, se vêtir, se loger.
D’autre part, des économies d’échelle apparaissent du fait de la vie en groupe. Si une personne
seule a besoin d’une cuisine et d’une salle de bains, un couple sans enfant n’a pas besoin de deux
cuisines et de deux salles de bains.
La méthode retenue consiste à convertir le nombre de personnes du foyer en «équivalents-
adultes», encore appelés «unités de consommation» (UC). Le premier adulte du foyer compte
pour 1 UC, à laquelle il faut ajouter 0,5 UC par adulte ou enfant de plus de 14 ans supplémen-
taire, et 0,3 UC par enfant de moins de 14 ans. Afin de rendre compte de dépenses spécifiques
liées à la monoparentalité, est ajoutée 0,2 UC pour les familles monoparentales.
Dès lors, un couple avec deux jeunes enfants a des besoins comptant pour 1 + 0,5 + 0,3 + 0,3
= 2,1 unités de consommation, tandis qu’une mère isolée avec un jeune enfant a des besoins
équivalant à 1 + 0,3 + 0,2 = 1,5 unité de consommation. Cette mesure prend ainsi directement
en compte la dimension familiale et l’importance des enfants dans la détermination du niveau
de vie d’un foyer.
INSEE Nord-Pas-de-Calais Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006
27- Chapitre III -
Comparer les ressources et besoins des foyers du Nord-Pas-de-Calais n’est alors plus un pro-
blème: le couple avec enfants, disposant de 1 700 euros / 2,1 UC = 810 euros par UC, est moins
«riche» que la famille monoparentale, disposant de 1300 euros / 1,5 UC= 865 euros par UC.
voir moins que son voisin, A est-ce être pauvre ?
Mais quand faut-il parler de pauvreté ? Si le couple avec enfants est moins riche que la
famille monoparentale, est-il pour autant «pauvre»? Il y a deux façons de tracer la frontière de
la pauvreté à partir des revenus des ménages.
• Une première conception, dite objective, vise à déterminer le panier des biens considérés
comme «le minimum acceptable». Ces biens ont un coût, et les foyers disposant d’un revenu
par UC inférieur à ce coût seront dits pauvres. Reste toutefois à établir la liste des biens jugés
nécessaires. Avoir un toit, se nourrir, se vêtir, en font indéniablement partie. Les foyers qui ne
peuvent subvenir à ces besoins élémentaires sont pourtant, et heureusement, bien rares –
aussi nombreux que puissent apparaître les cas de mal-logement. Faut-il étendre cette liste et
introduire dans le « minimum acceptable », par exemple, l’accès aux loisirs (équipement
audiovisuel, télécommunications, sorties, vacances, etc.)?
• Plutôt que de définir «le minimum acceptable» de façon exhaustive et objective, il est possi-
ble de le définir de façon relative. En effet, ce qu’une société juge être un bien nécessaire, et
le coût de ce dernier, dépend en grande partie du niveau de vie dont bénéficie la population.
Notamment parce que la pauvreté comporte, dans les sociétés développées, une dimension
psychologique importante: être pauvre c’est en partie ne pas pouvoir accéder aux biens que
possèdent les autres. Dès lors, les différences de revenus entre les foyers compteront plus
encore que le niveau de ce revenu. Est pauvre un foyer qui dispose de revenus « notable-
ment» inférieurs à la moyenne observée France entière.
La suite de l’analyse se fonde sur cette dernière approche. Plus précisément, on calcule le
revenu médian par UC qui sépare la population française en deux groupes: le premier a un reve-
nu par UC inférieur à ce montant, le second a un revenu par UC supérieur. Ce revenu médian
donne une mesure approximative du niveau de vie généralement rencontré parmi la population.
Les personnes en situation de pauvreté sont celles qui ont des ressources « notablement »
inférieures à ce revenu médian. Le statisticien est alors obligé de faire un choix arbitraire pour
traduire cette idée en un seuil mesurable. Dans cette étude, le seuil retenu correspond à 50%
du niveau de revenu médian.
Repères sur la pauvreté en France métropolitaine
Pascal Chevalier, chef de la division Revenus et Patrimoine des ménages à l’Insee Paris, donne quelques points de
repère sur la pauvreté en France.
Il faut avant tout noter le recul important des situations de pauvreté qui a été enregistré en France au cours des
années soixante-dix et quatre-vingt. La part de la population pauvre a été divisée par deux sur la période. Mais ces
dernières années, la baisse semble s’être interrompue.
Ce recul de la pauvreté a plus particulièrement concerné les personnes âgées: ainsi, le risque de pauvreté au seuil de
50% de la médiane est aujourd’hui deux fois moins élevé parmi les personnes de plus de 60 ans, que sur l’ensemble de
la population. À l’inverse, les jeunes sont les plus touchés par la pauvreté, et le sont sans doute plus qu’autrefois. La dif-
ficulté de trouver un premier travail fait, entre autres, que le risque de pauvreté est le plus élevé parmi les
personnes de moins de 30 ans. Les familles monoparentales constituent également une catégorie fortement touchée.
Avec un seul adulte dans le ménage, les sources de revenu sont limitées ; par ailleurs, les enfants représentent une
charge financière importante, que les aides ne compensent pas.
L’image de la pauvreté change également fortement en fonction du seuil que l’on retient. Passer d’un seuil à 50%
du revenu médian à un seuil fixé à 60% du revenu médian revient à doubler le nombre de personnes pauvres. Ce qui,
autrement dit, met en avant le nombre important de personnes modestes, aux franges de la pauvreté.
Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006 INSEE Nord-Pas-de-Calais
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Nous appliquons cette méthode à partir des données transmises par les caisses d’allocations
familiales et les mutualités sociales agricoles. Le champ porte sur l’ensemble des foyers dont le
chef de ménage est âgé de moins de 65 ans, à l’exception des étudiants, pour lesquels il est dif-
ficile d’apprécier l’aide reçue de leurs parents. Est alors calculé un «seuil de bas revenus», esti-
mé en 2004 à 735 euros par UC. Les foyers dont les ressources sont en deçà de ce seuil seront
dits «foyers à bas revenus».
Ce «seuil de bas revenus» diffère du «seuil de pauvreté» que l’on retrouve dans les études
conduite à l’échelle nationale, et qui porte sur le champ de l’ensemble des ménages, après la
prise en compte des impôts directs. Il est important de distinguer les deux mesures, qui condui-
sent à des ordres de grandeur différents. Ainsi, France entière, le taux de pauvreté, proche de
6,5% en 2004, est de moitié inférieur au taux de bas revenus, estimé à 13,5%.
La mesure de la population à bas revenus doit être utilisée avec précaution, et comporte des
limites importantes à souligner.
• La définition du seuil comporte une part d’arbitraire: faut-il fixer le seuil à 50% ou 60% du
revenu médian? Les conséquences sont pourtant considérables pour identifier le nombre de
personnes concernées. Pour reprendre l’exemple précédent, le couple avec enfants, comme
la famille monoparentale, dispose de revenus supérieurs au seuil à 50% (735 euros par UC),
mais inférieurs au seuil à 60% (880 euros par UC).
• Cette méthode, fondée sur les différences plutôt que les niveaux de revenus, conduit méca-
niquement à qualifier des ménages comme étant à bas revenus, cela aussi riche que soit une
société. Si tous les foyers français voient, demain, leurs ressources doublées, le taux de bas-
revenus reste inchangé en France comme en Nord-Pas-de-Calais.
• Le calcul des besoins des ménages est sommaire. Par exemple, il ne prend pas en compte la
différence du coût du logement en milieu urbain et en milieu rural. À l’inverse, les ressources
ici prises en compte se limitent aux seuls revenus monétaires : les aides spécifiques, comme
l’accès au logement social, ne sont donc pas incluses.
a-t-il plus de pauvres en YNord-Pas-de-Calais qu’ailleurs ?
Dans cette approche monétaire, 266 000 foyers du Nord-Pas-de-Calais ont des ressources
inférieures au seuil de bas revenus. Ils regroupent près de 696000 personnes, soit un cinquième
de la population âgée de moins de 65 ans. Le Nord-Pas-de-Calais se place ainsi parmi les régions
métropolitaines ayant les taux les plus élevés de personnes à bas revenus, avec le Languedoc-
Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Corse.
Au sein du Nord-Pas-de-Calais, la proportion la plus élevée de foyers à bas revenus se retro-
uve dans les espaces les plus densément urbanisés (cf. carte 1). Les grandes villes, tout d’abord,
parmi lesquelles on citera plus particulièrement Lille, Roubaix, Tourcoing, Dunkerque, Calais,
Boulogne-sur-Mer, Arras, Lens, Douai, Valenciennes et Maubeuge. L’arc minier ensuite, précisé-
ment dessiné par les cantons allant d’Auchel à Condé-sur-Escaut. S’y ajoutent, à l’inverse, des
territoires peu peuplés : des cantons ruraux dans le département du Pas-de-Calais, proches de
Berck-Montreuil (Hucqueliers, Étaples, Fruges) et dans l’Artois-Ternois (Auxi-le-Château, St-Pol-
sur-Ternoise), et des cantons de l’Avesnois (Trélon). Dans la plupart de ces espaces, plus de 25%
des habitants vivent dans un foyer à bas revenus. À l’inverse, les territoires les moins touchés
par la pauvreté se situent dans l’arrière-pays dunkerquois, la Flandre-Lys, et dans les espaces
péri-urbains autour de Lille et d’Arras : moins de 10% des habitants y sont à bas revenus.
ourquoi la pauvreté touche Pune plus grande part d’enfants que d’adultes ?
Construite autour de la notion de personnes à charge, l’approche ici présentée met en évi-
dence la dimension familiale parmi les facteurs de pauvreté. Ce n’est pas un hasard si, dans la
région, 258000 enfants de moins de 16 ans vivent dans des familles à bas revenus, soit près de
27% des moins de 16 ans. En effet, l’arrivée d’enfants s’accompagne de charges supplémentai-
res pour une famille, sans que les revenus soient accrus (autrement que par les aides sociales).
Un couple sans enfants, avec un salaire net mensuel de 1 200 euros, dispose de 800 euros par
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UC, un montant au-dessus du seuil de bas revenus retenu dans cet article. À l’arrivée du premier
enfant, les ressources de la famille passe à 570 euros par UC – la charge représentée par l’en-
fant fait passer la famille en deçà du seuil de bas revenus.
Selon la composition de la famille, les mécanismes de la pauvreté peuvent alors différer. En
effet, pour une famille nombreuse, le fait d’être à bas revenus résulte de la taille importante du
ménage, quand bien même les parents perçoivent des revenus d’activité relativement élevés :
un couple avec quatre enfants percevant 2000 euros nets de ressources mensuelles est en effet
juste au niveau du seuil de bas revenus. Près de 20% des couples avec trois enfants ou plus sont
ainsi qualifiés de bas revenus, contre 10% des couples avec un enfant.
Pour les familles monoparentales, c’est plutôt la fragilité des ressources économiques qui est
le mécanisme déclencheur de la pauvreté. Les mères isolées, dans la plupart des cas, ont un
accès restreint à l’emploi, voire pas de revenus d’activité, et disposent alors de ressources sous
le seuil de bas revenus. C’est le cas de 40% des familles monoparentales avec un enfant, 60%
avec deux enfants, et 65% avec trois enfants ou plus. Des chiffres qui amènent à prendre cons-
cience des enjeux posés par des divorces et séparations toujours plus nombreux dans la société.
ourquoi certains allocataires Pde minima sociaux ne sont pas à bas revenus ?
Autre enseignement de l’approche monétaire : tous les foyers à bas revenus ne touchent pas
un minimum social (cf. graphique). En Nord-Pas-de-Calais comme en France, près de 40 % des
foyers à bas revenus ne sont pas éligibles pour percevoir un minimum social. L’aide sociale dont ils
sont bénéficiaires se limite dès lors à l’aide au logement et aux allocations familiales.
À l’inverse, des allocataires de minima sociaux parviennent à hisser leurs ressources au-des-
sus du seuil de bas revenus. Ce sera le cas de près de 5% des allocataires du RMI et de l’API, dès
Carte 1. Nombre de foyers à bas revenus et part de la population couverte
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Pauvretés du Nord & pauvretés du Sud
À en croire les indicateurs statistiques, le Nord-Pas-de-Calais et le Languedoc-Roussillon font jeu égal face à la pauv-
reté. Christian Massinon, sous-préfet de Douai, auparavant secrétaire général pour les Affaires en Languedoc-Roussillon,
souligne toutefois plusieurs particularités régionales qui rendent la pauvreté plus «dure» en Nord-Pas-de-Calais.
«La pauvreté est moins pénible au soleil», comme le dit la chanson. Le coût de la vie n’est en effet pas le même: par
exemple, les dépenses de chauffage en hiver sont, pour les ménages modestes, sans commune mesure en Nord-Pas-de-
Calais et en Languedoc-Roussillon.
Pauvreté ancrée ou pauvreté mobile ? Le Languedoc-Roussillon, terre d’immigration, connaît d’importants flux de
population, qui font de la région un point de passage. À l’inverse, les ménages du Nord-Pas-de-Calais sont davantage
attachés à leur lieu de vie, bien souvent leur sol natal. Dès lors, les ménages pauvres du Sud apparaissent plus mobiles
que les ménages pauvres du Nord. Ne va-t-on pas jusqu’à parler, au sujet de l’arc minier, de territoire «scotché» dans la
pauvreté?
L’économie souterraine : le chômage officiellement mesuré ne rend pas compte, pour les régions du Sud, du poids de
l’économie souterraine. Le travail au noir qui y correspond représente pourtant des flux financiers conséquents, servant
ainsi «d’amortisseur» aux pauvretés.
Des freins culturels pour rebondir ? Ce qui a fait jadis la force d’une région peut devenir une faiblesse. Quand on
songe à la place de l’industrie dans l’imaginaire collectif en Nord-Pas-de-Calais, il est évident que la perte de sites indus-
triels et de la culture qui s’y rattache, a conduit à une perte de repères. Comment se battre alors pour retrouver une iden-
tité individuelle et collective, support indispensable et préalable à toute reconquête d’autonomie ?
lors qu’ils parviennent à reprendre une activité économique et cumulent, de façon transitoire,
une partie du minimum social et des nouvelles ressources.
La moitié des allocataires de l’AAH, dont l’allocation peut être complétée par une majora-
tion sous conditions spécifiques, ont également des ressources au-dessus du seuil de bas reve-
nus. Mais n’est-ce pas le résultat artificiel d’une absence de prise en compte spécifique du coût
du handicap dans le calcul du coût de la vie?
Enfin, les allocataires de l’ASS, dont les montants sont plus élevés en raison de l’activité pro-
fessionnelle dont le ménage a pu justifier par le passé, basculent au-dessus du seuil de bas reve-
nus dès lors qu’ils n’ont pas d’enfants à charge – c’est le cas de près des quatre cinquièmes d’en-
tre eux.
Graphique. Nombre de foyers à bas revenus et de foyers avec un minimum social







INSEE Nord-Pas-de-Calais Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006
31- Chapitre III -
Trois profils de pauvreté
La situation familiale et le nombre d’enfants, mais également le type des aides reçues et leur
importance dans le budget des ménages, constituent autant de facteurs pour décrire les diver-
ses formes de précarité. Il est ainsi possible de mettre en avant trois grands profils de pauvreté.
Premier profil : une personne seule – souvent un homme – sans enfants à charge. Il ne per-
çoit aucun revenu d’activité et n’a pas d’autres ressources pour vivre que le minimum social qu’il
reçoit, le RMI ou l’AAH. Ce profil représente un peu moins de 20% des foyers à bas revenus
de la région. Il est sur-représenté dans les territoires localisés en périphérie des grandes
villes, comme autour de l’agglomération lilloise, d’Arras, de Calais ou de Boulogne-sur-Mer
(cf. carte 2).
Second profil: une famille monoparentale avec à sa tête, presque toujours, une mère seule,
qui bénéficie d’allocations familiales et d’aides au logement. Souvent, s’y ajoute un minimum
social: l’API ou, quand les droits en sont épuisés, le RMI. Parfois, la mère a un emploi, mais ce
dernier est précaire et faiblement rémunérateur. Ce groupe rassemble environ 25% des alloca-
taires à bas revenus de la région et est fortement présent dans les grandes villes et dans l’en-
semble du bassin minier (cf. carte 3).
Troisième profil : un couple avec enfants, pour lequel la pauvreté résulte d’un déséquilibre
entre les ressources et les besoins de la famille. Parfois, le ménage n’a aucune ressource prop-
re, et vit à l’aide des allocations familiales, des allocations de logement, et d’un minimum social
– le RMI ou l’ASS. Le plus souvent, le ménage dispose de revenus liés à une activité profession-
nelle. Parce que ces revenus sont modestes eu égard aux besoins du ménage, ils se retrouvent
toutefois «à la frontière de la pauvreté», sans avoir droit à un minimum social. Pour ces «tra-
Les travailleurs pauvres
Selon la définition Insee, le concept de « travailleurs pauvres » correspond aux personnes qui, bien qu’ayant un
emploi, vivent dans un ménage dont les ressources sont en deçà du seuil de bas revenus. Marie-Laure Balmes, Directrice
Régionale du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, et Danièle Lavenseau, chef-adjointe du Service
d’Etudes et de Diffusion de l’Insee, rappellent les particularités de cette «pauvreté laborieuse».
Avoir un emploi ne suffit pas toujours pour se prémunir de la pauvreté. En témoignent les quelques 150000 actifs de
la région avec un emploi vivant dans un ménage à bas revenus.
Bien souvent, les explications avancées face à ce constat identifient le niveau des salaires, trop faibles eu égard au
coût de la vie, la flexibilité croissante de l’emploi, avec l’essor de l’intérim et des contrats à durée déterminée au détri-
ment des contrats plus «stables» comme les CDI, ainsi que la multiplication des temps partiels, qui ne permettent pas
d’atteindre les niveaux de rémunération des temps complets.
Ces éléments apportent une part significative de l’explication, sans toutefois rendre pleinement compte du phéno-
mène. Certes, la part des contrats à temps partiel est près de deux fois plus élevée parmi les travailleurs pauvres que
parmi les autres travailleurs (23% contre 14%). De même pour les contrats à durée déterminée (18% contre 10%). Mais
comment expliquer que plus de la moitié des travailleurs pauvres aient un contrat à durée indéterminée et à temps com-
plet ?
La pauvreté des travailleurs, entendus comme appartenant à un ménage pauvre, dépend de la conjugaison entre les
facteurs professionnels et les facteurs familiaux. Le nombre de personnes à charge dans le ménage est un élément clé:
un tiers des ménages du Nord-Pas-de-Calais comprenant un travailleur pauvre est un couple avec trois enfants ou plus.
Un sixième correspond aux familles monoparentales, le plus souvent avec une femme à leur tête. De même, la présence
ou non d’un autre revenu d’activité apporté par le conjoint conditionne largement le niveau de ressources du ménage.
Ainsi, le travailleur pauvre est la seule personne du ménage à occuper un emploi dans 70% des cas.
Dès lors, un travailleur avec un emploi stable, à temps complet, peut avoir un niveau de rémunération égal au salai-
re moyen dans la région (1 300 euros nets par mois) et être travailleur pauvre, s’il est le seul actif et que le ménage a
deux enfants ou plus à charge.
Pour en savoir plus : Les travailleurs pauvres - Insee Nord-Pas-de-Calais - Pages de Profils - À paraître en 2007.
Dossiers de Profils N°82 - Juin 2006 INSEE Nord-Pas-de-Calais
32- Chapitre III -
vailleurs pauvres », l’insertion professionnelle se fait à un niveau de rémunération bas, et ne
protège pas de la pauvreté. Ce groupe représente 55% des allocataires à bas revenus. Il est for-
tement représenté de l’arrière-pays dunkerquois jusqu’à Armentières, dans des territoires où la
pauvreté est d’ailleurs, en volume, moins fréquente qu’ailleurs (cf. carte 4).
ne pauvreté durable Uou transitoire ?
De la pauvreté dans la région, nous avons donné des «clichés», au sens photographique du
terme: une image prise à un instant précis. Bénéficier d’un minimum social ou être à bas reve-
nus illustre une situation qui prévaut une année donnée : mais qu’en est-il l’année suivante ?
Les difficultés financières des ménages de la région sont-elles transitoires, ou durables? Existe-
t-il des différences selon les territoires du Nord-Pas-de-Calais?
Selon les différentes études conduites France entière, chaque année, entre 10% et 15% des
ménages à bas revenus sortent de la pauvreté, quand au contraire d’autres y rentrent.
Malheureusement, il n’est pas possible de calculer ce taux de sortie à l’échelle d’une région,
pour déterminer s’il est plus élevé ou plus faible qu’ailleurs.
C’est pourtant une information décisive pour la conduite des politiques publiques : car un
territoire connaissant des formes de pauvreté durables n’aura pas recours aux mêmes moyens
d’action qu’un territoire où les formes de pauvreté sont transitoires.
Carte 2. PART DU PROFIL DE PRÉCARITÉ N°1
PERSONNES ISOLÉES, SANS REVENUS D’ACTIVITÉ, ET BÉNÉFICIANT DU RMI OU DE L’AAH.
FORTE DÉPENDANCE AUX AIDES
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Carte 3. PART DU PROFIL DE PRÉCARITÉ N°2
FAMILLES MONOPARENTALES, BÉNÉFICIANT DE L’API,
D’ALLOCATIONS FAMILIALES ET D’AIDES AU LOGEMENT.
DÉPENDANCE MOYENNE AUX AIDES
Carte 4. PART DU PROFIL DE PRÉCARITÉ N°3
COUPLES AVEC OU SANS ENFANTS, AVEC DES REVENUS
D’ACTIVITÉ MODESTES, JUSTE EN DEÇÀ DU SEUIL DE
BAS REVENUS
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