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Irrigation, riziculture et gestion de l'eau en Indonésie. La modernisation des traditions agro­hydrauliques à Java et Bali / Irrigation, rice cultivation and water management in Indonesia. The modernisation of agro-hyudraulic traditions in Java and Bali - article ; n°1 ; vol.65, pg 27-37

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Revue de géographie de Lyon - Année 1990 - Volume 65 - Numéro 1 - Pages 27-37
RESUME : En quelques années, l'Indonésie est passée d'une situation de dépendance alimentaire à une position légèrement excédentaire en riz. L'étude montre que dans le cas de Bali, cette situation résulte de la modernisation discrète d'une tradition inchangée depuis les débuts de la riziculture. A Java, cette continuité avait été détruite par le système colonial et l'impulsion résulte principalement d'incitations étatiques. Le succès d'ensemble tient à de multiples échanges culturels : Java s'est inspirée de la tradition balinaise et Bali a su intégrer le rôle incitateur de l'Etat. Dans l'un et l'autre cas, la richesse des traditions hydrauliques et la cohérence des sociétés villageoises ont joué un rôle considérable.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1990
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Langue Français
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Jean-Luc Maurer
Irrigation, riziculture et gestion de l'eau en Indonésie. La
modernisation des traditions agro­hydrauliques à Java et Bali /
Irrigation, rice cultivation and water management in Indonesia.
The modernisation of agro­hyudraulic traditions in Java and Bali
In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 65 n°1, 1990. pp. 27­37.
Résumé
RESUME : En quelques années, l'Indonésie est passée d'une situation de dépendance alimentaire à une position légèrement
excédentaire en riz. L'étude montre que dans le cas de Bali, cette situation résulte de la modernisation discrète d'une tradition
inchangée depuis les débuts de la riziculture. A Java, cette continuité avait été détruite par le système colonial et l'impulsion
résulte principalement d'incitations étatiques. Le succès d'ensemble tient à de multiples échanges culturels : Java s'est inspirée
de la tradition balinaise et Bali a su intégrer le rôle incitateur de l'Etat. Dans l'un et l'autre cas, la richesse des traditions
hydrauliques et la cohérence des sociétés villageoises ont joué un rôle considérable.
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Maurer Jean­Luc. Irrigation, riziculture et gestion de l'eau en Indonésie. La modernisation des traditions agro­hydrauliques à
Java et Bali / Irrigation, rice cultivation and water management in Indonesia. The of agro­hyudraulic traditions in
Java and Bali. In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 65 n°1, 1990. pp. 27­37.
doi : 10.3406/geoca.1990.5708
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113X_1990_num_65_1_5708de Géographie de Lyon Revue
Vol. 65 / № 1 / 1990 / p. 27 à 37.
IRRIGATION, RIZICULTURE ET GESTION DE L'EAU EN INDONESIE
La modernisation des traditions agro-hydrauliques à Java et Bali
par Jean-Luc MAURER
Professeur à l'Institut Universitaire d'Etudes du Développement (IUED)
Directeur du Centre de Recherche sur l'Asie Moderne (CRAM)
Genève.
RESUME :
En quelques années, l'Indonésie est passée d'une situation de dépendance alimentaire à une position légèrement excédentaire en riz. L'étude montre que dans
le cas de Bali, cette situation résulte de la modernisation discrète d'une tradition inchangée depuis les débuts de la riziculture. A Java, cette continuité avait été
détruite par le système colonial et l'impulsion résulte principalement d'incitations étatiques. Le succès d'ensemble tient à de multiples échanges culturels : Java
s'est inspirée de la tradition balinaise et Bali a su intégrer le rôle incitateur de l'Etat. Dans l'un et l'autre cas, la richesse des traditions hydrauliques et la cohérence
des sociétés villageoises ont joué un rôle considérable.
MOTS CLES : IRRIGATION, RIZ, APTITUDE AU CHANGEMENT, INDONESIE, BALI, JAVA.
ABSTRACT :
Over a short period Indonesia has changed from a situation where food needs to be imported to one in which it produces a small surplus of rice. The study shows
that in the case of Bali, this results from the prudent modernisation of a tradition which has remained unchanged since rice was first cultivated. In the case of
Java such continuity was destroyed by the colonial system and modernisation results principally from State initiatives. The overall success of such changes results
from numerous cultural exchanges. Java has learnt from the traditions of Bali, while in the latter area the incitative role of the State has been accepted. In both
cases the abundance of local traditions in irrigation and the solid structuring of village societies have played a major role.
KEY WORDS : IRRIGATION, RICE, APTITUDE FOR CHANGE, INDONESIA, BALI, JAVA.
Au début des années 60, l'Indonésie, cinquième nation la plus régulièrement montrée en exemple au reste du tiers Monde (4),
peuplée du monde, approchait déjà des 100 millions d'habi ont été atteint grâce à une vigoureuse politique de modernis
tants et s'enfonçait dans un sous-développement chronique ation agricole qui a entraîné, à son tour, une forte diver
marqué par une dramatique récession économique, une infla sification de l'économie nationale et un début prometteur
tion galopante et une paupérisation croissante. Ce marasme
se manifestait en particulier par une dépendance alimentaire
de plus en plus grave. Avec un volume moyen de plus d'un
million de tonnes par année entre 1960 et 1965, le pays était (1) Pour de plus amples informations sur les problèmes de croissance et de
répartition de la population ainsi que de production et de consommation rizen effet devenu le plus gros importateur mondial de riz (1). icole en Indonésie, y compris sur les questions d'importations et d'exportatTrente ans plus tard, l'Indonésie, qui vient de passer le cap ions, se reporter à Jean-Luc MAURER, "La mutation de l'agriculture indodes 180 millions d'habitants et conserve le même rang sur le nésienne", Etudes Rurales, Nos 99-100, Juillet-Décembre 1985, pp. 87-113.
plan démographique, est au contraire engagée, depuis plus
(2) Des données plus récentes sur les questions de croissance démographique de quatre plans quinquennaux, dans un processus de déve
et de production rizicole que celles fournies dans l'article sus-mentionné peuloppement se caractérisant par une croissance économique vent être trouvées chez David EVANS, "Survey of Recent Developments", assez respectable, une inflation modérée et une amélioration Bulletin of Indonesian Economic Studies, Vol. 24, No 3, December 1988, indiscutable du niveau de vie pour la vaste majorité de sa pp. 3-30 ainsi que dans le dernier rapport annuel sur ce pays du fameux Intel
ligence Economie Unit de Londres intitulé : Indonesia, Country Profile population. Ce renversement de situation se manifeste au tout
1989-90, EIU, 1989, pp. 8-11 et 26-26. premier chef par une autosuffisance rizicole atteinte dès 1981
et maintenue depuis lors. Ainsi, pour 1989, la plupart des est (3) De 2,1 % entre 1961 et 1971, le taux de croissance annuel moyen de la imations situent la production nationale au-dessus de la barre population est passé à 2,3 % entre 1971 et 1980. Grâce au programme de plan
des 29 millions de tonnes de riz et le pays commence même ning familial adopté dès 1970, il devrait logiquement se rapprocher à nouveau
de la barre des 2 % pour la décennie 1980-90. Sur toutes ces questions démogà émerger sur le marché international dans le rôle inédit d'un raphiques, voir : Graeme HUGO, Terence HULL, Valerie HULL and Gavin exportateur commercial virtuel (2). JONES, The Demographic Dimension in Indonesian Development, Singapore,
Oxford University Press, East Asian Social Science Monographs, 1987, 417 Sur le plan vivrier, le bilan est donc plus que satisfaisant puis pages.
que l'Indonésie a pratiquement triplé sa production rizicole (4) C'est ainsi que le Président Suharto s'est vu conférer l'honneur d'être invité en moins d'un tiers de siècle, alors que sa population n'a pas comme porte-parole officiel du Tiers Monde lors d'une conférence annuelle tout à fait doublé pendant le même laps de temps (3). Les un peu plus solennelle que les autres organisée par la FAO, à Rome, fin 1985,
résultats acquis dans ce domaine, pour lesquels elle est pour commémorer le quarantième anniversaire de sa fondation. 28 J.L. MAURER
naturelle. Et de fait, nulle part ailleurs dans tout l'archipel, d'industrialisation plaçant le pays dans le sillage de ses voi
la combinaison entre un climat tropical humide à deux saisins plus développés de l'ASEAN ou même des NPI de pre
mière génération comme la Corée du Sud et Taïwan (5). Tout sons égales et bien marquées, un volcanisme actif ayant bonif
ié les sols d'une région située sous de telles latitudes et un ceci n'aurait pas été possible sans la conjonction d'une poli
réseau de fleuves faciles à aménager, n'est-elle plus favoratique judicieuse de la part du gouvernement, qui n'a pas hésité
ble qu'à Java. Il n'est donc pas surprenant que cette île ait à investir en priorité les importantes ressources provenant du
été touchée de manière plus précoce et profonde par l'india- double boom pétrolier des années 70 dans le développement
nisation précoloniale puis par la colonisation hollandaise, et rural et la consolidation de la base agricole du pays (6), et
qu'elle se soit, au bout du compte, développée plus rapided'une réaction très positive de la part de la paysannerie indo
nésienne, qui a su saisir au vol les opportunités offertes pour ment que les autres, au fil de son histoire, en particulier depuis
l'indépendance du pays. L'agriculture a bien évidemment été augmenter sa production, ses revenus et son niveau de vie (7).
au centre de ce phénomène de différenciation sub-nationale Bref, toute tentative d'explication débouche rapidement sur
la synergie qui semble s'être établie entre les efforts de déve entre Java et les îles extérieures.
loppement consentis par un Etat ayant une tradition d'inter
vention très ancienne dans l'agriculture et ceux déployés par Les systèmes agro-hydrauliques de la période précoloniale
une société paysanne ayant des traditions agricoles parmi les
Comme pour d'autres grandes régions du monde ou des civiplus raffinées de l'Asie tropicale. D'emblée, on tombe déjà,
lisations hydrauliques se sont épanouies, le débat sur l'orià ce niveau, sur l'une des conditions de base ayant présidé
à l'émergence des sociétés hydrauliques à travers le monde. gine de l'irrigation en Asie du Sud-Est fait encore à ce jour
l'objet d'une controverse scientifique des plus animées (10).
La principale question débattue est de savoir si les techniques Cela dit, il faut rappeler que l'Indonésie est aussi vaste que
variée, et que la modernisation agricole ne s'est pas faite par d'irrigation ayant permis la floraison économique et polit
tout en même temps ni au même rythme. Elle a en toute logi ique des grands royaumes agro-hydrauliques précoloniaux
que été élaborée et appliquée en priorité à Java et Bali, les
deux îles les plus peuplées et le grenier rizicole de l'archipel,
qui supportaient à elles seules, en 1985, 62.5 % de la popul
ation nationale et produisaient 64 °7o du riz indonésien (8). (5) Concernant la problématique de l'industrialisation dans cette partie du
monde, on peut consulter l'ouvrage récent publié sur le sujet sous la direction Il va de soi que ce sont aussi celles ou les conditions naturell de Jean-Luc MAURER et Philippe REGNIER, La nouvelle Asie industrielle : es sont les plus favorables au développement de la rizicul enjeux, stratégies et perspectives, Paris, PUF, Publications de l'IUHEI de ture irriguée et ou une telle tradition agro-hydraulique est la genève, 1989, 197 pages.
plus ancienne. Néanmoins, autant les caractéristiques agro
(6) Rappelons peut-être que l'Indonésie est, avec une production annuelle écologiques des deux îles sont-elles comparables, autant le moyenne légèrement inférieure à 500 millions de barrils, le 10e producteur mondvécu historique et le mode d'organisation social de leurs pay ial de pétrole. sanneries sont-ils différents. Ceci est bien évidemment à l'or
igine de processus de modernisation agro-hydrauliques assez (7) Sur la politique vivrière du gouvernement et la manière dont la paysanner
ie y a répondu, voir Jean-Luc MAURER, Modernisation agricole, dévelopdissemblables. Le but de cet article est de faire une analyse pement économique et changement social, Le riz, la terre et l'homme à Java, historique comparée de ces deux systèmes d'irrigation afin Paris, PUF, Publications de l'IUHEI de Genève, 1986, 323 pages. de succintement les décrire et de montrer en quoi ce qui les
différenciait hier tend à s'estomper aujourd'hui dans une sorte (8) Habituellement, le clivage classique qui est établit consiste à opposer Java
aux autres îles de l'archipel dites "extérieures". En 1985, Java, qui représente, de fertilisation interculturelle croisée due à l'effet intégrateur avec un peu plus de 132 000 km2, moins de 7 °/o du territoire national émergé, du développement national. A travers une brève histoire de a franchi le cap symbolique des 100 millions d'habitants - soit plus de 60 % l'irrigation en Indonésie, de l'ère précoloniale à la période de la population nationale - ce qui lui donnait une densité moyenne générale
de 755 hab/km2. L'île a produit cette année là 24 Mt de paddy, soit 62 °7o contemporaine, nous étudierons plus en détail la relation exis
du riz produit dans l'archipel. La dimension démographique et l'importance tant entre l'extensification hydraulique et l'intensification riz agricole de Bali sont infiniment moindres puisque la population de "l'île des icole à Java et Bali ainsi que certains problèmes plus spécifi dieux" n'était en 1985 que de 2.65 millions d'habitants pour une superficie ques de gestion de l'eau propres à chacun des deux systèmes de 5661 km2 - soit une densité moyenne de 476 hab/km2 - et qu'elle n'a pro
examinés. duit que quelques 762 000 tonnes de paddy. Toutes ces données sont tirées
de Statistik Indonesia 1987, Jakarta, Biro Pusat Statistik, Januari 1988, pp. 48-49, 53 et 228.
L'archipel indonésien, à la fois porte de passage entre les (9) Le lecteur intéressé par l'histoire de l'archipel consultera en priorité les
deux livres classiques de Bernard H. M. VLEKKE, Nusantara, A History of océans Indien et Pacifique et pont de transition entre l'Asie Indonesia, The Hague, W. van Hoeve Ltd, 1965, 479 pages et de Jacob Cor- et l'Australie, a toujours été ouvert à tous les vents de la mous nelis van LEUR, Indonesian Trade and Society, Essays in Asian Social and son et aux influences culturelles ou matérielles exogènes qu'ils Economic History, The Hague, W. van Hoeve Ltd, 1967, 465 pages.
véhiculaient (9). Cependant, vu son étendue et son atomisa-
(10) Concernant la problématique générale en question, se reporter à l'exceltion, ces dernières ne se sont pas exercées partout de la même lent article de synthèse de Jacques BETHEMONT, "Sur les origines de l'agrmanière ni au même moment. Les côtes des grandes îles occi iculture hydraulique" in sous la direction de F. et J. METRAL, L'homme et dentales de la Sonde, verrouillées par l'étroit siphon du détroit l'eau en Méditerranée et au Proche Orient, Lyon, Presses Universitaires de
de Malacca et largement ouvertes sur la mer de Chine méri Lyon, Travaux de la Maison de l'Orient, No 3, Vol II, 1982, pp. 7-30. Sur
la région géo-culturelle qui nous concerne ici, voir en priorité J.E. SPENCER, dionale, offraient une multitude de havres quasi naturels pour "La maîtrise de l'eau en Asie du Sud-Est", Etudes Rurales, Nos 53-56, Janvier- les navires en provenance du Golfe du Bengale ou des ports Décembre 1974, pp. 73-94. Ce volume spécial d'Etudes Rurales intitulé "Agride l'Empire du Milieu. C'est en particulier le cas pour Java culture et sociétés en Asie du Sud-Est" contient d'ailleurs plusieurs autres con
qui, d'emblée, frappa les voyageurs par sa luxuriante richesse tributions de valeur sur les problèmes d'irrigation dans cette région d'Asie. RIZICULTURE ET GESTION DE L'EAU EN INDONÉSIE 29 IRRIGATION,
subitement à Java Oriental, sur le cours inférieur de la rivière de la péninsule indochinoise et de l'archipel insulindien ont
été empruntées à la civilisation indienne, qui a exercé son Brantas. Là, dans une région volcanique fertile et favorable
influence sur cette région par le biais des marchands et des au développement de la riziculture irriguée, la succession de
pèlerins voyageant entre le Sous-Continent et l'Extrême Orient différents royaumes agro-hydrauliques indianisés de même
dès le début de l'ère chrétienne, ou si elles se sont dévelop type dans le triangle Kediri-Malang-Surabaya va déboucher,
pées de manière endogène, avant même le début de ce con au bout de trois siècles, sur l'émergence, en 1293, de Maja-
tact interculturel. Pour ce qui est de la péninsule, tous les spé pahit, le plus puissant et prestigieux, mais aussi le dernier
cialistes semblent s'accorder sur le fait que la technique des d'entre-eux. Pendant tout le XlVe siècle, l'Empire de Maja-
réservoirs d'accumulation puis des bassins attenant aux tem pahit impose sa tutelle à une bonne partie de l'archipel et
ples - prédominante chez les riziculteurs proto-malais comme monopolise une part importante du commerce interinsulaire.
les Chams, les Mons et surtout les Khmer s - a été bien été Grâce à son important surplus rizicole, il peut acquérir dans
empruntée à l'Inde, mais développée par la suite de manière les îles lointaines tous les produits tropicaux que le monde
endogène jusqu'à revêtir, comme dans le cas d'Angkor, des extérieur commence à convoiter. De la Chine au Monde
proportions colossales inconnues à Sri Lanka ou dans le Arabe, les marchands se pressent dans ses entrepôts pour
Tamilnadu dont elle était originaire (11). En revanche, dans acquérir épices et bois précieux venus des Moluques ou de
l'archipel, et plus particulièrement à Java, où ces réservoirs Bornéo. On est alors à l'apogée de la période indo-javanaise, et bassins ne se sont guère implantés et où l'on a surtout l'île de Java commence à être réputée jusque dans l'Occident retrouvé une irrigation basée sur le captage d'eau fluviale par chrétien pour son opulence et ses richesses, mais la prospérbarrage et canal de dérivation alimentant par gravité des ité de Majapahit repose avant tout sur un système agrochamps endigués ou des terrasses, les techniques hydrauli hydraulique centralisé et performant dont les rizières produiques de base semblent bien d'origine locale. Il est donc vra sent déjà une tonne et demie de paddy par hectare deux fois isemblable de penser qu'une riziculture irriguée permettant une par année. Dans une relation d'interdépendance que l'on double récolte annuelle existait déjà dans certaines petites retrouve dans beaucoup d'autres civilisations hydrauliques poches alluviales favorables du centre méridional de Java d'Asie, l'Etat supervise l'aménagement et l'entretien du réseau (Kejawèn), bien avant que l'influence culturelle indienne ne d'irrigation, garantissant en contrepartie la paix et la sécurtouche l'île (12). ité aux communautés villageoises afin qu'elles puissent se
consacrer en toute quiétude à leurs activités de production C'est sûrement à un niveau moins directement lié aux tech
agricole (16). Ceci dit, les conditions naturelles existantes et niques de production que se situe l'emprunt majeur du monde la technologie d'irrigation employée ne nécessitent pas la réaindonésien à la civilisation indienne : celui des techniques lisation de travaux colossaux et l'économie, bien que centrée d'encadrement, si chères au père de la géographie tropicale
sur l'agriculture, reste relativement diversifiée. Il est donc diffrançaise (13). L'adoption progressive, dès le Ile ou Ille siè
ficile de dire si l'on a réellement à faire à une société hydraulcle après Jésus Christ, de certains aspects déterminants du
ique de type despotique, dont la littérature trouvera plutôt système socio-économique et politico-religieux véhiculé par
les brahmanes indiens, que s'attachent comme conseillers cer
tains chefs locaux, permet en effet de passer des poches d'irr
igation isolées et limitées au terroir de chaque communauté
villageoise à des périmètres plus étendus, reliés par un réseau (11) J.E. SPENCER, op.cit., ainsi que Bernard-Ph. GROSLIER, "Agricul
de canaux et administrés par une autorité centrale. Aux alen ture et religion dans l'Empire angkorien", Etudes Rurales, Nos 53-56, op.cit,
pp. 95-117. tours du VH-VIIIè siècle apparaissent à Java Central les pre
mières formations étatiques indianisées, dont la prospérité (12) C'est en tous les cas le point de vue que soutient un savant javaniste aussi économique repose principalement sur le développement rizi- illustre que C. LEKKERKERKER, Land en Volk van Java, Eerste Deel,
cole par extension de la frontière agro-hydraulique. L'amé Groningen-Batavia, Bij J.B. Wolters Uitgevers Maatschappij, 1938, pp. 257-59.
nagement de nouvelles zones de rizière irrigué (sawah) se fait (13) Voir à ce sujet tous les ouvrages de Pierre GOUROU et plus particulièren imposant de lourdes corvées à la paysannerie, qui doit de ement : Terres de bonne espérance, Le monde tropical, Paris, Pion, Terre surcroit payer un impôt en nature au moment de la récolte (14). Humaine, 1982, 456 pages ainsi que Riz et civilisations, Fayard, 1984,
Ces principautés de taille modeste donnent bientôt naissance, 299 pages.
vers le IX-Xe siècle, à de grands royaumes agro-hydrauliques (14) Sur la riziculture précoloniale à Java, on doit consulter le remarquable dont Mataram, localisé dans la région de Yogyakarta, reste ouvrage de N. van SETTEN van der MEER, Sawah Cultivation in Ancient le plus fameux fleuron grâce aux vestiges archéologiques (Fig. Java, Aspects of Development during the Indo-Javanese Period 5th to 15th
1) du Borobodur et de Prambanan. Un peu comme chez les Century, Canberra, Australian National University Press, Oriental Monog
raphs Series No 22, 1979, 168 pages. Khmers de l'Empire angkorien qui dominent à la même épo
que toute la région du bas Mékong, agriculture et religion (15) Sur cette question consulter Bernard Ph. GROSLIER, op. cit. et Jean- semblent y avoir été étroitement imbriquées dans un proces Luc MAURER, "L'introduction de nouveaux facteurs technique de product
sus cumulatif de colonisation agraire et de prosélytisme rel ion en milieu rural : cas choisis dans l'histoire de l'économie agricole ancienne
et contemporaine de l'Asie du Sud-Est" in La fin des outils, Paris, PUF, igieux, véritable moteur de la croissance économique et du Cahiers de l'IUED No 5, 1977, pp.77-115. pouvoir politique (15).
(16) Sur cette relation d'interdépendance connue à Java sous le nom de kawula
Le tournant du premier milllénaire marque une nouvelle étape gusti semblable à celle existant entre seigneurs et serfs dans l'Europe féodale
voir Soemarsaid MOERTONO, State and statecraft in old Java, A Study of dans le développement des formations étatiques indo the Latter Mataram Period 16th to 19th Century, Ithaca, New York, Cornell javanaises car, pour des raisons faisant encore l'objet d'hypot University Press, Modern Indonesia Program, Monograph Series, No 43, 1968, hèses fort discutées, le centre du pouvoir politique passe alors 164 pages. J.L. MAURER 30 RIZICULTURE ET GESTION DE L'EAU EN INDONÉSIE 31 IRRIGATION,
impose en un siècle sa domination à tous les ports marchands l'archétype dans les régions arides ou semi-arides de Chine,
du Pasisir, de Cirebon à Pasuruan. Parallèlement, on assiste d'Inde ou de Mésopotamie que dans l'Asie tropicale humide
alors à l'extension spatiale de la technologie hydraulique du (17).
sawah à toutes les zones favorables du Kejawèn. C'est ainsi
que, petites plaines alluviales de piémont ou étroites vallées La propagation progressive de l'Islam dans l'archipel à part
fluviales enserrées entre les cônes fertiles des volcans, les ir du Xllè siècle va entraîner le déclin des royaumes agro régions de Purworkerto-Purbalingga et de Kebumen- hydrauliques indo-javanais, l'émergence du pouvoir des sul
Purworejo dans l'ouest, de Magelang- Yogyakarta et de tans marchands de la côte nord javanaise (Pasisir) et la chute
Klaten-Surakarta dans le centre ou de Ponorogo-Madiun et de Majapahit autour de 1500. L'aristocratie indo-javanaise
de Kediri-Modjokerto dans l'est, furent successivement amése retranche alors sur Bali et y implante l'hindouisme qui n'en nagées et ouvertes à la riziculture humide, inondée et irriguée. sera plus jamais délogé. Les conditions agro-hydrauliques y Tout cela déclencha une augmentation substantielle et contisont aussi favorables qu'à Java et les mêmes techniques d'irr nue de la production agricole, permettant non seulement de igation du sawah par captage et gravitation y sont pratiquées nourrir une population croissante, mais également de dégadepuis des siècles. Toutefois, les luttes incessantes entre les ger un important surplus rizicole commercialisable qui devint différentes petites principautés du sud-est de l'île font qu'un vite l'une des principales sources de richesse de l'île. En fait, pouvoir étatique fort et centralisé du type de celui de Majap dès le début du XVIè siècle, Java émergea clairement comme ahit n'y émergera pas. De ce fait, les communautés villa le grenier rizicole de tout le monde malais. Ainsi, les exporgeoises vont conserver une plus grande autonomie qu'à Java, tations javanaises par le port de Jepara au seul Sultanat de y compris pour les question d'irrigation. Les villageois dont Malacca, sur la côte occidentale de la péninsule malaise, les rizières en terrasses dépendent d'une même source d'irr s'élevaient-elles, juste avant la conquête portuguaise de 1511, igation se regroupent en associations socio-religieuses de type à 50-60 jonques de riz par année, soit environ 15 000 tonnes communautaire bientôt connues sous le nom de subak. Cha (20). Mais les sultanats de Bandjarmasin (Bornéo), de Ternate cun de ces "club d'irrigateurs" aménage et entretient tout (Moluques), de Banten (Java Ouest) ainsi que les marchands le réseau de canaux d'irrigation nécessaire dont la plupart européens, qui se disputèrent le contrôle des épices insulin- empruntent tunnels et aqueducs en bambou sur une bonne diennes pendant tout le XVIe siècle, dépendaient aussi lapartie de leur parcours. Tout membre d'un subak a des droits rgement de Mataram pour leur approvisionnement alimentaire. et des obligations bien précises, les règles de culture du riz
et de distribution de l'eau étant spécifiées de manière très Sortis vainqueurs de ces âpres luttes mercantiles, les Holland
détaillée et codifiées en rapport avec le rituel religieux qui ais, qui s'établirent à Batavia en 1619, se contentèrent tout imprègne la vie quotidienne des Balinais (18). A côté du subak d'abord de profiter des richesses naturelles de l'archipel en
auquel il appartient éventuellement, chacun d'entre-eux est imposant leur monopole sur le commerce du poivre et des
par ailleurs pris dans un tissu de relations sociales extrême épices et en se servant dans l'agro-écosystème existant, sans
ment dense en tant que membre de sa caste (wangsa), de son intervenir dans les affaires intérieures des potentats locaux.
linéage patrilinéaire (dadia), de sa communauté de résidence Puis, petit à petit, soucieux de rentabiliser leurs investiss
(bandjar) et de différentes associations à but socio-culturel ements et d'augmenter leurs profits, ils commencèrent à diver
(sekehé) faisant de Bali l'une des sociétés traditionnelles les sifier la production agricole de leur opulent jardin tropical
plus structurées et segmentées qui soit au monde (19). Ce et à adopter une politique de plus en plus interventioniste.
système de subak va en tous les cas permettre aux Balinais C'est ainsi que la culture du café fut tout d'abord introduite
de développer et de conserver la maîtrise technologique d'une dans la région des Priangan de Java Ouest et la paysannerie
des rizicultures traditionnelles irriguées les plus admirables sundanaise locale obligée de s'acquitter de l'impôt sous la
forme de "livraisons forcées" en nature (21). Cela entraîna et performantes d'Asie et de transformer leur île en une mosaï
sûrement un développement parallèle des cultures vivrières que de rizières en terrasses qui compte parmi les plus beaux
paysages agricoles du monde.
Le rôle de la colonisation sur le plan de l'irrigation
(17) Référence est bien évidemment faite à la monumentale et classique étude
de Karl WITTFOGEL, Le despotisme oriental, Etude comparative du pouA la veille de l'arrivée des européens dans l'archipel, il y a voir total, Paris, Les Editions de Minuit, 1959, 655 pages. donc deux systèmes de riziculture irriguée bien différents en
Indonésie, le premier organisé sous l'égide de formations éta (18) Sur le système d'irrigation balinais, se reporter à : C.J. Grader, "The
tiques à Java et le second géré de manière communautaire Irrigation System in the Region of Jembrana" in Bali, Studies in Life, Thought
and Ritual, The Hague, W. van Hoeve, 1960, pp. 269-288 ainsi que Clifford par les associations villageoises à Bali. Autre différence nota GEERTZ, "Organization of the Balinese subak" in E. Walter COWARD (Ed), ble, la grande île javanaise va être touchée de manière très Irrigation and Agricultural Development in Asia, Ithaca, Cornell University précoce, dès le tout début du XVIIe siècle, par la colonisa Press, 1980, pp. 70-90.
tion hollandaise qui va progressivement la transformer en jar
(19) Pour plus de détails sur le mode d'organisation de la société balinaise voirie din tropical de la métropole, alors que sa voisine balinaise classique ouvrage de Miguel Covarrubias, Island of Bali, Kuala Lumpur, restera largement à l'écart de toute ces turbulences jusqu'à Oxford University Press, 1974, 405 pages. la fin du XIXe siècle et continuera à développer une agricul
ture de subsistance. (20) Anthony REID, Southeast Asia in the Age of Commerce 1450-1680,
Volume One : The lands below the Winds, New Haven and London, Yale Uni
versity Press, 1988, pp. 23-24. A Java, le centre du pouvoir est revenu dans la région de
Yogyakarta où le Sultanat de Mataram, qui a repris la tradi (21) Clive DAY, The Policy and Administration of the Dutch in Java, Kuala
tion agro-hydraulique de l'Empire indianisé de Majapahit, Lumpur, Oxford University Press, 1972, pp. 63-68. 32 J.L. MAURER
au début du siècle, les champs secs (tegal) couvraient en 1880 car, obligation lui étant faite de consacrer une bonne partie
de ses champs et de son temps au café, la paysannerie n'eut déjà près de 450 000 ha (25). Devant cette détérioration de
la situation, le "système des cultures" avait définitivement pas d'autres solution que de défricher de nouveaux et plus
vastes espaces pour se nourrir. Il est probable que le sawah été aboli en 1870.
ait alors commencé à faire, ici et là, de timides apparitions
dans certaines des zones de Java Ouest les plus favorisées sur Ce changement de cap marqua le début d'une forte accéléra
le plan hydraulique. Toutefois, son extension resta circons tion dans le processus de développement agricole de l'île, dont
l'évolution allait être radicalement freinée par la grande crise crite au Kejawèn pendant tout le XVIIIe siècle, et elle n'y
fut en aucun cas fulgurante puisque la meilleure estimation des années 30, avant d'être interrompue de manière plus dura
ble par la seconde guerre mondiale et la révolution anticolondont nous disposons à cet égard donne 1 .27 million d'hecta
res de sawah en 1833 comme surface maximum dévolue à la iale. En l'espace d'une soixantaine d'années, la mise en
valeur de agricole javanais allait en effet être menée riziculture humide pour toute l'île de Java (22). Il est d'ail
leurs probable qu'une bonne partie de cette superficie était à son terme ultime dans la double direction déjà amorcée.
simplement inondée et juste alimentée par les eaux pluvial D'un côté, initialement soutenue entre 1870 et 1900 par les
es. Quoiqu'il en soit, la plus grande proportion des rizières forts investissements privés des entreprises qui avaient repris
javanaises étaient encore irriguées par un système indigène en main l'industrie sucrière, puis ensuite, de 1900 à 1930, par
traditionnel au début du XIXe siècle et, exception faite pour les injections publiques massives d'un gouvernement colonial
le modeste réseau de canaux construit dans la région de Bui- engagé, sous la pression de son opinion publique et des idées
de la social-démocratie, dans une "politique éthique" en tenzorg (Bogor) entre 1743 et 1750, le colonisateur hollan
dais n'avait encore pratiquement rien entrepris à cette épo laquelle il voyait la solution miracle au problème préoccu
que pour améliorer l'infrastructure hydraulique de l'île (23). pant du "bien-être déclinant de la population", l'aménage
ment hydraulique de Java fit un prodigieux bond en avant.
C'est alors que se situe un premier tournant important dans La surface occupée par les rizières réellement irriguées y passa
l'histoire de l'irrigation indonésienne sous la colonisation. en effet de 1 260 000 ha en 1900 à 1 618 000 ha en 1915 avant
L'enchaînement ininterrompu de la révolution française, de de se stabiliser à 2 850 000 ha en 1937, soit près de 84 % de
l'épopée napoléonienne sur les champs de bataille de toute la superficie totale de sawah qui s'élèvera aux environs de
l'Europe, de l'occupation de Java par les britanniques de 181 1 3.4 millions d'hectares en 1940 (26). Un énorme effort fut
à 1816, et de la guerrilla menée par le prince Diponegoro dans donc entrepris par les autorités coloniales dans ce domaine
la région de Yogyakarta entre 1825 et 1830, ruina totalement et ce que d'aucun qualifièrent de véritable "fanatisme de l'irr
igation" dura pendant les trois premières décennies du XXè l'économie des Provinces Unies hollandaises. Pour la ren
flouer, le colonisateur batave se lança alors dans l'exploita siècle, culminant en 1921, quand les Hollandais investirent
tion systématique et véritablement scientifique de son jardin plus de 1 1 millions de guilden dans les grands travaux hydraul
tropical javanais. Cette nouvelle politique se manifeste par iques, et s'effondrant en 1931, sous les effets de la grande
l'introduction, en 1830, du fameux "système des cultures" dépression mondiale (27). De l'autre côté, poussées par une
(cultuurstelsel) imaginé par le Gouverneur-général van den croissance démographique post-traditionnelle dépassant
Bosch. Comme la canne à sucre, qui en constitua rapidement désormais 1 % par an qui avait fait passer la population de
- avec le tabac et l'indigo - la clef de voûte, pouvait très bien l'île d'environ 10 millions en 1815 à 28.7 millions en 1900 (28),
être cultivée dans le sawah, en symbiose avec le paddy, on
assista, à partir de 1850, à une forte expansion de l'infra
structure d'irrigation à Java, aussi bien dans les vieilles zones
(22) Clifford GEERTZ, Agricultural Involution, The Processes of Ecological de riziculture traditionnelle du Kejawèn que dans certains nou Change in Indonesia, Berkeley and Los Angeles, University of California Press, veaux périmètres aménagés de toute pièce en plusieurs points 1966, 176 pages. du Pasisir. Ainsi, le premier aménagement hydraulique impor
(23) Karl J. PELZER, Pioneer Settlement in the Asiatic Tropics, Studies in tant de cette nature, réalisé autour des années 1860, permit- Land Utilization and Agricultural Colonization in Southeastern Asia, New il d'irriguer 34 000 ha de sawah aux alentours de Sidoardjo, York, American Geographical Society, Special Publication No 29, 1948, p. 54. à Java Est, dans le delta de la rivière Brantas. En 1880, dix
(24) Anne BOOTH, "Irrigation in Indonesia, Part 1", Bulletin of Indonesans après que le cultuurstelsel eut été définitivement aban ian Economic Studies, Vol. XIII, No 1, March 1977, p. 39. donné, les rizières réellement irriguées couvraient déjà plus
d'un million d'hectares, soit exactement la moitié de la superf (25) Ibid.
icie totale cultivée en riz dans l'île (24). Malheureusement, (26) A. BOOTH, "Irrigation", op cit, pp. 39-41 ainsi que Agricultural Secpendant le même laps de temps, le niveau de vie de la popul tor Survey Indonesia, Vol. II, Annex 2, Washington, World Bank, 1974, p.3
et Statistical Pocketbook of Indonesia 1961, Djakarta, Biro Pusat Statistik, ation javanaise avait commencé à sérieusement se dégrader. 1961, p. 48. Les communautés villageoises, privées de leurs sawah les plus
fertiles - réquisitionnées en priorité au profit de cultures comm (27) W. A. van der MEULEN, "Irrigation in the Netherlands Indies", Bullet
in of the Colonial Institute of Amsterdam, Vol. 3, 1939-40, pp. 149. erciales auxquelles elles devaient par ailleurs consacrer une
part toujours plus importante de leur temps de travail - et (28) Le chiffre de 1815, qui est une extrapolation basée sûr l'estimation très
commençant à sérieusement ressentir les effets d'une pres basse de Sir Thomes Stamford RAFFLES, Gouverneur-général britannique
de Java de 181 1 à 1816, est tout à fait sujet à caution, alors que celui de 1900, sion démographique croissante sur des ressources limitées, qui est le résultat du premier recensement moderne mené à Java, est beauen furent bientôt réduites à pratiquer de plus en plus syst coup plus fiable. Concernant le débat sur les estimations de la population java
ématiquement des cultures alimentaires secondaires moins naise au XIXe siècle, se reporter à Peter McDONALD, "An Historical Pers
pective to Population Growth in Indonesia" in James FOX, Ross GARNAUT, exigeantes et prenantes comme le maïs ou le manioc sur Peter McCAWLEY and James MACKIE (Eds), Indonesia : Australian Persles terres non-irriguées, moins fertiles, voire même marginal pectives, Canberra, The Australian National University, Research School of
es de leur terroir. Ainsi, pratiquement inexistants dans l'île Pacific Studies, 1980, pp. 81-94. RIZICULTURE ET GESTION DE L'EAU EN INDONÉSIE 33 IRRIGATION,
de l'irrigation. C'était en effet le seul moyen d'améliorer raples cultures alimentaires secondaires se développèrent à un
idement l'intensité des cultures et les rendements et de déclenrythme effréné puisque la superficie occupée par les champs
cher une augmentation de la production rizicole susceptible secs (tegal), les jardins familiaux (pekarangan) et toutes les
de satisfaire les besoins alimentaires d'une population déjà autres terres cultivées n'entrant pas dans la catégorie du sawah
supérieure à 50 millions et ayant repris un rythme de croispassa d'environ 800 000 ha en 1900 à plus de 4.5 millions
sance soutenu. Malheureusement, l'instabilité politique chrod'hectares en 194029. Au bout du compte, alors que la popul
nique à laquelle eurent à faire face les gouvernements qui se ation approchait des 50 millions d'habitants et que la dens
succédèrent à un rythme rapide pendant les premières années ité moyenne dépassait 365 hab/km2, la surface arable culti
d'indépendance ne les incitèrent guère à consacrer une attenvée par la paysannerie javanaise couvrait donc déjà presque
tion suffisante à la reconstruction économique de l'archipel. 8 millions d'hectares à la veille de la seconde guerre mond
Après quelques années d'absence fâcheuse de prise de déciiale, soit plus de 60 °7o de la superficie totale de l'île ! L'occu sion dans ce domaine, c'est bien la tâche que se fixa toutepation japonaise de 1942 à 1945 puis la guerre de libération
fois le premier plan quinquennal de développement finalnationale de 1945 à 1949 allaient apporter un coup d'arrêt ement lancé en 1956. Bien que l'industrialisation du pays en brutal à ce développement agro-hydraulique et occasionner ait constitué le principal objectif, l'agriculture n'y était néandes dégâts importants à l'infrastructure d'irrigation. moins pas totalement négligée, puisqu'il était prévu d'invest
ir 1,1 milliard de rupiah dans des projets d'irrigation couPendant que Java avait été profondément transformée par vrant près de 750.000 hectares de sawah (32). Hélas, procétrois siècles de colonisation hollandaise, Bali était restée rel dant d'une confusion des priorités économiques regrettable ativement à l'écart de ces grands bouleversements imposés par de plus en plus répandue, il s'agissait surtout de réaliser de l'Occident. Ce n'est qu'au tournant du XXe siècle que l'île nouveaux travaux de prestige à Sumatra et Kalimantan pluentra formellement et définitivement sous la dépendance tôt que de réhabiliter l'infrastructure existante à Java. directe de Batavia. La société hindouiste balinaise avait jus Quoiqu'il en soit, l'instabilité politique et les difficultés écoque là continué à se développer selon ses propres règles poli nomiques croissantes firent que ce plan resta lettre morte. tiques et religieuses, au fil d'une histoire complexe, marquée
par les incessantes querelles intestines opposant les différent L'amélioration de l'infrastructure d'irrigation resta donc très es maisons princières de Badung, Gianjar, Bangli, Klung- limitée entre 1950 et 1960 et le déficit rizicole commença à kung ou Buleleng ainsi que les rares marchands européens se creuser. Par la suite, l'irresponsabilité économique et la
danois ou écossais ayant passé des alliances avec elles pour fuite en avant idéologique dans lesquelles s'enfonça le régime
établir un comptoir à Sanur ou Kuta. Par la suite, mis à part de Sukarno ne fit qu'empirer la situation. Alors que la réces
les quelques artistes et touristes éclairés qui mirent Bali à la sion s'aggravait et que le déficit budgétaire se creusait, le granmode dans les années 30, l'île demeura dans un état de splen- diose plan de huit ans inauguré en 1961 se fixait des object
dide semi-isolement et se tint même à l'écart des turbulences ifs totalement irréalistes en la matière, puisqu'il s'agissait
du nationalisme indonésien montant jusqu'à la seconde guerre de consacrer quelques 25 milliards de rupiah à l'augmentat
mondiale (30). Tout ceci n'eut donc que peu d'influence sur ion de la production alimentaire, dont environ un quart serait
la vie réelle et concrète de la paysannerie balinaise qui conti dévolu à des projets d'irrigation couvrant plus de 1,25 mil
nua à vivre au rythme du calendrier rizicole, du culte des dieux lions d'hectares de sawah (33). Etant donné la grave crise éc
et des crémations mortuaires. Les cultures d'exportation onomique et financière dans laquelle le pays continua à s'enliser
comme la canne à sucre et le tabac ne furent en particulier à partir de 1960, bien peu de tout ceci sera réalisé, excepté
jamais introduites à Bali et l'agriculture locale, basée sur la pour le grand barrage de Jatiluhur construit par les Français
rizière et la cocoteraie, conserva son caractère de subsistance à Java Ouest, qui sera inauguré en 1967 et permettra d'irriguer
jusqu'à l'indépendance. Pendant des siècles, les Balinais près de 240 000 hectares de rizières dans la grande plaine de
eurent donc tout loisir de peaufiner un système d'irrigation Bekasi-Karawang (34). Dans l'intervalle, le déficit rizicole
traditionnel et communautaire de plus en plus performant aura malheureusement atteint le million de tonnes par année
qui leur permit de transformer les pentes de leurs volcans en
une escalade de terraces rizicoles dont les rendements moyens
étaient déjà supérieurs à 3 tonnes de paddy à l'hectare avant-
guerre, alors que ceux des sawah javanais restaient collés à (29) BOOTH, "Irrigation", op. cit. , p. 39 et Statistical Pocketbook of Indo
nesia 1961, op. cit., p. 48. la barre des 2 tonnes depuis le début du siècle (31).
(30) Pour avoir tous les détails sur l'histoire marginale et mouvementée de Bali,
Evolution de la situation hydraulique après l'indépendance on se reportera à Willard A. HANNA, Bali Profile, People, Events, Circums
tances (1001-1976), New York, American Universities Field Staff, 140 pages.
En 1949, l'Indonésie sortit indépendante mais exangue de dix (31) A. BOOTH, "Irrigation", op. cit, p. 43. années de trouble et de conflit. Java, l'île la plus développée
et la plus peuplée de l'archipel, avait souffert plus que tout (32) Douglas S. PAAUW, "From colonial to Guided Economy" in Ruth T.
McVEY (Ed), Indonesia, New Haven, Human Relations Area Files Press, Survey autre de cette période d'occupation et de guerre civile. Son of World Cultures, Yale University.Southeast Asia Studies, 1963, pp. 155-247. infrastructure d'irrigation, beaucoup plus technique et par
conséquent vulnérable que celle de Bali, était tombée dans (33) Anne BOOTH, "Irrigation", op. cit., p. 49.
un état de et de détérioration alarmant par manque de réin
(34) Jean-Luc MAURER, "Modernisation agricole et changement socio- vestissement, d'entretien et de supervision. Comme les limi économique à Java. Kutagandok, un village de la grande plaine rizicole de tes de Intensification avaient été atteintes et dépassées depuis Karawang" in Wolfgang MARSHALL (Ed), Legrand archipel, Recherches longtemps dans l'île, la première des priorités aurait été ethnologiques suisses en Indonésie, Bern, Société Suisse d'Ethnologie, Eth-
de lancer un programme de réhabilitation puis d'extension nologica Helvetica, Vol. 10, 1985, pp. 335-362. 34 J.L. MAURER
entre 1960 et 1965 et l'inflation, devenue galopante, aura à haut rendement, aux engrais chimiques et aux améliorat
ions culturales, mais n'ayant que fort peu recours à la mécanlaminé le pouvoir d'achat déjà fort bas d'une population tou
chée par une paupérisation croissante. Devant la dégradation isation. Après quelques tâtonnements, la formule mise au
point appelée BIMAS-INMAS ne tarda pas à obtenir un franc de la situation économique et la montée des tensions social
succès auprès de la paysannerie javanaise. En conséquence, es, l'orage politique éclatera en septembre 1965 et amènera
la production rizicole fit un premier bond en avant impres- les militaires au pouvoir.
sionant de près de 50 %, passant entre 1967 et 1974 de 10,4
à 15,3 millions de tonnes. Lors du deuxième plan quinquennLa situation économique dont hérita en 1966 l'équipe gou al de développement (REPELITA II 1974/79), l'effort de vernementale de technocrates et de militaires formée par le modernisation agricole fut poursuivi, tant au niveau de l'irrgénéral Suharto était tout simplement catastrophique. Après igation que de l'intensification. Le gouvernement put même avoir remis un minimum d'ordre dans les finances publiques, passer la surmultipliée grâce aux ressources financières inesle nouveau régime se lança dans une politique de développe pérées que lui apportèrent le premier choc pétrolier de ment qui mettait la priorité sur l'agriculture et se fixait l'auto- 1973/74. En effet, bien que les dépenses d'irrigation n'aient suffisance rizicole du pays comme principal objectif à moyen plus représenté que 9,5 °/o du total en raison de la forte augterme. Il fallait bien évidemment pour cela s'attaquer au tout mentation globale du budget de développement, leur volume premier chef à l'infrastructure d'irrigation. Or, l'accent mis doublait par rapport au premier plan pour atteindre près de depuis l'indépendance sur la construction de nouveaux ouvra 500 milliards de rupiah. Entre 1974 et 1979, 835 000 ha de ges plutôt que sur la réhabilitation du réseau hérité des Hol rizières devaient donc être réhabilitées, principalement à Java, landais faisait que cette dernière n'avait pratiquement pas été et 950 000 ha supplémentaires mis sous irrigation, surtout dans entretenue ni réparée depuis 1940. Selon les technocrates qui les îles extérieures (38). Cette politique de développement écrédigèrent les documents du premier plan quinquennal de onomique basée sur la modernisation de l'agriculture vivrière développement (REPELITA 1 1969/74) lancé en avril 1969 : et la poursuite de l'autosuffisance rizicole continua à être "Cette mauvaise gestion a eu pour résultat que la plupart des appliquée avec opiniâtreté pendant le troisième plan quincanaux primaires et secondaires se sont comblés ou obstrués quennal (REPELITA III 1979/84) au cours duquel de nou
et a amené une sérieuse détérioration du système hydrauliq veaux investissements d'irrigation purent être consentis grâce
ue... Toutes ces imperfections ont entraîné une chute de à la nouvelle hausse du prix du brut résultant du deuxième
50 % de la capacité normale des canaux et une perte d'eau choc pétrolier de 1979/80. Au bout du compte, plus de la
de deux à trois fois supérieure à ce qu 'elle devrait normale moitié des 3.5 millions d'hectares de rizières javanaises avaient
ment être. En conséquence, la superficie des rizières bénéfi été réhabilitées en 1984 (39).
ciant d'une irrigation régulière a fortement chuté. D'un autre
côté, une proportion toujours croissante de cette superficie Après plus de dix ans d'effort, l'autosuffisance en question
rizicole a subi des inondations pendant la saison des pluies... fut enfin formellement atteinte en 1981, avec une production
Les paysans se sont par ailleurs montrés de plus en plus réti de 22,3 millions de tonnes (Mt) de riz décortiqué correspon
cents à entretenir les canaux tertiaires... La productivité dant à une disponibilité de 140 kilos par habitant, et elle fut
du système d'irrigation est aussi amoindrie par l'érosion... maintenue et même améliorée par la suite grâce à une aug
le curage ayant pratiquement été interrompu depuis 10 ou mentation régulière de cette dernière qui atteint près de 26
Mt en 1984, presque 150 kg per/cap. Cette année là, Java 15 ans. . . Pour rendre les rivières et les canaux à leur état nor
mal, on estime qu'il faudrait en retirer quelques 60 millions produisit à elle seule 16,2 Mt sur une superficie récoltée de
de mètres cubes de limon" (35). La tâche apparaissait donc 5,17 millions d'hectares (Mha), soit un rendement moyen
remarquable déjà supérieur à 3 tonnes de riz décortiqué ou énorme, mais les caisses de l'Etat étaient vides. Ainsi, les
4,5 tonnes de paddy à l'hectare. Or, en 1969, juste trois plans dépenses moyennes d'irrigation s'élevèrent-elles en 1967 à
quinquennaux plus tôt, ce même rendement moyen n'était 2.7 % de leur niveau de 1942 (36). Pour faire face à cette
encore que de 2,65 tonnes de paddy à l'hectare et correspon,- grave pénurie, les autorités indonésiennes vont obtenir un sou
dait à une production de 7,5 Mt de riz décortiqué sur une tien financier très important de l'Agence de Développement
superficie récoltée de 4,3 Mha (40). Tant l'augmentation des International de la Banque Mondiale. Considérant à juste titre
rendements que celle de la surface récoltée ont donc concourra que la détérioration du système d'irrigation existant expliquait
la stagnation des rendements rizicoles encore fort bas de Java,
elles mirent surtout l'accent sur les travaux de réhabilitation.
Le premier REPELITA se fixait comme objectif de réhabili (35) Traduction libre par l'auteur d'extraits tirés de : The First Five-Year Deveter 830 000 hectares de sawah, essentiellement à Java, et de lopment Plan 1969-70/1973-74, Jakarta, Republic of Indonesia, Department gagner 430 000 nouveaux hectares à l'irrigation technique, of Information, Vol. 2A, pp. 122-123.
surtout dans des îles extérieures comme Sumatra et Sulawesi.
(36) Agricultural Sector Survey, World Bank, op. cit., Annex 2, page 3. Pour cela, 234 milliards derupiah, soit 16.5 % des dépenses
du plan, furent alloués à l'irrigation. Au bout du compte, (37) Anne BOOTH, "Irrigation", op. cit., p. 51. près d'un million d'hectares de rizières furent finalement réhab
(38) Ibid, p. 54. ilités entre 1969 et 1974, alors qu'une nouvelle superficie
de plus de 170 000 ha était gagnée à l'irrigation technique (37). (39) Anne BOOTH, Agricultural Development in Indonesia, Sydney, Allen
and Unwin, Asian Studies Association of Australia, Southeast Asia Publica-
tiuons Series, No 16,1988, pp. 143-144. Parallèlement à cet important effort de réhabilitation hydraul
ique, le gouvernement lança, en toute logique, un programme (40) Tous les chiffres de production rizicole fournis dans ce paragraphe et le d'intensification rizicole, sorte de "révolution verte à l'ind précédent proviennent de Jean-Luc MAURER, "La mutation de l'agriculture
onésienne" faisant appel aux nouvelles semences améliorées indonésienne", op cit., pp. 90 et 98. RIZICULTURE ET GESTION DE L'EAU EN INDONÉSIE 35 IRRIGATION,
à cette forte hausse de la production rizicole. On se doute passés que de 3,7 à 4,5 tonnes de paddy à l'hectare entre 1969
bien qu'à Java, ou le dernier hectare de rizière disponible a et 1984. En d'autres termes, Java a rattrapé enl5 ans l'avance
probablement été cultivé pour la première il y a déjà plusieurs que Bali avait pris sur ce plan depuis le début du siècle. En
dizaines d'années, on a presque exclusivement à faire à une revanche, compte tenu de la taille restreinte de l'île, l'au
"extension verticale" de la riziculture, c'est à dire à une aug gmentation de 20.000 hectares de la surface rizicole récoltée,
mentation de l'intensité de culture sur une même surface et passant de 148.500 à 168.500 ha pendant le même laps de
au passage à une pratique généralisée de double ou de triple temps, est loin d'être insignifiante puisque cela représente une
hausse de 13 °/o (41). Là aussi, c'est essentiellement l'amérécolte annuelle grâce à l'adoption de méthodes culturales plus
lioration de l'infrastructure d'irrigation qui a permis l'intenrapides et efficaces ainsi qu'à l'introduction de nouvelles
sification des cultures et la généralisation de la pratique de semences caractérisées par des temps de maturation beaucoup
double récolte annuelle à la base de ce phénomène. Le tableau plus courts. Mais rien de tout ceci n'eut bien évidemment été
possible sans une disponibilité en eau accrue et régulièrement qui suit montre l'étendue des progrès accomplis dans ce
domaine à Java et Bali entre les deux recensements agricoles distribuée tout au long du calendrier agricole. La réhabilita
tion et l'extension du réseau d'irrigation javanais furent donc de 1963 et 1983.
bien pour une large part dans l'augmentation de près de 900
000 ha de la surface rizicole récoltée entre 1969 et 1984, soit A Java, l'augmentation de près d'un million d'hectares de
une hausse de 20 %. la superficie de sawah en vingt ans s'est donc faite en rega
gnant ou gagnant 850 000 ha de rizière à l'irrigation. Ceci
dit, les gros progrès réalisés s'expliquent aussi par l'amélioBali n'était de son côté pas parti d'aussi bas sur le plan hydro
agricole en 1969. D'une part, son système d'irrigation tradi ration de la qualité technique de ce réseau. Pour y voir plus
tionnel, totalement autonome au niveau de sa gestion et tec clair dans ce problème, il faut indiquer que les infrastructu
hniquement moins vulnérable que celui de Java, n'avait pas res d'irrigation sont classées dans trois catégories différentes
autant souffert des dégradations de la période 1940-50 et de en Indonésie : les systèmes techniques et semi-techniques,
l'absence d'investissements de la part du gouvernement cen construits et entretenus par les pouvoirs publics, et les systè
tral de 1950 à 1965. De l'autre, les rendements rizicoles y mes non-techniques, quasi entièrement à la charge des usa
avaient toujours été plus élevés que partout ailleurs dans gers. L'irrigation dite technique est fournie à partir d'un bar
l'archipel. Bien que l'île ait été depuis longtemps, toutes pro rage et le débit de l'eau peut être mesuré et réglé jusqu'au
portions gardées, à peu près dans la même situation que Java niveau des canaux de distribution secondaire inclus. A l'op
en ce qui concerne la pression exercée par les densités humai posé, l'irrigation dite semi-technique n'est pas équipée
nes sur un terroir aux ressources agraires limitées et que le
processus d'intensification rizicole initié par le gouvernement
y ait donc été plus ou moins le même, il n'est guère surpre
nant que les rendements rizicoles moyens n'y aient pas fait (41) Les statistiques de production et de rendement concernant Bali provienun bond en avant aussi spectaculaire. Ils ne sont en effet nent des annuaires statistiques de l'Indonésie de 1975 et 1986.
Tableau 1. - Evolution de l'irrigation des rizières (Sawah) a Java et Bali de 1963 à 1983.
++++++++ 1963 ++++++++ ++++++++ 1983 ++++++++
Hectares SURFACE SURFACE % SURFACE SURFACE %
ou TOTALE SAWAH SAWAH TOTALE SAWAH SAWAH
% SAWAH IRRIGUE IRRIGUE SAWAH IRRIGUE IRRIGUE
JAVA 2 527 748 1 643 600 65.0 3 500 880 2 490 366 71.1
dont
DKI Jakarta 6 382 3 230 50.6 7 646 5 090 66.6
Java Ouest 788 425 512 217 65.0 1 207 628 881 460 73.0
Java Central 786 147 470 186 59.8 1 023 143 668 395 65.3
DI Yogya 48 637 37 540 77.2 63 620 51 706 81.3
Java Est 898 157 620 427 1 198 843 883 715 73.7 69.1
BALI 73 375 71650 97.6 97 015 95 055 99.0
Source : Recensements Agricoles Nationaux de 1963 et 1983.