À propos d'une étude sur un centre de production de faïence en France : Nevers - article ; n°1 ; vol.8, pg 45-60

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Histoire, économie et société - Année 1989 - Volume 8 - Numéro 1 - Pages 45-60
Abstract Nevers started producing tin glazed earthware at the end of the 16th century. The first painters were Italian and their work, reflects the Italian taste. But around mid- 17th century, receptivity to new influences from France, Flanders, Persia and China occurs. For a better understanding of the decoration developments in Nevers, it was necessary to gather a corpus of the production as thoroughly as possible ; 1874 pieces of tin glazed earthware have been listed. Vocabulary problems arrised during the writing of this essay and lead to the constitution of typologies and to the giving of precise names to each decorative onament. The works have been classified thematically in order to follow the transformation of each theme. Eleven families have been distinguished : wavy background, mythological subjects, biblical subjects, grotesques, « a compendario », sprinkling, sheperd subjects, hunting and fishing, scenes of 17th century life, European landscape, Persia, China. For each group, there is a definition of the decoration, a research of its iconographie roots and an account for its evolution. The rich and numerous creations of the Nevers workshops have been spread all over Europe by the craftsmen.
Résumé Nevers fabrique de la faïence dès la fin du XVIe siècle. Les décorateurs sont italiens et produisent des céramiques de goût italien. Cependant vers le milieu du XVIIe siècle, d'autres influences vont se faire sentir, à la fois française, flamande, persane et chinoise. Pour mieux comprendre l'évolution des décors à Nevers il fallait constituer un corpus le plus complet possible de cette production ; 1874 faïences ont été ainsi recensées. Pour la rédaction de ce catalogue des questions de vocabulaire ce sont vite posées qui ont nécessité la constitution de typologie désignant ainsi précisément chaque élément du décor. Les objets ont été classés de façon thématique, permettant de suivre l'évolution d'un même décor. Onze familles ont ainsi été constituées : fond onde, mythologie, bible, grotesques, « a compendiario », semis, pastoral, chasse et pêche, scènes de la vie du XVIIe siècle, paysages occidentaux, perse, chine. Une définition de chacun de ces groupes de décor a été donnée, l'origine iconographique recherchée et l'évolution mise à jour. Richesse, novation et création dans les fabriques de Nevers au XVIIe siècle dont les ouvriers se feront les diffuseurs dans toute l'Europe.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1989
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Françoise Estienne
À propos d'une étude sur un centre de production de faïence en
France : Nevers
In: Histoire, économie et société. 1989, 8e année, n°1. pp. 45-60.
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Estienne Françoise. À propos d'une étude sur un centre de production de faïence en France : Nevers. In: Histoire, économie et
société. 1989, 8e année, n°1. pp. 45-60.
doi : 10.3406/hes.1989.1545
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1989_num_8_1_1545Résumé
Résumé Nevers fabrique de la faïence dès la fin du XVIe siècle. Les décorateurs sont italiens et
produisent des céramiques de goût italien. Cependant vers le milieu du XVIIe siècle, d'autres influences
vont se faire sentir, à la fois française, flamande, persane et chinoise. Pour mieux comprendre
l'évolution des décors à Nevers il fallait constituer un corpus le plus complet possible de cette
production ; 1874 faïences ont été ainsi recensées. Pour la rédaction de ce catalogue des questions de
vocabulaire ce sont vite posées qui ont nécessité la constitution de typologie désignant ainsi
précisément chaque élément du décor. Les objets ont été classés de façon thématique, permettant de
suivre l'évolution d'un même décor. Onze familles ont ainsi été constituées : fond onde, mythologie,
bible, grotesques, « a compendiario », semis, pastoral, chasse et pêche, scènes de la vie du XVIIe
siècle, paysages occidentaux, perse, chine. Une définition de chacun de ces groupes de décor a été
donnée, l'origine iconographique recherchée et l'évolution mise à jour. Richesse, novation et création
dans les fabriques de Nevers au XVIIe siècle dont les ouvriers se feront les diffuseurs dans toute
l'Europe.
Abstract Nevers started producing tin glazed earthware at the end of the 16th century. The first painters
were Italian and their work, reflects the Italian taste. But around mid- 17th century, receptivity to new
influences from France, Flanders, Persia and China occurs. For a better understanding of the
decoration developments in Nevers, it was necessary to gather a corpus of the production as thoroughly
as possible ; 1874 pieces of tin glazed earthware have been listed. Vocabulary problems arrised during
the writing of this essay and lead to the constitution of typologies and to the giving of precise names to
each decorative onament. The works have been classified thematically in order to follow the
transformation of each theme. Eleven families have been distinguished : wavy background,
mythological subjects, biblical subjects, grotesques, « a compendario », sprinkling, sheperd subjects,
hunting and fishing, scenes of 17th century life, European landscape, Persia, China. For each group,
there is a definition of the decoration, a research of its iconographie roots and an account for its
evolution. The rich and numerous creations of the Nevers workshops have been spread all over Europe
by the craftsmen.PROPOS D'UNE ETUDE SUR UN CENTRE DE A
PRODUCTION
DE FAIENCE EN FRANCE : NE VERS1
par Françoise ESTIENNE
Résumé
Nevers fabrique de la faïence dès la fin du XVIe siècle. Les décorateurs sont italiens et produisent des c
éramiques de goût italien. Cependant vers le milieu du XVIIe siècle, d'autres influences vont se faire sentir, à
la fois française, flamande, persane et chinoise. Pour mieux comprendre l'évolution des décors à Nevers il
fallait constituer un corpus le plus complet possible de cette production ; 1874 faïences ont été ainsi recens
ées. Pour la rédaction de ce catalogue des questions de vocabulaire ce sont vite posées qui ont nécessité la
constitution de typologie désignant ainsi précisément chaque élément du décor. Les objets ont été classés de
façon thématique, permettant de suivre l'évolution d'un même décor. Onze familles ont ainsi été constituées :
fond onde, mythologie, bible, grotesques, « a compendiario », semis, pastoral, chasse et pêche, scènes de
la vie du XVIIe siècle, paysages occidentaux, perse, chine. Une définition de chacun de ces groupes de décor
a été donnée, l'origine iconographique recherchée et l'évolution mise à jour. Richesse, novation et création
dans les fabriques de Nevers au XVIIe siècle dont les ouvriers se feront les diffuseurs dans toute l'Europe.
Abstract
Nevers started producing tin glazed earthware at the end of the 16th century. The first painters were Ita
lian and their work, reflects the Italian taste. But around mid- 17th century, receptivity to new influences
from France, Flanders, Persia and China occurs. For a better understanding of the decoration developments
in Nevers, it was necessary to gather a corpus of the production as thoroughly as possible ; 1874 pieces of
tin glazed earthware have been listed. Vocabulary problems arrised during the writing of this essay and lead
to the constitution of typologies and to the giving of precise names to each decorative onament. The works
have been classified thematically in order to follow the transformation of each theme. Eleven families have
been distinguished : wavy background, mythological subjects, biblical subjects, grotesques, « a compenda-
rio », sprinkling, sheperd subjects, hunting and fishing, scenes of 17th century life, European landscape,
Persia, China. For each group, there is a definition of the decoration, a research of its iconographie roots
and an account for its evolution. The rich and numerous creations of the Nevers workshops have been spread
all over Europe by the craftsmen.
* F. Estienne, Catalogue thématique des décors de la faïence de Nevers de la fin du XVIe siècle jusqu'au début
du XVIIIe siècle, thèse de IHe cycle soutenue le 28 avril 1987 à l'Université de Paris IV, sous la direction de
MM. les professeurs P. Chaunu, A. Schnapper et Mme A. Halle conservateur du musée national de céramique
à Sèvres. HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE 46
Nevers n'est plus aujourd'hui qu'une petite ville du centre de la France. Pourtant
quel nom prestigieux dans l'histoire de la céramique française ! Nevers au XVIIe
siècle, va totalement renouveler le répertoire iconographique faïencier en apportant en
France des modèles inconnus et des créations originales qui seront ensuite, pour la
plupart d'entre eux, diffusés et réutilisés dans tout le pays.
L'implantation d'une faïencerie à Nevers est liée à l'histoire du duché : en 1566,
Louis de Gonzague, seigneur de Mantoue et gouverneur de Piémont, devient duc de
Nevers et pair de France, par son mariage avec Henriette de Clèves. Le nouveau duc
fait venir à Nevers des faïenciers italiens originaires d'Albissola près de Gênes, les
Corrado, Conrade en français. Ceux-ci trouvent à Nevers un centre de fabrication de
poteries non émaillées2, des ouvriers déjà formés dans l'art de la terre, un gisement
d'argile en exploitation. Non loin les forêts du Morvan fournissent le bois pour les
fours. Enfin, le sable indispensable à la fabrication de l'émail est, à Nevers, d'une
particulière qualité. Nous savons, grâce à un plat conservé au musée du Louvre et
marqué « Fessi à Nvrs 1589 »3, qu'il existait déjà à la fin du XVIe siècle une product
ion de faïence à Nevers. En 1603, les Conrade obtiennent un monopole de fabrication
pour trente ans4.
Au début de la fabrication les décors de Nevers doivent presque tout à l'Italie ; ils
sont dans la tradition des faïences à décor « a istoriatio », décors qui racontent une
histoire. Cette de « faïence tableau » se maintiendra à Nevers pendant tout le
XVIIe siècle. Mais les décors d'abord très proches des modèles italiens vont peu à peu
se « franciser ». En effet, vers le milieu du XVIIe siècle, Nevers puise à d'autres
sources iconographiques : la France, les Flandres, la Perse et la Chine5.
2 Voir A. Lesur et Tardy, Les poteries et faïences françaises, tome 2, p. 538 qui citent Guiot, Grangier et
Etienne Jardin potiers en terre en 1515.
3 № d'inventaire : OA 9247, plat acquis en 1938.
La date de l'installation de la faïencerie de Nevers et du début de sa production est incertaine. Du Broc de
Segange, La faïence, les faïenciers et les émailleurs de Nevers, 1863, fait mention de Scipion Gambin
«maistre potien> en 1590 qui travaille «à la façon vénitienne». La présence de ce personnage à Nevers est
attestée par les registres paroissiaux. En 1602, Dominique Conrade est désigné, toujours dans les registres
paroissiaux, comme « maistre potier demeurant à Nevers ». Massillon Rouvet, Les Conrade, introduction
des faïences d'art à Nevers, 1898, démontre que les Conrade Augustin, Baptiste et Dominique sont en France
depuis 1572, mais pas forcément à Nevers et qu'en 1599 on achète des objets fabriqués par eux. Charles
Louis Meyer, Les faïences de Nevers, de 1645 à 1700..., a trouvé un Julio Gambin associé aux Conrade en
1588-89 ; un Scipion et un Laurent Gambin potiers à Nevers en 1589. Cette famille de potiers, semble s'être
implantée à Nevers comme en témoigne cette plaque commemorative appartenant aux collections du musée
de céramique à Sèvres (n° d'inventaire 24941, achat en 1980) portant l'inscription suivante : « Sur le trespas
de/ Honorable homme iulles Gambin/ Me Potier en vaiselle/ de fayence/ Epitaphe/ La parcque sembleroit
engloutir la mémoire/ Dung que pallas ornoit de lauriers verdisans/ si comme le phsenix, il n'emportoit la
gloire/ la hault par son esprit, ça bas par ses enfans ». La plaque n'est pas datée, mais le style ampoulé de
l'inscription et les caractéristiques de décor permettent de l'attribuer à la première moitié du XVIIe siècle.
5 On peut citer en peu de mots les études qui ont compté dans la connaissance de la faïence de Nevers : Du
Broc de Segange, La faïence, les faïenciers et les émailleurs de Nevers, Nevers, 1863, dont le livre fort re- PROPOS DUNE ETUDE SUR UN CENTRE DE PRODUCTION DE FAIENCE 4 7 A
Le seul moyen, bien connu des historiens ďart d'appréhender une œuvre, une
production est, avant toute analyse, d'en établir le catalogue le plus complet possible,
et puis de proposer un classement qui rende compte de l'origine, du développement,
du succès ou de l'échec des différents décors. C'est ainsi que nous avons pu inventor
ier et décrire 1874 faïences de Nevers ou attribuées à cette fabrique. Nos sources ont
été les faïences elles-mêmes, conservées dans les musées et les collections privées, et
les mentions et photographies relevées dans les livres, la documentation des musées,
celle du musée national de la céramique à Sèvres au premier plan, enfin les catalogues
des ventes publiques6.
La première difficulté que nous ayons rencontré dans la rédaction du catalogue est
celle de la désignation précise des objets ; qu'est-ce qu'est exactement unvasebahjstre?
une bouteille ? une jardinière ? Très vite la nécessité d'une typologie des formes s'est
fait sentir. Les profils des objets ont été dessinés, groupés par familles de et de
fonctions et numérotés : assiettes, plats, objets d'ornement, objets pour les aliments,
objets pour les fleurs, pour la pharmacie, pour la toilette7. Nous avons pu parfois
donner l'origine de telle ou telle forme : la Chine par exemple, ou l'Italie, ou les
formes monumentales des vases de bronze réalisés par Claude Ballin pour Versailles,
marquable a donné les cadres d'un classement des décors en quatre grands groupes, qui, surtout, a effectué un
travail de recherche dans les archives de la Nièvre et établi la liste des faïenciers, décorateurs et ouvriers de
Nevers. En 1936, Charles Louis Meyer, et dans les années 60, Robert Boulay, ont donné, dans leurs articles,
les modèles gravés de certaines faïences de Nevers, leurs travaux ont permis d'apercevoir les liens qu'ont en
tretenus les faïenciers avec l'art de leur temps. En 1932 et en 1980, les deux grandes expositions de faïences
françaises ont permis, par la présentation et la publication de pièces de faïences françaises, dont Nevers, de
constituer un début de répertoire aux notices pratiques pouvant être utilisées pour des travaux de recherche
plus approfondis.
6 La plus grande partie de ces faïences, 116 sur 1874 est conservée dans les collections publiques des mus
ées. Trois de ces collections dépassent la centaine, celle du musée Frédéric Blandin de Nevers (227
faïences), celle du Musée national de la céramique à Sèvres (179 faïences) et celle du Musée du château de
Saumur (116 faïences). Trois autres collections de musées tournent autour de 50 objets : celle du Louvre avec
49 faïences, celle du Musée national de Clamecy avec 53 faïences, celle du Musée historique de Lyon avec
64. La collection du Louvre est par la qualité de ses pièces très supérieure aux deux autres. Restent donc 708
faïences qui sont encore dans le domaine privé. Elles ont été repérées dans des publications, essentiellement
dans les catalogues des grandes expositions de faïences de 1932 et de 1980, mais surtout dans les catalogues
édités pour les ventes publiques. D'autre part, nous avons pu photographier et cataloguer avant sa dispersion
la collection V. Šanson, constituée pour l'essentiel entre 1923 et 1940 et qui fut, en son temps, la plus im
portante collection privée de faïences de Nevers, tant par le nombre des pièces, 151, que par leur qualité.
Tous les types de décors, y compris les plus rares, y étaient représentés. Avec un total de 1874 pièces citées
et décrites, nous estimons que notre catalogue rend compte de la plus grande partie de la faïence de Nevers
encore existante ; à l'exception, bien entendu, des tessons que des fouilles entreprises à Nevers, par
exemple, dans les tessonnières des fabriques feraient découvrir par milliers.
Nous avons tenu à respecter les normes et les désignations données par l'Inventaire général des monum
ents et des richesses artistiques de la France. Voir, Arminjon, C. Blondel, N.. Principes d'analyse scienti
fique, objets civils domestiques, vocabulaire, Paris, 1984. Cependant l'Inventaire général est loin de relever
tous les types surtout en ce qui concerne les objets d'ornement. 48 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE
qui ont été gravés par la suite par Jean Lepautre8. Nevers privilégie l'utilisation de
certaines formes comme : le petit ou le grand « tondino »9, la gourde à panse aplatie
«fïascone» en italien et à passants latéraux, le vase balustre couvert ou non couvert,
plus connu sous l'appellation de potiche, le cache-pot sur piédouche ou non, à anses
torsadées ou à mascarons, enfin le pot canon sur piédouche et la chevrette sur pié
douche. Il semble qu'au début de sa production Nevers ait surtout fabriqué des plats et
des assiettes et peu d'objets de forme. Les formes des objets se diversifient et se mult
iplient vers les années 1660 lorsque l'influence de la Chine apporte à la création ni-
vernaise un nouveau souffle.
La même obligation d'établir des typologies s'est imposée pour pouvoir définir
avec précision les différents éléments qui composent le décor des faïences. Pour le
décor principal, deux grandes familles de décors ont nécessité la constitution d'une
typologie : le décor pastoral et le décor chinois10.
En effet, ces décors, dans leur grande majorité, ne sont pas copiés sur des gra
vures. Ainsi, on rencontre plusieurs fois, sur des objets différents, un chinois ou un
berger dans des attitudes semblables, par exemple, le même chinois assis de profil
vers la gauche. Ce chinois est réutilisé de façon différente dans d'autres scènes. Ce
n'est pas le chinois ou le berger qui change mais sa mise en scène sur l'objet.
Ce décor principal est souvent inscrit dans des réserves ou des cadres aux types
différents qui, là aussi, ont constitué une petite typologie11.
Enfin, les décors annexes et les motifs qui le composent, c'est-à-dire, les bandeaux
et les frises qui ornent les marlis et les ailes des assiettes et des plats, les cols, épaule-
ments, chutes et pieds des objets de formes, étaient également difficiles à désigner.
Qu'est-ce qu'un entrelac, un rinceau, un godron, un lambrequin, un chevron, etc ?
Dans ce domaine règne une grande confusion, un terme étant facilement utilisé à la
place d'un autre. Certains motifs décoratifs n'ont même pas de nom.
Nous avons donc constitué une typologie qui rassemble 189 types différents. Ce
sont les motifs végétaux qui constituent la source principale d'inspiration de ces dé
cors annexes : feuilles de lotus, de chêne, de bananier, fleurs, etc., mais aussi des
motifs géométriques comme le triangle, l'entrelac, le godron, le cercle, le carré, etc.,
très souvent associés à des motifs végétaux. Nous avons parfois pu donner l'origine
de ces motifs annexes (la Chine en particulier). Ce qui est nivernais c'est la façon dont
° Voir, Meyer, Ch.L., Les faïences de Nevers de 1645 à 1700 essai de classement par les origines du décor,
Bulletin des Amis de Sèvres, n° 2, février 1936.
9 Le tondino est un plat à petit bassin creux et aile large.
10 Pour les scènes pastorales 104 types de bergers et bergères sur 299 scènes ont été relevés. Pour les
scènes chinoises 160 types de chinois sur 508 scènes ont été relevés.
8 types de réserve et 5 types de montants ont été relevés. A PROPOS D'UNE ETUDE SUR UN CENTRE DE PRODUCTION DE FAIENCE 4 9
sont dessinés ces motifs et comment ils sont associés à d'autres motifs. On peut même
dire qu'à défaut de marques ou de signatures la faïence de Nevers « signe » ses pièces
par ces motifs annexes.
Les typologies nous ont permis de faire la preuve qu'à Nevers l'utilisation du
poncif était extrêmement rare12. Rare pour le décor pastoral, rare pour le décor chinois
mais aussi pour les motifs annexes qui n'ont pas, comme dans d'autres centres
faïenciers, une sécheresse d'exécution, une précision dans les contours ; ces caracté
ristiques stylistiques propres à Nevers sont applicables à la majorité des autres grandes
familles de décors. Pour ceux-ci, sans avoir dressé de typologie, nous retrouvons, le
plus souvent, une telle liberté dans le dessin, un tel brio dans l'exécution qui ne tolé
rait aucun repentir13 que nous pouvons affirmer qu'à Nevers, dans la majorité des cas,
les décors sont exécutés à main levée.
Le classement suivi dans le catalogue de la faïence de Nevers est un classement
thématique, celui qui respecte le mieux l'aspect narratif des décors de Nevers. Bien
entendu tout classement chronologique était exclu, car très peu d'objets sont datés, et
certains décors ont été pratiqués pendant des dizaines d'années14.
Nous avons ainsi constitué onze familles de décor. Traditionnellement ceux-ci
étaient classés en quatre grands groupes15. Cette classification avait le mérite de les
faire chevaucher chronologiquement, mais l'analyse iconographique n'était pas assez
fine, ni complète, les ensembles constitués trop importants, ainsi que la fourchette de
datation qui couvrait le XVIIe et le XVIIIe siècles16.
Les décors des cinq premiers groupes : fonds ondes, mythologie, bible, grotesques
et compendiario et les semis ont une origine italienne. Les autres groupes, pastoraux,
chasse, vie au XVIIe siècle, paysages occidentaux, persans et chinois, sont d'origine
Un poncif est un papier percé de trous qui dessinent les contours du dessin à tracer sur la céramique On
pose ce papier sur la pièce à décorer, on saupoudre de poudre de charbon de bois. Les contours du décor appar
aissent alors sur la pièce à décorer et guident le décorateur dans son travail. Ces typologies des decors nous
ont permis de faire la preuve que plusieurs bergers ou chinois d'apparence semblable sont en fait différents
car, exécutés à main levée, ils ne peuvent être tous strictement identiques.
En effet le décor de la faïence de Nevers est appliqué en une seule fois : l'émail du fond est posé sur le bis
cuit (objet non décoré et cuit) et le décor est ensuite sur cet émail pulvérulent non cuit.
1 Par exemple, pour le décor pastoral où les gravures qui illustrent le roman d'Honoré d'Urfé « L'Astrée »
sont à l'origine de ce décor
Du Broc de Segange, L. , op cit. Classification des décors d'après cet auteur :
1fiOO-1ftf>n nrornièrf" ópnqur- n^riixif ditr dp tradition italirnno Trs suicts sont mythologiques Ouelqnrs
sculptures émaillées à l'imitation des Delia Robbia
''■10 l^OO 'icuxicme époque, période du décor pors-'ïn
1650-1750 : troisième du japonais et chinois.
1640-1789 : quatrième époque, période du décor franco-nivernais. Scènes religieuses, champêtres ou ga
lantes.
Ainsi, pai exemple, ie deeuf dit << fianeo nivcindis ■> englobe tous les décors copiés sui la gravuic Гпш
çaisc à sujets religieux ou champêtres dans une période comprise entre 1640 et 1789. 50 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE
iconographique différents. Ce classement permet de montrer qu'à partir de 1650 les
modèles se diversifient à Nevers avec une origine française pour les motifs pastoraux
et les scènes de la vie au XVIIe siècle, avec une origine italo- flamande pour les scènes
de chasse et les paysages occidentaux, et enfin, une origine orientale pour le décor
persan et chinois.
Notre catalogue fait apparaître l'importance numérique des scènes persanes qui
compte 547 numéros, un des décors les plus connus de Nevers, encore aujourd'hui ;
un des plus prisé au XVIIe siècle. En effet, nombre d'autres centres faïenciers euro
péens ont tenté de le copier, avec plus ou moins de bonheur, sans jamais atteindre au
succès commercial de Nevers.
LE DECOR SUR FOND ONDE, LE DECOR MYTHOLOGIQUE ET LE DECOR BIBLIQUE
En ce qui concerne le décor sur fond onde représentant des divinités dans les flots
dessinés par des traits ondulés bleus, ainsi que le décor mythologique et biblique, leur
origine est italienne17, néanmoins, lorsque les modèles gravés ont été retrouvés, ils
sont français18. Ces gravures bien que françaises sont très influencées par la Renais
sance italienne qui a mis au goût du jour cette iconographie. Cependant les fonds
ondes nivernais, comme les motifs mythologiques et bibliques sont totalement
différents de leur modèle faïencier italien.
Ils en sont différents par la mise en scène du décor qui, en Italie, est toujours exé
cutée en plein19, alors qu'à Nevers il est le plus souvent disposé dans des cadres ou
contenu dans des réserves cernées de frises. Celles-ci parfois très larges tiennent une
place visuelle importante sur l'objet.
Les décors nivernais sont différents des modèles italiens par leur extrême lisibilité.
En Italie, les scènes fourmillent de personnages, d'architectures diverses, de nom
breux buissons.
Le dessin même est plus precis, plus détaillé. A Nevers, le dessin n'est jamais
serré, chaque élément iconographique est toujours différencié par rapport à un autre,
soit par la couleur, soit par l'espace laissé entre ces différents éléments. L'ensemble
n'est jamais surchargé. La scène est simplifiée, elle ne comporte que les éléments i
ndispensables à la compréhension générale du décor.
17 L'idée de mettre des personnages sur fond onde vient d'Urbino. L'idée de décorer les faïences de scènes
mythologiques ou biblique vient de Faenza et d'Urbino.
18 Ces gravures françaises sont des œuvres de François Chauveau d'après la Hyre, Adam Philippon, Zacharie
Heince, Pierre Brebiette, Michel Dorigny d'après Fialetti.
19 Le décor en plein est un décor qui occupe toute la surface de l'objet. A PROPOS D'UNE ETUDE SUR UN CENTRE DE PRODUCTION DE FAIENCE 5 1
Ces caractéristiques stylistiques se retrouvent très souvent aussi dans les autres dé
cors de la faïence de Nevers.
LE DECOR DE GROTESQUES
L'ornement qui devient décor, c'est la trouvaille d'Urbino dans les années 1580 : le
grotesque20, d'abord utilisé en motif annexe devient décor principal. Nevers qui se
complait tant dans des motifs annexes somptueux, n'hésite pas à l'employer.
Si l'on voulait définir le grotesque nivernais, on dirait qu'il est plus libre, plus
simplifié, souvent associé à d'autres éléments décoratifs : animaux, entrelacs, person
nages, etc. Mais surtout, on retrouve le grotesque utilisé en élément annexe sur toutes
les catégories nivernaises à l'exception du décor chinois. Il montre bien l'un des as
pects caractéristiques de la faïence de Nevers : d'abord copié d'une façon plus ou
moins fidèle sur les modèles italiens, le décor est peu à peu assimilé, fragmenté et in
corporé dans un répertoire décoratif original.
LE DECOR « A COMPENDIARIO »
A l'opposé de ces scènes et motifs chargés, même s'ils sont allégés à Nevers, le
décor « a compendiario » joue sur le vide, sur la matière de l'émail blanc qui couvre
l'objet et non plus sur le décor. « Compendiare » en italien signifie résumer. Il s'agit
donc d'un décor « résumé », succint, qui occupe peu de place sur l'objet et sert sur
tout à mettre en valeur l'émail blanc sur lequel il est peint et la forme même de l'objet.
Le dessin est donc simple, exécuté de façon rapide, au moyen de deux ou trois coul
eurs, souvent deux tons de jaune et un bleu, avec parfois du manganèse (violet foncé)
et du vert. On ne doit pas dire d'un décor qu'il est « a compendiario » seulement parce
qu'il utilise une palette réduite ; nous le répétons, il s'agit de la façon dont ces couleurs
réduites sont employées dans un ensemble décoratif lui aussi réduit, sur un émail
blanc, qui, pour que la pièce soit réussie, doit être épais, très blanc, bien réparti pour
mettre en valeur la forme de la pièce.
Ainsi, le décor « a compendiario » est, le plus souvent, appliqué sur des objets aux
formes mouvementées : plats et assiettes godronnés, avec ombilic central, aux bords
festonnés ; objets de forme à panse côtelée, avec application d'ornements en relief,
enfin rondes bosses dont les formes sculpturales sont ainsi mises en valeur.
L'origine de ce motif est là encore italienne, de Faenza, où il apparaît vers le milieu
de XVIe siècle et où il est tout de suite apprécié. Ce « stile a compendiario » se répand
très vite dans toute l'Italie, la France, puis les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Espagne, la
Suisse, toute l'Europe centrale. Il est parfois très difficile de faire la différence entre
20 Le grotesque d'origine italienne, est appelé là-bas « a raffaelesche », car directement inspiré des compos
itions qui, aux loges du Vatican, encadrent les tableaux de Raphaël. 52 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE
telle ou telle provenance. Cependant chaque pays fait appel à ses propres modèles, ce
qui permet de distinguer telle ou telle production. A Nevers, la production des « com
pendiario » a été sûrement très abondante, comme en témoignent les fouilles récentes
menées à Nevers21. Cette production, qui aurait débuté dès la fin du XVIe siècle, est
très semblable à la production italienne et confondue avec elle dans les vitrines et ca
talogues des musées.
Nevers va fabriquer des coquilles de bain comportant au fond de la coupe, en re
lief, une femme nue couchée, levant une jambe. Ces coquilles n'ont aucun usage pra
tique, mais leurs formes s'inspirent d'objet utilitaires, souvent en étain, en forme de
navette, dont on se servait pour s'asperger d'eau dans son bain.
Des bras de lumière vont aussi être fabriqués en style « a compendiaro » par Ne
vers. Ce sont des plaques ovales avec, en bas-relief, un buste d'homme vu à mi-
corps. Un bras tendu vers l'avant tient un gobelet creux qui sert à poser la chandelle.
Ces plaques sont moulées, cependant chaque bras de lumière est différent car le dessin
est à chaque fois autre : veste rayée ou unie, chapeau sombre ou clair, yeux baissés ou
levés, etc. L'effet de ces plaques est saisissant, avec ce bras qui semble sortir d'un
mur.
Nombre de statues vont aussi être décorées « a compendiario », les qualités plas
tiques de l'œuvre étant particulièrement soulignées avec ce type de décor léger. Ainsi,
une œuvre célèbre de la faïence de Nevers utilise ce décor. Il s'agit de la très belle
Vierge à la pomme du musée municipal de Nevers22, datée sur le devant du socle de
1636. C'est la plus grande statue connue de Nevers, elle mesure 105,5 cm de haut.
Elle est un des jalons importants dans la production des statues de Nevers, car étant
l'une des premières à manifester son caractère nettement français par son air de bon
homie naïve et son déhanchement un peu raide, comme on en voit aux Vierges en bois
de la fin du XVIe siècle.
LE DECOR EN SEMIS
Nous avons voulu rassembler dans cette famille, tous les objets dont le décor est
composé de différents éléments éparpillés, semés, comme jetés au hasard, souvent
sans souci de réalisme ou d'échelle, un oiseau pouvant être aussi gros ou même plus
gros qu'un personnage ou une fleur.
9 x 1 En effet, depuis juillet 1985 des fouilles ont été entreprises à Nevers, non loin de la manufacture de
«l'Autruche» dirigée par les Custode, au pied de la tour Goguin et des remparts. Une quantité importante de
tessons à décor « a compendiario » a été trouvée lors de ces fouilles, ces tessons nous révèlent une grande
qualité d'émail, de décor et de plasticité de ces faïences.
22 № d'inventaire NF 27, fonds Gallois.