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À propos de la pédagogie en Russie au début du XIXe siècle - article ; n°2 ; vol.11, pg 244-258

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Description

Cahiers du monde russe et soviétique - Année 1970 - Volume 11 - Numéro 2 - Pages 244-258
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1970
Nombre de lectures 31
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Extrait

Denise Eeckaute
À propos de la pédagogie en Russie au début du XIXe siècle
In: Cahiers du monde russe et soviétique. Vol. 11 N°2. pp. 244-258.
Citer ce document / Cite this document :
Eeckaute Denise. À propos de la pédagogie en Russie au début du XIXe siècle. In: Cahiers du monde russe et soviétique. Vol.
11 N°2. pp. 244-258.
doi : 10.3406/cmr.1970.1804
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cmr_0008-0160_1970_num_11_2_1804DENISE EECKAUTE
A PROPOS DE LA PÉDAGOGIE EN RUSSIE
AU DÉBUT DU XIXe SIÈCLE
Au cours de recherches dans les archives russes, le hasard nous a fait
découvrir un document russe du début du xixe siècle, traitant de pro
blèmes pédagogiques aujourd'hui d'actualité. Il s'agit d'un essai
« autographe » du prince Barjatinskij, daté du 27 novembre 1815,
à Ivanovskoe, et intitulé « Mes idées sur l'éducation de mon fils »,
dont nous donnerons le texte in extenso en appendice1.
Nous allons étudier ce texte en le replaçant dans son milieu, tout
en tentant quelques utiles comparaisons.
Les Barjatinskie appartenaient à une ancienne famille de la noblesse
moscovite. Peut-être le général de l'armée envoyée contre Stenka
Razin sous Alexis Mihailovič en faisait-il partie. Et très probablement
aussi le poète Alexandre Petrovič, libéral et matérialiste, ami de
Pestel', arrêté en même temps que lui le 13 décembre 1825, condamné
au bagne dans les mines de Nerčinsk, puis à habiter Tobol'sk à perpét
uité, peine ramenée ensuite à vingt ans. La famille aurait été d'origine
polonaise, et aurait compté, parmi ses membres, un sénateur, plusieurs
chefs d'armée, dont le vainqueur de Šamyl en 1859 au Caucase ; autant
qu'on puisse en juger par les archives il s'agissait de nobles possédant
plusieurs dizaines de milliers de serfs et dont les propriétés se trouvaient
en majorité en Russie centrale : région de Moscou, Jaroslavl', Tula,
Tambov, Kursk, avec quelques domaines dans les nouvelles terres
du sud. Le personnage dont il est question ici, possédait plusieurs
villages aux alentours de Moscou : Hovrina, Tačina où il avait une assez
grande maison seigneuriale, vingt et une pièces toutes meublées, selon
l'inventaire qui en fut dressé en 17872, avec certains meubles en acajou ;
des propriétés dans la région de Kursk, au nombre desquelles ce village
ď Ivanovskoe où il avait fait construire un hôpital dont il nous a laissé
les comptes de gestion pour 1820-2 13, quelques domaines à Orel et
Tambov et des terres dans le sud, dans la région de la Samara — où il
1. Archives Barjatinskie, F 19, k. V, d. 49. Cf. infra, pp. 253-258.
2. Ibid., к. I, d. 36.
3.d. 186. PÉDAGOGIE EN RUSSIE (DÉBUT DU XIXe SIÈCLE) 245
dut faire face en 1776-77 à diverses mensurations, procès fonciers et
même démêlés avec la Couronne1. Peut-être faut-il l'identifier avec ce
prince Ivan Ivanovic qui, après une carrière de diplomate, se retira
dans ses domaines pour s'occuper de leur exploitation, et où son expé
rience et ses capacités le rendirent célèbre.
Toujours d'après les archives, le prince était un homme cultivé,
possédant une abondante bibliothèque et faisant venir de nombreux
catalogues pour se faire envoyer des livres qu'il achetait à Paris2.
C'était un homme épris de modernisme, s'intéressant à la médecine
et aux sciences, soucieux de faire œuvre humanitaire et sociale, comme
plusieurs nobles de la fin du xvine et du début du xixe siècle : construc
tion et entretien d'un hôpital, et distribution de vivres et « soupe
populaire » à Ivanovskoe lors de la disette de mai à août 18213. Il n'est
donc pas étonnant qu'il ait songé à donner une éducation particuli
èrement soignée à son fils.
Le programme d'études qu'il propose frappe d'abord par son carac
tère encyclopédique — on remarque aussi le soin et la minutie avec
lesquels ont été établies les différentes étapes de l'éducation, choisies
les diverses matières d'enseignement.
Le petit garçon qui n'a été laissé aux mains des femmes que jusqu'à
l'âge de 5 ans, n'est soumis dans sa petite enfance et cela jusqu'à 7 ans
qu'à une éducation physique : bains froids, equitation « rustique »4,
pour endurcir et développer son corps, l'éducation morale étant limitée
au respect de deux seuls principes simples : justice et vérité.
La véritable formation intellectuelle ne commence qu'à partir
de 7 ans avec l'enseignement des langues mortes, dites classiques,
c'est-à-dire grec, latin, auxquels s'ajoute, comme il se doit pour un
orthodoxe, le slavon, langue d'église. Ce qui est nouveau c'est qu'il y
adjoint l'enseignement de la langue maternelle : le russe, jusque-là
traité avec mépris par les nobles qui affectent de ne s'exprimer qu'en
français, selon la « gallomanie » dénoncée par Novikov dans les
années 1780-1790 ; peut-être faut-il y voir le résultat des efforts des
écrivains et publicistes russes, Lomonosov, Sumarokov, Novikov,
Fonvizin, Karamzin, celui aussi des professeurs de l'Université de
Moscou comme Desnickij et Tret'jakov et sans doute encore une réac
tion patriotique, normale après l'invasion de Napoléon en 1812. L'autre
fait notable c'est la part donnée aux mathématiques, et en particulier
1. Ibid., к. II, d. 12. Catherine lui aurait repris là une terre donnée autrefois
à sa famille et pour laquelle il réclama un dédommagement.
2. Ibid., к. V, d. 49, où l'on trouve notamment une liste de livres achetés
à Paris en 1817.
3. Ibid., к. I, d. 186.
4. Ce sont précisément les conseils donnés pour l'éducation des jeunes par
cette sorte de « médecin des pauvres » que constituait ce Manuel de médecine
populaire ( Prostonárodný j lečebnik) ďEngalučev, édité à Moscou en 1799, avec
un sous-titre particulièrement évocateur « Comment employer divers remèdes
domestiques contre différentes maladies fréquentes sans l'aide du médecin avec
les instructions les plus importantes pour s'en préserver et conserver la santé »
(pp. 85-113). DENISE EECKAUTE 246
aux mathématiques appliquées, mécanique, trigonométrie, ainsi qu'à
la chimie et aux sciences naturelles. Simultanément il est prévu un
programme d'application pratique dans le domaine agricole et arti
sanal ; le jeune garçon devra apprendre à travailler la terre, à se servir
d'une charrue et d'une houe, à faire en quelque sorte l'apprentissage
personnel du métier de propriétaire foncier, « exploitant son domaine
en faire-valoir direct », mais en même temps il aura appris à « arpenter »
la terre, ce qui est déjà dans la tradition russe ; Bolotov, petit proprié
taire foncier, n'avait-il pas fabriqué un astrolabe1 et ne mensura-t-il
pas ses terres lui-même et ne le fit-il pas aussi pour quelques voisins
et amis2 ? Il saura fabriquer divers outils et machines simples, il saura
se servir d'un tour, utiliser le rabot comme un charpentier ou un
menuisier. On l'aura donc initié à un « enseignement agricole » et aux
techniques des « Arts et Métiers » ! Aussi le père de conclure : « Je veux
qu'il sache manier le rabot, la hache et la charrue, qu'il tourne habi
lement, qu'il puisse mesurer toute espèce de terrain, sache nager,
lutter, porter des fardeaux, monter à cheval, sauter, tirer des armes,
enfin que tous ses moments soient employés à exercer son corps ou
son esprit... »
En effet, à côté de cette formation pratique, technique et manuelle,
les matières plus purement intellectuelles ne seront point pour autant
négligées : rhétorique et éloquence, histoire et géographie, philosophie
et morale lui seront tout aussi familières puisqu'il s'y exercera chaque
jour.
Il n'est point jusqu'aux méthodes qui ne soient suggérées : « Point
de connaissances abstraites, de grands principes », de « notions a priori »
qui sont de la « métaphysique », mais des données concrètes, précises,
simples, qu'on peut facilement expliquer et comprendre ; il rappe

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