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Atlas des élections françaises de 1968 et 1969 - article ; n°2 ; vol.20, pg 312-328

De
18 pages
Revue française de science politique - Année 1970 - Volume 20 - Numéro 2 - Pages 312-328
Atlas des élections francaises de 1968 et 1969, par Marie Thérèse et Alain Lancelot
Cet atlas rassemble et commente brièvement vingt cartes donnant les résultats par département des élections législatives de 1968, du référendum d'avril 1969 et de l'élection présidentielle de juin 1969. Le gaullisme, le communisme et la gauche modérée retrouvent, dans l'ensemble, leurs zones de force et leurs zones de faiblesse traditionnelles. Mais l'analyse détaillée fait apparaître quelques changements significatifs et suggère quelques hypothèses pour l'explication. En outre la géographie du centre, représenté par M. Poher, et celle de l'abstentionnisme au second tour de l'élection présidentielle sont très originales. En annexe, résultats officiels du référendum et de l'élection de 1969.
An atlas of French elections in 1968-1969, by Marie Thérèse and Alain Lancelot
This atlas groups and briefly comments on twenty maps presenting the results - department by department - of the general election of 1968, the referendum of April 1969 and the presidential election of June 1969. Gaullism, communism and the moderate left hold, by and large, their traditional zones of strength and weakness. But a more detailed analysis reveals certain significant changes and suggests certain explanations. Furthermore the regions in which the centre, represented by Mr Poher, is strong and those where non-voters were numerous on the second ballot of the presidential election were not always those that had been expected. The official results of the referendum and presidential election of 1969 are given in an appendix.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Madame Marie-Thérèse
Lancelot
Monsieur Alain Lancelot
Atlas des élections françaises de 1968 et 1969
In: Revue française de science politique, 20e année, n°2, 1970. pp. 312-328.
Résumé
Atlas des élections francaises de 1968 et 1969, par Marie Thérèse et Alain Lancelot
Cet atlas rassemble et commente brièvement vingt cartes donnant les résultats par département des élections législatives de
1968, du référendum d'avril 1969 et de l'élection présidentielle de juin 1969. Le gaullisme, le communisme et la gauche modérée
retrouvent, dans l'ensemble, leurs zones de force et leurs zones de faiblesse traditionnelles. Mais l'analyse détaillée fait
apparaître quelques changements significatifs et suggère quelques hypothèses pour l'explication. En outre la géographie du
centre, représenté par M. Poher, et celle de l'abstentionnisme au second tour de l'élection présidentielle sont très originales. En
annexe, résultats officiels du référendum et de l'élection de 1969.
Abstract
An atlas of French elections in 1968-1969, by Marie Thérèse and Alain Lancelot
This atlas groups and briefly comments on twenty maps presenting the results - department by department - of the general
election of 1968, the referendum of April 1969 and the presidential election of June 1969. Gaullism, communism and the
moderate left hold, by and large, their traditional zones of strength and weakness. But a more detailed analysis reveals certain
significant changes and suggests certain explanations. Furthermore the regions in which the centre, represented by Mr Poher, is
strong and those where non-voters were numerous on the second ballot of the presidential election were not always those that
had been expected. The official results of the referendum and presidential election of 1969 are given in an appendix.
Citer ce document / Cite this document :
Lancelot Marie-Thérèse, Lancelot Alain. Atlas des élections françaises de 1968 et 1969. In: Revue française de science
politique, 20e année, n°2, 1970. pp. 312-328.
doi : 10.3406/rfsp.1970.393226
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1970_num_20_2_393226ATLAS DES ÉLECTIONS FRANÇAISES
DE 1968 ET 1969
MARIE-THÉRÈSE et ALAIN LANCELOT
Nous avons cherché dans les pages suivantes à rassembler et
commenter brièvement les cartes figurant la distribution des
suffrages par département aux consultations de l'année 1969,
référendum du 27 avril et élection présidentielle des 1er et 15 juin.
Nous y avons joint, à titre comparatif, les cartes des élections légis
latives de juin 1968. L'analyse géographique de cette consultation a
été faite par François Goguel à partir de cartes établies en pourcent
ages des suffrages exprimés *. Il nous a semblé nécessaire de la
reprendre en calculant les pourcentages par rapport aux électeurs
inscrits pour faciliter la comparaison avec des consultations qui, du
fait du second tour de l'élection présidentielle de 1969, sont très
hétérogènes du point de vue de la participation.
Sur les vingt cartes présentées ci-dessous, dix-sept ont été établies
à partir d'une échelle commune dont les seuils sont espacés de 5
en 5 %. Les trois restantes, qui correspondent aux petits électorats,
ont été établies à partir d'une échelle plus fine où la valeur de chaque
classe est de 2,5 % seulement.
Nous présenterons successivement la participation électorale, le
gaullisme, la gauche, le centre et les regroupements de l'opposition.
Revue 1. française Goguel de (François), science politique, « Les élections XVIII (5), législatives oct. 1968, des pp. 23 837-858. et 30 juin 1968 », I. LA PARTICIPATION ÉLECTORALE
Les trois premières cartes concernent les abstentions au premier
tour des élections législatives de 1968, au référendum d'avril 1969
et au premier tour de l'élection présidentielle de juin. Voulant ap
précier les dimensions « normales » de la participation électorale, nous
n'avons pas retenu le deuxième tour de la présidentielle de 1969,
marqué par un très fort abstentionnisme politique, nous réservant de
le commenter dans la dernière partie de ce dossier (carte 19).
Pour les trois consultations retenues les résultats ont été les sui
vants du point de vue de la participation :
Inscrits Abstentions Pourcentage
23 juin 1968 28 181 848 5 649 441 20,0
27 avril 1969 28 655 692 5 562 396 19,4
1er juin 1969 28 774 041 6 281 982 21,8
Pas plus que le taux global, la géographie de l'abstentionnisme
n'a beaucoup varié de juin 1968 (carte 1) à avril et à juin 1969
(cartes 2 et 3). Les pôles de l'abstention et les pôles de la partici
pation se retrouvent sur les trois cartes dans les mêmes départements :
la Corse et la Creuse d'une part, la Somme d'autre part.
23 juin 1968 27 avril 1969 1er juin 1969
Maximum
Corse 37,4% 42,5% 39,1%
Creuse 26,6 27,1 29,5
Minimum
Somme 13,3 12,9 15,7
La répartition d'ensemble est presque aussi stable et rappelle très
fidèlement celle de 1967 2. Les départements les plus civiques sont
toujours situés dans l'extrême Nord du pays, les plus abstentionnistes
dans le quart Sud-Est. On notera que le Sud-Ouest du Massif Central,
jadis assez abstentionniste, paraît rallié à la participation. Ce fait
n'est peut-être pas sans rapport avec la pénétration électorale du
gaullisme dans cette région.
2. Cf. Lancelot (Alain), L'abstentionnisme électoral en France, Paris, A. Colin,
1968, p. 274 (Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques, 162).
313 II. LE GAULLISME
Les cartes 4 à 8 permettent d'étudier la géographie du gaullisme
législatif, référendaire et présidentiel en 1968 et 1969. Les résultats
nationaux de cette tendance figurent sur le tableau suivant sur lequel
nous avons distingué pour 1968 le gaullisme strictement U.D.R. et
le gaullisme « élargi » comprenant les républicains indépendants non
U.D.R. et les divers gaullistes.
Inscrits Gaullisme Pourcentage
23 juin 1968 28 181 848 U.D.R. 9 666 603 34,3
Gaullisme élargi 10 279 201 36,4
27 avril 1969 28 655 692 Oui 10 512 469 36,7
1er juin 1969 28 774 041 G. Pompidou 9 761 297 33,9
15 juin 1969 28 761 494 G. 10 688 183 37,2
Plus d'un million de voix, soit près de 3 % des inscrits, séparent
ainsi l'électorat gaulliste le moins nombreux — celui de l'U.D.R. en
juin 1968 — et le plus important — celui de Georges Pompidou au
deuxième tour de l'élection présidentielle. On ne s'étonnera pas que
les cartes traduisent cette diversité.
Les cartes 4 et 5 concernent les élections législatives de 1968.
Elles doivent à la nature de cette consultation, composée de
470 élections de circonscription, leur aspect plus morcelé.
La carte 4 donne la répartition des suffrages de l'U.D.R., qui
rappelle celles des voix « Cinquième République » en 1967 : même
prédominance dans les bastions de la France de l'Est, du Bassin Pa
risien, de la France de l'Ouest et du Sud du Massif Central, même
faiblesse relative au Nord-Ouest du Massif Central et dans la bor
dure méditerranéenne. Quand on ajoute à l'U.D.R. les candidats gaul
listes qu'elle n'a pas investis (carte 5 : gaullisme élargi) les zones de
faiblesse tendent à se résorber, notamment dans le Centre-Est et la
région parisienne.
La carte 6 présente la géographie du oui au référendum du
27 avril 1969. Pour ne pas multiplier les cartes nous n'avons pas
fait figurer en regard celle du oui au référendum d'octobre 1962 et
celle du général de Gaulle au second tour de l'élection présidentielle
de 1965 qui auraient pu en être rapprochées. Quiconque est familier
de la géographie du gaullisme peut observer cependant que le recul
qui a décidé de l'échec du référendum n'a pas eu exactement la même
314 Référendum et élection présidentielle de 1969
ampleur dans toutes les régions. Sans doute est-il assez général pour
ne pas remettre en cause la géographie traditionnelle du oui. Mais il
est loin d'être uniforme : la dépression est très marquée en Normandie,
dans la France de l'Est et dans le cœur du Bassin Parisien ; elle est
beaucoup moins sensible sur la bordure méditerranéenne et surtout
dans le Sud-Ouest où elle fait même place à une légère progression
par rapport au 19 décembre 1965 dans trois départements (Ariège,
Aude et Gers). Dans l'ensemble, les gaullistes de la France du non
se montrent ainsi plus fidèles au général de Gaulle que les gros
bataillons de la France du oui.
La carte 7 décrit la géographie des suffrages de Georges Pompidou
au premier tour de l'élection présidentielle de 1969. Elle fait apparaître
en lieu la résistance de l'électorat gaulliste malgré la crise
d'avril et la retraite du général de Gaulle. Mais elle montre également
que le centre de gravité de cet elector at s'est un peu déplacé. Les
zones de force les plus fidèles sont les bastions de la droite catho
lique : la France de l'Ouest et le Sud-Est du Massif Central où le
Cantal donne 53,1 % des inscrits à « l'enfant du pays ». Les bastions
traditionnels de la France de l'Est et de la France du Nord se sont
au contraire nettement amoindris, poursuivant le mouvement enre
gistré au référendum. Les départements moins favorables à M. Pom
pidou sont les fiefs habituels de la gauche industrielle comme dans
la Seine-Saint-Denis ou les Bouches-du-Rhône, ou rurale
la Creuse, le Gers ou les Basses- Alpes. Le pourcentage des voix de
M. Pompidou ne s'établit nulle part au-dessous de 25,4 % (Bouches-
du-Rhône) alors que le général de Gaulle n'avait obtenu que 21,9 %
des inscrits dans le Gers le 5 décembre 1965 : nouvel indice de
cette nationalisation de la vie politique française qui tend à égaliser
les comportements.
La carte 8 donne la répartition des suffrages de M. Pompidou au
second tour de l'élection présidentielle, le 15 juin 1969. Cette carte
est plus proche de la carte 6 qui donne la géographie du référendum
d'avril que de la carte 7 qui donne celle du premier tour. Avec le
référendum la ressemblance est remarquable, à peine altérée par
quelques nuances : au Sud de la Loire le néo-gaullisme du 15 juin
l'emporte souvent sur le oui du 27 avril. Au Nord, le rapport est
parfois inversé, comme on le voit en particulier dans les départements
industriels de la Seine-Saint-Denis et du Nord. Nuances légères au
demeurant ; comment ne pas être frappé, au total, par l'extraordinaire
permanence de l'électorat gaulliste au moment où s'éloigne celui qui
l'avait rassemblé ?
315 III. LA GAUCHE
Les cartes 9 à 14 concernent la gauche pour laquelle nous envi
sagerons successivement l'électorat communiste, l'électorat P.S.U. et
l'électorat socialiste en comparant dans chaque cas les résultats de
1968 et ceux de 1969.
1. LE PARTI COMMUNISTE
Le Parti communiste et son candidat présidentiel Jacques Duclos,
obtiennent globalement les résultats suivants en 1968 et en 1969 :
Suffrages
Inscrits communistes Pourcentage
23 juin 1968 28 181 848 4 434 832 15,7
1er juin 1969 28 774 041 4 779 539 16,6
Un regard rapide sur les cartes 9 et 10 montre que cette faible
variation d'ensemble ne modifie pas la géographie habituelle de
l'électorat communiste. En 1969 (carte 10) comme en 1968 (carte 9),
le Parti communiste obtient ses meilleurs résultats dans le Nord du
Bassin Parisien et la banlieue de la capitale, dans le Nord-Ouest du
Massif Central et le long du littoral méditerranéen. En revanche,
l'Ouest intérieur, l'Alsace et les départements catholiques du Sud du
Massif Central lui restent rebelles.
Un examen plus attentif révèle cependant quelques différences
entre les deux consultations. Dans les zones ouvrières où les commun
istes représentaient la seule force de gauche importante en 1968,
M. Duclos ne retrouve pas tout à fait les résultats antérieurs de son
parti. Le cas est particulièrement net dans la banlieue parisienne et,
dans une moindre mesure, en Normandie et en Lorraine. A l'inverse,
M. Duclos améliore les positions communistes dans les départements
— souvent ruraux — où les familles socialiste et radicale sont trad
itionnellement implantées. Ce renforcement est surtout sensible dans
le Sud-Ouest, le Sud-Est et la Franche-Comté.
2. LE P.S.U.
Représenté en 1969 par Michel Rocard, le P.S.U. obtient à
l'élection présidentielle à peu près le même nombre de voix qu'aux
élections législatives de 1968 :
316 Référendum et élection présidentielle de 1969
Suffrages
Inscrits du P.S.U. Pourcentage
23 juin 1968 28181848 865 834 3,1
1er juin 1969 28 774 041 814 051 2,8
En raison des dimensions relativement réduites de l'électorat du
P.S.U. les cartes 11 et 12 ont été établies à partir d'une échelle plus
fine que celle que nous avons utilisée jusqu'ici. Si nous avions
conservé une échelle de 5 en 5 %, la carte de Michel Rocard aurait
été totalement blanche. Dans aucun département en effet le candidat
présidentiel du P.S.U. n'atteint la proportion de 5 % des inscrits
(maximum : Essonne et Loire- Atlantique, 4,1 %).
La carte 12, qui représente les suffrages de Michel Rocard, est
plus uniforme que la carte du P.S.U. en 1968 (carte 11). Cela
s'explique évidemment par la différence de nature entre les deux
consultations. Aux élections législatives des personnalités peuvent
apporter localement une clientèle appréciable au P.S.U. : c'est le cas
de MM. Le Foil et Caro dans les Côtes-du-Nord, de M. Mendès France
dans l'Isère ou de M. Madelaine en Moselle. A l'élection président
ielle, M. Rocard est candidat partout, mais il ne bénéficie pas néces
sairement de la même « notabilité ».
3. LA GAUCHE MODÉRÉE
Dans le cas de Gaston Defferre la comparaison avec 1968 pose des
problèmes d'une autre nature. Il est en effet très difficile de trouver
lors des dernières élections législatives le terme de référence adéquat
auquel on pourrait comparer les résultats du candidat socialiste.
Nous avons retenu, faute de mieux, la carte des suffrages de la Fédé
ration de la gauche (carte 13). Mais on n'oubliera pas que l'éclatement
de cette Fédération, le ralliement du Parti radical à M. Poher et les
divisions de la famille socialiste privaient d'emblée M. Defferre du
soutien d'une partie importante de la gauche modérée.
En 1968 et en 1969, les résultats de la Fédération et ceux de
M. Defferre sont les suivants :
Suffrages de
Inscrits la gauche modérée Pourcentage
23 juin 1968 28 181 848 F.G.D.S. : 3 662 443 12,9
1er juin 1969 28 774 041 G. Defferre : 1 127 733 3,9
317 Marie-Thérèse et Alain Lancelot
La carte des voix de M. Defferre {carte 14) ne rappelle que de
très loin celle de la Fédération. Alors que cette dernière dépassait
20 % des inscrits dans vingt-six départements, M. Defferre n'atteint
nulle part 10 % (maximum : 8 % dans les Bouches-du-Rhône) et ne
dépasse 5 % que dans quinze départements. C'est cependant dans
des bastions habituels du socialisme démocratique et du radicalisme
que le maire de Marseille obtient ses meilleurs résultats : la géo
graphie de son électorat rappelle celle des grandes fédérations de
la S.F.I. O. enrichie dans l'Eure par le souvenir de M. Mendès France
et dans la Nièvre par la politesse des électeurs de M. Mitterrand.
IV. LE CENTRE
Tous les électorats que nous avons décrits jusqu'à maintenant
s'inscrivent dans une tradition. Leurs structures géographiques sont
familières et, compte tenu de quelques variations conjoncturelles, elles
se retrouvent d'une consultation à l'autre.
Tel n'est pas le cas de l'électorat centriste. Laminé progressivement
de 1962 à 1967 par la bipolarisation croissante de la politique fran
çaise, cet électorat se limite en 1968 à quelques môles de résistance
autour de personnalités bien implantées. La candidature de M. Poher,
dans une conjoncture rendue favorable par l'éclatement de la gauche
modérée, lui donne un nouveau souffle en 1969 : nouveauté évidente
du point de vue des statistiques d'ensemble et non moins frappante
du de vue de la géographie.
Inscrits Suffrages du Centre Pourcentage
23 juin 1968 28 181 848 P.D.M. : 2 289 849 8,2
1er 1969 28 774 041 A. Poher : 5 201 133 18,1
Entre la carte 15 qui donne la géographie du centre P.D.M. aux
législatives de juin 1968 et la carte 16 qui donne la géographie des
votes pour Alain Poher au premier tour de l'élection présidentielle de
juin 1969 la ressemblance est peu marquée. Sans doute peut-on cons
tater une certaine analogie dans le dessin d'ensemble, les principales
zones de force du centrisme de 1968 se retrouvant un an plus tard
parmi les zones favorables au président du Sénat. Mais que de di
fférences en regard de cette vague parenté ! Dans certains cas le cen
trisme est plus fort en 1968 qu'en 1969 : cela tient généralement au
318 Référendum et élection présidentielle de 1969
ralliement à la majorité gaulliste entre les deux consultations de
personnalités qui, comme M. Pleven dans les Côtes-du-Nord ou
M. Duhamel dans le Jura, animaient le courant centriste dans leur
département. Cela peut tenir également au fait que certains candidats
centristes n'avaient pas de concurrents gaullistes en 1968 alors que
M. Poher se heurte partout à M. Pompidou (c'était encore le cas
de M. Pleven dans les Côtes-du-Nord ou celui de M. de Montesquiou
dans le Gers).
Ces cas restent exceptionnels. Presque partout M. Poher obtient
de meilleurs résultats que le P.D.M. en 1968. Le gonflement de
l'électorat du centre est particulièrement apparent dans les zones de
force traditionnelles de la gauche modérée, notamment de celles du
Parti radical qui appelait à voter pour M. Poher : Sud-Ouest langue
docien et pyrénéen, Charentes et Poitou, franges occidentales du
Bassin Parisien, Franche-Comté, Lyonnais, Vaucluse, Alpes-Marit
imes, etc.
Il résulte de la rencontre du centre catholique et du centre radical
une géographie originale, très différente de celle de M. Lecanuet en
1965 qui s'inscrivait assez étroitement dans les limites de la France
pratiquante. La « guerre de religion » qui a marqué si profondément
les attitudes électorales des Français serait-elle définitivement te
rminée ? ou était-elle seulement masquée en 1969 par une coalition
éphémère ?
V. LES REGROUPEMENTS DE L'OPPOSITION
DU SUCCÈS D'AVRIL A L'ÉCHEC DE JUIN
Le référendum du 27 avril 1969 et le second tour de l'élection
présidentielle le 15 juin ont donné aux électeurs des oppositions l'o
ccasion de se coaliser le temps d'un scrutin.
Ce regroupement était évidemment plus aisé au référendum qu'à
l'élection : toute l'opposition votait non alors que la gauche était
divisée à l'égard de M. Poher.
Les statistiques d'ensemble se ressentent de cette différence :
Inscrits Opposition Pourcentage
27 avril 1969 28 655 692 Non 11945 149 41,7
15 juin 1969 28 761494 A. Poher 7 870 688 27,4
319 Marie-Thérèse et Alain Lancelot
La carte 17 donne la géographie du vote négatif au référendum
d'avril 1969. Trois traits nous semblent la caractériser : en premier
lieu, l'ampleur du succès du non qui s'établit au-dessus de 40 % des
inscrits dans les deux tiers des départements et ne descend qu'excep
tionnellement au-dessous de 30 %. La seconde caractéristique est
constituée par la prédominance de la gauche dans le camp de l'oppo
sition : les structures de la carte rappellent sans équivoque la géo
graphie habituelle de l'électorat socialiste et surtout communiste ;
elles ne sont pas sans évoquer les structures du vote oui au référendum
du 5 mai 1946. Mais, et cela constitue le troisième trait, à la dif
férence de mai 1946 le référendum voit la victoire de la gauche grâce
au ralliement au non d'une part appréciable de l'électorat modéré.
Des départements qui avaient voté pour la majorité gaulliste à plus
de 40 % des inscrits en juin 1968 — comme la Meurthe-et-Moselle,
la Marne, l'Oise, l'Yonne, l'Eure, le Calvados, etc. — votent non dans
la même proportion le 27 avril. Les zones les plus fidèles de l'Ouest,
de l'Est ou du Sud-Ouest atlantique sont à peine épargnées.
La carte 18 confirme que M. Poher est loin d'avoir retrouvé l'e
nsemble des non au deuxième tour de l'élection présidentielle, le
15 juin 1969. Cette carte ressemble davantage à celle du candidat
centriste au premier tour qu'à celle du non le 27 avril. Cela n'est certes
pas surprenant compte tenu des consignes d'abstention données par
l'extrême-gauche pour le scrutin du 15 juin. Officiellement, M. Poher
bénéficiait seulement du désistement de M. Def ferre. Mais il espérait
sans doute rallier une partie de l'électorat communiste ou P.S.U. dé
sireux de voter utile pour battre M. Pompidou. Dans l'ensemble cette
attente a été déçue.
Dans l'ensemble seulement, car un examen attentif de la carte 18
confirme ce que suggère la simple comparaison des résultats statis
tiques des deux tours, à savoir le transfert d'une fraction des électeurs
d'extrême-gauche en direction de M. Poher. Transfert particulièrement
apparent dans le Sud-Ouest, le Nord du Bassin Parisien ou le Sud-
Est où les gains de M. Poher dépassent nettement les résultats de
M. Defferre au premier tour. Il n'est sans doute pas sans intérêt de
rappeler que c'est précisément dans ces départements que M. Duclos
avait amélioré en juin 1969 les positions du Parti communiste par
rapport à 1968. On peut faire l'hypothèse qu'un certain nombre
d'électeurs de la gauche modérée avaient voté le 1er juin pour le
candidat communiste — fort débonnaire au demeurant — parce qu'il
semblait seul capable de devancer M. Poher et d'assurer la présence
de la gauche au second tour, mais qu'ils ont retrouvé leur inclinaison
320