Caractères généraux et chronologie relative des alluvions fluviatiles rubéfiées de quelques vallées de Corse orientale - article ; n°3 ; vol.9, pg 171-184

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Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1972 - Volume 9 - Numéro 3 - Pages 171-184
Quatre nappes fluviatiles successives, rubéfiées, se sont formées en Corse orientale au cours du Quaternaire ancien et moyen. Leurs sols rouges sont des sols fersiallitiques, anciens et tronqués, brunifiés à leur partie supérieure. La chronologie relative de ces alluvions est établie d'après leur étagement quand il existe, et d'après l'altération comparée des galets, les plus significatifs pour distinguer les nappes entre elles étant les rhyolites et les schistes La sédimentologie fournit des caractères supplémentaires pour la distinction.
General characteristics and relative chronology of fluviatile rubefied deposits of several valleys in Eastern Corsica. Four successive rubefied fluviatile sheets have been built in Eastern Corsica during lower and middle Quaternary era. Their red soils are fersiallitic, ancient and truncated, with a brown higher part. Relative chronology of these deposits has been established according to their succession in terraces (when it exists), and according to comparative weathering of pebbles. Rhyolites and schists are the most characteristic pebbles to separate sheets one from another. Other features of discrimination are supplied by sedimentology.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1972
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Odette Conchon
Caractères généraux et chronologie relative des alluvions
fluviatiles rubéfiées de quelques vallées de Corse orientale
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 9 - Numéro 3 - 1972. pp. 171-184.
Résumé
Quatre nappes fluviatiles successives, rubéfiées, se sont formées en Corse orientale au cours du Quaternaire ancien et moyen.
Leurs sols rouges sont des sols fersiallitiques, anciens et tronqués, brunifiés à leur partie supérieure. La chronologie relative de
ces alluvions est établie d'après leur étagement quand il existe, et d'après l'altération comparée des galets, les plus significatifs
pour distinguer les nappes entre elles étant les rhyolites et les schistes La sédimentologie fournit des caractères supplémentaires
pour la distinction.
Abstract
General characteristics and relative chronology of fluviatile rubefied deposits of several valleys in Eastern Corsica. Four
successive rubefied fluviatile sheets have been built in Eastern Corsica during lower and middle Quaternary era. Their red soils
are fersiallitic, ancient and truncated, with a brown higher part. Relative chronology of these deposits has been established
according to their succession in terraces (when it exists), and according to comparative weathering of pebbles. Rhyolites and
schists are the most characteristic pebbles to separate sheets one from another. Other features of discrimination are supplied by
sedimentology.
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Conchon Odette. Caractères généraux et chronologie relative des alluvions fluviatiles rubéfiées de quelques vallées de Corse
orientale . In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 9 - Numéro 3 - 1972. pp. 171-184.
doi : 10.3406/quate.1972.1200
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1972_num_9_3_1200de l'Association française 1972 - 3, page 171 Bulletin
pour l'étude du Quaternaire.
CARACTERES GENERAUX
ET CHRONOLOGIE RELATIVE
DES ALLUVIONS FLUVIATILES RUBEFIEES
DE QUELQUES VALLEES DE CORSE ORIENTALE *
par Odette CONCHON **
Résumé. — Quatre nappes fluvtatiles successives, rubéfiées, se sont formées en Corse
orientale au cours du Quaternaire ancien et moyen. Leurs sols rouges sont des sols
fersialhtiques, anciens et tronqués, brunifies à leur partie supérieure. La chronologie
relative de ces alluvions est établie d'après leur étagement quand il existe, et d'après
l'altération comparée des galets, les plus significatifs pour distinguer les nappes entre
elles étant les rhyohtes et les schistes La sédimentologie fournit des caractères supplé
mentaires pour la distinction.
Summary. — General characteristics and relative chronology of fluviatile rubefied
deposits of several valleys in Eastern Corsica.
Four successive rubefied fluviatile sheets have been built in Eastern Corsica during
lower and middle Quaternary era. Their red soils are fersialhtic, ancient and truncated,
with a brown higher part. Relative chronology of these deposits has been established
according to their succession in terraces (when it exists), and according to comparative
weathering of pebbles. Rhyohtes and schists are the most characteristic pebbles to
separate sheets one from another. Other features of discrimination are supplied by
sedimentology.
En Corse, des alluvions fluviatiles rubéfiées sont connues depuis longtemps.
R. Lucerna (1911), observant six à sept terrasses fluviatiles, a pressenti les phéno
mènes pédologiques en écrivant que « chacune possède sa croûte de désagrégation
particulière ». D. Hollande (1917) a parlé de terrasses « ferrigènes » et en a
distingué deux par leur altitude relative dans les vallées de la Bravona et du
Vecchio, alors qu'il n'en a vu qu'une ayant cette couleur « ocre » dans le Golo
et le Tavignano. Le caractère rouge des alluvions n'est pas mentionné par les
auteurs suivants. Puis une équipe de géographes de l'Université de Strasbourg
(L.I.G.U.S., 1952) a attribué au Quaternaire ancien une nappe alluviale avec un
« épais sol rouge », tandis que les alluvions du Quaternaire récent n'ont pas de
sol rouge mais un sol brun. Mais, lors de cette étude rapide, n'avait pas été
prospectée la région de la Bravona où plusieurs nappes rouges sont conservées.
F. Ottmann (1958) y a relevé deux nappes rouges, la plus ancienne témoignant
d'un ancien cours ; à la laveur du défrichement du terrain, une troisième a pu
être observée (O. Conchon, 1966), puis une quatrième plus haute (O. Conchon,
communication orale à l'excursion C17 du Congrès INQUA, 1969, avec présenta
tion d'une carte géologique au 1/20 000, et publication 1970 ; R. Guirmjd, 1970).
En Corse orientale et en Balagne, C. Grelou-Orsini (1966) compte jusqu'à trois
nappes à dominante rouge. Sur le versant occidental de la Corse, A. Rondeau (1961)
a aussi décrit une alluvion rouge très ancienne et, en contrebas, une « haute
terrasse » orange de la Gravona.
* ** Manuscrit Laboratoire déposé de Géologie le 23 mars du Quaternaire, 1972 CNRS., 92 - Bellevue. 72 BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 1
La place des différentes alluvions dans la chronologie du Quaternaire est
difficile à établir, les arguments paléontologiques et préhistoriques faisant défaut.
Après avoir exposé les caractères généraux des alluvions rubéfiées, nous insisterons
ici sur leurs caractères distinctifs permettant d'étayer la chronologie relative.
I. — CARACTERES GENERAUX DES ALLUVIONS FLUVIATILES RUBEFIEES
1. Couleur
Le terme « rouge » englobe des couleurs rouges, violacées parfois, ou souvent
orange, bien visibles sur les coupes et dans les terres cultivées. L'observation de
matrices alluviales au laboratoire, pour la fraction de l'échantillon sec inférieure
à 1 600 n, avec la charte des couleurs Munsell 1, donne comme indice de colonmétrie
2,5 YR/5-8, 5 YR 5/6-8, ou 7,5 YR 5/6-8 pour la partie supérieure des coupes ; la
partie inférieure est parfois moins rouge (10 YR 5/4, 10 YR 7/2). Souvent, les
coupes visibles affectent uniquement la partie rouge, sur une épaisseur de 2 à 4 m.
2. La rubéfaction correspond a une pédogénèse de l'alluvion en place
Si les éléments rubéfiés étaient repris à des formations rouges antérieures,
il faudrait que celles-ci aient été entièrement décapées au moment où s'est
déposée la 5e nappe alluviale, qui est brune. Cela paraît peu vraisemblable. La
couleur plus claire des alluvions rouges à la base de certaines coupes correspond
aussi au fait que les dépôts ne sont pas pédogénisés en profondeur.
Dans les alluvions à sol rouge, les galets sont altérés, et leur altération n'a
pu se produire qu'm situ, puisqu'elle a conduit souvent à des galets entièrement
friables qui n'auraient pu être déplacés dans cet état. Altération des galets et
rubéfaction de la matrice relèvent des mêmes conditions pédogénétiques, et nous
verrons la variation d'intensité de l'altération des galets.
3. Les sols rouges observés sont anciens et tronqués
Les alluvions fluviatiles récentes n'ont pas de sol rouge. — L'étagement de sept
formations alluviales dans la vallée de la Bravona, à sa sortie de la zone des
schistes, permet de reconstituer la succession complète des dépôts (fig. I). Or
sw NE
ns flu viatiles quater laires E3 Alluvio R uisseau de Vadule Mioce n t 4 1 CD
ISOnv ^Dtt6 yS NI ^- - v»-^ D16 N2^*SÇ
^ Ç a ° *^V 100-
N5 Bravona / m 4 1 N4~*£- -"If jf N6 — <;
•torn*!/
Fig. 1. — Coupe transversale des alluvions de la Bravona entre sa sortie
des « schistes lustrés » et Pianiccia.
Nj, N2, N3, N4, alluvions à vieux sol rouge ; N5, alluvions à vieux sol brun ;
N6, N7, alluvions grises à sol minerai brut.
1. Munsell Soil Color Charts, Munsell Company, Baltimore. ALLUVIONS FLUVIATILES RUBÉFIÉES DE QUELQUES VALLÉES DE CORSE ] 73
l'alluvion subactuelle N7 et la très basse terrasse Ne sont formées par un sable
gris ou une alluvion à galets et matrice grise, avec sol minéral brut. La basse
terrasse N5 a un sol de couleur brune. Seules les quatre nappes supérieures
N4 à Ni ont un sol rouge, brunifié en surface. Les observations sont les mêmes
dans les autres vallées, où les affleurements sont plus discontinus.
Les sols rouges sont donc anciens, mais nous n'avons pas d'arguments décisifs
pour déterminer s'ils se sont développés sous un climat différent du climat actuel,
ce qui en ferait des paléosols (B. Gèze, 1947), ou si la rubéfaction se poursuit
actuellement, ce qui impliquerait que la couleur rouge n'apparaît qu'au bout d'un
temps supérieur à l'âge de l'alluvion Ns, brune.
La détermination des sols rouges comme « paléosols » ou simplement comme
vieux sols est importante pour la paléoclimatologie quaternaire. Dans les régions
méditerranéennes, certains considèrent que des sols rouges se forment encore
actuellement et que le climat n'a guère changé depuis le Quaternaire moyen
(M. Lamouroux, 1971, pour le Liban par exemple) ou même depuis le Villafran-
chien (J. Barrière, 1971, en Languedoc). D'autres limitent la rubéfaction à certaines
époques (R. Monturiol et coll., 1969, pour l'Espagne).
Cependant, en Corse, il semble plutôt y avoir un hiatus entre les conditions
pédogénétiques ayant présidé à la formation du sol rouge sur les alluvions Ni
à N4, et celles qui ont conduit au sol brun sur N5. Le sol brun est constant sur
toutes les nappes équivalentes à N5, même dans les zones de piémont (Marana,
Casinca) où ces nappes ne sont pas en position de terrasses (ex. vaste nappe de
l'aérodrome Bastia-Poretta). Il ne semble donc Das correspondre à des conditions
topographiques et hydrologiques particulières empêchant la rubéfaction. La nature
pétrographique des galets est à peu près la même que dans les alluvions anté
rieures. La végétation spontanée actuelle est aussi la même sur toutes les
terrasses — maquis à Cistes, Bruyères arborescentes, Asphodèles... La faible
durée interviendrait seulement pour expliquer le sol très peu évolué sur les
nappes Ne et N7.
La partie superficielle des sols rouges est brunifiée. Les coupes affectant les
alluvions rubéfiées montrent un horizon gris brun superficiel, épais de 20 à 50 cm,
sous la végétation actuelle de maquis. Sous cet horizon gris brun, l'alluvion est
uniformément rouge-orange et sans variation de texture sur 2 à 4 m d'épaisseur
(abstraction faite de niveaux limoneux représentant des changements épisodiques
lors de l'alluvionnement). Puis, pour les coupes assez hautes pour le montrer, la
coloration diminue, l'alluvion devient plus claire. On n'observe pas de différencia
tion d'horizons dans le sol rouge, et cela doit correspondre au fait que seul
l'horizon B du sol originel subsiste, l'horizon A ayant été érodé. Le niveau gris-
brun est dû à une brunification, sous l'effet de la pédogénèse actuelle, de l'horizon
B initial tronqué.
Les sols rouges sont parfois « enterrés ». Au lieu d'être emboîtées dans les
alluvions rubéfiées, les formations brunes N5 peuvent être superposées aux allu
vions anciennes. C'est le cas, par exemple, dans la coupe au bord de la R.N. 198,
au S de Casamozza et du Golo : un limon brun d'apport local (quelques petits
galets de schistes très peu altérés et de quartz) recouvre sur moins de 1 m d'épais
seur une alluvion à matrice orange et galets très altérés (schistes, granites,
rhyolites, gabbros).
La distinction entre l'horizon brunifié supérieur d'une alluvion rouge (fig. 2A)
et un dépôt plus récent à sol brun sur une alluvion rouge (fig. 2B) est d'ailleurs
délicate et demande l'observation détaillée de l'état d'altération des galets. Des
différences peuvent ainsi apparaître entre cartes géologiques et cartes pédologi
ques : si le dépôt brun est peu épais, l'alluvion rouge sous-jacente est seule figurée
par le géologue quaternariste (O. Conchon, carte géologique Vescovato, 1/50 000, 74 BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 1
à paraître) tandis que le pédologue indique l'alluvion brune superficielle (G. Mon-
pezat). L'horizon brunifié à la partie supérieure d'une alluvion rouge peut prêter
aux mêmes différences d'interprétation : pas figuré par le géologue, qui ne retient
que l'âge ancien de la formation principale, parfois figuré comme sol brun par
le pédologue qui peut alors conclure prématurément à l'existence d'une alluvion
brune plus récente, la terre n'étant labourée que dans l'épaisseur du niveau brunifié.
Niveau brunifie
Alluvion
ancienne
Alluvion à vieux à galets
sol rouge très altères
Alluvion à sol brun
et galets peu altères
Alluvion à ->ol rouge
et galet-, très altéré*»
Fig. 2. — Coupes schématiques de deux cas de niveau brun sur une alluvion rouge.
La fossilisation d'un vieux sol rouge peut aussi avoir lieu par un dépôt affecté
d'un autre sol rouge. Tel est le cas relevé par F. Ottmann (1958) dans une coupe
au bord de l'Abatesco (S de Ghisonaccia) où deux alluvions à sol rouge sont
superposées. Autre exemple (fig. 3) : à Casamozza, des alluvions anciennes
orange du Golo sont fossilisées par des colluvions rouges qui les ravinent
(O. Conchon, 1971).
•niveau brunifié
éboulis rouge à colluvion ancienne éléments schisteux
altérés mais non
pulvérulents
alluvion orange à galets
très altérés (en part
iculier schistes pulvé-
-rulents)
Fig. 3. — Coupe schématique de deux paléosols rouges superposés. FLUVIATILES RUBÉFIÉES DE QUELQUES VALLÉES DE CORSE 175 ALLUVIONS
La superposition de deux alluvions à sol rouge, que le degré d'altération des
galets (chap. II) permet d'attribuer à deux nappes successives N3 et N4 par
exemple, indique qu'une première pédogénèse a eu lieu pendant l'interglaciaire
N3-N4, puis qu'une deuxième pédogénèse a agi après N4. Elle montre que l'inter
valle entre N3 et N4 a suffi pour que se développe la rubéfaction. Cet intervalle
a-t-il été de durée plus longue que le temps écoulé depuis l'alluvionnement N5 à
sol brun, ou les conditions climatiques ont-elles été plus propices ?
II. — CARACTERES DISTINCTIFS ENTRE LES DIFFERENTES ALLUVIONS RUBEFIEES
ET CHRONOLOGIE RELATIVE
La succession des alluvions fluviatiles a été abordée dès les premières études
déjà mentionnées. Pour les nappes rubéfiées, nous avons utilisé leur étagement
dans la vallée de la Bravona, où subsistent deux lambeaux d'une alluvion très
ancienne Ni, dominant deux nappes N2 et N3 qui déterminent un ancien cours,
tandis qu'une quatrième nappe rouge N4 suit le cours actuel. A l'étagement s'ajou
tent des critères d'altération qui permettent d'établir la corrélation entre les
nappes rouges quand la série est incomplète.
1. Degré d'altération des g\lets dans les différentes alluvions rubéfiées
Pour le cas de la Bravona,, l'altération des galets n'est pas observable dans
les lambeaux Ni, qui n'offrent pas de belle coupe, et les galets les plus altérés
ont dû disparaître des champs cultivés. Dans la nappe N2, beaucoup de galets de
schistes sont devenus fragiles, ocre rouille, pulvérulents. Dans la nappe N3, l'abon
dance de ces galets de schistes pulvérulents est moins grande que dans N2, les
minéraux des autres galets schisteux ont seulement pris une couleur rouille dans
les fissures.
Ces observations d'altération des galets, pulvérulents ou non, servent de
comparaison pour les nappes alluviales déposées par les torrents de Corse orient
ale, dans la Casinca en particulier. Dans cette région au S du Golo, le piémont
de la zone des « schistes lustrés » est formé par les alluvions quaternaires. L'exis-
schiste lustres ^
FIG. 4. — Carte des affleurements quaternaires dans la région de Querciolo
(W de Vescovato^Venzolasca).
Nj (Donau '), N2 (Gunz '), N3 (Mindel '), N4 (Riss ?), alluvions à vieux sol
rouge ; N5 (Wurm ancien ?), alluvions a vieux sol brun ; N6 (Wurm recent ou Post-
Wurm '), alluvions grises. 76 BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 1
tence de plusieurs nappes rouges n'est pas partout nette dans le paysage, les talus
séparant les replats s'estompent en direction de la mer. L'équivalent des nappes
Ni et N2 se reconnaît par l'abondance des galets de schistes pulvérulents, tandis
que la nappe N3 en a peu, et la nappe N4 pas du tout.
Ainsi, altitude relative et altération permettent de reconnaître plusieurs nappes
rouges dans la région de Querciolo (carte de Vescovato, 1/50 000). La haute alluvion
à paléosol rouge qui couronne la butte de Palazzi, à 85 m d'altitude, domine la
« plaine » au S, à l'E et au N (fig. 4). Au S, la nappe qui s'étend à son pied est à
70-75 m avec une pente longitudinale forte ; une belle coupe dans cette alluvion,
au S de Querciolo, à la cote 58 m, montre une grande quantité de galets de schistes
pulvérulents, y compris ceux de grande taille (50 cm), et ceci jusqu'à la partie
inférieure visible, soit à 4 m de profondeur, dans une matrice rouge argilo-sableuse.
A 900 m, en aval, bien qu'on n'observe pas de rupture de pente dans la topographie,
l'alluvion, qu'a momentanément coupée une tranchée, présente une matrice rouille,
parfois marbrée de jaune ou gris, à galets peu altérés. Il semble donc y avoir là
l'emboîtement de cette dernière nappe équivalent à N3 dans la nappe N2 de Querc
iolo, et l'alluvion de Palazzi correspondrait ainsi à Ni.
Des galets de rhyolites, issus du Massif du Monte Cinto, sont aussi présents
dans les alluvions du Golo. L'étude de l'altération de ces roches complète les
observations sur les galets de schistes, et permet de distinguer entre elles les
alluvions N1-2, N3 et N4. Une sorte d'étalonnage a pu être fait dans la région de
Casamozza (O. Conchon, 1971) : de nombreux galets de rhyolites (33 %) sont à l'état
pulvérulent dans la nappe N2 (l'alluvion Ni n'est pas représentée ici), les rhyolites
pulvérulentes sont moins fréquentes dans la nappe N3 (14 %) et aucune n'est
pulvérulente dans l'alluvion N4.
TABLEAU I
Altération significative des galets dans les différentes alluvions.
Nature pétrographique des galets significatifs
Rhyolites Schistes Granites
Alluvion grise Ne . . intactes intacts intacts à sol brun
intactes un peu altérés, mais très peu sont N5
pulvérulents aucun pulvérulent
(0-5 %)
intactes altérés, mais aucun N4 beaucoup sont
pulvérulent pulvérulents Alluvions (10-70 °/o)
faible proportion de quelques-uns sont N3 beaucoup sont à rhyolites pulvérulents pulvérulents
vieux sol pulvérulentes (15-55 °/o)
(10-15 °/o) rouge
beaucoup sont beaucoup sont N2, Ni beaucoup
sont pulvérulentes pulvérulents pulvérulents
(3040 %) (25-58 %}
Coupure chronologique qu'un type de roches permet de repérer facilement
par son altération.
Le degré d'altération des galets de granite qui existent dans les alluvions du
Golo et du Tavignano, est peu significatif pour distinguer entre elles les nappes ALLUVIONS FLUVIATILES RUBÉFIÉES DE QUELQUES VALLÉES DE CORSE 177
poids
g
100
®
diamètre 500des grains 1000
□ □
Fig. 5. — Enveloppes des A B : matrices (Echelle suivant courbes semi-logarithmique alluviales leur granuloméînques âge pedogemsées peu relatif pedogemsées. ) (N2, cumulatives ; N3, JV4). des alluvions du 78 BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 1
rouges, mais il appuie la différence entre nappes rouges et nappes brunes. En effet,
les galets granitiques pulvérulents sont nombreux ou très nombreux dans les
alluvions N1-2, N3, N4, et très peu nombreux dans N5.
Le tableau I résume ces observations.
2. Caractères des matrices rubéfiées, suivant l'âge des alluvions
La granulométrie de la fraction sablo-argileuse (< 1 600 jji) des matrices rubé
fiées fait apparaître des différences entre les nappes N2-1, N3 et N4. Les courbes
cumulatives d'échantillons issus de la même nappe, en différents points d'une même
vallée (nappe reconnue par son altitude relative et le degré d'altération des galets),
forment une famille partiellement distincte de la famille des courbes d'une autre
nappe rouge (O. Conchon, 1969). La figure 5A représente les enveloppes des courbes
cumulatives des paléosols du Golo : les matrices pédogénisées sont de plus en plus
fines, des alluvions rouges les plus jeunes vers les plus anciennes, à la fois par leur
médiane Q2 et par le pourcentage pondéral P-50 de grains inférieurs à 50 \i2. La
variation a lieu dans le même sens pour les alluvions du Tavignano (fig. 6).
100 200 500 1000
diamètre des grains

Fig. 6. — Enveloppes pédogénisées, des suivant courbes leur granulométnques âge relatif, dans cumulatives la vallée du des Tavignano. matrices alluviales
2 Nous désignons par P -" le pourcentage pondéral de grams inférieurs au diamètre n. ALLUVIONS FLUVIATILES RUBÉFIÉES DE QUELQUES VALLÉES DE CORSE |79
poids
g %
P-50
20-
100 300 500
poids
g %
P-50
50-
20-
100 300 500
Fig. 7. — Diagramme de corrélation entre la médiane granulométrique Qz et le
pourcentage pondéral P-50 de grains inférieurs à 50 jj,, dans les matrices alluviales
pédogénisées (Af2, N3, N4). Valeurs calculées à partir des mesures granulométriques avec
coefficient de sécurité de 99 %.
A : alluvions du Golo ; B : du favignano.