Claude Gellé entre Chamagne et Rome. Nouveaux documents sur le peintre et sa famille d
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Claude Gellé entre Chamagne et Rome. Nouveaux documents sur le peintre et sa famille d'après les archives lorraines - article ; n°2 ; vol.94, pg 929-947

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Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes - Année 1982 - Volume 94 - Numéro 2 - Pages 929-947
Michel Sylvestre,~~ Claude Gellée entre Rome et Chamagne. Nouveaux documents sur le peintre et sa famille, d'après les archives lorraines~~, p. 929-947. Claude correspond toute sa vie avec sa famille et lui envoit, en 1648, par l'intermédiaire d'un fonctionnaire ducal, de l'argent pour participer à l'acquisition de biens. Né en 1602 ou quelques années après, il n'a donc pu travailler à Bagnaia entre 1613 et 1615 avec Agostino Tassi. Il est le troisième de sept enfants encore vivants en 1621, dans l'ordre de leurs naissances: Jean (né avant 1601, mort avant 1639), Demenge, Nicolas, Denis (né en 1612, mort en 1680), Melchior (mort en 1697), et Jeannon. Anne, sa mère est morte en 1611, tandis que son père, Jean, remarié avec Idatte, meurt avant 1621. Les Gellée, famille aisée de Chamagne, sont alliés aux Trompette. Un membre de cette famille, Henri, conseiller-auditeur de la Cham- (v. au verso) bre des comptes de Lorraine chargé de la correspondance ducale avec empereur pu aider le jeune Claude séjourner dans les pays alle mands Le père de Claude ses frères Jean et Melchior sont plusieurs reprises maires de Chamagne Melchior et Denis ne savent pas signer de leur nom mais Jean semble avoir re une bonne instruction il commer ce avec les Flandres et Italie Selon les inventaires après décès des peintres lorrains séjournant en Italie tels Bermand ou Jean-Georges Gérard transmettent en Lorraine la manière de Claude et celle autres peintres comme Gaspard Dughet
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1982
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Langue Français
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Michel Sylvestre
Claude Gellé entre Chamagne et Rome. Nouveaux documents
sur le peintre et sa famille d'après les archives lorraines
In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes T. 94, N°2. 1982. pp. 929-947.
Résumé
Michel Sylvestre, Claude Gellée entre Rome et Chamagne. Nouveaux documents sur le peintre et sa famille, d'après les archives
lorraines, p. 929-947.
Claude correspond toute sa vie avec sa famille et lui envoit, en 1648, par l'intermédiaire d'un fonctionnaire ducal, de l'argent pour
participer à l'acquisition de biens.
Né en 1602 ou quelques années après, il n'a donc pu travailler à Bagnaia entre 1613 et 1615 avec Agostino Tassi. Il est le
troisième de sept enfants encore vivants en 1621, dans l'ordre de leurs naissances: Jean (né avant 1601, mort avant 1639),
Demenge, Nicolas, Denis (né en 1612, mort en 1680), Melchior (mort en 1697), et Jeannon. Anne, sa mère est morte en 1611,
tandis que son père, Jean, remarié avec Idatte, meurt avant 1621. Les Gellée, famille aisée de Chamagne, sont alliés aux
Trompette. Un membre de cette famille, Henri, conseiller-auditeur de la Cham-
(v. au verso) bre des comptes de Lorraine chargé de la correspondance ducale avec empereur pu aider le jeune Claude
séjourner dans les pays alle mands Le père de Claude ses frères Jean et Melchior sont plusieurs reprises maires de Chamagne
Melchior et Denis ne savent pas signer de leur nom mais Jean semble avoir re une bonne instruction il commer ce avec les
Flandres et Italie Selon les inventaires après décès des peintres lorrains séjournant en Italie tels Bermand ou Jean-Georges
Gérard transmettent en Lorraine la manière de Claude et celle autres peintres comme Gaspard Dughet
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Sylvestre Michel. Claude Gellé entre Chamagne et Rome. Nouveaux documents sur le peintre et sa famille d'après les archives
lorraines. In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes T. 94, N°2. 1982. pp. 929-947.
doi : 10.3406/mefr.1982.2678
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-5110_1982_num_94_2_2678MICHEL SYLVESTRE
CLAUDE GELLÉE ENTRE CHAMAGNE ET ROME
NOUVEAUX DOCUMENTS SUR LE PEINTRE ET SA FAMILLE
D'APRÈS LES ARCHIVES LORRAINES
Les artistes lorrains expatriés à Rome au XVIIe siècle sont partis
dans la Ville Éternelle avec la nostalgie de leur patrie lointaine. Ils ont
certes une confraternité avec sa chapelle dans l'église Saint-Louis des
Français puis, après 1622, dans l'église Saint-Nicolas des Lorrains «In
Agone», enfin, près de quinze ans plus tard, dans une église neuve. Mais
c'est aussi par la venue de compatriotes auprès d'eux, par des correspon
dances suivies, que ces artistes lorrains conservent des relations constant
es avec leur famille et avec le duché.
C'est ainsi que le sculpteur Nicolas Cordier, au début du siècle un des
Lorrains à Rome des plus romanisés, a des liens avec la Lorraine jusqu'à
sa mort en 1612, comme l'a montré Mme S. Pressouyre1. Il entretient des
relations épistolaires avec sa mère qui lui envoit de l'argent; il accueille
dans sa maison romaine son confrère Siméon Drouin2; par son testa
ment, il lègue la moitié de sa fortune à sa sœur demeurée dans le duché,
ou, à défaut, à l'hôpital de Saint-Mihiel, ville du Barrois dont il est origi
naire.
Il est d'autres exemples connus, tels ceux de Jean Ledere et Claude
Deruet, peintres qui reçoivent à leur retour en Lorraine, au début des
années vingt, un accueil qui laisse supposer qu'on suivait leur carrière
italienne de près.
1 Sylvia Pressouyre, Un lorrain à Rome au début du XVIIe siècle : Nicolas Cord
ier, sculpteur du pape, dans Les Fondations nationales dans la Rome pontificale,
Actes du colloque de Rome organisé par l'Académie de France et l'École française
de Rome en 1978, 1981, p. 567-581, particulièrement p. 576 sq.
2 Siméon Drouin séjourne 5 à 6 ans en Italie. En 1613, il est «absent et au voya
ge d'Italie ou il est depuis tantost cinq ans, aagé de vingt deux ans» (A.D. 54, 3 E
1331, 20 juillet 1613, f° 120r°-121 v°-texte inédit, à propos de la succession de son
père Florent Drouin, sculpteur lui aussi). En 1615, le 2 juillet, il est à Nancy, par
rain (A.C. de Nancy, GG 83, paroisse Saint-Epvre, Baptêmes, f° 164 v°). Pour les
archives consultées et les abréviations, voir la note 9.
MEFRM - 94 - 1982 - 2, p. 929-947. MICHEL SYLVESTRE 930
Malgré ce que Maurice Barrés faisait autrefois remarquer, pour justi
fier sa thèse de l'enracinement de l'artiste dans sa province, l'art de Clau
de Gellée doit peu à la Lorraine qu'il a quittée jeune et n'a revue qu'un
peu plus d'une année entre 1625 et 16273. Il ne faut chercher l'origine
d'éventuelles influences lorraines dans son art que dans le souvenir de
son enfance à Chamagne pendant laquelle sa mémoire s'est imprégnée
des ors de l'automne lorrain4.
Mais s'il n'y a très certainement que peu ou pas du tout d'influences
artistiques lorraines dans son œuvre, sa longue vie ne se passe pas à
Rome sans qu'il ait à l'esprit, jusqu'à sa mort, la présence de la Lorraine
et celle de sa famille.
Son testament, rédigé le 28 février 1663, les codicilles ajoutés le 24
juin 1670, le 13 février et le 22 novembre 1682 — ce dernier un jour avant
son décès — montrent qu'il est resté tout au long de sa vie en relation
constante avec sa famille lorraine. Certains de ses membres se déplacent
jusqu'à Rome, ainsi ses neveux Jean et Joseph désignés comme exécu
teurs testamentaires en 1682. Et l'on notera qu'un lorrain, l'architecte
François Du Jardin, auteur de la nouvelle église Saint-Nicolas des Lor
rains construite à partir de 1635, est suffisamment intime avec le peintre
pour assister à la rédaction de son testament en 16635, comme Claude
l'avait été avec son compatriote Charles Mellin en 16496.
3 M. Barrés, L'automne à Charmes avec Claude Gellée, dans Œuvres complètes,
XII, Paris, 1968, p. 274-275.
4 René d'Avril, Claude Lorrain and his Home, dans Art and life, février 1920
(vol. XI, n° 8), p. 411-420, s'est ingénié, sans convaincre, à trouver des images de
Chamagne et de ses environs dans les peintures de Gellée. M. J. Thuillier {Claude
Lorrain e i pittori lorenesi in Italia nel XVII secolo, catalogue de l'exposition organi
sé par l'Académie de France à Rome en avril-mai 1982, Rome 1982, p. 277) souli
gne combien sa peinture est romaine et non française.
5 Emilia Dilke-Pattisson, Claude Lorrain (Gelée), sa vie et ses œuvres, d'après
des documents inédits. Suivi d'un catalogue des œuvres de Claude Lorrain conservées
dans les musées et dans les collections particulières d'Europe, Paris, 1884, p. 202-205.
Le testament a été découvert en 1881 par Antonino Bertolotti et publié par lui dans
Artisti francesi in Roma nei secoli XV, XVI e XVII. Ricerche e studi negli archivi
romani, Mantova, 1886, p. 114-117. François Du Jardin, ou plutôt Desjardins, serait
né en 1601 (Henri Lepage, Les archives de Nancy, ou documents inédits relatifs à
l'histoire de cette ville, III, Nancy, 1865, p. 323), donc le contemporain presque
exact de Claude, d'une famille d'architectes qui compte dans ses rangs Didier, maît
re conducteur des bâtiments du comte de Vaudémont François de Lorraine, et ses
fils Claude, Gaspard et Jessé. François pourrait être le fils de l'un d'entre eux (A.D.
54, 3 E 1946, 19 mars 1615, f° 53 r°-v°-texte inédit).
6 J. Thuillier, op. cit., 1982, p. 212. GELLÉE ENTRE CHAMAGNE ET ROME 93 1 CLAUDE
Autres preuves de la continuité des relations de Claude Gellée avec sa
famille, les deux brouillons de lettres que porte à son revers un dessin du
Lorrain conservé à Haarlem. L'un, du 2 juillet 1679, semble-t-il, parle de
ses deux frères Denis et Melchior, l'autre de juillet 1681, indique que ses
neveux ont écrit deux ou trois fois, lui annonçant la mort de Denis, effec
tivement décédé en novembre 16807, comme nous allons le voir.
On ne connaît malheureusement pas d'autre brouillon de lettre ou de
lettre échangée par Claude et sa famille8, et il faut chercher d'un autre
coté des témoignages des relations du peintre avec la Lorraine9.
7 Marcel Röthlisberger, Claude Lorrain. The paintings, I, 1961, p. 80.
8 Trois autres lettres sont cependant connues. Elles datent de 1668 et concer
nent une commande de peintures faite par le comte Johann-Friedrich von Walds-
tein (cf. M. Tout l'œuvre peint de Claude Lorrain, Paris, 1977, [lère
éd., Milan, 1975,] p. 14).
9 Les sources nécessaires à l'élaboration de cette communication ont été re
cherchées exclusivement dans les archives lorraines : Archives départementales des
Vosges et Archives départementales de Meurthe et Moselle. Rappelons que selon
Edouard Meaume (Claude Gellée dit Le Lorrain, extrait des Mémoires de la Société
d'archéologie lorraine, 1871, p. 7) aucun des descendants de la famille de Claude
vivant alors à Chamagne ne possédait de papier ou de documents quelconques sur
leur illustre parent.
Archives départementales des Vosges (abrégé : A.D. 88) :
Série E : 4 E 861. Baptêmes, mariages et sépultures du village de Chamagne de
1685 à 1690 (double). Voir plus bas, Archives communales.
5 E. Tabellionnage de Charmes au XVIIe siècle (intégralité du fond con
servé — entre parenthèses, les dates extrêmes des actes)
5 E 276-277. Nicolas Thiriet (1620-1656)
5 E 257. Dominique Bagard (1623-1633)
5 E 269. Charles de Nommexy (1632, 1636-1638)
5 E 265-268. Georges Mengin (1633-1679)
5 E 260-261. Jean Estienne (1639-1678; lacune: 1649-1661)
5 E 258. Dominique de But (1653-1660)
5 E 272-275. Jean Prévost (1665-1699)
5 E 262-263. Nicolas Estienne (1681-1690)
Les actes les plus proches, chronologiquement sont ceux passés par le tabel
lion François Collot : 1708-1719 (5 E 259). Ils n'ont pas été utilisés. Les notaires
actuels de Charmes ne conservent plus aucun acte du XVIIe siècle. Il ne semble pas
y avoir eu de tabellion à Chamagne à cette époque.
Série G : G 2407 (fin XVIIe siècle). Église paroissiale et fabrique de Chamagne.
Archives communales (abrégé : A.C.) :
Chamagne: GG 1. Baptêmes, mariages, sépultures, 1672-1764.
Dépouillé jusqu'en 1697 : lacune de 1697 à 1704.
CC 4. Communauté, 1639-1789. MICHEL SYLVESTRE 932
Trois textes, datée de 1648, montrent que celles-ci ne se limitaient pas
à de simples envois de nouvelles. C'est d'abord, le 20 janvier, la reconnais
sance d'une dette de 100 livres (200 francs barrois) faites par «honn(ete)
homme Denis Gellée dem(euran)t a Lemainville », village situé à environ
Charmes : GG 7. Baptêmes, 1599-1626, et, 1630-1635 pour la paroisse d'Esse-
gney où vivent des Gellée.
GG 8. 1627-1683.
GG 9. Sépultures (1629-1688 pour les adultes et 1629-1636 pour les
enfants).
GG 10. Baptêmes, 1599-1683.
GG 11. Mariages, 1629-1685.
GG 12. Sépultures, 1629-1688.
Ces trois documents, relatifs aussi aux paroisses d'Essegney, Lan-
gley, Florémont et Rugney, toutes proches de quelques kilomètres
de Charmes, donc de Chamagne, et où vivent des Gellée, sont des
copies de 1775.
GG 13. Baptêmes, 1683-1700.
GG 14. Baptêmes (1680-1710) et mariages et sépultures (1689-
1710).
Nota : Les archives du bailliage et de la prévôté de Chatel-sur-Moselle (5B, 1657-
1790), actuellement non classées (cf. J. M. Dumont, Guide des Archives des
Vosges, Épinal, 1970, p. 30), n'ont pu être consultées.
Archives départementales de Meurthe et Moselle :
Les documents susceptibles de mentionner des membres de la famille Gellée
sont nombreux. Tous n'ont pas été consultés.
Série B : Β 77, 79, 81, 105 : lettres patentes pour Henri Trompette. Β 2915-2940,
1587-1612, Comptes de la seigneurie de Bayon. Se poursuivent jusqu'en 1670
(B 2989). Β 4064-4106, 1588-1616, Comptes de la recette et cellerie de Char
mes. Se poursuivent jusque'en 1669 (B 4145). Β 4329-4247, 1600-1604, et Β
4259-4264, 1610-1612, Comptes de la gruerie de Chatel-sur-Moselle. Existent
entre 1604 et 1610 et se poursuivent jusqu'en 1669 (B 4375). B 11716, n° 127
et B 11721, n°ll, déclarations faites respectivement en 1700 et 1708 par la
communauté de Chamagne. D'autres documents de la série B ont été utilisés et
mentionnés en note.
Série E : Quelques liasses du tabellionnage de Bayon, ville située à environ dix kil
omètres de Chamagne ont été dépouillées, sans beaucoup de profits : 3 E 146
(1601-1604), 3 E 116-118 (1607-1630), 3 E 147 (1608-1610), 3 E 136 (1610-1628),
3 E 115 (1616-1624).
Archives communales (abrégé : A.C.) :
Gripport et Socourt : GG 1. Baptêmes, mariages et sépultures, 1622-1699
(lacune : 1636 à 1670).
Dans les citations des sources, les mots ou parties de mots abrégés dans
l'original ont été restitués entre parenthèses.
Abréviations du tableau La famille de Claude Gellée : p. : parrain ; m. : marrain
e. L'indication «maire» entre parenthèses signifie que le personnage fut à un
moment ou à un autre maire de Chamagne. CLAUDE GELLÉE ENTRE CHAMAGNE ET ROME 933
quinze kilomètres de Chamagne, «au sieur Claude Gellée de p(rese)nt rési
dant a Rome, son frère absent stipulant et acceptant par le tabellion des
présentes», c'est-à-dire Jean Estienne, de Charmes, ville proche, comme
on le sait, de trois kilomètres du village des Gellée 10. La somme a été ver
sée à Denis au nom de Claude par un certain «monsieur Gasselyn, commis
a la recepte generale des finances de Lorraine», sur lequel nous n'avons
pas plus de renseignements. On aimerait savoir, par exemple, si cet inte
rmédiaire a agi en son nom propre ou comme fonctionnaire du duché,
comme semble l'indiquer l'énoncé de son titre. Le versement effectué est
celui d'un prêt accordé avec un sens certain des affaires par Claude, puis
que le texte stipule que la somme devra être remboursée dans un an, avec
les intérêts.
Autre texte, du même jour et passé devant le même tabellion, celui
qui consigne le don, cette fois, par Claude de 50 livres transmises par le
même intermédiaire à «honn(ete) homme Melchior Gellée de Chamagne».
Mais il n'est pas ici question de remboursement de la somme donnée à
Melchior «pour emploier a ce qu'il trouvera faire».
On imagine mal qu'il s'agisse ce 20 janvier 1648, de prêt ou de don de
Claude à ses frères dans le besoin, d'autant moins que Denis s'engage à
rembourser assez rapidement une somme relativement importante et que
le 5 mai «honn(ete) ho(mm)e le maire Melchior Gelee et Claude Gelee frè
res du mesme lieu stipulant et acquérant par led(it) Melchior en l'absence
dud(it) son frère » achètent « conjointement par moitié egalle » à « honneste
homme le maire Jacquemin Trompette de Chamagne et Anne Gelée sa
femme. . . et le maire Georges Hazard dud(it) lieu se faisant fort de Marg
uerite sa femme» une maison et ses dépendances pour 400 francs et 16
francs de vin11. Le même jour, devant le même tabellion, les mêmes per
sonnes procèdent à des échanges de terres portant, entre autres, sur l'ac
quêt qui vient d'être fait. Ces échanges, consécutifs à une succession,
prouvent que ces personnes sont apparentés.
La famille de Claude Gellée nous est connue par un petit nombre de
sources : son testament et les trois codicilles et les deux brouillons de let
tres pour les textes manuscrits, et, pour les sources imprimées, celui de
Joachim von Sandrart dans sa Teutsche Akademie publiée en 1675 12, et
10 Pour ce texte et le suivant : A.D. 88, 5 E 260.
11 A.D. 88, 5 E 277.
12 J. von Sandrart, Der Teutsche Akademie der Bau-, Bild-, und Mahlerey-Kün-
ste, I, Nuremberg, 1675, p. 331-333 (CCLXV), et, traduction latine, avec des variant
es, Academia nobilissimae artis pictorae. . . , Nuremberg, 1683, p. 328 (CCLXV).
Nous n'avons pas consulté l'édition Peltzer, Munich, 1925. 934 MICHEL SYLVESTRE
de' professori del disegno, celui de Filippo Baldinucci dans ses Notizie
œuvre posthume publiée en 1728, mais écrite avant 1696, date de sa
mort13. Pascoli, vers 1723, avait peut-être, lui aussi, des informations pré
cises sur la famille du peintre14.
Sandrart a personnellement connu Claude Gellée à Rome, comme il
le dit lui-même, entre 1628 et 1635, période pendant laquelle il y réside,
mais il ne s'intéresse pas à l'origine lorraine du peintre, si ce n'est pour
rapporter l'épisode de son apprentissage de la patisserie après son passa
ge infructueux à l'école du village.
Baldinucci, au contraire, se fondant, ainsi qu'il le dit, sur ce qu'un
neveu du Lorrain, Joseph Gellée, alors étudiant la théologie à Rome, lui a
appris, évoque sa famille, mais en apportant des renseignements peu
nombreux : fils et petit-fils de deux Jean Gellée, fils d'Anne Padose, Clau
de est né à Chamagne, petit village de Lorraine dans le diocèse de Toul et,
ce qui s'accorde avec l'épitaphe plus tard apposée dans l'église Saint-
Louis des Français, en 1600. Il est le troisième enfant de cinq enfants
mâles dont l'auteur énumère les prénoms dans l'ordre décroissant des
âges : Jean, Dominique, Claude, Denis et Michel. À peine eût-il 12 ans que
Claude fut privé de ses parents et se rendit à Fribourg, en Alsace, auprès
de son frère aîné Jean, graveur sur bois pour y apprendre les rudiments
de son art.
L'ensemble des documents consultés pour cette étude montrent que
le nom du peintre s'écrit Gellée — pour Sandrart, c'est «Claudius Gil-
lé» — , le plus souvent avec deux 1 1S, et que le nom de sa mère est Pados
e, parfois écrit avec un ζ ou deux s.
Le plus ancien document donnant les prénoms des enfants de Jean
Gellée n'est pas antérieur à 1621. Le 9 novembre de cette année, Jean Gel
lée, «tuteur de Demenge, Claude, Nicolas, Denis, Melchior et Jeannon,
enfans mineurs de fut le m(air)e Jean Gelee de Chamagne, ses frères et
sœur consanguins», vend pour 64 francs «au maire Demenge Padosse et
au maire Martin Padosse son frère. . . pour eulx (et) Didion et Hellenix
leurs femmes» des vignes et des terres labourables situées au ban de
Socourt, village proche de quelques kilomètres de Charmes16. La même
13 F. Baldinucci, Notizie de' professori del disegno da Cimabue in qua, III, Flo
rence, 1728, p. 353-359.
14 Pascoli, Vite de' pittori. . . , V, Rome, 1730, reproduit dans Röthlisberger,
op. cit., 1961, p. 77-78.
15 À l'exception de quelques signatures. Mais on sait comment au XVIIe siècle,
la graphie des noms, communs ou propres, n'est pas encore stabilisée.
16 A.D. 88, 5 E 276, pièce n° 106. Les actes conservés des tabellions de Charmes CLAUDE GELLÉE ENTRE CHAMAGNE ET ROME 935
enumeration de prénoms, dans le même ordre, est réitérée le 14 décemb
re lorsqu'un cordonnier de Chamagne reconnaît devoir 100 francs prê
tés par les enfants de feu Jean Gellée, puis le 21 décembre, à propos
d'une autre reconnaissance de dette, de 25 francs cette fois17. Quoique
cela ne soit précisé, et puisque Jean Gellée agit chaque fois comme tuteur
de ses frères et de sa sœur, ces textes sont relatifs à des biens qu'ils ont
hérité, de leurs parents, probablement. Or on sait que dans ce cas, l'énu-
mération des prénoms des enfants se fait, surtout s'ils sont mineurs com
me c'est le cas, dans l'ordre décroissant des âges. Claude est donc bien,
comme l'affirme Baldinucci, le troisième enfant mâle, si l'on admet qu'en
1621 aucun de ceux qui sont nés avant lui ne sont décédés. Certains pré
noms, cependant, ne sont pas cités par l'écrivain qui a omis l'existence de
Jeannon; d'autres sont différents.
En 1621, Jean Gellée l'aîné est encore en vie, et majeur puisqu'il est
tuteur de ses cadets. Puis viennent, selon l'âge, Demenge, diminutif ou
variante de Dominique mentionné par Baldinucci, Claude dont on ne
nous dit pas où il réside, Nicolas non signalé par l'écrivain florentin, qui
porte un prénom courant en Lorraine dont c'est le patron — il y a une
confrérie de saint Nicolas à Chamagne18 — , Denis, qui porte le nom du
saint patron de la paroisse de Chamagne19, puis Melchior, et enfin Jean-
non, une fille, la plus jeune des enfants de Jean Gellée encore en vie.
Le prénom du dernier garçon, Melchior, correspond à Michel chez
Baldinucci et apparaît dans les brouillons de lettres de 1679 et de 1681
sous le nom de «Mereliole Gellée», si la lecture qu'on peut en faire est
bien celle-ci. Melchior n'est pas un nom de saint mais celui d'un des trois
Rois Mages — de même que Balthasar, que l'on rencontre aussi comme
prénom — selon une tradition médiévale non reconnue par l'Église. Il est
courant dans la région de Chamagne : Melchior Du Ruz est, au début du
siècle, par exemple, receveur de Chatel-sur-Moselle dont dépend le village
ne sont pas plus anciens que 1620 (cf. note 9). Dans les actes accomplis par les
tabellions de Bayon et qui ont été examinés (cf. note 9), quelques noms d'habitants
de Chamagne apparaissent, mais aucun Gellée.
17 A.D. 88, 5 E 276, pièces 135 et 139.
18 A.D. 88, A.C. de Chamagne, Sépultures, 1697. Au dos de la dernière feuille
indiquant les noms des défunts sont portés les noms des confrérie de Saint Nicolas
et de la Conception Notre-Dame. En 1646, Melchior Gellée est confrère de la der
nière et reçoit à ce titre la reconnaissance d'une dette de Georges Hazard (A.D. 88,
5 E 277).
19 Paul Marichal, Dictionnaire topographique du département des Vosges, Paris,
1941, p. Lxxxv. MICHEL SYLVESTRE 936
des Gellée; un arrière petit-neveu de Claude porte aussi ce prénom à sa
naissance le 9 février 167620. Selon Albert Dauzat, ce prénom, qui a pu
surprendre Baldinucci, est répandu dans les Vosges comme patronyme21.
Il ne peut donc y avoir de confusion entre Michel et Melchior.
Aucun âge n'accompagne l'énumération des prénoms. Dès le 16 no
vembre 1621, Jean Gellée, l'aîné des enfants, est cité comme marié à Marg
uerite22. Le 14 avril 1632, Melchior n'est encore qu'un «jeune homme a
marier », mais achète de son propre chef un jour de terre pour 80 francs
à Jean Henry mari de Jeannon23, sa sœur24. Mais surtout, le 25 novembre
de la même année, «Denys Gellée jeune homme a marier dem(euran)t à
Chamagne se disant aagé de vingt ans (et) avoir l'administration libre (et)
absolue de ses biens» vend pour 410 francs et 20 francs de vin à Demenge
Padoze son oncle maternel, tous les biens qui lui viennent de sa mère
Idatte25. Denis serait donc né en 1612.
L'adjectif «consanguins» employé dans le texte du 9 novembre 1621
veut seulement dire que les enfants, dont les prénoms sont énumérés,
sont du même père : ils peuvent être de mères différentes. Il est raisonna
ble de penser, d'autre part, qu'en 1632 Denis n'a pas dû beaucoup se
tromper sur son propre âge. Il est donc né en 1612 d'une mère prénom
mée Idatte, différente, semble-t-il, d'Anne Padose, mère de Claude selon
Baldinucci, notre seule source à ce propos. Idatte est cependant issue de
la famille Padose, puisque l'oncle maternel de Denis est Demenge Padose.
Idatte est donc sœur d'Anne, ou belle-sœur de celle-ci26. Anne Padose, qui
n'apparaît dans aucune pièce d'archivé consultée, est donc décédée au
20 A.D. 88, A.C. de Chamagne, GG 1. Ce Melchior est fils de Claude Gellée et de
Catherine Trompette. Parrain et marraine sont Jean-Claude Trompette, fils de
Henri, et Elisabeth Gellée, fille de Melchior.
21 A. Dauzat, Dictionnaire étymologique des noms de familles et prénoms de
France, Paris, 1951, p. 427-428 pour Melchior, p. 433-434 pour Michel.
22 A.D. 88, 5 E 276, pièce n° 112. Il vend une partie d'un champ. Le nom de
Marguerite n'est pas cité.
23 A.D. 88, 5 E 269, f° 37 v°. Par le même texte, les mêmes vendent aussi un pré
à Jean Gellée et à sa femme Marguerite.
24 A.D. 54, A.C. de Gripport et Socourt, GG 1, sans date mais entre un mariage
du 26 janvier et un autre du 23 novembre 1625 (texte lacunaire) : «(Jean Henry fils
de?) feu Jean-Nicolas, de Gripport, espousa Jeannon fille de fut le maire Jean Gel
lée de Chamagne».
25 A.D. 88 5 E 269, f° 81 v°-82 r°. Denis ne sait pas signer et appose sa marque,
une croix, sur l'acte. Il est paie comptant, mais la vente est annulée le 20 décemb
re.
26 Si elle est différente d'Anne Padose. GELLÉE ENTRE CHAMAGNE ET ROME 937 CLAUDE
plus tard en 1611. Il est impossible d'être plus précis et, notamment de
dire si Nicolas est son fils ou celui d'Idatte. D'autre part, il est certain que
Denis, donc que Claude son aîné, ont eu deux jeunes frère et sœur nés
après 1612, Melchior et Jeannon. Si Claude a quitté la Lorraine à 12 ans
et si il est né en 1600, il n'était pas orphelin de père et de mère en 1612,
ce que d'ailleurs Baldinucci ne dit pas formellement, mais seulement de
mère.
Il faut en outre remarquer que la majorité est fixée dans la plus gran
de partie du duché de Lorraine à l'âge de vingt années révolues27. Les
Coustumes générales nouvelles des bailliages de Nancy, Vosges et Allemagne
sont précises à ce propos : « Mineurs, fils ou fille, parvenus en âge de
vingt ans complet, ou mariez . . . sont tenus pour maieurs pouvans légi
timement contracter sans intervention de leurs tuteurs»28. A contrario, si le
14 décembre 1621 encore, les enfants Gellée ont pour tuteur leur frère
aîné Jean, c'est qu'ils ne sont pas majeurs : ils n'ont donc pas vingt ans
révolus. Et puisque Demenge, lui-même dans ce cas, est né avant Claude,
ce dernier n'a pu naître qu'entre 1602 et 1610, 1611 étant la date de nais
sance de Nicolas la plus proche possible de celle de Denis29.
27 Paul Purnot, La tutelle, la garde noble et bourgeoise dans les coutumes de la
Lorraine et du Barrois, Nancy, thèse de droit, 1907, p. 113.
28 Nancy, s.d. (1594), Titre IV: Des tutelles, curatelles et émancipations, art.
XII.
29 Le statut juridique de Chamagne est complexe, comme l'est celui de beau
coup de villages de l'Ancien Régime. La patrie de Claude Gellée dépend de la pré
vôté et châtellenie de Rosières-aux-Salines, qui dépendent elles-mêmes du bailliage
de Nancy, pour une part, et de l'autre part du bailliage de Chatel-sur-Moselle (cf.
P. Marichal, o.e., 1941, p. XLVII, et, Thierry Alix, Dénombrement du duché de Lor
raine en 1594, dans Recueil de documents sur l'histoire de la Lorraine, t. XV, 1870,
n° 205 et 1815). Il semble que dans le bailliage de Chatel, la majorité ne soit atteinte
qu'à 25 ans révolus. Selon les Coustumes générales du bailliage de Chatel-sur-Mosell
e (Ms de la B.M. de Sarrebrück provenant de la Collection Robert Schuman —
Photocopie aux A.D. 54, cote G II 60 — d'une écriture du XVIIe siècle, Titre Ier,
article 27 (ou 28 ?), fol. 3 r°) : « Les clercs bénéficiaires pour les choses qui conser-
nent leurs bénéfices tant seul(eme)nt les soubs diacres et les mariés encor qu'ils
soient en bas aage et les autres enfans de l'aage de vingt ans [nous soulignons] sont
émancipés et mis hors de puissance paternelle ». Mais (Titre II, article 3) « Les per
sonnes qui doivent avoir curateur sont les mêmes au dessus [c'est-à-dire, article 2 :
« les mineurs scavoir les fils au dessous de quatorze et les filles au dessous de dou
ze»] «iusques au vingt vingt exclu et davantage les troublés d'entendement aux
quels par iustice est interdite l'administration de leurs biens, les muets, les sourds
du tout et les travaillés de maladie perpétuelle». Il semble y avoir contradiction
entre ces deux textes, bien que le second ne traite que de la nécessité d'un curateur
pour les biens des mineurs. Dans le premier cas, Claude Gellée pourrait être né en