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Considérations générales sur l'établissement d'une carte du réseau routier en Armorique ancienne et observations particulières sur une carte des voies romaines de la Cité des Vénètes - article ; n°2 ; vol.62, pg 300-332

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Annales de Bretagne - Année 1955 - Volume 62 - Numéro 2 - Pages 300-332
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Publié le 01 janvier 1955
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Monsieur Pierre Merlat
Considérations générales sur l'établissement d'une carte du
réseau routier en Armorique ancienne et observations
particulières sur une carte des voies romaines de la Cité des
Vénètes
In: Annales de Bretagne. Tome 62, numéro 2, 1955. pp. 300-332.
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Merlat Pierre. Considérations générales sur l'établissement d'une carte du réseau routier en Armorique ancienne et
observations particulières sur une carte des voies romaines de la Cité des Vénètes. In: Annales de Bretagne. Tome 62, numéro
2, 1955. pp. 300-332.
doi : 10.3406/abpo.1955.1988
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0003-391X_1955_num_62_2_1988notices d'archéologie armoricaine 300
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ÉTABLISSEMENT
D'UNE CARTE DU RÉSEAU ROUTIER
EN ARMORIQUE ANCIENNE
ET OBSERVATIONS PARTICULIÈRES
SUR UNE CARTE DES VOIES ROMAINES
DE LA CITÉ DES VÉNÈTES
Un des problèmes les plus irritants auquel on se heurte
lorsqu'on veut étudier l'Armorique ancienne, est celui des
voies de communication utilisées pendant la période gallo-
romaine. Les patientes recherches des érudits du XIXe siè
cle et des débuts du XXe ont, en effet, permis de retrou
ver de nombreux témoignages de l'occupation du sol à
cette époque (agglomérations urbaines, établissements ru
raux et villas, fana celtico-romains, simples vestiges disper
sés consistant essentiellement en briques et en tuiles ou en
céramique diverse, indigène ou importée, etc.). Les décou
vertes fortuites de sites anciens ou d'objets de tous genres
attestant une romanisation assez avancée de la péninsule
armoricaine complètent chaque jour davantage le schéma
qu'ils nous en ont laissé, de sorte qu'on peut déjà entrevoir
la possibilité de dresser des cartes archéologiques faisant
ressortir les différentes zones d'habitat.
Mais il ne semble pas qu'on puisse encore pleinement
comprendre les modalités et les raisons du peuplement de
l'Armorique romaine. Car si l'on doit dès à présent rejeter
avec certitude toute affirmation tendant à établir qu'elle
n'était peuplée que sur les côtes et que l'intérieur du pays
était un désert (1), il n'en est pas moins vrai qu'il est encore
difficile d'expliquer pourquoi telle région semble témoigner
d'une occupation du sol plus dense que telle autre. Cela
tient probablement en grande partie au fait qu'aucune
(1) Cf. mes remarques dans AB, LX, 1953 (1954). p. 413 et s. D'ARCHÉOLOGIE ARMORICAINE 301 NOTICES
étude globale du réseau routier gallo-romain d'Armorique
n'a élé tentée depuis fort longtemps (2), alors que, comme
l'a si bien établi M. A. Grenier, la route est, dans toute l'an
cienne Gaule, le trait d'union vital entre les différentes com
munautés humaines (3).
Pourtant de substantielles observations de détail ont été
faites depuis la fin du XIXe siècle, mais, sauf exceptions par
ticulières, elles n'ont pas toujours été suffisamment raccor
dées au problème général. Il en résulte par conséquent que
l'étude est à reprendre d'ensemble, ce qui n'est pas sans
présenter de très grosses difficultés, ne serait-ce que parce
que les documents itinéraires et cartographiques que nous
a laissés l'antiquité, se réduisent, pour la Bretagne, à la
seule Table de Peutinger (4), qui, d'ailleurs, en dehors des
voies de Haute-Bretagne, ne reproduit qu'un seul tracé me
nant d'Angers-Juliomagiis à Gesocribate-Brest ? par Nantes,
Vannes et Carhaix ; à quoi il convient d'ajouter aussi le fait
que jusqu'à présent on n'a découvert dans la partie pénin-
(2) La dernière tentative en date fut, si je ne m'abuse, présentée
par R. Kerviler, Etude crit. sur la géogr. de la pénins. armor. au
commenc. et à la fin de l'occupât, rom., dans Assoc. brei. (session de
1873), 1874, Mém., p. 29 et s., chap. II, § 2, p. 84 à 134. — Cf. éga
lement la bibliogr. donnée pour la province bretonne considérée dans
son ensemble par A. Grenier, Man. d'arch. g.-rom., VI, p. 426-7. —
Quant à la carte dessinée par K. Kretschmer pour le CIL XIII, Pars
5 (carte n° 2 : Galliae Belgicae et Galliœ Lugdunensis pars septen-
trionalis), elle est, malgré sa date de publication récente (1943),
établie d'une façon tout à fait arbitraire et ne peut rendre aucun
service. Elle ne comporte, pour ce qui nous intéresse ici, que l'indi
cation d'une voie Nantes-Gesocribate ? par Surzur, Theix, Vannes,
Plumergat, Guénin, Bieuzy, Séglien et sans doute Vorgium = Carhaix
(encore le nom de Vorgium est-il, en l'absence de toute localisation
précise du site, mal placé) et d'une voie Vannes-Rennes, par Elven,
dont le tracé est en grande partie faussé par une trop grande schémat
isation et par le fait qu'on a voulu le faire passer par les bourgs sur
le territoire desquels ont été retrouvés les milliaires, alors qu'en réalité
les lieux réels de découverte en sont souvent assez éloignés et, qui
plus est, que ces emplacements sont eux-mêmes parfois assez éloignés
des voies' antiques dont ils proviennent. Enfin cette carte ignore tout
des travaux qui ont été faits en Bretagne sur les voies romaines et
ne correspond pas à ce qu'on attend d'une carte de réseau routier,
même si celle-ci ne doit reproduire que les grands itinéraires.
(3) A. Grenier, op. cit., passim et p. 1-2.
segm* (4) Cf. I, A; Edit. C. Jullian, de la Table dans Rev. de Peutinger et. anc, XIV, par 1912, E. Desjardins, pi. I et II, segm. 1869,
I, 1 et 2. NOTICES D'ARCHÉOLOGIE ARMORICAINE 302
sulaire du pays qu'un nombre de bornes milliaires relativ
ement restreint, dont certaines n'ont pas été retrouvées in
situ et qui ne sont pas toutes épigraphes.
L'entreprise n'est cependant pas désespérée et la preuve
en est que depuis Bizeul, maintes enquêtes ont été fort s
érieusement menées pour essayer de retrouver sur le terrain
la trace des voies romaines d'Armorique, d'en déduire cer
tains itinéraires et, plus rarement, d'en présenter un sché
ma graphique (5). Le travail n'est donc pas à reprendre à
partir de zéro, d'autant plus que nos prédécesseurs, venus
à l'archéologie par goût plus que par profession, mirent tout
leur zèle à multiplier les prospections, n'épargnant ni leur
peine, ni leur argent. Ils bénéficièrent d'ailleurs sur nous
d'un certain nombre d'avantages non négligeables. Ils ex
ploraient, en effet, un domaine encore peu exploité, où toute
découverte apportait un important supplément d'informat
ion; ils vivaient, en outre, à une époque où l'on n'était pas
rebuté par l'obligation de parcourir à pied de longs trajets
et où le défrichement, la culture et les grands travaux de
voirie et d'urbanisme n'avaient pas encore bouleversé dé
finitivement ou irrémédiablement détruit de nombreux
vestiges du réseau routier gallo-romain jusque là épargnés
par le temps et les hommes ; ils effectuaient enfin leurs r
echerches à une époque où était encore vivace dans les cam
pagnes la tradition concernant les itinéraires anciens, alors
que de nos jours les derniers souvenirs de cette sorte sont
en passe de disparaître (6).
Cependant, lorsqu'on lit les publications des chercheurs
du XIXe siècle, on ne peut pas manquer d'être frappé par
certains caractères qu'elles ont en commun. D'une façon
générale, en effet, les repères topographiques qu'elles nous
offrent, sont indiqués de façon trop vague pour qu'on puisse
être certain de les identifier sur le terrain et même sur la
carte d'Etat-Major; on nous cite tel village ou tel bourg
(5) Cf. par ex. R. Kerviler, l. c., carte 3 en fin de vol.
(6) II m'est arrivé personnellement assez souvent d'interroger sans
succès des cultivateurs de Bretagne et de m'entendre dire : « Mon
père aurait sans doute pu vous renseigner, mais il est mort ». D'ARCHÉOLOGIE ARMORICAINE 303 NOTICES
proches d'une voie donnée, sans préciser suffisamment la
distance et l'orientation; on définit les champs traversés par
le nom de leurs propriétaires plus souvent que par leur nom
usuel, et l'on chercherait en vain, la plupart du temps, des
références à une carte quelconque, à plus forte raison au
cadastre; on ne précise que très approximativement la lon
gueur des tronçons retrouvés. D'autre part, si les mentions
de vestiges ou de sites archéologiques subsistant dans le
voisinage de la voie, dont on veut établir le tracé, sont sou
vent fort intéressantes, il semble que la présence de ces ves
tiges ou de ces sites conditionne de façon trop automatique
le tracé qu'on propose, alors qu'il est loin d'être certain que
les établissements aient été systématiquement riverains.
Enfin, il est constant que les auteurs répugnent à décrire
une portion de voie autrement qu'en faisant appel à des fo
rmules vagues, comme : la chaussée, Yagger, les fossés, et,
dans la plupart des cas, ne donnent aucune indication sur
sa structure (7).
(7) C'est L. Marsille, dans BSPM, 1931, p. 34 et s., qui le premier,
je crois, suivi par R. de Laigue, BSPM, 1939, proc.-verb , p. 26-7,
a attiré l'attention en Bretagne sur la nécessité de bien décrire les
structures (cf. déjà auparavant, cependant, E. Rialan, dans BSPM,
1924, p. 60, pour la structure d'une voie aux abords de Lesvellec).
Grâce aux recherches de L. Marsille, on sait maintenant que la voie
d'Angers à Carhaix (n° 2 de notre carte) était composée, non loin de
Ploërdut (Morb.), d'assises alternées de pierres irrégulières noyées
soit dans l'arène granitique mêlée à de la chaux ou du ciment, soit
dans une couche de terre tassée, l'épaisseur totale de la structure
étant de 0,75 m.; que la portion de la voie Vannes-Corseul (n° 5 de
notre carte) qui passait là où s'élève maintenant l'asile de Lesvellec
(Morb.) consistait simplement en une couche de terre mêlée de pierres
de différentes grosseurs, là où le rocher affleure le sol, mais com
portait trois ou quatre assises superposées dans le ca^ contraire (de
bas en haut : 0,95 m. à 1 m. de terre graveleuse; 0,63 m. de grosses
pierres posées à plat, mais non jointives; 0,55 m. de terre grave
leuse provenant des accotements; de 0,25 m. à 0,30 m. de cailloutis
noyé dans de la terre noire); que la voie Angers-Vannes (n° 3 de
notre carte) était, près de Treffléan (Morb.), composée de la façon
suivante : de bas en haut, couche de glaise, assise de pierres posées
à plat, couche de glaise, assises de grosses pierres posées à plat,
mince de terre; que la rivière du Vincin était traversée par
la voie Vannes-Locmariaquer (n° 7 b de notre carte) au moyen d'un
gué pavé. R. de Laigue a établi, d'autre part, à l'aide de deux son
dages, que la voie Angers-Vannes (n° 3 de notre carte) présentait,
à la sortie de Rieux, trois étages d'empierrement (de bas en haut :
grosses pierres, pierres plus petites posées à plat, cailloux roulés),
que la voie Vanres-Corseul (n° 5 de notre carte) était constituée. notices d'archéologie armoricaine 304
Or il se trouve que si l'on veut dresser une carte du ré
seau routier gallo-romain d' Armorique en utilisant les arti
cles et les mémoires parus au siècle dernier, ont est un peu
étonné de prime abord par le nombre assez considérable de
voies romaines qu'on a cru découvrir un peu partout en
Bretagne. Je serais certes personnellement fort mal venu de
m'en plaindre, puisque je tiens pour probable que l' Armori
que fut habitée à l'époque romaine par une population rel
ativement plus dense et incontestablement plus romanisée
qu'on a bien voulu parfois l'admettre ; mais j'aimerais être
au préalable assuré au'il s'agit bien dans tous les cas qu'on
nous propose, de voies authentiquement gallo-romaines.
On peut dire, il est vrai, que ces voies dont en pense
qu'elles couvraient la Bretagne d'un réseau si serré,
n'étaient pas toutes d'égale importance, ce qui est infin
iment probable. C'est à cette impression qu'ont de toute évi
dence obéi R. Kerviler en les répartissant en trois classes,
celle des viae militares ou consulares, celle des routes de s
econde catégorie, reliant une civitas à une civitas, enfin celle
des viae vicinales (8), et Ch.-A. Picquenard en reprenant
pour le sud-ouest de l'Armorique, une classification identi
que (9). Mais, comme l'a fort bien noté L. Marsille (1), s'il
est relativement aisé de déterminer les itinéraires du pre
mier type, il est beaucoup plus aléatoire de distinguer ceux
des autres catégories. D'ailleurs, même pour les voies ainsi
dénommées de première catégorie, il n'est pas toujours
assuré qu'elles correspondent automatiquement à des it
inéraires de même valeur (11). Il faudrait, en effet, pour
dans la traversée du camp actuel de Meucon, par un remblai agencé
au moyen de la terre provenant des fossés latéraux et surmonté d'un
blocage de grosses pierres ayant de 0,10 à 0.20 m. d'épaisseur, et
qu'elle avait, entre ses fossés, une largeur de 11 m. et, fossés compris,
une largeur de 18 m.
(8) R. Kerviler, Le, p. 84 à 91.
(9) Ch.-A. Picquenard, L'expansion rom. dans le sud-ouest de l'Ar-
mor., dans USAF, L, 1923, p. 127 et s.
(10) L. Marsille, Les voies rom. du départ, du Morbihan, dans
BSPM, 1929, p. 4.
(11) D'après le schéma routier que reproduit ma carte, on pouvait,
par ex., aller de Carhaix à Angers en passant ou non par Vannes, et,
dans les deux cas, en passant ou non par Nantes, ce qui fait au
moins neuf itinéraires possibles. Laquelle des voies ainsi utilisées D'ARCHÉOLOGIE ARMORICAINE 305 NOTICES
décider, avoir plus d'éléments d'appréciation que ceux dont
nous disposons, en particulier connaître la structure de ces
différentes voies et leur largeur en divers points de leur
parcours (12), afin de pouvoir établir les comparaisons in
dispensables, mais aussi, et peut-être avant tout, posséder
des indices chronologiques plus nombreux que ceux que
nous donnent les milliaires actuellement connus, afin de
fixer avec plus de probabilité s'il s'agit de voies contem
poraines ou construites et utilisées à des périodes diffé
rentes (13).
Quant aux prétendues voies de cité à cité, la simple
lecture d'une carte routière, même sommaire, fait ressortir
qu'en l'absence de renseignements du genre de ceux que
je viens d'évoquer, leur détermination reste tout à fait
arbitraire. L'exemple de la voie Carhaix-Rennes, par Ros-
trenen, Loudéac, Merdrignac et Montfort-sur-Meu, suffit à
l'attester ; car comment prétendre en toute certitude que
cet itinéraire d'Armorique centrale est un tracé de deuxiè
me catégorie, étant donné qu'à Rennes il peut se raccorder
au réseau général de la province Lugdunaise ? Et la Table
constituait l'itinéraire principal, c'est ce qu'il n'est guère possible
de déterminer et c'est ce qui explique probablement qu'on ne
soit jamais arrivé à identifier absolument l'itinéraire Angers-Nantes-
Gesocribate tel qu'il est indiqué par la Table de Peutinger (cf. infra,
p. 318 et s.).
(12) En admettant d'ailleurs que les voies de « première catégorie »
aient une structure uniforme. Sur Ja structure théorique des voies
romaines et sur les réalisations observées en Gaule rom., cf. A. Gre
nier, Manuel, VI, p. 317 et s.
(13) Un exemple typique est fourni par les différents itinéraires
auxquels on peut penser pour identifier la grande voie armoricaine
mentionnée par la Table de Peutinger. Même si à une certaine époque
son terminus occidental fut Gesocribate et même si ce toponyme
ancien représente la ville moderne de Brest, ce qui n'est pas prouvé,
il n'en reste pas moins qu'une route partant de Vorgium = Carhaix
(cf. AB, LXII, 1955, p. 182 et s.), par où passait aussi l'itinéraire de
la Table de Peutinger, et datée par le milliaire de Kerscao, retrouvé
in situ en un point de son parcours (ibid.), de 45/6 ap. J.-C, about
issait à l'Aber Vrac'h, ce qui suggèrs que, pour avoir été construite
à une date aussi ancienne, cette roule avait nécessairement une
grande importance impériale, probablement conditionnée par l'expé
dition britannique de Claude (cf. GaUia, X, 1952, p. 74). Or aucun
des milliaires découverts en Bretagne sur un des itinéraires qui per
mettent de relier Carhaix à Angers et, par conséquent, de prolonger
la voie Aber Vrac'h-Carhaix en direction de la Loire, n'est antérieur
au IIIe s. (cf. infra, p. 327 et s.). notices d'archéologie armoricaine 306
de Peutinger n'est à cet égard d'aucun secours, puisqu'aussi
bien il ne faut pas y voir une carte complète et qu'elle
comporte probablement des remaniements faits à diverses
époques (14).
Il semble qu'en l'état actuel de notre documentation la
sagesse commande d'éviter prudemment toute attribution
de voie à telle ou telle catégorie, chaque fois que l'on n'a
aucune indication de structure et de chronologie, sauf, bien
entendu, lorsque la voie étudiée mène à un terminus tel
qu'il la définisse évidemment comme constituant un itiné
raire d'importance secondaire (15). Ce qui ne veut pas
dire que les travaux des érudits du xixe siècle soient à
considérer systématiquement comme fantaisistes ou mal
documentés.
Au contraire, et ce qui précède, l'aura, je l'espère,
suggéré, ils doivent constituer un guide à ne pas négliger
et je suis persuadé que certaines indications qu'ils nous
ont fournies, sont de valeur appréciable, souvent irremplaç
ables, en particulier lorsqu'ont disparu les tronçons qu'ils
ont personnellement explorés. C'est pourquoi je considère
que le premier travail à effectuer pour dresser une carte
du réseau routier gallo-romain d'Armorique, doit consister
dans l'établissement d'une carte provisoire, où seront re
portés tous les tracés qu'ils ont cru reconnaître sur le
terrain, et les variantes en ont proposées (16), cette
carte provisoire étant d'ailleurs une réduction de la carte
d'Etat-Major, seule utilisable en la matière, puisque les
(14) Cf. A. Grenier, op. c, p. 126 et s. — La seule observation exté
rieure qu'on puisse faire sur la grande route d'Armorique mentionnée
par la Table de Peutinger, est qu'elle passe par Vannes, dont la déno
mination de Darioritum indique une rédaction du Haut-Empire, étant
donné que le chef-lieu des Vénètes reçut, pendant le Bas-Empire, le
nom de Veneti (cf. Not. dig. occ, éd. Bôcking, p. 107).
(15) Ce qui est le cas, par ex.? pour deux courts tronçons de voies
qui, partant de l'itinéraire noté 7 b sur la carte ici publiée, gagnent
au sud, sur la côte du Golfe du Morbihan, les établissements gallo-
romains du Lodo et de Pen-er-Men en Arradon.
(16) Cf. par ex., dans le Finistère, pour la voie Carhaix-Aber
Vrac'h, l'itinéraire proposé par R.-F. Le Men, BSAF, II, 1874-1875,
p. 27-29, et celui qu'aurait suivi Flagelle, d'après Kerviler, l. c. p. 100,
n. 1. D'ARCHÉOLOGIE ARMORICAINE 307 NOTICES
tracés sont généralement définis par leur passage en une
succession de villages, de lieuxdits, de croix ou de chap
elles.
C'est seulement après ce travail préparatoire que com
mencera la tâche de vérification, qui s'appliquera tout
d'abord aux tracés comportant des variantes. Il est bien
évident que l'essentiel de cette vérification se fera sur le
terrain, avec tout le soin désirable, et l'idéal serait natu
rellement de pouvoir multiplier les sondages ; mais c'est là
une œuvre de longue haleine qui ne peut être menée à bien
que si l'on opère en équipes (17). Cependant, il me semble
que cette vérification gagnera à être précédée par une
vérification théorique, qui consistera à localiser par rap
port aux voies hypothétiques tous les sites de découvertes
archéologiques, à mettre en place sur ces voies les milliai-
res retrouvés, à calculer les distances sur la carte, à exa
miner si entre deux tronçons probables d'une voie, il n'y
a pas d'itinéraires plus satisfaisants, si ces voies ne peuvent
pas être mises en rapport avec de vieux chemins figurant
encore sur la carte d'Etat-Major ou sur les plans cadas
traux, à rechercher enfin, ce qui ne constituera pas le
moindre travail, toutes les indications et présomptions que
peut apporter la toponymie (18).
Une fois effectuées ces séries de vérifications et leurs
résultats consignés sur la carte provisoire, il s'agira encore
d'y intégrer, après des vérifications analogues, les voies ou
tronçons de voies découverts depuis le début de ce siècle,
et c'est seulement alors qu'on pourra songer à établir la
carte définitive — du moins à ce jour — du réseau gallo-
romain d'Armorique. Il est possible que ce programme,
ainsi sommairement esquissé, amène à considérer comme
douteux des itinéraires jusqu'ici acceptés sans réserve ; il
(17) C'est pourquoi je suis très heureux que M. J.-L Fleuriot, qui
prépare une thèse sur l'Armorique ancienne, se préoccupe tant des
voies des Côtes-du-Nord. et que plusieurs d2 mes étudiants aient
accepté de travailler sur les routes du Finistère.
(18) Pour la méthode impliquée par ce programme, cf. en parti
culier Ch.-A. Picquenard, dans BSAF, L, 1923, p. 00-68, et surtout
A. Grenier, Man., VI, p. 235-316. notices d'archéologie armoricaine 308
est possible aussi que tout le travail de vérification qu'il
comporte, fasse découvrir des routes qui avaient échappé
aux investigations; mais il serait imprudent de se décider
au préalable pour l'une ou l'autre hypothèses. Quoi qu'il en
soit, il apparaît évident que ce programme ne peut pas être
icalisé sans la constitution d'équipes opérant dans des
régions distinctes.
L'idéal serait sans doute de répartir ces équipes sur la
base des cités gallo-romaines, puisqu'aussi bien les re ther
mies de Fr. Merlet ont fait singulièrement progresser le
problème de leurs limites (19). Mais nous sommes Iribu-
taires de l'organisation administrative actuelle, ne serait-ce
que pour la consultation du cadastre et l'utilisation des
JSomenclatures des hameaux, écarts et lieuxdits, éditées par
l'Institut National de la Statistique et des Etudes Econo
miques (20), et il paraît plus commode en définitive de
choisir comme moyen terme le département, en attribuant
aux chercheurs des unités administratives comme le can
ton ou l'arrondissement.
Car la fragmentation des recherches apparaît inévitable
si l'on veut espérer aboutir à une synthèse satisfaisante.
C'est d'ailleurs pourquoi, je le suppose, n'ont paru depuis
le mémoire de Kerviler que des études partielles (21). Mais
ces études partielles nous sont précisément d'un très grand
secours, puisqu'en général elles résultent de vérifications
du genre de celles que j'ai préconisées, et qu'elles appli-
(19) Fr. Merlet, La format, des diocèses et des paroisses en Bret.,
période antér. aux immigrât, bret., dans MSHAB, 1950, p. 5-61, 1951,
p. 137-172, et en tiré à part, Rennes, 1951.
(20) Seule n'est pas encore parue,, pour la Bretagne, la Nomencl
ature... du départ, de la L.-Inf.
(21) Au nombre desquelles il convient de rappeler : Cb.-A. Picque-
nard, L'expansion rom. dans le sud-ouest de FArmor., BSAF, L. 1923,
p. 49 à 82 et 124 à 160; P. Banéat, Les voies rom. de l'I.-et-V., Rennes,
1928; L. Marsille, Les voies rom. du départ, du Morbihan, dans
BSPM, 1929, p. 3 à 58; à quoi il faut ajouter les cartes publiées par
H. Frotier de la Messelière, Les fortifications de pierre des G.-du-N.
et Carte des voies rom. et lieux fortifiés de ce départ., dans Ass. bref.,
1934 (paru en 1935), p. 65 à 78 (sous le titre : Les voies rom. et fort
ifie, des Côtes-du-Nord), et Gcogr. histor. du départ, des C.-du-N.,
dans BSECDN, 1937, p. 1 à 30 (sous le titre : Epoques préhistor. et
g.-rom. des Côtes-du-Nord).