Décret du peuple athénien pour Pausanias de Mélitè, gymnasiarque à Délos - article ; n°1 ; vol.121, pg 153-173

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1997 - Volume 121 - Numéro 1 - Pages 153-173
Publication and commentary on the decree put up in Delos, by which the Athenian people honoured in 157/6 the gymnasiarch Pausanias of Miletus, who had held office on the island in the previous year.
Δημοσίευση και σχολιασμός του στημένου στη Δήλο ψηφίσματος, με το οποίο ο δήμος των Αθηναίων τίμησε στα 157/6 τον Παυσανία από τη Μελίτη, ο οποίος είχε υπηρετήσει ως γυμνασίαρχος στο νησί κατά το προηγούμενο έτος.
Publication et commentaire du décret, affiché à Délos, par lequel le peuple athénien avait honoré en 157/6 le gymnasiarque Pausanias de Mélitè, en fonction dans l'île l'année précédente.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1997
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Langue Français
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Pierre Charneux
Jacques Tréheux
Décret du peuple athénien pour Pausanias de Mélitè,
gymnasiarque à Délos
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 121, livraison 1, 1997. pp. 153-173.
Abstract
Publication and commentary on the decree put up in Delos, by which the Athenian people honoured in 157/6 the gymnasiarch
Pausanias of Miletus, who had held office on the island in the previous year.
περίληψη
Δημοσίευση και σχολιασμός του στημένου στη Δήλο ψηφίσματος, με το οποίο ο δήμος των Αθηναίων τίμησε στα 157/6 τον
Παυσανία από τη Μελίτη, ο οποίος είχε υπηρετήσει ως γυμνασίαρχος στο νησί κατά το προηγούμενο έτος.
Résumé
Publication et commentaire du décret, affiché à Délos, par lequel le peuple athénien avait honoré en 157/6 le gymnasiarque
Pausanias de Mélitè, en fonction dans l'île l'année précédente.
Citer ce document / Cite this document :
Charneux Pierre, Tréheux Jacques. Décret du peuple athénien pour Pausanias de Mélitè, gymnasiarque à Délos. In: Bulletin de
correspondance hellénique. Volume 121, livraison 1, 1997. pp. 153-173.
doi : 10.3406/bch.1997.1631
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1997_num_121_1_1631121/1(1997) · 153 BCH
Décret du peuple athénien
pour Pausanias de Mélitè,
gymnasiarque à Délos
préparée C'est de longue avec la date mélancolie par un que ami l'on défunt. devine Sans que parler je présente de nombreuses ici une notes publication ponct
uelles, J. Tréheux m'a légué à cet effet le texte rédigé d'un cours qu'il avait fait en
mai 1983 en Sorbonne à son séminaire d'épigraphie. Ce texte, dont j'ai pu m'entrete-
nir longuement avec lui durant la dernière année de sa vie, je l'ai débarrassé des déve
loppements qui, sans doute instructifs pour de jeunes auditeurs, n'auraient guère été à
leur place dans une revue scientifique. Sur d'autres points au contraire je l'ai complété,
tacitement, toutes les fois que j'ai jugé nécessaire d'y introduire des additions que son
auteur n'aurait pas manqué d'y apporter lui-même. Je n'ai revendiqué comme miens,
en les faisant imprimer entre crochets droits, que quelques passages où je ne me suis
pas cru autorisé à engager sa responsabilité, et recherches annexes que j'ai
poussées plus avant pour mon propre compte. Le lecteur trouvera certainement, et
j'en conviens sans difficulté en sollicitant son indulgence, que le résultat auquel j'ai
ainsi abouti est loin d'être pleinement satisfaisant : nous savons tous que seul le maître
de l'épigraphie délienne — mais le destin ne l'a pas permis — aurait pu porter ce tra
vail au point de perfection qu'il donnait à toutes ses œuvres.
P. CHARNEUX 184 JACQUES TRÉHEUX f, PIERRE CHARNEUX — DÉCRET DU PEUPLE ATHÉNIEN POUR PAUSANIAS DE MÉLITÈ, GYMNASIARQUE À DÉLOS
Inv. E. 827. Stèle à fronton, moulurée en bas, trouvée le 17 mai 1947 à Délos par
J. Delorme et J. Tréheux lors de la fouille de l'aile orientale de la Palestre du Lac, encastrée dans le
mur Est de la salle c, dite depuis salle «exèdre» Ε 3, où elle se trouve encore1. Photographies
(fig.1-3).
Cf. J. DELORME et J. TRÉHEUX, « Chronique des fouilles en 1947 », BCH 71-72 (1947-
48), p. 464-465 ; J. DELORME, M (1948) (Mélanges Ch. Picard), I, p. 263-264 (avec transcrip
tion de quelques mots du texte) ; M. N. TOD, « The Progress of Greek Epigraphy, 1948-1949 »,
JHS 72 (1952), p. 42 (trouvailles épigraphiques à Délos « reported [dans la Chronique des fouilles
du BCH de 1947-48] but not yet published ») ; J. DELORME, EAD XXV (1961), p. 101 et 1 17,
et pi. XVI, fig. 105 ; J. et L. ROBERT, Bull. (1976), 509 (rappel de textes déliens restés inédits, à
l'occasion de la parution en 1974 de l'ouvrage de M.-Th. COUILLOUD, L·s monuments funéraires
de Rhénée, EAD XXX) ; Ph. BRUNEAU, BCH 106 (1982), p. 486, n. 50, et 487, fig. 8 (photogra
phie de la stèle en place) ; Ph. BCHU4 (1990), p. 579, fig. 10 (photographie rappro
chée des dix dernières lignes du texte)2.
TEjci Λνθεστηρίου άρχοντος, έπΐ της Αίαντί-
δος δωδέκατης πρυτανείας, Σκιροφορι-
ώνος τετράδι έπί δέκα, έβδόμει και δεκά-
4 τει της πρυτανείας· εκκλησία έν τώι θε
άτρων των προέδρων έπεψήφισεν
Νεανδρίδης Λυσιμάχου Άπολλωνιεύς
και συμπρόεδροι* ΡΛί-εδοξεν τει βουλει
8 και τώι δήμωι· Στράτων Μενίππου Μα
ραθώνιος ειπεν επειδή πρόσοδον ποιη-
σάμενος προς την βουλήν vac. Ήγησίας Φι-
λοστράτου Θυμαιτάδης εμφανίζει
12 Παυσανίαν Άθηναγόρου Μελιτέα
τόν γυμνασιαρχήσαντα έν Δήλωι τον
ένιαυτόν τόν έπί Πύρρου άρχοντος τάς
τε θυσίας τεθυκέναι πάσας τοις θεοΐς και
16 τοις εΰεργέταις όσας προσέταττον αύ-
1 Sur l'édifice on verra la belle publication de J. Delorme, Les 2 Abréviations et convention :
Palestres, EAD XXV (1961), p. 77-153, ou tout au moins, pour Ph. Bruneau, CDH = Recherches sur les cultes de Délos à
une première approche, Ph. Bruneau, J. Ducat, Guide de Délos3 l'époque hellénistique et à l'époque impériale (1970).
EAD = Exploration archéologique de Délos. (1983), p. 195-197. [Je crois que j'éviterai de grandes
ID = Inscriptions de Délos. perplexités au lecteur en signalant que les divisions de cette
aile orientale ont été qualifiées tantôt de salles et tantôt LGPN, II = M. J. Osborne, S. G. Byrne, A Lexicon of Greek
d'exèdres, et affectées, en partant du Nord, tantôt d'une lettre Personal Names II, Attica (1994).
(a, b, c, d) et tantôt d'un numéro d'ordre (1, 2, 3, 4). Comme Michel = Ch. Michel, Recueil d'inscriptions grecques (1900).
celui de la salle ou « exèdre » Ε 2, le mur Est de la salle ou P. ROUSSEL, DCA = Délos colonie athénienne (1916, et
« exèdre » Ε 3, qui la suit au Sud, est percé de deux niches, et réimpression augmentée en 1987).
R. VALLOIS, AHD = L'architecture hellénique et hellénistique à l'inscription est encastrée à droite (donc au Sud) de la seconde
(qui est la plus méridionale).] Délos I, Les monuments (1944).
Cl. Vial, Dl = Délos indépendante, BCH Suppl X (1984).
Il m'a paru superflu de préciser que les dates que j'évoque sont
antérieures à notre ère. BCH 121/1 (1997) 1M
τώι οι τε νόμοι και τα ψηφίσματα τοΰ δήμου*
έπιμεμελήσθαι δε και της των νεανίσ
κων εύκοσμίας και των άλλων των
20 εις τό γυμνάσιον καθηκόντων πεφρον-
τικέναι δε και της τοΰ ελαίου θέσεως'
άνατεθεικέναι δε και Έρμος λίθινους εν
τώι γυμνασίων έπιδεδωκέναι δέ τώι
24 δήμωι και τό μεριζόμενον αύτώι εις
την γυμνασιαρχίαν υπό των έπι τα ιερά
καθεσταμένων καταβεβλήσθαι δέ και
τους λόγους υπέρ απάντων εις τό Μητρώι-
28 ον δεδωκέναι δέ και τας εύθύνας κατά
τόν νόμον και δια ταΰτα άξιοι δοθήναι έαυ-
τώι τόπον άναθέμασιν έν τώι γυμνασίωι
τώι έν Δήλωι και τόπον άνδριάντος άνα-
32 θέσει έν Δήλωι παρά τό άρχεΐον των τοϋ
εμπορίου επιμελητών άναβαινόντων
αριστεράς χειρός· όπως ούν ή βουλή καΐ ό
δήμος φαίνωνται τιμώντες τους φιλο-
36 ξεΐν προαιρουμένους vac. άγαθέι τύχει δε-
δόχθαι τει βουλει τους λαχοντας προέδρους
είς την επιοΰσαν έκκλησίαν χρηματίσαι περί
τούτων, γνωμήν δέ ξυμβάλλεσθαι της
40 βουλής είς τόν δήμον ότι δοκεΐ τει βουλει
έπαινέσαι Παυσανίαν Άθηναγόρου Μελι-
τέα και στεφανώσαι θαλλοΰ στεφάνωι
εύνοιας ένεκεν και φιλοτιμίας ην έχων δι-
44 ατελεΐ προς τήν βουλήν και τόν δήμον
δεδόσθαι δέ αύτώι τόπον άναθέμασιν έν
τώι γυμνασίωι τώι έν Δήλωι · ομοίως
δέ και τώι άνδριάντι ου ήτηταν άναγράψαι
48 δέ τόδε τό ψήφισμα τόν γραμματέα τόγ κα
τά πρυτανείαν έν στήλη λιθίνη και στήσαι
έν τώι γυμνασίωι τώι έν Δήλωι · τό δέ
γενόμενον άνάλωμα εις τε τήν κατασκευ-
52 ήν της στήλης και τήν άνάθεσιν μερίσαι
τόν ταμίαν των στρατιωτικών.
Ή βουλή
και ό δήμος Ιββ JACQUES TRÉHEUX t, PIERRE CHARNEUX — DÉCRET DU PEUPLE ATHÉNIEN POUR PAUSANIAS DE MÉLITÊ, GYMNASIARQUE Λ DÉLOS
Flg. 1. La stèle de Pausanjas en place
Fig. 2. La stèle de Pausanias : photographie d'ensemble
Flg. 3. La stèle de Pausanias : partie inférieure. BCH 121/1 (1997) 117
Traduction
Sous l'archontat d'Anthestérios, durant la douzième prytanie, celle de la tribu
Aiantis, le quatorze Skirophoriôn, dix-septième jour de la prytanie. Assemblée tenue
au théâtre. Motion mise aux voix par l'épistate des proèdres, Néandridès, fils de Lysi-
machos, du dème des Apollonieis, en compagnie des autres proèdres — Décision du
Conseil et du Peuple. Sur la proposition de Straton, fils de Ménippos, du dème de
Marathon. Attendu qu Hégésias, fils de Philostratos, Thymaitadès, est venu déclarer
devant le Conseil que Pausanias, fils d'Athénagoras, du dème de Mélitè, qui a exercé la
gymnasiarchie à Délos l'année où Pyrrhos était archonte, a offert aux dieux et aux
évergètes tous les sacrifices qui lui étaient prescrits par les lois et les décrets du peuple,
qu'il a veillé à la bonne discipline des jeunes gens et à tout ce qui se rapportait au
gymnase, — qu'il s'est diligemment occupé de la fourniture de l'huile, — qu'il a
consacré dans le gymnase des Hermès de marbre, — qu'il a fait cadeau au peuple de la
somme qui lui était allouée pour sa gymnasiarchie par les επί τα Ιερά, — qu'il a
déposé la totalité de ses comptes au Métrôon et produit ses justifications conformé
ment à la loi, et que, pour ces raisons, il trouve juste que lui soit accordé un emplacedans le gymnase de Délos pour ses offrandes, ainsi qu'un emplacement pour la
consécration d'une statue près de Xarcheion des épimélètes de Xemporion, à main
gauche en montant, — afin que l'on voie clairement que le Conseil et le Peuple honor
ent ceux qui prennent le parti de s'attacher à de nobles ambitions, à la Bonne For
tune, plaise au Conseil que les proèdres qui auront été désignés par le sort pour prési
der la prochaine séance de l'assemblée inscrivent la question à l'ordre du jour et
communiquent au Peuple la proposition du Conseil suivant laquelle il plaît au
Conseil de décerner l'éloge à Pausanias, fils d'Athénagoras, du dème de Mélitè, et de le
couronner d'une couronne de feuillage en raison du dévouement et de la générosité
qu'il ne cesse de montrer envers le Conseil et le Peuple ; de lui faire accorder un
emplacement pour ses offrandes dans le gymnase de Délos, et pareillement un empla
cement pour sa statue à l'endroit qu'il a demandé ; de faire transcrire ce décret par le
secrétaire de prytanie sur une stèle de marbre qui sera dressée au gymnase de Délos et
payer la dépense occasionnée par la fabrication et l'érection de cette stèle par le tréso
rier des fonds militaires.
(dans une couronne)
Le Conseil
et le Peuple 188 JACQUES TRÉHEUX t. PIERRE CHARNEUX — DÉCRET DU PEUPLE ATHÉNIEN POUR PAUSANIAS DE MÉLITÈ, GYMNASIARQUE A DÉLOS
Commentaire
Comme on le verra tout au long du commentaire qui suit, le décret pour le
gymnasiarque Pausanias, en fonction sous un archonte Pyrrhos dont c'est la première
mention et honoré l'année suivante sous l'archontat d'Anthestérios, est instructif à
bien des égards, mais il présente principalement l'intérêt de mettre fin à une incerti
tude qui pèse depuis 1912 sur la chronologie attique du milieu du IIe s. On sait que
les historiens ont eu à la fois bien de la chance et beaucoup de malchance avec l'épi-
graphie délienne : la découverte cette année-là de la liste des gymnasiarques en fonc
tion dans l'île sous la seconde domination attique3 aurait normalement dû permettre
de fixer la chronologie absolue de toute une série d'archontes athéniens4, mais le mal
heur a voulu que les savants se divisent aussitôt sur la date de son point de départ5,
placé par A. Plassart en 166/56, tandis que P. Roussel a toujours tenu pour 167/67,
c'est-à-dire très peu de temps après le retour des Athéniens à Délos8.
La situation aurait été condamnée à rester bloquée, même après la découverte
du décret pour Pausanias, si le flottement d'un an qui affecte les dates des vingt-six pre
miers gymnasiarques de la liste, selon le point de départ que l'on retient, se répercutait
3 ID 2589. Éd. princeps par A. PLASSART, BCH 36 (1912), moi, Hesperia 57 (1988), p. 239, n. 16, la réflexion, empreinte
p. 395-411. Commencée par Phocion, le gymnasiarque de d'une amertume justifiée, de Chr. Habicht qui avait cherché sans
155/4, qui y fit inscrire son nom à la suite de ceux de ses succès à en savoir davantage].
άφ' ου ό δήμος δια Ρωμαίων άνεκτήσατο douze prédécesseurs, 6 BCH 36 (1912), p. 400-401.
τήν νήσον, la liste fut continuée jusqu'en 112/1. On sait qu'en 7 Déjà BCH 36 (1912), p. 400, et surtout DCA, Appendice I,
matière de catalogues ce Phocion fut un grand fournisseur de p. 342-344, où l'ensemble des données est clairement exposé
l'épigraphie délienne : on lui en devait au moins trois autres, et discuté. P. Roussel aboutissait à cette date au terme d'un
dont nous n'avons conservé que l'intitulé, ceux des canéphores compte à rebours fort simple, en remontant à partir du quarante
et unième gymnasiarque nommé par l'inscription, Dioskouridès d'Hermès, des canéphores d'Apollon et d'Athéna, et des
νεανίσκοι vainqueurs à la course aux Apollônia et Athénaia, Dioskouridou, du dème de Rhamnonte, connu pour avoir été en
fonction sous un archonte sûrement daté de 127/6, tous trois ayant pour point de départ sa propre gymnasiarchie
(ID 2590-2592). Théodôridès. A. Plassart au contraire, abaissant d'un an le
4 P. Roussel a qualifié ajuste titre ce document de « pierre point de départ de la liste sans pouvoir reculer d'autant la date
angulaire de la chronologie athénienne dans la deuxième partie de Dioskouridès, devait fatalement rencontrer un problème
du IIe s. » (DCA, p. 343), mais, à cause du désaccord qui s'est quelque part, et il estimait, pour se tirer d'affaire, que les deux
immédiatement élevé sur la date du gymnasiarque tête de liste, gymnasiarques des lignes 31 et 33, qui furent désignés selon
elle s'est toujours trouvée, ce qui est un comble pour une pierre deux procédures différentes, avaient exercé leur charge en la
angulaire, comme posée de guingois. Le problème a été encore même année 141/0.
compliqué par le fait que, d'après le premier éditeur d'/D 1507, 8 Les générations actuelles savent par expérience qu'une
G. Doublet, Métrophanès aurait eu pour successeur un archonte administration, voire un régime, a vite fait de se substituer à
E[- - -] auquel W. B. Dinsmoor a fait une place dans ses listes, son prédécesseur, comme ce fut le cas dans beaucoup de pays
alors qu'on considère généralement aujourd'hui Γ epsilon copié il y a une cinquantaine d'années, ou plus récemment encore, et
par Doublet comme une fausse lecture. qu'on ne dise pas qu'il en allait autrement dans l'Antiquité. J'ai
5 [La discussion s'est poursuivie jusqu'à maintenant, montré jadis avec quelle rapidité l'administration athénienne
B. D. Meritt ayant constamment tenu pour la thèse d'A. Plassart avait été remplacée par une administration nationale lorsque
alors que Chr. Habicht (mais c'est là de sa part une sorte d'acte Délos recouvra son indépendance à la fin de l'été 314 : non
de foi) suit la chronologie préférée par P. Roussel. Il aurait seulement les Déliens ont déclaré caducs les baux des fermes
pourtant suffi, pour que le débat soit clos depuis longtemps, que sacrées conclus pour dix ans en 320 du temps des Amphictions
J. Tréheux communique aux spécialistes de la chronologie et procédé à de nouvelles locations pour la période 314-310,
attique des renseignements plus complets ; or il semble bien mais ils ont immédiatement résilié les baux, annuels ceux-là,
qu'il ait appris à B. D. Meritt (cf., dès 1961, The Athenian Year, des télé du sanctuaire et fait appel à de nouveaux
p. 184) qu'Anthestérios avait eu pour prédécesseur un archonte adjudicataires pour les trois mois de 314 qui restaient à courir
Pyrrhos jusqu'alors inconnu, sans lui dire en même temps que (RA [1948] II [Mélanges Ch. Picard], p. 1008-1032). Les choses
ce fait nouveau nous était révélé par le décret honorant le n'ont certainement pas traîné davantage en 167/6 : vite partis
gymnasiarque Pausanias. Beaucoup auront remarqué comme en 314 les Athéniens ont dû alors revenir aussi vite. BCH 121/1 (1997) 1M
sur chacun des archontats de la période. Cela arrive, certes, pour une partie d'entre eux,
ainsi pour Gorgias, à la vingtième place, gymnasiarque sous l'archontat d'Archon, en
148/7 ou 147/6, selon les auteurs, et pour Léonidès, quatre ans plus tard, sous l'a
rchontat de Théaitétos (144/3 ou 143/2), mais ce n'est heureusement pas toujours le
cas. Que l'on compare les dates données pour Anthestérios, Kallistratos et Mnésithéos
par W. B. Dinsmoor et B. D. Meritt, tenants de la thèse d'A. Plassart, et celles qui sont
données par P. Roussel : ce sont les mêmes9. La constatation ne pouvait que demeurer
stérile aussi longtemps que l'on ne savait pas qui avait été gymnasiarque ces années-là ;
elle devient instructive maintenant que l'on apprend que Pausanias, dixième de la liste,
était en fonction en 158/7 un an avant l'archontat d'Anthestérios, car une simple sous
traction amène à dater sûrement le gymnasiarque tête de liste de 167/6.
Avant que l'archonte Pyrrhos ne soit connu, l'année 158/7 qui lui revient était
ou bien attribuée à Aristaichmos : ainsi par W. B. Dinsmoor10 — ou bien laissée
vacante : ainsi par P. Roussel, qui avait eu le juste pressentiment qu'un archonte,
auquel il ne pouvait pas donner de nom, devait être intercalé entre Anthestérios et
Aristaichmos et qu'il convenait de mettre ce dernier en 159/811.
Dix ans plus tard la gymnasiarchie devait être exercée par Gorgias d'Ionia, dont
on sait depuis longtemps qu'il fut en fonction sous Archon et honoré d'un décret,
l'année suivante, sous Épicratès12 : ainsi ces deux archontats se trouvent-ils définitiv
ement fixés à 148/7 et 147/6, aux dates établies autrefois par P. Roussel13 ou tout
récemment encore par Chr. Habicht14, et il apparaît maintenant, au contraire, que les
tables dressées en 196115 et en 197716 par B. D. Meritt17 étaient caduques dès leur
parution, pour la simple et bonne raison qu elles laissaient entre Pyrrhos et Archon un
intervalle de onze ans alors que dix années seulement ont séparé les gymnasiarques
Pausanias et Gorgias, en fonction sous ces deux archontes.
On aura remarqué que l'intitulé du décret pour Pausanias ne fait pas mention
du secrétaire en exercice pour 157/6, mais à cette date l'omission est heureusement
sans conséquence puisque le cycle des secrétaires suit son cours normal au moins jus-
9 La concordance entre les deux systèmes s'étend aux trois K. Pritchett et B. D. Meritt, op. cit. (supra, n. 10), p. 129,
années 157/6-155/4, archontats d'Anthestérios, Kallistratos sans plus d'assurance, un archonte Épainétos, B. D. Meritt
et Mnésithéos, et cette chronologie, absolue et non relative, est aussi bien un Démétrios, très probablement un fantôme, qui n'a
solidement établie : cf. W. B. DINSMOOR, The Athénien Archon dû son existence qu'au dédoublement arbitraire de
List in the Light of Récent Discoveries... (1939), p. 191-192. l'authentique archonte Démétrios, en fonction peut-être en
Kirchner a été le dernier à antidater d'un an les trois archontes 190/89 : cf. The Athenian Year, p. 184-185.
précités qu'il plaçait de 158/7 à 156/5 : on découvre 12 Cf. ID 1504. La succession Archon-Épicratès est aussi
aujourd'hui que ces dates obligeraient à faire partir la liste de attestée par ID 1505.
Phocion de ... 168/7. 13 DCA, p. 345.
10 Op. cit., p. 191, suivi par W. K. Pritchett et B. D. MERITT, 14 Hesperia 57 (1988), p. 237-247.
The Chronology of Hellenistic Athens (1940), p. XXIX. 15 The Athenian Year, p. 228 et 237. Suivi par A. E. Samuel,
11 Voir le commentaire à ID 1498. Les savants qui plaçaient Greek and Roman Chronology (1972), p. 219.
Aristaichmos en 158/7 étaient ensuite bien embarrassés pour 16 Historia 26 (1977), p. 184.
attribuer l'année 159/8 : W. B. Dinsmoor, loc. cit. (supra, n. 9), 17 Je ne crois pas utile de remonter aux époques où l'on ne
y mettait, avec un point d'interrogation, un archonte Dioklès, W. connaissait pas encore l'existence de l'archonte Pyrrhos. JACQUES TRÉHEUX t, PIERRE CHARNEUX — DÉCRET DU PEUPLE ATHÉNIEN POUR PAUSANIAS DE MÉLITÈ, GYMNASIARQUE A DÉLOS 160
qu'en 155/4 : on peut tenir pour certain que sous l'archontat d'Anthestérios le secréta
riat fut assuré par la lre tribu18.
L'année d'Anthestérios (157/6) fut une année intercalaire, et c'est justement
une inscription de Délos qui nous l'a appris. W B. DlNSMOOR l'avait établi indépen
damment, Athenian Archon List (1939), p. 243-244, au terme de savants calculs por
tant sur les dix-neuf années du quinzième cycle métonique (166-147), et sans réussir à
convaincre l'ensemble des spécialistes de la chronologie19, mais en fait plus n'était
besoin, depuis longtemps, d'élucubrations compliquées : le problème ne se posait
plus, résolu qu'il était par un texte que J. H. KENT fut le premier à exploiter, Hesperia
16 (1947), p. 224 : ID 1416, B, col. 1, 1. 1 10, mentionne une location faite sous l'a
rchontat d'Anthestérios, Ποσιδεώνος έμβολίμου.
À l'époque des douze tribus chaque prytanie, en année intercalaire, avait nor
malement une durée de 32 jours20 ; seule exception à cette règle générale, lorsque
l'année intercalaire ne comptait que 383 jours, au lieu de 38421, l'une des tribus
prytanes, en principe la douzième, voyait elle-même son temps d'exercice amputé
d'une journée22. Cela étant on peut calculer, à partir de l'équation Skirophoriôn
14 = 17e jour de la dernière prytanie, que le décret pour Pausanias fut voté 15 jours
avant la fin de 157/6 : il est en effet certain que le dernier mois de cette année interca
laire fut un mois « creux », car dans le cas contraire la douzième prytanie aurait eu en
18 [En préparant la publication des manuscrits inédits de parce que ces truquages n'avaient jamais qu'une existence
J. Tréheux je me suis fait une certaine idée des perturbations éphémère qu'ils n'ont guère laissé de traces dans les textes qui
qui ont affecté le cycle des secrétaires, et, avec la naïveté d'un nous sont parvenus).
épigraphiste venu d'ailleurs, je soumets ici mon hypothèse aux 21 Les spécialistes de la chronologie enseignent ajuste titre
spécialistes de la chronologie attique : pour ne pas compliquer qu'une année lunaire ordinaire totalise 354 jours lorsqu'elle
inutilement les choses je poserai en principe, jusqu'à preuve du comporte autant de mois pleins (à 30 jours) que de mois creux
contraire, que ce cycle n'a connu qu'un seul « break ». Que (à 29 jours), mais seulement 353 jours si elle compte 7 mois
s'est-il passé ? J'ai le sentiment qu'on a tout bonnement creux contre 5 mois pleins, et 355 jours lorsqu'il s'y rencontre
procédé comme l'archonte lorsqu'il manipulait le calendrier: à au contraire 7 mois pleins pour 5 mois creux. Cela est
une certaine date, postérieurement à 155/4, on a retardé la incontestable. Mais lorsque, sur leur lancée, ils avancent l'idée
rotation de trois ans, si bien qu'au lieu de la VIIIe tribu attendue, que, de la même façon, une année intercalaire peut totaliser de
c'est la Ve qui a assuré le secrétariat en 150/49, et quelques 383 à 385 jours (384 ±1), il faut bien voir qu'ils ne font en
années plus tard on a tout fait rentrer dans l'ordre en sautant réalité qu'ouvrir une fausse fenêtre pour la symétrie : selon
au contraire trois tribus : l'année 147/6 avait eu un secrétaire qu'elle comporte 7 mois creux contre 6 mois pleins, ou
appartenant à la VIIIe, mais deux ans plus tard on en est arrivé réciproquement 6 mois creux pour 7 mois pleins, une année
à la Γ. Ainsi ce secrétariat de la lre tribu, en 145/4, vient douze intercalaire totalise 383 ou 384 jours. Une symétrie parfaite
ans après celui de 157/6, comme si rien d'anormal ne s'était avec le cas des années ordinaires conduirait à supposer des
produit entre temps.] années intercalaires de 383-1 ou 384+1 jours, comptant les
19 Ainsi W. K. PRITCHETT et B. D. MERITT, op. cit. (supra, n. 10), unes 8 mois creux et 5 mois pleins, les autres 8 mois pleins et
p. XXIX, continuaient à laisser la question ouverte (pour 157/6 5 mois creux. Or il est douteux qu'aucune année intercalaire ait
et pour les deux années suivantes). De même l'année jamais présenté un tel déséquilibre entre les mois de l'un et
d'Anthestérios n'est toujours pas considérée comme l'autre type.
intercalaire, en 1947, par W. K. Pritchett et 0. NEUGEBAUER, 22 Voté le 31e jour de la 12e prytanie, qui fut aussi le dernier de
The Calendars ofAthens (1947), p. 75. l'année intercalaire 168/7, le décret IG II2 945, pour Diodôros,
20 Cf. B. D. MERITT, op. cit. (supra, n. 5), p. 145-152. Les rares ami d'Eumène II, en fournit un bon exemple : cf. W. K. PRITCHETT
irrégularités que l'on peut constater ne remettent pas ce et 0. NEUGEBAUER, op. cit. (supra, n. 19), p. 75. Ces auteurs
principe en cause : elles s'expliquent par la faculté reconnue à laissent indécise la question de la longueur de Skirophoriôn
l'archonte de freiner ou d'accélérer à certains moments la cette année-là, mais le fait qu'elle n'ait compté que 383 jours,
marche du calendrier, à charge pour lui de tout faire rentrer soit, selon toute vraisemblance, 7 mois creux contre 6 mois
dans l'ordre au plus vite par une manipulation inverse (c'est pleins, plaide assez en faveur d'un Skirophoriôn à 29 jours. 121/1 (1997) Mi BCH
fin de compte une durée de 33 jours, anomalie dont on η a aucun exemple23, et tout
aussi certain réciproquement que cette douzième prytanie n'a pas été réduite à 31
jours, puisqu alors Skirophoriôn pour sa part n'aurait pu compter, fait inouï, que 28
jours. Ainsi, pour situer cette fois le jour du vote par rapport au début de l'année, l'ar-
chontat d'Anthestérios en était à son 369e jour quand le décret pour Pausanias fut
adopté, et l'année 1 57/6 a compté finalement 384 jours, répartis entre 7 mois pleins
et 6 mois creux : Pausanias était sorti de charge depuis près d'un an lorsque, ayant pré
senté entre temps toutes les justifications qui avaient pu lui être demandées et obtenu
son quitus financier aussi bien que moral, il reçut les honneurs que Straton de Mara
thon demandait pour lui.
Le 14 Skirophoriôn était déjà attesté comme jour de réunion de Yekklésia à
Athènes en 319/824, et, d'une façon générale, beaucoup de décrets, tant à Athènes que
dans la Délos athénienne, ont été votés en Skirophoriôn25, y compris le dernier jour
du mois, qui était le dernier de l'année26.
Νεανδρίδης Λυσιμάχου Άπολλωνιεύς qui mit aux voix, comme président des
proèdres, le décret pour Pausanias, apparaît ici pour la première fois. Les Άπολλωνιείς
constituaient un dème de la tribu Attalis qui avait reçu ce nom à sa création, vers 200, à
cause de la reine Apollonis, épouse d'Attale Ier et mère d'Attale II et d'Eumène27. Leur
démotique, Άπολλωνιεύς, empêchait qu'on les confonde avec les citoyens des diverses
cités grecques appelées Apollonia, dont l'ethnique, à une ou deux exceptions près,
d'ailleurs discutables, était : Άπολλωνιάτης : j'ai corrigé sur ce point, BCH 110 (1986),
p. 426-427, une erreur de J. POUILLOUX qui avait pris, BCH Suppl I (Études
détiennes), p. 405, l'Athénien Άσκληπιάδης Νικόδημου Άπολλωνιεύς, établi à Délos
(ID 1417, B, II, 1. 122), pour un étranger apolloniate28.
23 Seuls quelques modernes ont imaginé de telles prytanies, monnaies de bronze avec la légende ΑΠΟΛΛΩΝΙΔΕΩΝ
mais il ne s'agit là que d'un expédient qui leur permet de (B. V. HEAD, Historia Numorum2, p. 468), et L. ROBERT a
résoudre à bon compte des équations difficiles et probablement restitué, Villes d'Asie mineure (1935), p. 80-81,
mal posées : cf. W. K. Pritchett et 0. NEUGEBAUER, op. cit. Άπολλω]νιδε[ύς et Απολλ[ωνιδεύς dans deux listes éphébiques
(supra, n. 19), p. 68. de Pergame, MDAI(A) 32 (1907), p. 443, n° 319, 1. 2 et 442,
24 IG II2 390, 1. 1-4, avec les restitutions de W. B. DiNSMOOR, n° 318, 1. 4. À l'époque byzantine les Notitiae appellent l'évêque
The Archons ofAthens in the Hellenistic Age (1931), p. 21-22. d'Apollônis ό Άπολλωνιάδος.]
Cf. J. D. MiKALSON, Sacred and Civil Calendar ofthe Athenian 28 En dehors du démotique athénien un ethnique Άπολλωνιεύς,
Year (1975), p. 171. et non Απολλωνιάτης, attesté par quatre inscriptions d'Aitolie,
25 À Délos, sous l'archontat de Métrophanès (145/4), le décret plutôt que de Locride, est communément rapporté à une
ID 1506, pour le poète épique Ariston de Phocée, fut adopté Apollonia à cause du rapprochement qui paraît bien s'imposer
le 15. avec Tite-Live 28, 8, 8 (voir surtout L. LERAT, Les Locriens de
26 Outre IG II2 504, 1. 1-7, qui fut voté le 29, J. D. MiKALSON, op. l'Ouest [1952], I, p. 64-65, et aussi II, p. 71 et 78), [mais je
cit. (supra, n. 24), p. 177-181, a relevé treize décrets pris par remarque qu'il existait aussi, localité ou simple sanctuaire, un ou
Vekklésia le 30 (plus onze textes où la même date est une Apollônion au voisinage de Naupacte (L. Lerat, op. cit.. Il,
restituée) et il en conclut qu'une réunion de l'assemblée devait p. 10 et 152-153) et je me demande si, malgré le texte reçu de
se tenir ce jour-là chaque année. On pense immanquablement à Tite-Live, la cité aitolienne elle-même ne s'appelait pas en réalité
ce propos à nos Chambres, qui votent dans la précipitation, aux Apollônion plutôt qu'Apollonia. Je suis orienté dans ce sens par
dernières heures de leurs sessions, des lois fourre-tout portant, une remarque d'Etienne de Byzance relevant que le grammairien
selon la formule consacrée, sur « diverses dispositions d'ordre Tryphon avait eu tort de rapporter un ethnique Απολλωνιεύς à
économique et social » (ou d'un autre ordre). une Apollonia située entre Babylone et Suse : selon le
27 [La reine Apollonis fut aussi l'éponyme d'Apollônis de Lydie, lexicographe cette cité s'appelait de son vrai nom Apollônion et
cité dont l'ethnique était Άπολλωνιδεύς : on en connaît des elle avait un ethnique en -εύς sur le type Doulichion/Δουλιχιεύς].