Démonologie étrusque - article ; n°1 ; vol.30, pg 257-277
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Mélanges d'archéologie et d'histoire - Année 1910 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 257-277
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1910
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Langue Français
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D. Anziani
Démonologie étrusque
In: Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 30, 1910. pp. 257-277.
Citer ce document / Cite this document :
Anziani D. Démonologie étrusque. In: Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 30, 1910. pp. 257-277.
doi : 10.3406/mefr.1910.8383
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-4874_1910_num_30_1_8383DEMONOLOGIE ETRUSQUE
Les anciens nous ont parlé du caractère superstitieux des Etrus
ques et des monstres que créait leur imagination tourmentée. Mais
il est fâcheux que sur ces questions nous n'ayons conservé que de
rares et vagues témoignages. Faute de textes précis, l'archéologue
reste embarrassé devant les représentations artistiques les plus v
ivantes. On dit que les monuments figurés parlent, mais c'est par
énigmes. Si la comparaison de scènes analogues permet d'entrevoir
des solutions, elle ne saurait conduire à des interprétations sûres,
et les conclusions qu'on en tire, fruits de notre imagination, res
tent comme elle incertaines.
Toutefois, comme nous n'avons pas trop de moyens de connaître
l'Etrurie antique, il est permis de ne pas mépriser ces demi-conn
aissances, .le voudrais aujourd'hui, en examinant une série de
reliefs d'urnes cinéraires, essayer de jeter un peu de lumière sur
quelques-uns des symboles dans lesquels L'art étrusque a exprimé
sa conception du monde infernal.
Ces reliefs, au nombre de cinq, représentent tous essentiell
ement un monstre à tête de carnassier, à corps d'homme ou d'a
nimal, sortant d'un puits pour attaquer divers personnages dont les
uns semblent le fuir, les autres le combattre. Mais dans le détail
les divergences se font nombreuses.
I. Urne d'albâtre. X° ^50 de la collection du Musée Guarnacci à
Volterra (fig. 1 ). — Au centre, un puits rond, à rebord assez élevé. On
Mélange/! à' Arch, et d'Hist. 1910. 17 DBMONi »LOUIE ÉTJUÏS^UE 258 ETRUSQUE 259 DEMONOLOGIE
en voit sortir jusqu'à mi-corps un monstre à corps et pattes de cheval,
mais ces pattes se terminent par des griffes de lion. La tête, che
l : les oreilles valine, est cependant garnie d'une denture de loup
courtes et droites font aussi songer au loup. Le cou est enfermé
dans une grosse chaîne de fer dont les deux extrémités sont tenues
par deux hommes accroupis. Ceux-ci s'efforcent visiblement de re
fouler le monstre, mais il a déjà saisi celui de gauche, appuyant
Tune de ses pattes sur sa tête et de l'autre abaissant son bouclier.
Plus à gauche un homme nu, le manteau rejeté sur le dos (la tête
manque), se couvrant d'un bouclier rond, brandit contre le monstre
une arme qui doit être une hache à double tranchant. Tout à gauche
un homme debout avec un bouclier rond. A droite du puits, der
rière l'homme accroupi qui tient la chaîne, un prêtre barbu, le
couteau du sacrifice dans la main gauche, étend le bras droit et
se prépare à faire une libation sur la tête du monstre avec une
patere qu'il tient légèrement inclinée 2. Tout à droite, un autre
homme avec un bouclier rond, dans ime pose belliqueuse !.
II. Autre m-ne d'albâtre. X" :>51 de la même collection (tig. 2). —
Scène analogue. Le monstre qui sort du puits jusqu'à mi-corps
est différent : le corps est couvert de longs poils ; les pattes com
me les griffes sont d'un lion : la tête peut être d'un griffon ou
d'un ours '. Il a également une chaîne autour du cou ; l'homme
1 Ce détail, peu visible sur la reproduction ci-contre, est encore très
.sensible sur l'original.
5 C'est la patere à protubérance centrale et à huit rayons, objet e
ssentiellement rituel chez les Etrusques: on la trouve, vue de face on de-
dos, dans la main des trois quarts des statues accoudées que supportent les
couvercles des urnes cinéraires et des sarcophages.
:i Reproduite dans Cori. Muh e. am iïtrusnum, t. ΠΙ, diss. ITT, pi. X·
la tête du monstre n'est pas très exactement rendue.
4 Le museau a tout à fait disparu, et j'avoue qu'après avoir lo
nguement examiné l'original il m'est impossible de me prononcer : au reste
on verra que pour ce monstre composite la question n'a qu'un intérêt se
condaire. DÉMONOLOft-lE ÉTRUSQUE 260 DÈMO NOLO* Μ Ε ÉTRUSQUE 261
assis à droite qui. tient le bout de cette chaîne s'arc-boute pour
résister. Celui de »-anche qui tenait l'autre bout, trop rapproché
pour tirer sur la chaîne, se. relève sur les genoux pour s'éloigner ;
mais le monstre le saisit à la ceinture. On ne voit pas de guerr
ier menaçant le monstre; seul l'homme que je viens de décrire pa
raît tenir un marteau de la main droite. Tout à gauche un génie
ailé, debout, regarde. A droite on voit encore le prêtre faisant sa
libation, comme sur l'urne précédente, et un personnage drapé· avec
un bouclier rond, qui devait tenir un glaive. ·— Ce relief est fort
abîmé: sauf l'homme arc- bouté à droite, tous les personnages ont
perdu leur tête l : le bras droit du prêtre est brisé, sa patere aussi:
cependant le geste est encore visible.
ill. Urne en terre cuite. X° :W>7 du Musée étrusco-romain de
Péro use, (fig. '■>). — Du meine puits rond on voit sortir non plus
un monstre, niais un homme à, ligure jeune, aux bras vigoureux.
Quatre puissantes grilles an χ mains et, une tête de carnassier <·:ι-
chant les clievenx. sont les seules traces d'animalité. (Vtte tête,
qu'au premier abord on prendrait pour celle d'un loup, se termine
en groin de porc. (Oinine sur les précédents reliefs, le génie ap
puie sa patte droite sur la tête d'un homme accroupi près de Γο-
ri ii ce, qui s'efforce de s'en débarrasser. Mais en même temps il r
egarde à sa gauche un autre homme également accroupi, coiffé d'un
l;-utul'n,s. ( | ni lève le bras droit pour lui porter un coup ~. La corde
qui devait lier le cou du monstre ou du génie, abandonnée, traîne
d'un côté à terre et de l'autre rentre dans le puits. Au second
plan, à, droite, on retrouve la même ligure de prêtre barbu, à
1 Sauf le dernier personnage de droite;, cependant, dont, il reste la
joue, droite et un fragment de la chevelure.
'l Ou peut-être en signe d'étonnenient et d'effroi, car on ne lui voit
aucune arme en main. Mais <-'l] tient une pierre, sa coiffure doit la ca
cher. .Son air énergique, semble (railleurs exclure l'hypothèse de la peur. 262 DEMONOLOGIE ÉTRUSQUE
longs cheveux, coiffé du pileus, versant sur l'apparition une liba
tion avec sa patere à protubérance centrale. Remarquons que la
patere est tellement inclinée qu'on la voit de face; donc la liba
tion doit être achevée: ce détail a son importance. A droite du
Fig. 3.
prêtre un homme debout, la main levée en signe d'épouvanté. Le
groupe de gauche est formé de deux personnages debout: une di
vinité féminine ailée, le corps nu, et un homme symétrique du pré
cédent, mais qui s'apprête à lancer une pierre sur le monstre qui
est venu troubler l'assemblée *.
IV. Urne N° 107 du Musée étrusco-romain de Pérouse (fig. 4).
— Au centre, une sorte de puits rond au rebord très bas. Il en
sort jusqu'à la ceinture un homme nu à tête de loup. Cette fois
1 Reproduite dans (Jonestabile, Mon. di Perugia, pi. LXXV. et dans
(t. Bellucci, Guida alle collezioni del Museo di p. H4. Ce relief
et le suivant ont été dessiné« ici d'après les excellentes reproductions
de Conestabile. IJÉMONOLOM-IJE KTJUfSQliE lit).'»
les mains sont celles (V mi homme: pai1 contre le cou est très gros,
couvert (le longs poils, le museau' fort allongé, et le monstre semble
serrer les dents dans un mouvement de fureur. De sa main droite
il saisit par le poignet un guerrier qui s'avance contre lui, enjam
bant un personnage tombé la fare contre terre. Ce guerrier, barbu,
chevelu, coiffé d'un casque rond, porte un bouclier rond et une
cuirasse ; de la main droite — celle que le monstre essaie de lui
paralyser il devait tenir un glaive qui. manque. A droite, un
autre guerrier, coiffé et cuirassé de même, mais imberbe, sans bouc
lier, s avance également en enjambant un homme tombé à la ren
verse qui porte la main à son front en signe d'effroi. De la main
g'auche il tire sur une corde qu'il a serrée autour du cou du
monstre (la main même et la moitié attenante de la corde ont •264 DEMONOLOGIE ÉTRUSQUE
disparu, mais le mouvement du bras ne laisse aucun doute) : de
la main droite il brandit un glaive dont il s'apprête à frapper.
Entre les deux guerriers, une divinité féminine, debout, torse nu,
ailes déployées, une torche sur l'épaule droite fie bras gauche
manque), contemple le combat *.
V. Urne N° 955 du Museo Civico de Chiusi. — Sujet ana
logue ; malheureusement le côté gauche est fortement abîmé. Le
centre est occupé cette fois par un petit autel carré. Le monstre
sort directement de terre, à gauche de l'autel ; il est un peu plus
enfoncé que le précédent, mais lui ressemble de tout point; le mu
seau est peut-être encore plus démesurément allongé. A gauche, un
homme à genoux saisit le monstre comme s'il voulait le retenir ou
le refouler en terre ; derrière lui un autre tombe d'effroi les bras
à la renverse. Au-dessus de ce dernier, au second plan, un homme
armé d'un bouclier rond, qui devait menacer le monstre d'un glaive.
Au-dessus du monstre même on voit une femme qu'un homme
emporte dans ses bras pour la soustraire à la morsure. A droite de
l'autel on retrouve le prêtre des reliefs I, II et III, le bras étendu,
commençant avec sa patere à protubérance centrale la libation sur
la tête du monstre ; toutefois sa robe au lieu de tomber jusqu'à
terre comme dans les représentations précédentes ne descend que
1 Cette urne a été reproduite par Inghirami, Monumenti Etruschi,
n° 4, d'après Vermiglioli, dont la description (ibid., t. I, t. VT, pi. E5,
part. LI, p. 501) comme le dessin manquent d'exactitude. Le guerrier de
droite est représenté avec sa main et la corde tout entière: on pourrait
se demander si le dessinateur a vraiment vu l'urne avant la mutilation;
mais je ne le crois pas. car le liras de la divinité manque, et il est vi
sible qu'il touchait à cette main et est tombé avec elle. 11 y a d'ailleurs
d'autres fautes de copie ; les proportions sont mal gardées. Vermiglioli
dans sa description fait du guerrier de gauche un vieillard, ce qui est
au moins exagéré, et du personnage tombé face contre terre une jeune
fille : je ne puis découvrir ce qui justifie cette dernière assertion. - La
reproduction de Dempster, Dp. iïtrurid regali, t. Γ, pi. XXV. sans être
impeccable était plus exacte. ( .'onestabile, Mon. di Perugia, pi. XL Vili. DEMONOLOGIE ÉTRUSQUE 265
jusqu'aux genoux. Plus à droite on voit encore un homme assis
relevant le bras droit en signe d'effroi ; puis deux personnages de
bout, moins distincts, mais qui semblent n'être là que pour remplir
le cadre : aucun d'eux ne paraît avoir d'armes et leur attitude
convient plutôt à des spectateurs l.
A part cette dernière, que personne à ma connaissance n'a s
ignalée, toutes ces urnes ont déjà été décrites et étudiées, et la
sagacité des archéologues s'est exercée à les déchiffrer. Pour ex
pliquer les motifs des urnes étrusques, on commence naturellement
par recourir à la mythologie grecque. Il ne semble pas que les re
cherches poursuivies dans ce sens aient donné un résultat positif.
Un homme à tête de loup fait penser aussitôt au mythe area-
dien de Lycaon. Quelle que soit l'origine de ce mythe 2, il se r
ésume ainsi à l'époque classique: Lycaon, roi d'Arcadie, célèbre
par sa cruauté, est changé par Zeus en loup pour avoir fait mang
er de 1m, chair humaine an dieu qui était venu l'éprouver en
lui demandant l'hospitalité. Mais la mythologie grecque représente
cet homme-loup comme errant par les bois et les campagnes ' ; on
ne le voit pas sortir de terre; il n'a rien d'une divinité chtho-
1 .Je n'ai malheureusement pas pu me procurer une reproduction de
cette urne. Au reste les figures ont souffert plus (pie ma description ne
le laisserait croire : si l'on ne connaissait les urnes précédentes, il serait
difficile de comprendre celle-ci.
2 La question est résumée et discutée par (t. Fougères, art. Jjykaia
dans le dictionnaire de D arein Werg et Saglio. Cf. l'art. Lykaon dans
Koscher.
'■' Ovide, Met, l, 232-280:
Terri tus ipse rugit nactusque silentia ruris
exululat
solitaeque cupidine caedis
uertitur in pecudes et nune quoque sanguine gaudet.

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