DES USAGES POLITIQUES DE LA STATISTIQUE
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DES USAGES POLITIQUES DE LA
STATISTIQUE
Jean-Pierre Beaud
L’annonce par le gouvernement fédéral qu’il entendait mettre fin à l’obligation de
répondre au questionnaire long du recensement a fait couler beaucoup d’encre.
Spécialisé dans l’étude sociopolitique des statistiques, Jean-Pierre Beaud ajoute ici sa
voix au concert de protestations, tout en élargissant la perspective. Il analyse ainsi le
débat qui a entouré cette décision et constate qu’il a eu trois grands effets. Le premier,
écrit-il, a été de rappeler que les bons chiffres sont nécessaires au débat démocratique.
Ensuite, qu’il existe un très fort consensus quant à la nécessité et à la qualité du travail
réalisé par Statistique Canada. Enfin, que ce qui agace profondément certains
conservateurs dans ce questionnaire, c’est l’image que celui-ci donne du Canada.
The announcement by the federal government that it would put an end to the
mandatory long form census caused much ink to flow. In this article, Jean-Pierre
Beaud, specialized in the socio-political study of statistics, adds his voice to the
panoply of protests on the issue, all while expanding our perspective. He analyzes
the debate surrounding the decision and concludes that it had three major impacts.
correct numbers are needed for democratic debate. Second, a strongFirst,
consensus exists on the necessity and quality of work done by Statistics Canada.
Last, what annoys conservatives the most about the questionnaire is the image it
projects ...

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Langue Français

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DES USAGES POLITIQUES DE LA STATISTIQUE
Jean-Pierre Beaud
L’annonce par le gouvernement fédéral qu’il entendait mettre fin à l’obligation de répondre au questionnaire long du recensement a fait couler beaucoup d’encre. Spécialisé dans l’étude sociopolitique des statistiques, Jean-Pierre Beaud ajoute ici sa voix au concert de protestations, tout en élargissant la perspective. Il analyse ainsi le débat qui a entouré cette décision et constate qu’il a eu trois grands effets. Le premier, écrit-il, a été de rappeler que les bons chiffres sont nécessaires au débat démocratique. Ensuite, qu’il existe un très fort consensus quant à la nécessité et à la qualité du travail réalisé par Statistique Canada. Enfin, que ce qui agace profondément certains conservateurs dans ce questionnaire, c’est l’image que celui-ci donne du Canada.
The announcement by the federal government that it would put an end to the mandatory long form census caused much ink to flow. In this article, Jean-Pierre Beaud, specialized in the socio-political study of statistics, adds his voice to the panoply of protests on the issue, all while expanding our perspective. He analyzes the debate surrounding the decision and concludes that it had three major impacts. First,correctnumbers are needed for democratic debate. Second, a strong consensus exists on the necessity and quality of work done by Statistics Canada. Last, what annoys conservatives the most about the questionnaire is the image it projects of Canada.
ans un texte publié en 1999 dans la revueTechniques d’enquêteet qu’il faudrait relire attentivement aujour -semDaines, l’ancien statisticien en chef du Canada, Ivan P. d’hui à la lumière des événements des dernières Fellegi, s’interrogeait sur les conséquences, pour les systèmes statistiques, d’un certain nombre de transformations ou de cer-taines tendances économiques, démographiques et sociales comme la mondialisation, la révolution informatique, les pres-sions environnementales et démographiques et le nouveau contexte des finances publiques marqué par l’endettement. Si ces systèmes, à l’interne, devaient, disait-il, s’adapter à un nouvel environnement et donc privilégier la flexibilité, ils devaient aussi élaborer une stratégie externe reposant sur trois piliers : premièrement, les valeurs fondamentales des bureaux statistiques, à savoir « l’intégrité scientifique du système statis-tique », « la confidentialité des renseignements statistiques » et la réduction au minimum du « fardeau de déclaration […] grâce à l’exploitation des dossiers administratifs, à l’échantil-lonnage et à d’autres méthodes statistiques» ;deuxièmement, la pertinence ; et troisièmement, l’indépendance politique. Il constatait aussi que ces deux derniers piliers peuvent entrer en conflit : « Le système statistique a d’autant plus de chance d’être pertinent qu’il se rapproche du processus d’élaboration des poli-tiques […] ; toutefois, ce rapprochement peut réduire l’objectivité politique ou, du moins, la perception que l’on en a ». Et il
ajoutait que le « meilleur moyen de résoudre cet éventuel con-flit dépend des circonstances nationales ». Quelles sont donc ces cir constances nationales, dans le cas qui nous occupe? Un gouvernement conservateur minoritaire, fortement marqué par ses origines réformistes ? Un fort consensus chez les scientifiques et les politiciens quant à l’utilité des statistiques ? Une opinion publique divisée régionalement ? Voyons voir.
epuis le 26 juin 2010, le débat sur l’abolition du ques-D tionnaire long « obligatoire » du recensement cana-dien et son remplacement par une enquête « volontaire » a occupé passablement de monde. Rappelons brièvement les faits : arguant du caractère inquisiteur et indiscret du questionnaire long (constitué de nombreuses questions portant sur la langue, l’origine ethnique, les minorités visibles, le logement, etc.) admi-nistré à 20 p.100 de la population canadienne et surtout de son caractère obligatoire (le refus de répondre étant éventuellement sanctionné par l’emprisonnement), le gouvernement de Stephen Harper a éliminé de fait les questions du questionnaire long (c’est le Conseil des mi-nistres qui approuve le questionnaire du recensement). Une enquête volontaire administrée à 30 p. 100 de la po-pulation devrait prendre le relais.
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Très vite, l’opposition à cette déci-aussi parce que, au fond, les protago-Les syndicats (la FTQ, le Congrès cana-sion s’est organisée. Elle a pris la formenistes, et les journalistes au premierdien du travail) et les partis d’opposition de lettres adressées au premier ministrechef, ont compris que cela touchait à(le PLC, le NPD, le Bloc québécois) s’y ou au ministre de l’Industrie, Tonyquelque chose de primordial : la produc-retrouvent, tout comme les groupes po-Clement, responsable de Statistiquetion de faits chiffrés autorisant un débatpulaires ou les organisations commu-Canada, de textes dans les journaux etdémocratique. nautaires(Centraide Canada, Conseil même de manifestations.Le premier effet que la décision ducanadien de développement social), Le présent texte s’inscrit dans lagouvernement conservateur canadien acertes ; mais on y retrouve aussi des gens longue liste d’interventions écrites surgénéré, c’est donc de rappeler à tout led’affaires (leToronto Board of Trade, par exemple), des Églises (L’Église L’absence habituelle de débats durant l’été aura permis, certes, à Unie du Canada, par exem-cette thématique a priori technique de prendre beaucoup de placeple), des associations profes-sionnelles (l’Institut et de s’imposer comme un objet politique. Mais c’est aussi parce canadien des actuaires, l’As-que, au fond, les protagonistes, et les journalistes au premier chef, sociation canadienne des ont compris que cela touchait à quelque chose de primordial: la professeures et professeurs production de faits chiffrés autorisant un débat démocratique.d’université, l’Association des transports du Canada, le sujet. Comme la quasi-totalitémonde cette évidence : lesbonschiffres l’Associationcanadienne d’économique, d’entre elles, il se positionne dans lesont nécessaires au débat démocratique.par exemple) et bon nombre dethink camp de ceux qui réprouvent cetteLes opposants ont ainsi affirmé que l’a-tanksde tout le spectre politique (l’IRPP, abolition. Toutefois, il ne se limiterabandon du questionnaire long obliga- leC.D. Howe Institute, le Caledon Insti -pas à un plaidoyer qui a déjà été forte-toire allait générer des données detute, la Canada West Foundation). ment diffusé. Tout n’a pas été dit surmoindre qualité, et donc un appauvrisse-Ce consensus n’est pas uniquement le sujet, mais presque. Il nous a doncment de ce débat, puisque certainsde circonstance. Il traduit quelque chose semblé important de prendre le débatgroupes (les immigrants, lesde solide : s’il est vrai que l’introduction comme objet d’analyse et d’en cernerAutochtones, les plus démunis, les plusd’une question sur les minorités visibles les effets à plusieurs niveaux. Nousriches) sont moins susceptibles oudans le recensement de 1996 avait à verrons que cela nous en apprenddésireux que d’autres de répondre mas- l’époquesuscité des critiques, elles n’ont beaucoup, en fait, sur le fond mêmesivement à une enquête volontaire. Lesjamais eu l’ampleur de celles qu’une du débat. Nous tenterons égalementsympathisants, peu nombreux en dehorsquestion comparable a générées en de situer ce débat dans un contextedes cercles conservateurs (du moins chezFrance, par exemple. Dans les milieux plus vaste: par exemple, il n’est pasles «élites »), ont affirmé, au contraire,d’experts, de plus, la réputation de sans intérêt de retourner à quelques-que c’est en forçant les Canadiens àStatistique Canada est excellente. Les uns des traits du régime statistiquerépondre que l’on «biaise » la réalité etopposants à la modification l’ont rap-actuel, évoqués d’ailleurs par Fellegiqu’on obtient des données de piètrepelé à l’envi. Par deux fois,The dans son texte de 1999. On compren-qualité. Nous reviendrons sur ce que celaEconomista placé Statistique Canada en dra ainsi pourquoi celui-ci s’est rangéimplique. têtede son classement des bureaux sta-sans ambiguïté du côté des critiquesLe deuxième effet a été de révéler letistiques. Et j’ai pu le constater à presque de l’abolition.très fort consensus relativement à lachacun de mes déplacements à nécessité et à la qualité du travail réalisél’étranger. Ma meilleure carte de visite epuis le 26 juin, donc, les médiaspar Statistique Canada (jusqu’à présent,pour être bien reçu dans les bureaux en D parlent beaucoup de statistiques,du moins). Il n’existe guère au CanadaAustralie, au Brésil, en France, au Chili de recensement, de questionnaire court,d’humeur anti-statistique ou anti-quan-ou en Espagne, par exemple, c’est de questionnaire long, d’obligation detitativiste, du moins pas à la mêmeStatistique Canada et son ancien répondre, de Statistique Canada, et leséchelle que dans bien d’autres pays.dirigeant, que plusieurs m’ont présenté noms de Ivan P. Fellegi et de MunirCette humeur sourd, certes, du discourscomme un des très grands statisticiens Sheikh (le successeur du premier à la têteconservateur. Mais elle est peu présentemodernes, Ivan P. Fellegi. En Espagne, le de Statistique Canada) sont maintenantailleurs (en particulier chez les intel- motutilisé par la statisticienne en chef connus de beaucoup.lectuels, les groupes de gauche ou lesadjointe à son endroit était « génie ». L’absence habituelle de débatsradicaux). Jesais, il y a sans doute de l’enflure durant l’été aura permis, certes, à cetteLa liste des opposants à la décisionderrière tout cela. Il reste que cette thématique a priori technique de pren-conservatrice est bien sûrpolitiquereconnaissance est le fruit d’une longueet doit dre beaucoup de place et de s’imposerse lire en partie comme une liste anti-pratique, axée sur la mise au point de comme un objet politique. Mais c’estconservatrice, mais en partie seulement.techniques d’enquête raffinées.
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Des usages politiques de la statistique
Comme le disait Fellegi dans le texte dela question sur les origines. Alors queAnderson avait calmement rappelé 1999, « notre réputation dépend de ladepuis des décennies les statisticiensqu’en Amérique du Nord, la mesure de validité de notre méthodologie statis-s’opposaient fermement à ce que l’ontelles caractéristiques avait plutôt reçu le tique ». Et il ajoutait, « alors qu’on peutpuisse se réclamer d’une origine cana-soutien de la gauche ! la détruire en quelques mois, il faut desdienne, une campagne a conduit, en l’e-En fait, ce que la diversité des sou-années, voire des décennies, pour met-space de deux recensements, àtiens à Statistique Canada et au formu-tre en place une forte capacitél’acceptation de cette réponse aujour-laire long obligatoire (avec ou sans méthodologique ». D’ailleurs, au-delàd’hui la plus populaire. L’utilisation,menace d’emprisonnement) confirme, des considérations relatives aux con-habile, des règles de Statistique Canadac’est qu’il n’y avait pas eu, jusqu’à naissances réduites qu’entraînerait(une réponse « autre » qui figure parmiprésent, de politisation marquée du l’abolition du formulaire long que fai-les dix réponses les plus fréquentes àregard posé sur Statistique Canada, sur saient valoir les opposants, un argu-une question posée lors d’un recense-ses réalisations et, plus généralement, sur ment fort était aussi invoqué :ment doit être explicitement présentéele travail statistique. Les événements de l’abolition conduit au remplacementlors du recensement suivant) a eu rai-l’été, toutefois, pourraient bien avoir d’une méthodologiesûre(un échantil-pour conséquence de sortir quelque peuson des arguments des statisticiens et lon probabiliste avec obligation dedes chercheurs.Statistique Canada du confort relatif réponse) par une méthodologie quiDerrière les prises de position, cedans lequel le place son statut. l’est beaucoup moins (un échantillonsont donc en fait au moins deux lecturesEncore une fois, il est utile de revenir de volontaires).du monde qui s’affrontent : l’une porteau texte de Fellegi de 1999, dans lequel sur les groupes structurant les luttes oucelui qui était encore statisticien en chef e troisième effet, c’est de montrerles joutes politiques ou sur les personnesénumérait les conditions grâce aux-L que ce qui, au fond, agaçait pro- appréhendéesà partir de caractéristiquesquelles l’indépendance politique et donc fondément certains conservateurs danssociologiques ; l’autre, sur les Canadiens.l’apolitisme du bureau pouvaient être ce questionnaire long, c’est l’image queAssez curieusement, l’on retrouve ici unepréservés malgré le lien de dépendance celui-ci donnait du Canada. Il faut pren- structureargumentaire passablementhiérarchique du chef du bureau avec un dre au sérieux le discours tenu parsemblable à celle que l’on a trouvée enministre : centralisation statistique, rang plusieurs au cours des dernièresFrance à l’occasion du débat sur l’intro-« élevé » de sous-ministre donnant semaines : les données statistiques don- ductiond’une question sur les minorités« beaucoup plus de poids à la menace nent trop souvent des armes aux groupes.visibles. À la différence que là-bas, c’étaitimplicite de devoir démissionner », tradi-Regardons comment sont organ- laréférence au statut de citoyen (plutôttion d’indépendance entretenue par les isées les lettres qui critiquent la déci- qu’àl’identité française) qui s’imposaithauts fonctionnaires et les membres du sion. La Société canadienne depar-delà les caractéristiques «commu- Bureaudu Conseil privé. Et il ajoutait, sociologie, par exemple, nous dit quenautaires » et que ce discours était plutôt« tout un chacun sait que la tradition l’abolition du questionnaire long ren- degauche !Cela me rappelle une con- d’indépendancestatistique est aujour-dra beaucoup plus difficiles la mise sur pied d’analysesEn fait, ce que la diversité des soutiens à Statistique Canada et au formulaire long obligatoire (avec ou sans menace longitudinales et donc l’élaboration de politiques e d’emprisonnement) confirme, c’est qu’il n’y avait pas eu, de programmes pour les jusqu’à présent, de politisation marquée du regard posé sur immigrants, les minorités visibles, les pauvres, lesStatistique Canada, sur ses réalisations et, plus généralement, sur le travail statistique. groupes ethniques, les pre-mières Nations, les handi-capés, ou les femmes.férence organisée à Paris au moment ded’hui tellement bien ancrée dans l’esprit Il n’est pas sûr que l‘argument soitla montée du Front national français etdes employés de Statistique Canada que bien convaincant aux yeux des conser-où la spécialiste américaine de l’histoireles médias seraient avertis de toute inter-vateurs (d’ailleurs, il est fort probablestatistique, Margo Anderson, et moi-férence inappropriée ». que les auteurs de la lettre en aient étémême avions à présenter les expériencesEst-ce à dire que tout le monde conscients), car il fait apparaître desaméricaine et canadienne de mesure desétait satisfait et du travail de Statistique groupes revendicateurs et disparaître leorigines, de l’ethnicité, de la race. LeCanada et du type de données collec-référent majeur du point de vue desdébat dans la salle avait vite pris un tourtées? Sans doute pas. Brièvement, on conservateurs : l’entité canadienne.« politique » ; la gauche ne pouvait paspeut dire deux choses. Cela me fait penser à la campagneCallD’abord, qu’on pourrait très biensoutenir un travail statistique (la mesure Me Canadian!des caractéristiques ethniques) qui estqui, il y a une vingtaineécrire une histoire des ratés de la commu-d’années, a conduit à la dénaturation depresque par nature de «droite ». Margonication statistique au Canada, comme
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dans le cas de tout bureau statistique.très explicitement). Les milieuxduites selon des principes différents, d’in-Cette histoire serait toutefois, croyons-économiques et sociaux se sont égale-tensités différentes, et en sommant les nous, plus pauvre que pour bien d’autresment mobilisés et c’est peut-être eux quigens de répondre à des questions qu’ils ne pays. C’est bien ! Ensuite, que l’une desont été le plus visés par les défenseurs dese posent peut-être pas, on crée unartefact. particularités du régime statistique actuel,la position gouvernementale. PourquoiDepuis plusieurs décennies, un tra-qui, en gros, s’impose un peu partout enun service public devrait-il offrir un pro-vail important a été réalisé afin de stabili-ser méthodologiquement un L’une des particularités du régime statistique actuel, qui, enconcept « problématique » gros, s’impose un peu partout en Occident à compter des (prise en compte des refus de répondre, des « je ne sais années 1980, c’est la tendance à tenter d’appréhender le pas », par exemple) et, subjectif. surtout, de lui donner une Occident à compter des années 1980, c’estduit que ces milieux pourraient oulégitimité politique, à défaut d’une la tendance à tenter d’appréhender le sub-devraient acheter ou confectionner eux-légitimité sociologique. Les critiques con-jectif. Plusieurs des questions du recense-mêmes ? Bien sûr, il faut savoir que, surservatrices, qui s’en prennent à l’obliga-ment impliquent une bonne dosece plan, Statistique Canada, commetion de répondre, réactivent, dans un d’appréciation subjective, de choix per-bien des bureaux de par le monde, acontexte politique certes bien différent, sonnels (par exemple concernant lesadopté une approche qui consiste à faireles critiques bourdieusiennes. Dans bien minorités visibles, les origines, le tempspayer ce qui relève d’un usage plus privédes cas, disent les conservateurs, les consacré à certaines activités). C’est uneque public. Contrairement à l’opinionréponses n’auraient tout simplement pas évolution que les statisticiens n’ont pasde certains, cela ne coûte donc pasde valeur, parce que le répondant n’a pas toujours acceptée facilement parce qu’ellenécessairement cher aux contribuables.d’avis, ne veut pas répondre et donc remettait en cause leur travail, allait à l’en-Restent enfin deux grands utilisa-répond n’importe quoi, répond molle-contre de leur formation, et, pour toutteurs : le gouvernement et son adminis-ment, etc. Perdant sa légitimité politique, dire, rendait leur conception de l’objecti- tration,qui, dans le cas destaraudé par les groupes d’intérêt, le con-vité plus difficile à opérationnaliser. Et elleconservateurs, adoptent une approchecept d’opinion publique s’évanouirait a servi d’appui au discours « abolition-moins interventionniste (que leursainsi. L’opinion publique n’existeraitplus. niste » : Que valent des données si tein- prédécesseurs)et donc moins consom-tées de considérations personnelles ?matrice de statistiques; et un publicu terme de cette brève revue des A dont on nous a dit que son malaise faceévénements de cet été et de leurs quoi ser vent donc les données sta- àune administration statistique indis- effetssur divers plans, on peut s’inter-À tistiques dans ces conditions? Lescrète avait motivé la décision de troquerroger sur la tension permanente qui débats de l’été ont eu pour conséquencele questionnaire long et obligatoire pourexistait à Statistique Canada entre l’ac -de montrer l’immense éventail d’utilisa- uneenquête volontaire. Mais lescomplissement de sa fonction politique teurs des données de Statistique Canada.quelques sondages produits sur le sujetet la réalisation de sa fonction scien-Il y a d’abord (j’en suis un !) lesmontrent plutôt que les Canadiens netifique. Comme le disait mon collègue chercheurs universitaires pour qui lepartagent pas majoritairement le pointet ami Jean-Guy Prévost dans un court maintien de catégories semblables d’unde vue gouvernemental, même s’il esttexte percutant le 2 août dernier, il se recensement à l’autre est la conditionvrai que ce public est géographiquementpourrait bien qu’avec la décision du 26 essentielle pour la réalisation d’étudesdivisé sur la question.juin l’équilibre que l’organisme avait longitudinales. Tout changement, certesréussi à maintenir soit rompu. On ne nécessaire pour tenir compte de change-ltimement, essayons de voir encoreconnaît pas au moment où j’écris ces U ments structurels majeurs dans la société,un peu plus loin. Le débat, en fait,lignes la fin de l’histoire. Il reste qu’il a néanmoins pour effet de rompre latouche à un point important : la concep-est tout de même réconfortant de voir chaîne historique de données. Lestion que l’on se fait de la réponse à unel’étendue du soutien à la mission scien-chercheurs ont été nombreux à critiquerquestion et donc la théorie de l’opiniontifique (ou plus généralement à la mis-la décision du gouvernement conserva-publique que l’on met de l’avant. On sesion d’information à l’endroit de tous teur; il n’y a là rien de bien étonnant.rappelle le texte canonique de Pierreles publics) du bureau canadien. Cela Les médias sont également deBourdieu sur l’opinion publique publié enpermet d’espérer que le crédit que grands utilisateurs de résultats d’études1973 dansLes temps modernesStatistique Canada a su se constituer au. L’opinion statistiques. Là encore, la mobilisationpublique n’existe pas, disait-il, pas en toutfil des décennies ne sera pas dilapidé. contre la décision a été large et couvraitcas au sens où on l’entend généralement, presque l’intégralité de l’éventail poli-pas au sens où les maisons de sondage, lesJean-Pierre Beaud est professeur au tique (La Presseet encore plusLe Devoir,analystes, les politiciens l’utilisent. En met-Département de science politique de du côté francophone, ont pris positiontant sur le même pied des opinions pro-l’UQÀM.
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