Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des monuments de Jayavarman VII - article ; n°1 ; vol.44, pg 97-120

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Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1951 - Volume 44 - Numéro 1 - Pages 97-120
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1951
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Langue Catalan
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Georges Cœdès
VII. Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des
monuments de Jayavarman VII
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 44 N°1, 1951. pp. 97-120.
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Cœdès Georges. VII. Études cambodgiennes XXXIX. L'épigraphie des monuments de Jayavarman VII. In: Bulletin de l'Ecole
française d'Extrême-Orient. Tome 44 N°1, 1951. pp. 97-120.
doi : 10.3406/befeo.1951.5040
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1951_num_44_1_5040ÉTUDES CAMBODGIENNES XXXIX
L'ÉPIGRAPHIE DES MONUMENTS
DE JAYAVARMAN VII;
par
G. CŒDÈS
On sait que dans la plupart des grands monuments de Jayavarman VII les noms
des images placées dans les sanctuaires sont inscrits sur un des piédroits de la porte
donnant accès à chacune des chapelles. Ces petites inscriptions, qu'on a longtemps
négligées parce qu'on les croyait postérieures de plusieurs siècles à la construction
des temples et gravées «alors que les traditions anciennes menaçaient de se perdre »W,
sont en réalité contemporaines des édifices et offrent pour la compréhension de ceux-ci
un intérêt certain W.
J'ai déjà publié les inscriptions du Bàyon W. Je vais donner ici celles de Bantây
Kdëi, Ta Prohm, Ta Nei, Práh Khan, Ta Sôm, Bantây Prei, Bantay Thom, Pràsàt
Kralàfi, Bantây Chmàr, après avoir résumé ce qu'elles nous enseignent sur les cultes
pratiqués dans les grandes fondations de Jayavarman VII (*).
О Aymonier, Cambodge, II, p. bkk.
(*) G. Cœdès, La date du Bàyon, in BEFEO, XXVIII, p. 81; Pour mieux comprendre Angkor,
p. 48 et suiv.
(*) BCAI, 19 13, p. 4i et BEFEO, XXVIII, p. io4. Voici quelques corrections qu'il convient
d'introduire dans cette édition :
Inscr. n° 1,1. a-3 : kamrat[en jaga]t çri. . . t ha[r]iharâlaya.
— n° 1. 1-я : k. j. çribâhuwradevao k. j. çri bâhumreçvara. 10,
— n* 2 5 : kamrateň jagat vimâya.
— n° зб : an çri jayacàmpe[çvara] kamralen an çrijayanta.
— n° : remplacer vrah par un petit cercle pointé ®. 97 — n° 28 : cette inscription est gravée sur le pilier sud de l'entrée de la tour centrale,
vestibule 1 a. L'inscription du pilier nord est complètement illisible.
P. 108, n. 1 : au lieu de crdans une inscription de Pràsàt Kèv», lire «dans une inscription de
Práh Vihár».
(*) J'emploie dans les lignes qui suivent les abréviations dont voici la liste :
В : Bàyon. l'K • Práh Khan.
ВС : Bantây Chmàr. PKr: Pràsàt Kralàfi.
BK : Bantây Kdëi. TN : Ta Nei.
BP : Prei. TP : Ta Prohm.
ВТ : Bantay Thom. TS : Ta Som.
BKFEO, XLIV-1. ? 98 G. COËDÈS
Sauf quelques exceptions W, les images sont appelées kamrateň jagat » seigneur de
l'univers я, expression dont l'emploi apparaît pour la première fois en 921 à Kôh
Ker où elle est peut-être simplement la traduction de Tribhuvaneçvara, nom du
linga érigé au sommet de la grande pyramided. C'est au xi* siècle, à partir du
règne de Suryavarman Ie', que se généralisa l'usage de cet appellatif W qui à K6h Ker
était réservé au kamrateň (an) jagat ta râjya et correspondait au composé sanskrit
devarâjya. Ce dernier apparaît dans un calembour de la stèle de Práh Ko (4), et semble
faire allusion à l'institution par Jayavarman II de ce culte du devarâja grâce auquel
ce roi se libéra de la suzeraineté de Java et put se proclamer souverain eakravartin.
C'est peutrêtre ce culte du devarâja = kamrateň jagat ta raja qui popularisa l'em
ploi de l'expression kamrateň jagat comme un équivalent de deva. Quoi qu'il en
soit, cette expression finit par supplanter l'ancien appellatif kamrateň an к mon
seigneur» (5) qui, jusqu'au xe siècle, avait servi à désigner à la fois les dieux,
les rois et les hauts dignitaires. L'expression nouvelle avait l'avantage d'établir
une distinction plus précise entre le monde des hommes et le monde des dieux et
permettait de conférer une promotion, généralement posthume, au prince ou au
dignitaire qui de kamrateň an devenait kamrateň jagat sous l'aspect d'une statue
divine [vrah гпра). Sous le règne de Jayavarman VII, kamrateň jagat est appliqué,
sans distinction aux dieux du panthéon indien^, aux héros légendaires ^, aux
buddhas et aux bodhisattvas , aux images personnelles des morts et des vivants.
Dans les monuments de Jayavarman VII, les images de kamrateň jagat peuvent
être classées en plusieurs catégories, dont la répartition dans les chapelles ne semble
avoir été soumise à aucune règle précise, ou du moins n'apparaît pas clairement à
l'heure actuelle , sauf peut-être au Bàyon P\
1. Les statues isolées qui ne sont mises en relation ni avec un donateur, ni avec
un personnage qu'elles seraient censées représenter : tel est le cas de la grande major
ité des images du Bàyon et de Ta Prohm. Parmi ces statues figurent :
a. Quelques-unes des divinités du panthéon brahmanique, par exemple Brah-
mendradeva (B, 3o), divers aspects de Visnu (PK, О t, О 2, 0 5, О 6, О 7, О 10;
ВС, îa), les déesses Pârvatï (В, 29), Dhâranï (В, До), Çrï et Nârâyanï (ВС, 12);
b. Des représentations du Buddha Bhaisajyaguru (B, 3, 5, 6, 7, 26), et divers
aspects du Buddha ou de Lokeçvara : Sugataràja (TS, 5), Sugata Candrabodhi
(ВТ, i), Tribhuvanamahàbodhi (TN, 6), Tribhuvanasaugateçvara et Tribhuvanasar-
vajfiadeveçvara (TN, 8), Devâtideva (В, З9; TP, 16; PK, С 28), Caturlokanâtha
(PK, E 2), Sarvalokeçvara (PK, С 34), Astamahâbhayaprabhafijaka (PK, С аб),
Jayabuddhamahânâtha, image étroitement associée à Jayavarman VII (B, 3, 6; BG,
12)^; enfin la Prajfiâpâramitâ (BG, 9);
O Vrah (ВС, 9), Vrah Bhagavati Çrï et Vrah BhagavatI Nârâyanï (ВС, la; Sïtâ'
PK, О 3 'et N 3), Vrah Vighneça et Gajarupa (PK, N 4), Vrah Bhagavati О 7). (PK,
(*) G. Cœdès, BEFÈO, XXXI, p. 1 U ; Inscriptions du Cambodge, Í, p. 48 et suiv.
№ Les inscriptions de Râjendravarman et de Jayavarman V n'emploient kamrateň jagat que de
façon exceptionnelle (G. Cœdès, loc. cit., II, p. 56, n. 5).
« Ibid., I, p. 25, note 1.
О Le devarâja est encore appelé kamrateň aň ta ràja dans les inscriptions de Pràsàt Khnà
(BEFËO, XLIII, p. 10), de Ta Kin (ibid., XXVIII, p. i4a) et (une fois) dans la stèle de Sdo*k
Как Thorn (ibid., XLIII, p. 88, С 79).
(*) Visnu sous ses divers aspects (PK, O i, O 5, О б, О 8). Toutefois ВС, ia donne Vrah
kamrateň an Nârâyana.
<7> Bàma, Laksma'na (PK, 45).
» BEFEO, XXVIÍI, p. 96.
(») Sur cette image, cf. BEFEO , XLI, p. a65-a66. ÉTUDES CAMBODGIENNES XXXIX 99
e. Des images d'un caractère strictement local, comme celles qui figuraient dans
les galeries extérieures et les salles-passages du Bàyon (B, i à 7) ou d'un caractère
personnel comme Kambujeçvara (B, 3i), Jayacâmpeçvara(B, 26), Jayadeva(B, 34 ;
TP, 8, 9), Jayeçvara (TP, 6), Jayeçvarï (ВС, 8), Jayaràjadeva (TP, 17), Cakravarti-
râjadeva ( В , 2 2) , Tribhuvanadeva ( TS , 2 ; PK , С 2 1 ) , Tribhuvanadeveçvara ( TN , 8) ,
Tribhuvaneçvara (B, 92), Tribhuvanabhïmeçvara (TN, 2), Vrddheçvara (TS, 3),
Vrddheçvarî (BG, 8), Indradeva et Indradevï (B, i3), Ràjendradevï (B, 16),
Râjendreçvarï (B, 22), Bhûpendradeva et Bhupendreçvarï(BG, 6-7), Vijayendradevï
et Vijayendreçvarî (B, 16), Prthivïndreçvara (TP, i3), Râjatilakeçvarï (TP, 4),
Hrsïkeçvara et Harivançeçvara (TP, 7), Hanseçvara(B, 16). Bien que les inscriptions
ne le disent pas expressément, il est probable que la plupart de ces images étaient
des statues-portraits W. C'est également le cas des images énumérées dans l'inscrip
tion 1 de Bantay Chmàr, dont la grande inscription qui lui fait suite fournit
l'identité (2).
2. Les statues isolées, fondées par des particuliers, dont les noms sont sans rap
port avec ceux des statues : par exemple Samantaprabheçvara et Bhàratïçvarï fondées
par le Khion vala Vnur Phcik (PK , S 5) , Sûryaçakti fondée par le K. A. Çrï Yaçodhara-
varma (PK, N 2); Cf. encore TP, 1 1 ; PK, N 4.
3. Les statues isolées, fondées par des particuliers dont les noms entrent dans la
composition de ceux des statues : par exemple Dharanïndreçvarï fondée par Dhara-
nïndrapandita (TP, 10) et Narapatïndreçvarî fondée par Narapatïndravarman (TP,
i4).
à. Les statues isolées, qui sont l'image de personnages dont les noms sont sans
rapport avec ceux de ces statues : par exemple Deveçvara, image du K. A. Çrï Visnu
Gun Vis (B, i5), Lokyeçvara, image du Saûjak Devapura (PK, С 24). Cf. encore
B, 9, З2, 34; TN, 4; PK, С i5, С 2o, С 22, С su, С 29, C 3i, С 32, С 33, С 35,
S 4, S 6; ВС, 2,3,5, ю, и).
5. Les statues isolées, qui sont l'image de personnages dont les noms entrent dans
la composition de ceux des statues^ i par exemple Râjendradeva, image du K. A.
Rajendrapandita (B, 12), Dharanïndreçvara, image du K. A. Dharanïndrapandita
(PK, S 2). Cf. encore B, 20, 2З, 24*, 38; TN, 3, 6; PK, С 1, С 2, С 4, С 6, С 9,
С li, С 12, С i3, С 17, С 22, S 1, S 5; TS, 1, 4, 6; ВС, i, 8, 11.
Parmi les statues dont le nom est associé à celui d'un personnage nommé dans
l'inscription, il faut mettre à part celles qui étaient vénérées dans deux chapelles
(P, et P2) de la cour sud-ouest de Práh Khan. Les inscriptions С 7 et С 8 qui
donnent leur nom ajoutent qu'elles représentent le père et la mère du personnage
M Par exemple Bhûpendradeva (BG, 6) apparaît à Práh Khan (N3), comme premier élément
d'une triade fondée par Bhûpendrapandita. Quant à Hrsikeçvara, c'est apparemment l'image d'un
brahmane connu par ailleurs (cf. infra, note sous TP, 7).
» BEFEO, XXIX, p. З09.
<•) La distinction entre ce groupe et le précédent est parfois on peu arbitraire. J'ai rangé dans
le groupe 5 les inscriptions PK, E 1 et BG, 8 qui se rapportent à des statues de la reine Gudâ-
mani (mère de Jayavarman VII) nommées Mahîdhararâjacudâmaui (PK, E 1) et Trailokyarâja-
cûdâmani (BG, 8), bien que la reine n'y soit pas désignée par son nom, mais par son litre
d'épouse de Dharanindravarman H. On notera à ce propos que la même personne pouvait avoir
plusieurs statues portant des noms différents : en dehors des deux qui viennent d'être citées, la
reine Cudámani avait encore une statue dans le sanctuaire central du Ta Prohm, sous le nom
de Jayarâjacudâmani , et une autre au Bàyon, sous celui de Jayamangalârthacudâmani (B, 7). . 6. COEDÈS 100
dont le nom entre dans la composition de ceux de ces deux statues : la statue nommée
Nrpendreçvara représente le père, et celle nommée Nrpendreçvarï représente la mère
de Nrpendrapandita. Immédiatement au nord de ces deux chapelles, il y en a une
troisième (P3) qui contenait la statue de Nrpendradeva, image de Nrpendrapandita
lui-même (inscr. С 9). On a ainsi, dans trois chapelles alignées dans la même cour,
trois images représentant le père, la mère et le fils, et portant trois noms qui sont
composés avec celui du fils et se terminent respectivement par 4çvara, 4çvati et "deva.
Un autre exemple de ce type iconographique, qui sera étudié avec plus de détails
sous le n° 8, nous est fourni par l'inscription S 3, d'après laquelle la triade Mahï-
dharendradeva, Mahïdharadeva et Mahïdharendreçvarï représentait le guru, le père
et la mère de Mahïdharapandita.
6. Les groupes de trois statues sans nom de fondateur, par exemple Tribhuva-
nanjaya-Vrddheçvara-Vrddheçvarï (BK, 1). Cf. encore ВТ, з;РКг, a; et peut-être
B, 10, 11.
7. Les groupes de trois statues fondées par des particuliers dont les noms sont
sans rapport avec ceux des , par exemple : Ksitïndreçvara-Ksitïndreçvarï-
Ksitïndralaksmï, triade fondée par le K. A. Sarvafijaya Gunadosa catvârï Khlon vala
Çiva (PK, N 5). C'est le cas de la triade de Bantay Prei. Cf. encore PKr, On.
8. Les groupes de trois statues fondées par des particuliers dont les noms entrent
dans la composition de ceux des statues de la triade : par exemple Dharmeçvara-
Dharmeçvarï-Dharmadeva, triade fondée parle K. A. Çrl Dharmasenâpatïndrapandita
(BK, 3); Ràjendreçvara-Râjendradeva-Ràjendreçvarî, triade fondée par le K. A. Çrï
Ràjendrapandita (PK, С ю). Cf. encore PK, E 3, E 4, S 3, S 7, О 3, О 4, О 9,
N i, N a, N 5, et peut-être В, 17.
Telles sont les différentes catégories d'images nommées dans les petites inscrip
tions des chapelles à la fin du xne siècle. A quels types iconographiques correspondent-
elles?
Si l'on met à part les grandes figures des panthéons brahmanique et bouddhique,
d'ailleurs en petit nombre, on constate que la grande majorité des statues portent
des noms terminés par °ïçvara, °îçvarî. Or la plupart des statues trouvées dans les
monuments considérés représentaient des divinités ayant l'aspect du bodhisattva
Lokeçvara, ou de la Prajfiàpàramitâ, reconnaissables à la présence d'un petit Buddha
assis dans la partie antérieure de la coiffure. On peut en conclure que, d'une façon
générale, les statues-portraits isolées devaient appartenir à ces deux types.
Pour les triades, la question est plus complexe, et mérite d'être étudiée avec soin.
Les musées ont recueilli bon nombre de ces triades, de provenances diverses, soit en
pierre (l\ soit en bronze ^, soit sous forme de tablettes votives ^. La plupart de ces
triades représentent le Buddha assis sur le nâga, entre le bodhisattva Lokeçvara et
(') G. Cœdès , Catalogue des pièces originales de sculpture khmère conservées au Musée Indochinois
du Trocadéro et au Musée Guimet, in BCAI, 1910, p. 35 (n°* 80-82), p. 55 (n°* 54-55). — Catalogue
des collections indochinoises du Musée Guimet, in BCAI, 19З1-19ЗА, p. i34 (n°* 4-56), p. 1З6
(nOi 5-i). — H. Parmentier, Catalogue du Musée khmèr de Phnom Péh, in BEFEO, XII, 3, p. a6
(S (n° з5, 11 5). i et Cf. 9), aussi p. 38 L. Finot, (S s5, Lokeçvara 5). — L. Malleret, en Indochine, Catalogue in Et. du asiat., Musée EFEO, B. de I, la p. Brosse, s53 et I, suiv. p. 117
(*> G. Groslier, Les collections khmères du Musée A. Sarraut (Ars Asiatica, XVI), p. 58,
pi. XVI.
is) G. Cœdès, Bronzes khmèrs (Ars Asiatica, Y), pi. L; Tablettes votives bouddhiques du Siam,
in Et. asiat., EFEO, I, p. i58, pi. I et X. ÉTUDES CAMBODGIENNES XXXIX 101
une figure féminine en qui l'on peut reconnaître la Prajnâpâramitâ W (pi. XXXV).
Mais, dans certains cas, Tordre -est interverti, et c'est la PrajMpâramitâ qui occupe
la place centrale (pi. XXXVI, 1); dans ďautres, le Buddha assis sur le nâga, au
centre, est flanqué de deux Lokeçvara (pi. XXXVI, 2); ou bien encore, la figure fémi
nine qui occupe le centre est flanquée d'un personnage masculin et d'une seconde
figure féminine (pi. XXXVII). Enfin, à côté de ces triades bouddhiques, et sans
parler des trimûrti brahmaniques, on rencontre des groupes de trois images dont
rien n'indique le caractère bouddhique (pi. XXXVIII) W.
A ces diverses combinaisons iconographiques correspondaient évidemment des
dénominations différentes. Or, si l'on se reporte aux inscriptions des trois dernières
catégories (6 à 8), et si Ton examine les vocables par lesquels se terminent les noms
des statues, le nom de base (identique ou non à celui du fondateur) restant le même
pour les trois images, on observe les combinaisons suivantes :
. I. °deva — °îçvara — °îçvarî (ou "deveçvarï) (ВТ, 2 ; PK, S 7).
П. °deva - "ïçvara (ou °deveçvara) - laksmï (PK ,0 3 , N i , N 3).
Ш. °ïçvara — °deva (ou °indradeva) - ïçvarï (PK, G 10, E 4).
IV.- "ïçvarï - °deva (BK, 3).
V. Parama0 "ïçvara - "ïçvara - ïçvarï (PK, E 3).
VI. "ïçvara — °ïçvan - laksmï (PK, N 5).
Il s'agit de chercher à quelles combinaisons correspondent ces dénominations, et
quel lien existait entre ces triades et leurs fondateurs, lorsque ceux-ci sont nommés.
La première question serait résolue d'elle-même si les images correspondant aux
inscriptions avaient été retrouvées in situ. Ce n'est le cas que pour l'unique image du
type V qui représente un homme barbu entièrement nu (sauf un cache-sexe), ayant
à sa droite un homme vêtu du sampot et coiffé du muku ta et à sa gauche une femme
portant une jupe et coiffée de même W. Il semble hors de doute que ce groupe corres
pond à l'inscription PK, E 3 (Paramahanseçvara, Hanseçvara, Hanseçvarï) gravée sur
le montant de la porte du passage latéral nord du gopura IV est de Práh Khan où
elle a été trouvée (pi. XXXVIII, 2).
Pour les autres, on peut formuler les conjectures suivantes, en tirant de l'exemple
précédent la leçon que l'image centrale est nommée la première dans l'inscription, et
en tenant compte du fait qu'à cette époque un nom terminé en "deva peut s'appliquer
à une statue du Buddha ^K
Les types I et II doivent correspondre au type classique : Buddha central entre
Lokeçvara et une image féminine, mais la terminaison en "laksmi semble indiquer
que cette dernière n'était pas toujours une Prajfiâ.
W G. Cœdès, Bronzes khmèrs, p. 36 et suiv. — P. Mus, Le Buddha paré , in BEFEO, XXVIII,
p. i55 et suiv. — C'est cette triade qui était représentée en bas-relief tout le long du mur exté
rieur de la galerie III de Ta Prohm et qui a été ensuite soigneusement bûchée.
M Voir dans G. Groslier, Les collections khmères du Musée Albert Sarraut, pi. X , a , un groupe
du même type.
<3> Pièce conservée à Toulouse, Musée Labit.
(*> Le Sugata Vïraçakti de l'inscription de Práh Kbàn (st. CXII et CLIX) est appelé Jayavïra-
çaktimahâdeva a Pràsàt Ta An (Aymonier, Cambodge, II, p. З67). La statue de Buddha (buddha-
rûpa), fondée en 1З08 par le roi Çri Çrïndravarman, s'appelait Çrl Çrïndramahâdeva (BEFEO,
XXXVI, p. i6).
Quant à la terminaison 'îçvara, bien qu'elle semble devoir normalement désigner une image
de Lokeçvara, l'exemple du Sugata Râjapatïçvara de l'inscr. de Práh Khan (st. CXIII) montre
qu'elle était appliquée aussi к des statues du Buddha. ■
.
102 G. COEDÈS
Les types III et IV doivent correspondre à une triade composée d'un Lokeçvara
central flanqué du Buddha et ďune image féminine (probablement la Prajfiâ),
combinaison dont on n'a pas retrouvé d'exemple plastique, mais dont la possibilité
est garantie par la combinaison : Prajnâ centrale entre le Buddha et Lokeçvara, „
attestée par la tablette votive mentionnée ci-dessus , et par la triade installée à Práh
Khan dans les édicules Pt , P2, P3 (inscr. С 7, С 8 , G 9 ).
Enfin, le type VI doit comprendre à une image de bodhisattva entre deux figures
féminines.
Sur le lien qui unissait la triade avec le personnage, fondateur ou non, dont elle
portait le nom, les inscriptions PK, G 7, G 8, G 9, ont donné une première indi
cation en montrant les trois images nommées Nrpendreçvara, Nrpendreçvarî et
Nrpendradeva représentant respectivement le père, la mère et la propre personne de
Nrpendrapandita. D'autre part, l'inscription PK,S3 dit que la triade Mahïdha-
rendradeva, Mahïdharadeva et Mahïdharendreçvarï représentent le guru, le père et
la mère de Mahïdharapandita, c'est-à-dire cet ensemble que la stèle du Phimanàkàs
(st. XCII) appelle les triguravah «les trois guru я t1). Cette même inscription indique
que d'autres combinaisons étaient encore admises : sans parler de la st. XGII1 qui
ouvre toutes les possibilités en montrant la reine Jayaràjadevï «érigeant partout son
père, sa mère, ses frères, amis et membres de sa famille, connus d'elle ou dont elle
avait entendu parler я, la st. XGVI mentionne expressément une triade érigée dans
toute ville par la reine Indradevï et constituée par les images de sa sœur aînée la
reine Jayaràjadevï, du roi Jayavarman VII et d'elle-même W.
J'ai indiqué ailleurs les faits qui se dégagent de l'étude de ces petites inscriptions
et nous éclairent sur le caractère des monuments W. «Tout ďabord, ai-je dit, un
<r nombre important de statues y avaient été installées par des particuliers dans des
«f fondations royales (TàProhm, Práh Khan). Ensuite, le type de religion qui se
«laisse distinguer à travers les noms des images dénote un remarquable syncré-
« tišme W, car des images bouddhiques y voisinent avec des images vishnouites et
«çivaïtes, et il est parfois difficile de préciser de quel culte relève telle image isolée
«ou telle triade. D'autre part, ces cultes sont essentiellement personnels et c'est
«cette particularité qui explique et justifie la présence des inscriptions à l'entrée des
«chapelles : une image de Visnu, du Buddha ou de Lokeçvara n'aurait pas eu besoin
«d'être nommée, tandis qu'une inscription était nécessaire pour donner leur indivi-
« dualité et leur personnalité à des images d'apparence peu caractéristique, sans
«parler du souci légitime des donateurs de mentionner leurs noms qui dans la
«plupart des cas expliquaient ceux des statues.» J'ajouterai ici que, si l'on compare
entre elles les séries constituées par les inscriptions provenant d'un même monu
ment, on constate : au Bàyon, la prédominance très nette des images impersonn
elles, et la rareté des inscriptions mentionnant des fondateurs; à Ta Prohm, la
mention de divers fondateurs, mais l'absence de triades et d'images isolées données
expressément comme des portraits; à Práh Khan, la grande abondance de ces deux
types inconnus à Ta Prohm. Le temple de Práh Khan étant postérieur à celui de
Ta Prohm, il est possible que la mode de ces cultes personnels se soit développée
M BEFEO, XXV, p. З91. L. Finot dit en note ; «sans doute son père, a» mère et son mari»,
combinaison qui n'est pas exclue non plus.
(*) Sur ces statues éh\ées du vivant même des personnages représentés, cf. BEFEO; XL,
p. 3a6. Ces étaient considérées comme les images futures du personnage, le représentant
•par anticipation, tel qu'il devait apparaître une fois divinisé (BEFEO, XI, p. koh).
(?) Pour mieux comprendre Angkor, p. 5 3-5 Л.
W Syncrétisme qui se manifeste aussi dans le décoration;- . * . • CAMBODGIENNES XXXIX 103 ÉTUDES
entre ia construction des deux monuments. Il semble que Ta Prohm et Práh Khan
aient été considérés comme des véritables cimetières, où les « caveaux de famille»
ont fini par envahir toutes les cours, tandis qu'au Bàyon, temple royal par excel
lence, la faveur d'y ériger des statues ne dut être accordée qu'à de rares privilégiés.
BANTÂY KDËI
(PL XXXIX)
1. Bâtiment d'angle nord-est de l'enceinte I. Piédroit sud de la porte est.
(K. 27s.)
(1) o kamrateû jagat çrïtribhuvanafijaya o W
(2) о kamrateù jagat çrïvrddheçvara о (а) *
(3) о jagat çrïvrddheçvarï о (3)
2. Bâtiment d'angle nord-ouest de l'enceinte I. Piédroit nord de la porte ouest.
(Illisible.)
3. Piédroit trouvé dans la cour entre les enceintes I et II ouest, côté sud. .
(K. 53 i = Corpus, LXXVII; Itiscr. du Cambodge, II, p. 160).
(i) o kamrateň jagat çrïdharmmeçvara о
(a) о kamrateù jagat çrïdharmmeçvarl
(3) о jagat çrïdharmmadeva о
(A) o vrah kamrateň an çrîdharmmasenâpatïndrapandita gi la sthâpa о
tX prohm
(PL XL)
Inscriptions de l'enceinte 1
1. Chapelle d'angle sud-est. Piédroit ouest de la porte sud.
(K. 9i3.)
о kamrateù jagat çrikumâreçvara . . .
2. Édicule H. Piédroit sud de la porte est.
(K. 9i3.)
о kamrateù jagat çrïdharmmarâjâdhipatïçvara vrah vodhi o
W Un dieu portant ce nom (Ci va ou Visnu) est mentionné a deux reprises dans le» inscrip
tions de Ta Kèv (K. 376 et 377 Nord).
(*) Le nom de Vrddheçvara se trouve à la même époque dans les inscriptions de Ta Nei
(n* A) et de Bantây Thom; et plus anciennement à Hin Khon (K. 388 ďépoque préangkorienne),
au Phnom Gisór (K. 33, ligne аЛзг/nscr. du Cambodge, III, p. i5i; date 1017 A. D.), au Práh
Yihâr (К. З80 Ouest, lignes 10-11; date 10З7) et à Kamp'éng Yaï (К. З7/1, date îoia).
(3) Ce nom apparaît à Bantây Ghmàr (n° 8) et à Bantây Thom.,-
(*) Ce personnage avait sa statue à Ta S6m (в° h). — Gt ta $thàpa «celui qui fait la fon
dation». Ш G. СОЕ DÈS
3. Gopura I nord. Piédroit est de la porte nord.
(K.9i3.)
O kamrateň jagat . . . çvara о
à. Chapelle d'angle nord-est. Piédroit est de la porte nord.
(K. 4)
[d kajmrateû jagat çrîrâjatilakeçvarî о
Inscriptions entre les enceintes I et II
5. Bâtiments D. Piédroit sud de la porte est.
(K. 274.)
o kamrateň jagat çrï . . . rïndreçvara о
6. Bâtiment С Piédroit sud de la porte est.
(K. 274.)
O kamrateň jagat çrïjayeçvara о
7. Bâtiment D. Piédroit sud de la porte est.
(K. 274.)
(1) o kamrateň jagat çrïhrsïkeçvara o^1'
(2) о kamrateû jagat çrîharivançeçvara о
Inscriptions entre les enceintes II et III
8. Bâtiment 52. Piédroit ouest de la porte sud.
(K. 274.)
о kamrateû jagat çrîjayadeva о
9. Bâtiment S2. Piédroit nord de la porte ouest.
(K. S74.)
о kamrateû jagat çrîjayadeva o W
10. Bâtiment U. Piédroit sud de la porte est,
(K.9i3.)
(1) o kamrateň jagat çrîdharanïndreçvarï о
(2) o vrah kamrateû an çrïdharanïndrapandita W gi ta sthâpa
О Cette image était peut-être une image du brahmane Hrsîkeça , d'origine birmane , qui fut
purohita de Jayavarman VII, et dont une fille devint reine de Jayavarman VIII (BEFEO, XXV,
p. З96; XXVIII, p. 99 et юз).
W Ce nom se lit aussi au Bàyon (n° 34, cf. BEFEO, XXVIII, p. 98, lia).
(») Ce personnage est aussi mentionné à Práh Khan (S 3, S 5). ,
ÉTUDES CAMBODGIENNES XXXIX 105
1 1 . Bâtiment R. Piédroit ouest de la porte sud.
(K 3)
(i) o kamraten jagat çrîjayaràjeçvara о
(з) о vrah bhutapati kamraten an gi ta sthápa o
12. Bâtiment R. Piédroit est de la porte nord.
(К. ,74.)
o kamraten jagat çrîindradeva o W
13. Bâtiment J. Piédroit sud de la porte est de la chapelle ouest. .
(К.91З.)
о kamraten jagat çrïprthivïndreçvara (ou °rï)
14. Bâtiment N1. Piédroit sud de la porte est.
(К.91З.)
(1) о kamraten jagat çrïnarapatïndreçvarî о
(з) [o vrah ka]mrateů аи çrînarapatïndravarmma W gi ta sthápa o
Inscriptions de l'enceinte III
15. Gopura III est. Piédroit sud de la porte est.
(K.9i3.) •
о kamraten jagat Iboû vesi o
1 6. Gopura III ouest. Piédroit sud de la porte intérieure est.
(K. i7à.)
o kamraten jagat çrïdevâtideva o W
EMPLACEMENT INDETERMINE
17. (K. a74.)
o kamraten jagat çrïjayarâjadeva
TA NEI .
(PL XXXIX)
(K. a84)
1. Gopura I est. Piédroit nord de la porte est.
(a lignes effacées)
(n* W 1). Ce Il dieu est probablement avait aussi sa distinct statue du au Çrïndradeva Bàyon, associée de Bantây à celle Chmàr d'Indradevï (n° 1). (n* i3) et à Ta Nei
(*' Ce titre a été porté au cours des siècles par plusieurs dignitaires, notamment par un des
sanjak de Suryavarman II représenté à Aňkor Vàt. Puisque celui de Ta Prohm érige une statue
au plus tôt sous Jayavarman VII, ce ne saurait être le même que ce dernier.
(>) Ce nom du Buddha se lit au Bàyon (n° З9) et à Pràh Khan (n° G a 8).