Force et résistance dans la philosophie politique de Hegel, Force and resistance in Hegel s political philosophy
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Sous la direction de Jean-Christophe Merle
Thèse soutenue le 26 mars 2010: Tours
L’objet de la recherche est de développer une interprétation du couple conceptuel de « force » et de « résistance » comme déterminant de l’unité entre les deux grands domaines du Système de la Science de Hegel, celui de la logique et celui de l’histoire. Le point de départ du travail est l’ambition du projet hégélien qui vise à mettre en évidence la nécessité systématique et la cohérence historique de toute la réalité empirique. A travers tout le Système de la Science Hegel trace la montée d’un même esprit à travers les étapes d’un unique parcours dialectique. Le présupposé du projet est donc l’homogénéité conceptuelle des termes et la continuité du champ de l’objet. Le défi de Hegel consiste à relier, sous la même égide, tout ce qui est. L’hypothèse centrale de la recherche est que la dialectique hégélienne ne se laisse réduire ni à une logique purement métaphorique de « force » et de « résistance », ni à une logique purement physique ou mécanique de ce même couple. Cette hypothèse est conforme au projet de Hegel.
-Hegel
-Dialectique
-Epistemologie
-Théorie politique
-Philosophie de l'histoire
The aim of the research is to develop an interpretation of the conceptual pair ‘force’ and ‘resistance’ as a determinant of the unity between to major areas of Hegel’s System of Science, namely, logic and history. The point of departure for the work is the ambition of the Hegelian project, which seeks to clarify the systematic necessity and historical coherence of all empirical reality. Hegel traces, across the entire System of Science, the ascension of a single spirit following all the stage of the dialectical progress. The presupposition of the Hegel project is the conceptual homogeneity of the terms and the continuity of the of object’s field. Hegel’s challenge consists of uniting under the egis, everything that exists. The central hypothesis of the research is that the Hegelian dialectic can neither be reduced to a purely metaphorical logic of ‘force’ and ‘resistance’, nor to a purely physical or mechanical logic of this pair. This hypothesis stands in conformity with Hegel’s project.
Source: http://www.theses.fr/2010TOUR2003/document

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Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait


UNIVERSITÉ FRANÇOIS - RABELAIS
DE TOURS


ÉCOLE DOCTORALE SHS


THÈSE présentée par :
J. Peter BURGESS

soutenue le : 26 mars 2010


pour obtenir le grade de : Docteur de l’Université François – Rabelais de Tours
Discipline/ Spécialité : PHILOSOPHIE

FORCE ET RESISTANCE DANS LA
PHILOSOPHIE POLITIQUE DE HEGEL



THÈSE dirigée par :
M. MERLE Jean-Christophe Professeur, Université François – Rabelais de Tours

RAPPORTEURS :
Mme. COLLIOT-THÉLÈNE Catherine Professeur, Université de Rennes
M KERVÉGAN Jean-François Professeur, Université Paris 1/Panthéon-Sorbonne



JURY :
Mme. COLLIOT-THÉLÈNE Catherine Professeur, Université de Rennes
M. BIARD, Joël Professeur, Université François – Rabelais de Tours
M KERVÉGAN Jean-François Professeur, Université Paris 1/Panthéon-Sorbonne
M. LEGROS Robert Professeur, Université de Caen








Force et résistance dans la
philosophie politique de Hegel






J. Peter BURGESS


Thèse de doctorat
Université François-Rabelais
Directeur de thèse : M. Jean-Christophe MERLE
25.01.10 2 (417)  Sommaire
Avant-propos ...................................................................................................................................7
Première Partie
Le rapport structurel entre la force et la résistance.......................... 17
Introduction à la Première Partie...................................................................................................19
Chapitre I
Premières formes du rapport de force et de résistance................................................................. 25
§ 1. Introduction...............................................................................................25
§ 2. Révolution et/ou Réforme. La Révolution Française. Les Lumières et « l’entendement sec »..................28
§ 3. La tradition chrétienne. La foi, la liberté et la contrainte dans les écrits de Tübingen et de Berne ............31
§ 4. La religion populaire. Sensibilité et moralité. La religion rationnelle. « La Religion populaire (Volksreligion)
et le Christianisme » .........................................................................................................................................................33
§ 5. Religion objective et subjective. La force d’autorité. L’entendement et la mémoire. L’expérience
immédiate de la religion...................35
§ 6. La religion populaire et la religion rationnelle. La positivité de la religion objective ....................................38
§ 7. Foi et histoire. La fondation du christianisme et la transmission de la foi. « La Vie de Jésus ». « La
positivité de la religion chrétienne » ..............................................................................................................................41
§ 8. Vérité et autorité. Vérités subjectives et vérités objectives................44
§ 9. De la religion païenne à la religion chrétienne. L’esprit trans-historique. La religion naturelle et son déclin.
Les forces historiques et le mouvement de la raison..................................45
§ 10. Jésus comme le paradigme de la raison kantienne. Hölderlin et la philosophie de l’unification. La période
de Francfort.......................................................................................................................................51
§ 11. Force et unification. L’universalité des commandements religieux et l’unité de l’expérience individuelle.
Résistance et adhésion. « Begreifen ist beherrschen ». « Esquisses sur la religion et l’amour ». « La Différence
entre l’imagination grecque et celle de la religion chrétienne positive » ..................................................................53
§ 12. L’amour et la vie. L’amour est unique et multiple. L’amour comme force unifiante56
§ 13. L’auto-aliénation du peuple juif. Abraham, père du peuple juif. L’état naturel. L’unité irrécupérable du
peuple juif. « La positivité de la religion chrétienne » .................................60
§ 14. La positivité du judaïsme. Existence comme soumission ...............................................................................63
§ 15. Positivité et réunification. La législation universelle et la multiplicité du peuple. « Un messie armé de
puissance » .........................................................................................................66
§ 16. Le dernier kantisme. « Fragments sur l’amour et la religion »..........................................................................70
§ 17. Loi morale et dialectique. La particularité du peuple résiste à l’universalité de la loi...71
§ 18. Loi morale et devoir. Législation divine et législation civile. « La loi est conciliation d’opposés dans un
concept »............................................................................................................73
Chapitre II
Antécédents de la conception hégélienne de force et de résistance............................................. 77
§ 1. Histoire philosophique et généalogie hégélienne.................................................................77
A. Antécédents dans l’Antiquité ............................................... 80
i. L’essence et le mouvement chez Héraclite........................... 80
§ 2. La conscience grecque et l’histoire de la philosophie. Parménide et Héraclite. La contradiction, le
mouvement et le conflit...................................................................................................................................................80
§ 3. Devenir et spéculation. L’harmonie implicite. Le devenir comme ressort de l’être et du néant. .................84
ii. Force et potentialité chez Aristote........ 88
§ 4. Dynamis et energeia......................88
§ 5. Qu’est-ce que la nécessité ? Puissance et force. Nécessité comme force.........................................................92
§ 6. Le déploiement de l’esprit dans l’histoire..............................................................................95
B. Antécédents contemporains................................................. 98
§ 7. Introduction...............................................................................................................................98
i. Force et résistance chez Fichte............................................. 99
§ 8. Situation de la philosophie de Fichte.....................................................99
§ 9. La conscience comme fait-action (Thathandlung) dans la Recension de l’Aenesidemus.......103
§ 10. Critique de la loi morale comme dynamique de l’effort et de la résistance.................107
§ 11. La Doctrine de la science comme contribution à la pensée systématique ..........................................................110
§ 12. Les trois axiomes de la Doctrine de la science........................................................................112
§ 13. La connaissance du moi et du non-moi............................................117
3(417)  § 14. L’activité et la passivité.........................................................................................................................................119
§ 15. La causalité et la substance..................................................................120
§ 16. Le s’efforcer pratique du moi..............................122
§ 17. La subjectivité comme pratique..........................................................123
§ 18. La force du moi et le heurt de son objet...........................................................................128
§ 19. Le système de l’effort ................................................................130
§ 20. Les versions ultérieures de la Doctrine de la science .............................................................133
§ 21. De la théorie du sujet à la philosophie du droit et au système de l’éthique.................134
II. Force vitale et philosophie de la nature chez Schelling.... 139
§ 22. Schelling, Fichte, Hegel et le Journal critique de la Philosophie............................................................................139
§ 23. La nature chez Hegel et chez Schelling .............................................142
§ 24. La force vitale. Le rejet de la mathesis universalis. La liberté naturelle et la libération de la nature145
§ 25. La liaison spirituelle ..............................................150
§ 26. La déduction du monde des objets à partir du moi. L’activité aveugle du moi et l’être-borné. L’être
comme liberté restreinte spirituelle..............................................................................................................................152
§ 27. L’idéalisme objectif. Le développement de la matière et l’aspiration de l’esprit. La nature tend vers
l’esprit...............................................................................................................................................................................159
§ 28. Force de l’esprit ou force vitale : Hegel entre Schelling et Fichte.161
§ 29. La philosophie de la nature. ................................................................................................................................164
§ 30. La comparaison entre Fichte et de Schelling dans La Différence.....168
Chapitre III
Génèse et structure de la dialectique ...........................................................................................173
§ 1. Introduction : La forme définitive de la dialectique. Le protestantisme contre l’Aufklärung. La religion et
l’idéalisme subjectif. La force de l’autorité religieuse. Obéissance et résistance...................................................173
A. La Phénoménologie de l’Esprit : Projet et système........... 176
§ 2. Phénomène et dialectique. Le mouvement du phénomène.............176
§ 4. La négation déterminée. L’auto-mouvement et l’auto-réfutation....................................................................182
§ 5. L’hétérogénéité du mouvement dialectique. L’instrumentalité de la connaissance. La détermination et
l’orientation. La négativité hégélienne.........................................................................................185
§ 6. Système et science. L’aspiration du Système de la Science. Nécessité intérieure et extérieure. Le concept
est l’élément de la vérité. La nécessite historique du Système.................................................188
§ 7. Sujet et substance. La nécessité du contingent. Le devenir du concept. L’intégralité et la décomposition
du concept. ......................................................................................................................................192
§ 8. Déterminisme historique et normativité épistémologique...............197
B. Le concept.......................................................................... 200
§ 9. Le concept dans le système...200
§ 10. Le concept comme force créatrice. L’universalité, la particularité et la singularité. ..................................202
§ 11. Effectivité et achèvement. L’universel dans le système..................204
§ 12. La force de l’universel. Résistance et détermination. .....................................................................................206
§ 13. La détermination. Particularité et singularité....209
Deuxième partie
Force et résistance dans la philosophie politique...........................................................213
Introduction à la Deuxième Partie ......................................................................... 215
Chapitre IV
Force et résistance du soi : la volonté..........................219
§ 1. Introduction : La volonté et le devoir-être..........................................................................................................219
§ 2. L’intelligence et la volonté. Objectivité subjectivante et subjectivité objectivante. La volonté comme
l’irréductibilité du soi et d’autrui. .................................220
§ 3. L’intelligence et la volonté par rapport au couple entendement-raison. Le social : volonté et langage. ...226
§ 4. La volonté et la négativité. Forme et contenu dans la volonté fichtéene et kantienne. L’action et le destin.
...........................................................................................................................................................................................228
§ 5. Le troisième moment de la volonté : la sursomption. La volonté du maître et la volonté du serviteur. .232
§ 6. L’Esprit pratique. La volonté formelle et la liberté.234
§ 7. Le sentiment pratique. Déterminité interne et externe. L’être et le devoir-être. Le jugement et les
sentiments........................................................................................................................................................................237
§ 8. La forme et le contenu de la volonté. L’autodétermination de la volonté. La pulsion et l’inclination. La
passion..............240
4(417)   § 9. Les modes de la volonté naturelle. L’inclination et la passion. La différenciation subjective et objective
du contenu comme l’entrée dans la sphère socio-morale. .............................................................................................
§ 10. De l’impulsion à la volonté. Les modalités du choix. La félicité comme le voulu en soi. L’esprit libre et
le libre-arbitre. La liberté habituelle et la liberté hégélienne……………………………………………….246
§ 11. La volonté et la liberté. L’activité finalisée de la volonté. La loi, la coutume et le droit...........................252
Chapitre V
La morale comme economie de tension : l’ethicité .................................................................... 255
A. L’éthicité et le droit naturel................................................ 255
§ 1. L’éthicité entre l’empirisme et le rationalisme. La raison pratique kantienne...............255
§ 2. Le droit naturel et le droit de la nature................................................258
§ 3. « L’éthicité absolue est un peuple ». L’expérience éthique de l’individu. L’éthicité singulière et l’éthicité
absolue. ............................................................................................................................................262
B. L’éthicité et l’État............................... 265
§ 4. Situation des trois moments des Fondements de la Philosophie du Droit...............................................................265
§ 5. La philosophie morale de Kant. L’éthicité, l’autonomie et la volonté. L’éthicité et le bien........................268
§ 6. Force, autorité et éthicité. ......................................................................................................274
§ 7. L’éthicité est l’idée de la liberté. L’élément éthique objectif. L’autoconscience effective. L’extériorité
intérieure de la loi morale..............................................277
Chapitre VI
L’État comme dispositif de force................................................................................................ 283
A. L’État et la religion ............................................................ 283
§ 1. Situation. Le rapport structurel de la religion et de l’État.................283
§ 2. Le concept de la religion. La religion formelle et le fanatisme. l’État comme concrétisation de la religion.
...........................................................................................................................................................286
§ 3. Doctrine d’Église et doctrine d’État. Monopoles subjectif et objectif. L’État n’est pas excepté de
l’infinitude subjective ; l’Église n’est pas exceptée de l’existence civique..............................292
§ 4. La Réforme. La force d’autorité dans L’Église et dans l’État. La religion et le peuple. L’affirmation de soi-
même comme le refus de l’autre. L’éthicité. Qu’est-ce qu’une révolution religieuse?.........................................295
§ 5. La Réforme et l’État. La guerre de Trente ans et l’émergence de la Prusse.................299
§ 6. La liberté et la modernité. L’État protestant et l’État catholique ....................................301
B. La structure dialectique du pouvoir étatique..................................................... 305
§ 7. Situation. La volonté et l’éthicité, l’État et l’aboutissement du système. La volonté générale et la
collectivité rationnelle. ...................................................................................................................305
§ 8. Nécessité externe, nécessité interne. La réciprocité du devoir et du droit.310
§ 9. Universalité, particularité et singularité. L’unité du devoir et du droit dans l’État. Le support institutionnel
de la constitution ............................................................................................................................................................314
§ 10. L’articulation des pouvoirs..................................316
§ 11. Monarchie et monarchie constitutionnelle.......320
C. Dialectique et constitution : « La constitution de l’Allemagne » ...................................................... 323
§ 12. Modernité et organicité. La légende allemande...............................................................323
§ 13. La métaphysique de la modernité politique......................................330
§ 14. Le pouvoir de l’universel et la sortie de l’archaïsme........................332
D. Démocratie et résistance: « Le Bill de réforme anglais » .................................. 338
§ 15. Démocratie et monarchie. ...................................................................338
§ 16. L’origine de l’autorité et la dialectique de la raison..........................................................341
§ 17. Le formalisme de la démocratie. Égalité et tension dialectique....................................345
Chapitre VII
Force et résistance dans l’histoire universelle..............................................................................351
§ 1. L’esprit dans l’histoire universelle........................351
§ 2. La liberté et la nécessité..........................................................................357
§ 3. L’esprit historique et l’esprit-du-peuple. L’État et l’histoire.............................................364
§ 4. L’État entre l’universalité et la particularité........................................368
§ 5. Les grands hommes de l’histoire et la ruse de la raison....................................................372
§ 6. La moralité, l’éthicité, la religiosité et l’État........................................376
Conclusion............................................................................................................................... 382
Bibliographie........................... 389
5(417 )  6 (417)  Avant-propos
Ce qui est universel est par définition toujours et partout universel. Ce principe relève d’une
observation banale : L’universel n’est pensable qu’universellement. Mais si ce qui est
supposé être universel existe strictement et universellement, comment se fait-il qu’il
n’existât pas, qu’il cessera peut-être d’exister? Autrement dit, à supposer que l’universel soit,
comment se fait-il que la question de l’universel se pose? La réponse de l’hégélianisme à cette
interrogation part de la différenciation entre l’universel subjectif et l’universel objectif. Selon
Hegel, l’universel peut exister comme principe subjectif sans pour autant exister comme
réalité objective, le processus historique du rapprochement du subjectif et de l’objectif
constituant la production de l’universel en tant que tel, de l’universel en et pour soi.
L’universel est donc conçu par Hegel comme l’immanence de l’aboutissement à l’universel.
L’histoire est l’universalisation, le devenir-universel de ce qui n’est pas encore universel mais
qui l’aura été à la fin de l’histoire, le devenir-nécessaire de la contingence de la réalité
concrète. Selon la logique paradoxale de la dialectique hégélienne, la nécessité de cet
aboutissement sera donc née de sa propre contingence. L’hégélianisme est de ce point de
vue une philosophie dont la vérité repose sur l’accomplissement anticipé de la production
de sa propre universalité. Cette universalité qui, par nécessité, aura dû être mais qui n’est pas
encore parvenue à elle-même, manifeste l’aspect normatif de la philosophie hégélienne. Cette
différence, cet « espace » entre la nécessité et la contingence est la normativité qui gouverne
toute pensée du politique dans la philosophie de Hegel.
Un principe est normatif s’il représente comment les choses devraient être. La normativité
présuppose donc (1) que les choses ne sont pas telles qu’elles devraient être et (2) qu’il y a
une continuité fondamentale entre les choses telles qu’elles sont et les choses telles qu’elles
devraient être. Autrement dit, la normativité implique à la fois la norme et la possibilité de sa
réalisation. La normativité est donc la présence d’un impératif qui revendique, à titre
logique, moral ou autre, une situation non réalisée mais réalisable, et même nécessairement
réalisable. Dans cette optique, il devient évident que l’universalité, aspiration de toute
science moderne, dont celle de Hegel, est fondamentalement normative. Elle contient une
seule nécessité théorique, celle d’être toujours et partout en vigueur, tout on annonçant le
fait qu’elle ne le soit pas. Autrement dit, ce qui est nécessaire, ce qui est toujours et partout
en vigueur est contaminé par la nécessité de l’être. L’universalité ne saurait jamais être
simplement phénoménale, simplement observable, simplement universelle. L’universalité
7(417 )  est inséparable de la nécessité de s’imposer, de la prédisposition à se réaliser, de la tendance à
réaliser sa vérité. Autrement dit, la nécessité de l’universel prend toujours la forme d’une
impulsion. Elle est l’opposition appuyée à ce qui n’est pas universel. La nécessité de
l’universel est donc un mode de domination, de maîtrise, ou d’emprise. Elle est un mode de
pouvoir, pouvoir qui se réalise comme impulsion finalement incontournable dans un système
qui vise la raison absolue.
À travers tous les niveaux du système hégélien, on voit à l’œuvre des rapports de force et de
résistance, d’effort et de limitation, qui semblent être indispensables à la dialectique
hégélienne. Le caractère particulier de la dialectique propre à chaque étape de son parcours
résulte de la résolution des impulsions et des résistances qui se heurtent l’une à l’autre d’une
manière variable et hétérogène, tout au long du trajet dialectique. Chaque moment de la
dialectique s’organise en rapport avec une configuration d’impulsion interne, d’un côté, et
de résistance ordonnée et spécifiquement opposée à cette impulsion, de l’autre. Ce
mécanisme dynamique et mobile de force et de résistance fonctionne par rapport à chaque
position particulière dans la progression dialectique, se mettant en rapport avec ses qualités
concrètes particulières et avec ses mouvements précédents. Il opère d’une manière toujours
orientée par rapport à son concept, aux réalités concrètes, sa situation historique et à sa
position dans la hiérarchie du système. Cette économie de force et de résistance manifeste
donc une sorte de programme, un code intrinsèque, immanent au système. Ce code est
supposé assurer a priori la montée vers l’absolu. L’orientation du mouvement dialectique
s’adapte automatiquement aux « coordonnées » conceptuelles du moment particulier du
parcours, c’est-à-dire au caractère objectif et subjectif du concept et à sa position dans la
hiérarchie du système. En même temps, le mouvement dialectique s’oriente par rapport à la
finalité du système, c’est-à-dire par rapport à sa téléologie générale.
Il est évident que le mouvement dialectique est à la base du système hégélien. S’il y a une
origine à ce mouvement, une « première cause », son caractère demeure toutefois non
précisé, énigmatique et, surtout, présupposé de manière non critique. La question d’un
premier mouvement qui aurait déclenché tout mouvement ultérieur, c’est-à-dire le
mouvement en général, n’est pas posée par le système. Cette question semble être extérieure
au système et le précéder. Il se peut même que la question du mouvement ne saurait se
poser que comme mise en mouvement elle-même, comme quelque chose déjà inscrit dans
un mouvement général de pensée, d’être ou d’histoire. Dans un premier temps donc, la
8(417)   question de l’origine du mouvement ne se pose pas « immédiatement » (au sens hégélien :
unmittelbar), sans ouvrir sur un enchaînement d’autres questions et d’autres références. Dans
un deuxième temps et en revanche, le système hégélien se construit en rapport avec les
paramètres d’une téléologie absolue. Loin d’être une vibration chaotique, son mouvement
s’ordonne, se dirige et se restreint de sorte qu’il parvient à un but : l’accomplissement du
système et l’arrivée au Savoir absolu. Cette ordonnance est présente à chaque moment,
même avant sa « réalisation », comme virtuelle et non réalisée. Toutes les questions qui
s’articulent autour des présupposés d’une téléologie se superposent donc à celles du
mouvement en général. Quel est le moyen, dans tous les sens du terme, du cheminement
vers le but ? Quels sont les mécanismes de motivation, d’expédition, d’orientation, etc. qui
1garantissent à chaque moment ce cheminement ?.
Cette série de réflexions s’inscrit dans le cadre du problème philosophique plus général sur
la question de l’altérité. Le fondement de tout mouvement quelconque, de même que celui
de la théologie, est l’altérité, c’est-à-dire le fait d’avoir affaire à ce qui est autre. Il y a
changement dans la mesure où un état de choses ne reste pas ce qu’il est, mais se fait autre.
Ce mouvement de se « faire autre » comporte en effet toutes les possibilités et les difficultés
de la philosophie hégélienne. Quel est donc cet autre et quel est son rapport avec « ceci »,
avec cette réalité, cette situation historique, cet état de choses dans lequel nous nous
trouvons ? Qu’est-ce qui motive le passage de l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui résiste au
passage ? « Se faire autre » veut dire s’attacher à l’autre comme à un principe non réalisé,
établir une relation, quoique négative, avec lui et définir l’existence du premier par rapport à
cet autre. Cet attachement est à la limite une assimilation, une identification avec l’autre qui
                                                                                                                         
1 A proprement parler, c’est la réalité humaine et non pas la « méthode » qui est en fait dialectique.
D’après A. Kojève, « si la pensée et le discours du Savant hégélien ou du Sage sont dialectiques, c’est
uniquement parce qu’ils reflètent fidèlement le ‘mouvement dialectique’ du Réel dont ils font partie,
et dont ils font l’expérience adéquate en se donnant à lui sans aucune méthode préconçue. La méthode de
Hegel n’est donc nullement dialectique, et la Dialectique est chez lui tout autre chose qu’une
méthode de pensée ou d’exposé », « La dialectique du réel et la méthode phénoménologique » in
Alexander Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, Paris, 1947, p. 455. Cf. aussi Nicolaï
Hartmann : « Car c’est là ce qui fait la grandeur de cette dialectique : elle n’est en aucune façon une
méthode schématisée ; d’un cas à l’autre, elle se présente sous un aspect nouveau, se transforme en
s’adaptant à l’objet de la façon la plus subtile. Mieux que toute autre méthode assignable, elle obéit à
cette loi fondamentale de toute pensée philosophique, à la loi d’adaptation aux voies d’accès. Et par
là elle est plus qu’une méthode, elle a d’autres caractères et ne peut être définie en termes de
méthode. Par là elle est soustraite aussi dans la pensée de celui qui l’emploie, à la conscience qu’il en
prend. » Nicolaï Hartmann, « Hegel et le problème de la dialectique du réel », Revue de Métaphysique et
de Morale 1931(4), 1931, p. 292; Andries Sarlemijn, Hegelsche Dialektik, Walter de Gruyter,
Berlin/New York, 1971, pp. 16-19.
9(417 )  

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