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François Boissier de Sauvages (1706-1767) - article ; n°4 ; vol.22, pg 303-322

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Revue d'histoire des sciences et de leurs applications - Année 1969 - Volume 22 - Numéro 4 - Pages 303-322
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1969
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Langue Français
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Dr Louis Dulieu
François Boissier de Sauvages (1706-1767)
In: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications. 1969, Tome 22 n°4. pp. 303-322.
Citer ce document / Cite this document :
Dulieu Louis. François Boissier de Sauvages (1706-1767). In: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications. 1969,
Tome 22 n°4. pp. 303-322.
doi : 10.3406/rhs.1969.2601
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhs_0048-7996_1969_num_22_4_2601François Boissier de Sauvages
(1706-1767)
François Boissier de La Croix de Sauvages naquit à Aies le
12 mai 1706, de François, capitaine au régiment de Flandres et
de Gilette Blanchier. Il était le sixième fils de la famille.
Après des études secondaires très moyennes à Aies même, il
vint se faire immatriculer à l'Université de Médecine de Montp
ellier le 30 novembre 1722 (1), non sans avoir au préalable songé
un instant à se livrer tout entier à la poésie, domaine dans lequel
il avait écrit des madrigaux, sonnets, épigrammes, élégies, qui
avaient connu un certain succès.
Ses études médicales se déroulèrent normalement. Bachelier
le 10 mars 1725, licencié le 28 juin suivant, il fut reçu docteur le
9 mars 1726 (2). Dès cette époque, il était déjà célèbre grâce à sa
thèse de baccalauréat dans laquelle il avait cherché à savoir si
l'amour pouvait être guéri par les remèdes tirés des plantes, ce qui
l'avait fait surnommer le médecin de l'Amour ! Cette thèse, res
tée à l'état de manuscrit cependant, ne fut imprimée que bien
plus tard, en 1854, grâce au baron Louis-Augustin d'Hombres-
Firmas (3).
Nous ne savons pas ce que François de Sauvages fit immédia
tement après son doctorat. Peut-être perfectionna-t-il ses connais
sances mathématiques et géométriques, sciences auxquelles il
s'était livré durant ses vacances universitaires ? Toujours est-il
qu'il prit le chemin de Paris en 1730 pour y étendre le champ de
son savoir. Il y resta quinze mois, qui furent employés avec profit,
bien que nous ne sachions pas qui il fréquenta. On peut penser
toutefois que les médecins et les botanistes de la capitale furent
de ceux-là, car c'est durant son séjour parisien qu'il concevra le
projet de classer les maladies comme on venait de le faire pour les
plantes. Boerhaave, sollicité de donner avis, l'encouragea vivement
(1) Archives de la Faculté de Médecine de Montpellier : S. 24, f° 101.
(2)de la de de : S. 56.
(3) La thèse de Boissier de Sauvages, par L.-H. d'HoMBREs-FmMAS, Aies, veuve Verun,
s. d. (1854). Voir aussi Monspeliensis Hippocrates, n° 20, 1963. 304 revue d'histoire des sciences
dans cette voie, mais ne lui cacha pas les nombreuses difficultés
auxquelles il aurait à se heurter !
Une ophtalmie rebelle obligea Sauvages à écourter son séjour
dans la capitale. Revenu à Montpellier, cette affection perdra de
son acuité, mais il continuera quand même à en souffrir toute
sa vie.
Sans perdre de temps, il se mit aussitôt à la rédaction du travail
qu'il avait conçu précédemment. Ce fut rapidement fait, car il
rédigeait très vite, une fois qu'il avait longuement médité son
sujet. Ce furent ses Nouvelles classes des maladies dans un ordre
semblable à celui des botanistes, comprenant les genres et les
espèces (1). La dédicace est du 2 mars 1731. Le livre sortit cette
même année à Avignon. Ce n'était pourtant que l'ébauche d'un traité
plus important qui parut huit ans plus tard dans une thèse
d'un de ses élèves, Guillaume-Etienne Garnier. Le titre donné
à ce nouvel écrit fut : Pathologia methodica seu de cognoscendis
morbis (2). Il vit le jour à Montpellier en 1739 et connut d'autres
éditions par la suite, cette fois-ci sous son vrai nom (3). Enfin, au
soir de sa vie, toutes ces notions furent reprises dans un ouvrage
beaucoup plus conséquent intitulé : Nosologia methodica sislens
morborum classes, genera et species juxta Sydenham mentem et
botanicorum ordinem, qui parut en 1763 chez de Tournes, à
Amsterdam et à Genève, en 5 volumes in-8° (4). Nous aurons
l'occasion de revenir sur cet ouvrage.
Dès la parution des Nouvelles classes des maladies, le monde
médical montpelliérain eut son attention attirée sur ce jeune médecin
si prometteur. On rapporte que cette renommée lui valut la place
de médecin survivancier du Pr Eustache Marcot, pour laquelle
(1) Avignon, d'Avanville, 1731, in-12.
(2) Montpellier, J. Martel, 1739 (171 p. in-8°).
(3) II y eut d'autres éditions à Amsterdam chez de Tournes en 1752, in-12 ; à Ams
terdam chez de Tournes et à Lyon chez Bruyset en 1759, in-8°. Il aurait eu aussi une
traduction italienne à Naples chez C. Castellano, en 1776 (224 p. in-8°).
(4) Une seconde édition parut à Venise chez Pezzena en 1764, mais il y en eut d'autres
à Amsterdam chez de Tournes en 1768 (2 vol. in-4°), grâce à Jean-Antoine Garnier,
médecin, qui y ajouta des observations inédites de Sauvages faites depuis la première
édition, et encore à Leipzig chez E. B. Schwickert en 1790-1791 (5 vol. in-8°), avec des
augmentations par Chrétien-Frédéric Daniel. Deux traductions françaises parurent
aussi, l'une par le chirurgien Nicolas (Paris, Hérissant, 1771, 3 vol. in-8°), l'autre par le
médecin Gouvion (Lyon, J.-M. Bruyset, 1771, 10 vol. in-12). On connaît aussi une
traduction anglaise par Georges Wallis (Londres, G. G. J. et J. Robinson, 1785,
xxxii + 318 p. in-8°). DULIEU. — ■ FR. BOISSIER DE SAUVAGES 305 L.
il reçut des provisions le 1er juillet 1734 (1). Sans vouloir entacher
la jeune gloire de Sauvages, nous pensons que sa valeur ne fut pas
seule en cause dans cette afïaire-là, car la survivance était alors
une transaction financière. On voit mal pourquoi Marcot, qui ne
lui était rien, lui aurait offert cette place sur sa seule renommée !
Marcot avait dû se choisir un survivancier, car François Chi-
coyneau, alors premier médecin du roi, l'avait fait venir à Paris
(probablement peu après 1732) pour y occuper le poste de médecin
des enfants de France qu'il avait lui-même tenu auparavant.
Par la suite, Marcot obtint la charge de premier médecin ordinaire
du roi. Il finit sa carrière à la cour le 20 août 1755. A ce moment-là,
Sauvages hérita pleinement de sa chaire.
Celle-ci avait été créée quarante ans plus tôt, en 1715, lorsqu'on
avait élevé au rang de chaire la dernière agrégature occupée par
Jean-Henri Haguenot. On en avait fait une chaire dite pour le
service des pauvres. C'était donc une chaire de clinique, mais
l'Université avait compté sans le mauvais vouloir des adminis
trateurs de l'hôpital Saint-Éloi qui, jusqu'à la Révolution, s'oppo
sèrent avec la plus grande énergie à l'entrée de la Faculté dans leur
maison. Les titulaires de cette chaire (Jean-Henri Haguenot,
Henri Haguenot, son fils, Eustache Marcot) en furent réduits à
enseigner la médecine ex cathedra comme la plupart de leurs
collègues. Toutefois, une initiative fut prise du temps de Sauvages,
en 1763, en vérité beaucoup plus grâce à la Faculté qu'à Sauvages
lui-même. Il fut décidé alors que celui-ci consulterait une fois par
semaine les pauvres dans le cadre de l'École elle-même.
protesta en prétextant que ces consultations n'étaient pas ment
ionnées dans ses lettres de provision, précisant que s'il les faisait,
ce serait uniquement de son plein gré, ce qui eut lieu (2). Toutefois,
il ne semble pas que cette expérience se soit poursuivie plus de
quelques années, bien que ces consultations aient toujours été
prévues dans les statuts et règlements discutés par les professeurs
du 20 au 27 août 1766 à l'article 96 (3).
Mais Sauvages n'avait pas attendu si longtemps pour faire
parler de lui. Très aimé de ses élèves, il leur inspira de nombreuses
thèses qui s'échelonnent de 1738 à 1764, dans lesquelles il exprime
(1) Archives de la Faculté de Médecine de Montpellier : D. 56 et S. 15, f°8 62-65.
(2)de la de de : délibération du 6 février 1763
(S. 16, f°3 49-52).
(3) Archives de la Faculté de Médecine de Montpellier : S. 16, f09 102-130. 306 REVUE D'HISTOIRE DES SCIENCES
librement ses idées. Celles-ci avaient eu primitivement une orien
tation iatromécanique, car Pierre Chirac et ses disciples avaient été
les artisans des doctrines mécaniques ou mathématiques dans
l'École et les études spéciales faites par Sauvages, dans ce domaine,
devaient l'inciter à adopter de pareilles idées. Mais, très vite, il
s'apercevra que ce système ne satisfaisait pas entièrement son
esprit. Insensiblement, sans qu'on puisse préciser sous quelle
influence, il se mit à critiquer, puis à combattre l'iatromécanisme,
ce qui d'ailleurs fit assez de bruit dans l'École. Comprenant alors
qu'il ne suffisait pas de détruire, il proposa en remplacement les
idées animistes de Stahl dont il introduisit la doctrine dans l'École,
préparant ainsi la voie au vitalisme qui se situera à mi-chemin
entre l'animisme et les théories matérialistes, qu'il s'agisse de
l'iatromécanisme ou de l'iatrochimie.
La pathologie et les doctrines médicales n'occupaient pas pour
autant toute son activité. La botanique le passionnait tout autant,
sinon davantage. Dès le 15 octobre 1740, François Chicoyneau
l'avait chargé, ainsi que son collègue Gérard Fitz-Gerald, de faire
les cours de sa chaire jusqu'ici assurés par son fils François, son
survivancier, qui venait de mourir. Il s'agissait des cours de
botanique, ceux d'anatomie étant confiés à d'autres maîtres.
Suivant les années, Sauvages et Fitz-Gerald enseignèrent donc la
botanique puis, à la mort de ce dernier en 1748, il s'en chargea
tout seul. Lorsque mourut François Chicoyneau, son petit-fils
Jean-François était bien trop jeune pour pouvoir occuper la chaire
de son grand-père. Sauvages continua donc encore ses leçons
jusqu'en 1758. En même temps, durant toute cette période de
dix-huit ans, il démontra l'été la botanique tant au Jardin des
Plantes que dans la campagne, se faisant un nom qui franchit
rapidement les frontières.
Cette compétence manifeste lui valut, à la mort de Chicoyneau,
une magnifique récompense : un brevet de professeur de botanique
qui lui fut délivré en vertu des lettres patentes signées par le roi
à Fontainebleau, le 23 octobre 1752 (1). Pour la première fois dans
l'histoire de l'École, on donnait un brevet de professeur sans qu'il
y eut une chaire créée. Il s'agissait cependant d'enseigner la bota
nique durant la minorité du jeune Jean-François Chicoyneau, ce qui
( 1 ) Document reproduit par Joseph Grasset dans Le médecin de V Amour au temps de
Marivaux, Montpellier, C. Coulet ; Paris, G. Masson, 1896, pp. 212-216. DULIEU. FR. BOISSIER DE SAUVAGES 307 L.
donnait à Sauvages la haute main sur le Jardin des Plantes jusqu'à
la majorité du postulant, c'est-à-dire jusqu'en 1758. A ce moment-
là, Sauvages perdit malheureusement et son titre et ses fonctions.
Ce passage à l'intendance du Jardin des Plantes fut très
bénéfique pour tous. Sa' connaissance des plantes se doublait d'un
réel talent d'organisateur. La vieille École de botanique de Pierre
Richer de Belleval, qui avait fait autrefois l'admiration de tous,
dépérissait depuis qu'on eu la malencontreuse idée de planter
des arbres dont l'ombrage nuisait à la croissance des spécimens
du jardin. Sauvages décida d'innover en transportant l'École de
botanique dans la pépinière, là où elle est encore aujourd'hui.
Il sut s'inspirer de son illustre prédécesseur, notamment en créant
de nouvelles banquettes comme en fait foi le dessin qu'il a esquissé
de son futur jardin (1). Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'il dota
celui-ci d'une serre chaude en 1759, c'est-à-dire peu après la fin
de son mandat. L'existence de cette serre ne fait aucun doute.
Nous en avons même le plan et la coupe (2). C'est donc à tort
qu'on a attribué la construction de la première serre chaude
à Pierre-Marie- Auguste Broussonnet. Celui-ci doit se contenter
d'avoir fait édifier la seconde, en remplacement justement de celle
de Sauvages devenue trop vétusté.
La réputation médicale de Sauvages était grande, surtout à
l'étranger où Linné devint son lointain ami et où de nombreuses
sociétés savantes se l'associèrent : la Société royale de Londres,
celles d'Upsal et de Stockholm, l'Académie de Berlin,
l'Académie de l'Institut des Sciences de Bologne, trois sociétés
savantes de Florence (dont l'Académie florentine et l'Académie
physico-botanique), enfin impériale des Curieux de la
Nature à Halle, où il entra sous le nom de Straton IL En France,
il concourut pour différents prix. L'Académie royale des Sciences,
Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse lui en décerna un,
en 1748, pour une étude sur la rage, et l'Académie royale des
Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux deux autres pour deux
travaux l'un sur l'air, l'autre sur les médicaments. Enfin, l'Académie
de Rouen couronna également, en 1758, son travail sur les animaux
venimeux. A l'étranger, l'Académie de Berlin ne lui donna pas
(1) Archives départementales de l'Hérault : C. 527. Dessin à la plume datant du
24 avril 1756.
(2) Archives de l'Hérault : C. 527. Plan en couleur et coupe verticale. 308 revue d'histoire des sciences
le prix décerné en 1753 sur le mouvement musculaire, mais elle
l'imprima quand même dans ses mémoires.
Enfin, Sauvages était membre de la Société royale des Sciences
de Montpellier. Nommé adjoint dans la classe de botanique
le 18 mars 1734, il en occupait le fauteuil le 25 juin 1740.
E.-H. de Ratte s'est plu à louer son assiduité aux séances qu'il animait
par de pertinentes réflexions. Il assuma, en outre, l'intérim du secré
tariat de cette société de 1741 à 1743. De nombreuses communicat
ions marquèrent son apport personnel à ces travaux, mais il songeait
à en faire beaucoup d'autres, puisqu'il remit à de Ratte deux mois
avant sa mort le texte manuscrit de dix communications (1) !
Sur le plan médical proprement dit, Sauvages, qui était
consulté par les grands de toute l'Europe, avait beaucoup moins
de succès à Montpellier même où la clientèle ne lisait pas ses
publications et où son aspect extérieur éloignait au premier abord.
Cette situation devait s'améliorer sur ses vieux jours, car il n'hésita
jamais à abandonner ses recherches personnelles lorsqu'un malade
l'appelait au-dehors. C'est sans doute cette compassion pour son
prochain qui lui fit accepter, en 1766, la place de médecin de la
citadelle, ce qui l'amenait à soigner les prisonniers. Malheureu
sement, sa vie touchait alors à son terme. Depuis 1765, il souffrait
de dyspnée, ce qui l'obligea à s'aliter deux mois avant sa mort,
qui survint le 20 février 1767 (2).
François Boissier de Sauvages avait épousé, en 1748, à Aies,
Jeanne-Yolande Foucard d'Olympies, fille de Nicolas, capitaine
au régiment de dragons de Mgr le Dauphin. Il en eut sept enfants,
dont six survécurent (deux fils et quatre filles), mais aucun d'eux
n'intéresse l'histoire de la médecine. Disons toutefois que l'un de
ses fils devait, bien plus tard, donner son herbier à de Candolle,
qui le déposa au cabinet du Jardin du Roi.
* * *
Nous devons maintenant revenir sur son œuvre dont l'étude n'a
été jusqu'ici qu'ébauchée.
Elle est très variée, dénotant chez son auteur un goût très vif
(1) Les Archives départementales de l'Hérault contiennent les manuscrits de
13 communications sous les cotes D. 135, 154, 155, 165, 166, 172, 195. Pour les travaux
qui furent imprimés, voir la liste des œuvres de Sauvages donnée en appendice.
(2) Et non le 19 février comme il a été dit. Cf. paroisse Notre-Dame des Tables,
GG. 279, f° 37. DULIEU. FR. BOISSIER DE SAUVAGES 309 L.
pour des disciplines médicales très différentes. Nous avons vu qu'il
fut tout d'abord un médecin tout imprégné des idées iatroméca-
niques. Les thèses qu'il inspira dans ce domaine montrent combien
il avait été passionné pour cette doctrine qui avait supplanté
l'iatrochimie. C'est ainsi que dans la thèse de Lamure (Theoria
febris, 1738), il pense que la fièvre est la traduction des efforts
faits par l'âme pour lever les obstacles qui s'opposent à la liberté
des mouvements du cœur. Celui-ci, quant à lui, joue le rôle d'un
soufflet. Il est vrai que ses vastes connaissances mathématiques
trouvaient là un champ d'expérience nouveau qu'il exerçait surtout
en étudiant la circulation sanguine, la force déployée par le cœur
et la résistance que lui opposaient les vaisseaux (1). C'est dans
cette période de sa vie que se situe sa traduction française de
Y Haemasialique de Stephen Hales (2), à laquelle il ajouta de nom
breux commentaires (3).
Par la suite, on sait qu'il délaissa ces théories pour embrasser
celles de Stahl, diamétralement opposées. En réalité, ces deux
étapes de sa carrière médicale n'étaient pas aussi bien définies.
Alors qu'il pensait au début que les lois de la mécanique suffisaient
à expliquer la vie, dans un second temps il plaça le siège de celle-ci
dans l'âme, une âme qui présidait non seulement aux mouvements
volontaires, mais encore à tous ceux qui échappaient à sa volonté ;
et, dans ce dernier domaine, les lois mécaniques trouvaient leur place.
L'animisme, par la suite, devait connaître d'autres disciples à
Montpellier, notamment Guillaume-Charles-Marguerite de Grimaud,
qui fut, à son insu peut-être, le lien entre le vitalisme barthézien
et celui de Bichat.
Les idées de Sauvages ne restaient pas toujours cependant sur
un plan aussi élevé. Frappé par les classifications que les bota
nistes avaient établies dans les plantes, il eut l'idée d'établir une
classification semblable pour les maladies et ceci, on l'a vu, de très
bonne heure. On sait qu'il y fut encouragé par Boerhaave qui ne
(1) Voir, en plus des thèses inspirées, sa publication à l'Académie léopoldine des
Curieux de la Nature : Anatomico-hydraulicae observationes de arteriarum pulsatione,
t. I, Nuremberg, W. Schwarzkopfe, 1757, p. 128 (12 p. in-4°).
(2) Statical essays, containing hemastatiks, or an account of some hydraulical and
hydrostatical experiments made in the blood and bloodvessels of animals, Londres, 1733,
in-8°, etc.
(3) La statique des animaux traduit de l'anglais avec commentaire, et deux dissertations
de médecine, Genève, Cramer, 1744, in-8°, et Paris, 2 vol., 1779-1780, in-8°. En italien :
Naples, 1750, in-8°. Il existerait aussi une traduction allemande. 310 REVUE D'HISTOIRE DES SCIENCES
lui dissimula pas quand même la difficulté de sa tâche. Celle-ci
fut réalisée en trois étapes, dont nous avons déjà parlé au début.
Le point d'aboutissement fut sa Nosologie méthodique qui, vraisem
blablement, n'aurait été, à son tour, qu'une étape s'il avait vécu
plus longtemps, puisque J.-A. Cramer de Genève put compléter
la réédition de cet ouvrage avec les notes qu'il avait accumulées
depuis la parution de la première édition (1).
C'était là une tâche ardue comme on peut en juger par sa
classification : 10 classes (2) comprenant 295 genres et 2 400 espèces.
Et encore Sauvages ne pensait-il pas avoir envisagé toutes les
maladies ! Ce système de classification ne pouvait qu'enchanter
son ami Linné qui l'adopta dans ses leçons à Upsal. Il était pourtant
voué à l'échec, car une nosologique est basée unique
ment sur les symptômes. Or, une maladie pouvait se traduire par
plusieurs symptômes et inversement un symptôme comme la
fièvre, par exemple, est commun à plusieurs maladies. Ne jugeons
pas, malgré tout, trop sévèrement cette œuvre qui se place tout
à fait dans le contexte des idées médicales du xvine siècle. En
s'y intéressant, Sauvages voulait essayer de voir plus clair dans
la multitude des maladies connues. Vu les moyens d'investigation
à la disposition des médecins d'alors, cette classification pouvait
paraître tout à fait logique et même géniale.
Ne quittons pas le domaine de la pathologie sans parler de sa
Dissertation sur la nature et la cause de la rage, qui lui valut le prix
de l'Académie royale des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de
Toulouse en 1748 (3). Van Swieten devait louer cette dissertation,
mais il est bien évident que sa pathogénie restait encore à trouver.
Mentionnons encore ses Observations sur une fille cataleptique
et somnambule en même temps, qui furent publiées dans les recueils
de l'Académie royale des Sciences de Paris (4).
(1) Sauvages a fait aussi une communication à la Société royale des Sciences de
Montpellier intitulée : « Sur la méthode nosologique », le 23 novembre 1731, Histoire de
la Société royale des Sciences de Montpellier, t. 2, Montpellier, J. Martel aîné, 1778, p. 15
(12 p. in-4°).
(2) I = Vices. II = Fièvres. III = Maladies inflammatoires. IV = Spasmes.
V = Essoufflements. VI = Faiblesses. VII = Douleurs. VIII = Démences. IX = Flux.
X = Cachexie. Pierre Cusson, médecin et botaniste montpelliérain, collabora au sixième
ordre des maladies de la première classe.
(3) Toulouse, J.-P. Robert, 1749 (60 p. in-4°). Autres éditions : Toulouse, B. Moulas,
1759 (80 p. in-4°), et Montpellier, A.-F. Rochard, 1769 (60 p. in-4°). J.-E. Gilibert la
reproduisit enfin dans les Chefs-d'œuvre de Sauvages, Lausanne et Lyon, 2 vol., 1771, in-12.
(4) Année 1742. Volume paru en 1745, éd. in-4° (p. 409-415). DULIEU. FR. BOISSIER DE SAUVAGES 311 L.
L'hydrologie est un domaine dans lequel il eut, à plusieurs
reprises, l'occasion d'exercer ses facultés d'observation et ses notions
de chimie. A la Société royale des Sciences de Montpellier, il lut
un Mémoire sur les eaux minérales d'Alais pour servir à l'histoire
naturelle de la province, mémoire centré sur les eaux de Daniel (1),
un second sur les eaux d'Hieuzet (Euzet-les-Bains) (2) et un tro
isième sous forme d'extrait Sur quelques fontaines du Languedoc (3). Il
s'agit de Servas (4), d'Auzon (Les Fumades) (5), ou encore d'une
source bitumeuse située entre Anduze et Lassalle, à Saint-Félix-de-
Paillère. Disons enfin qu'il fût chargé d'examiner les eaux de Saint-
Clément lorsqu'il fût question de construire l'aqueduc qui devait
amener les eaux de cette localité à Montpellier jusqu'à la prome
nade du Peyrou (6). A cette occasion, il analysa la source de Saint-
Clément, le ruisseau de la Lironde et le boulidou de cette localité.
Il est toutefois un domaine dans lequel ce médecin s'est mis à
la pointe de l'actualité, c'est celui de l'application de l'électricité
à la médecine. Son nom n'est pas aussi connu que celui de l'abbé
Nollet à Paris ou encore de l'abbé Bertholon à Montpellier (7),
mais il n'en a pas moins été un précurseur dans ce domaine, préfé
rant cependant le traitement par étincelles aux violentes secousses
de la bouteille de Leyde. Pour Sauvages, les paralysies étaient dues
à l'apparition d'un obstacle sur le trajet de l'influx nerveux.
L'électricité devait permettre de franchir cet obstacle. Le cas le
plus remarquable fut celui d'un certain Roux, hémiplégique aphas
ique, qui fut guéri après plusieurs séances. L'abbé Nollet rapporta
cette guérison et d'autres après lui. A la même époque, Jean
Jallabert, de Genève, avait rapporté un cas semblable de guérison.
(1) Assemblée publique de la Société royale des Sciences de Montpellier du 19 avril 1736
(16 p. in-4°) ; Histoire de la Société royale des de Montpellier, t. 2, Montpellier,
J. Martel aîné, 1778 (p. 146) (12 p. in-4°) ; et Archives départementales de l'Hérault :
D. 155, f°s 9-12.
(2) Archives départementales de l'Hérault : D. 156, foe 79-81. Il s'agit de la Source
de la Comtesse et de la Source de la Marquise.
(3) Assemblée publique de la Société royale des Sciences de Montpellier du 1 1 mars 1 745,
Montpellier, J. Martel, 1745 (p. 35) (6 p. in-4°) ; Histoire de la Société royale des Sciences
de t. 2, Montpellier, J. Martel aîné, 1778, p. 387 (4 p. in-4°).
(4) Source de la poix (Fon de la pègue).
(5) Fontaine puante.
(6) Voir L. Dulieu, Bref aperçu sur l'œuvre de François Boissier de La Croix de
Sauvages, LXXXVI* Congrès des Sociétés savantes, Montpellier, 1961, et Monspe-
liensis Hippocrates, n° 20, 1963.
(7) Voir à ce sujet L. Dulieu, L'abbé Bertholon. Cahiers lyonnais ďhistoire de la
médecine, t. VI, n» 2, 1961.