Grotte Mandrin à Malataverne (Drôme). Premiers éléments pour une analyse spatiale des vestiges en contexte moustérien - article ; n°2 ; vol.98, pg 189-205

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 2001 - Volume 98 - Numéro 2 - Pages 189-205
Le gisement de la grotte Mandrin (Malataverne, Drôme) est actuellement le seul abri paléolithique en rive gauche du Rhône. Riche de plusieurs niveaux moustériens, la grotte Mandrin offre la possibilité de procéder à une étude diachronique des diverses occupations. L'analyse spatiale des quatre premiers niveaux ď occupations de l'abri, bien que préliminaire, met en évidence la bonne conservation des dépôts et illustre une gestion de l'espace préhistorique. Les premiers travaux technologiques permettent d'évaluer les caractéristiques techniques des assemblages, où se côtoient une production Levallois de tendance laminaire, une production discoïde, un débitage de type Kombewa, ainsi qu'une production laminaire non Levallois. Cette première analyse technologique permet d'établir la spécificité de ces ensembles lithiques vis-à-vis des faciès moustériens rhodaniens en confortant l'hypothèse d'une véritable entité régionale.
The palaeolithic site of Grotte Mandrin (Malataverne, Drôme) is at present the only shelter known to have been occupied by Mousterian populations on the east bank of the Rhône. The quality and quantity of the artefacts, both lithic and palaeontological, make this site one of the most complete in the Rhône valley. Grotte Mandrin, containing several Mousterian strata, allows the diachronic analysis of the various occupation levels. Spatial analysis of the four lower levels, although only preliminary, reveals the good state of conservation, and points to some spatial organisation by the prehistoric occupants. The first technological studies have allowed the technical characteristics of the assemblages to be assessed: a Levallois blade-like process, discoid production, some Kombewa debitage and non-Levallois blade production all co-exist. This first technological analysis allows the specific nature of these lithic assemblages to be established, compared with other Mousterian fades in the Rhône region, and supports the hypothesis of a true regional entity.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2001
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Langue Français
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Pascale Yvorra
Ludovic Slimak
Grotte Mandrin à Malataverne (Drôme). Premiers éléments pour
une analyse spatiale des vestiges en contexte moustérien
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 2001, tome 98, N. 2. pp. 189-205.
Résumé
Le gisement de la grotte Mandrin (Malataverne, Drôme) est actuellement le seul abri paléolithique en rive gauche du Rhône.
Riche de plusieurs niveaux moustériens, la grotte Mandrin offre la possibilité de procéder à une étude diachronique des diverses
occupations. L'analyse spatiale des quatre premiers niveaux ď occupations de l'abri, bien que préliminaire, met en évidence la
bonne conservation des dépôts et illustre une gestion de l'espace préhistorique. Les premiers travaux technologiques permettent
d'évaluer les caractéristiques techniques des assemblages, où se côtoient une production Levallois de tendance laminaire, une
production discoïde, un débitage de type Kombewa, ainsi qu'une production laminaire non Levallois. Cette première analyse
technologique permet d'établir la spécificité de ces ensembles lithiques vis-à-vis des faciès moustériens rhodaniens en confortant
l'hypothèse d'une véritable entité régionale.
Abstract
The palaeolithic site of " Grotte Mandrin " (Malataverne, Drôme) is at present the only shelter known to have been occupied by
Mousterian populations on the east bank of the Rhône. The quality and quantity of the artefacts, both lithic and palaeontological,
make this site one of the most complete in the Rhône valley. Grotte Mandrin, containing several Mousterian strata, allows the
diachronic analysis of the various occupation levels. Spatial analysis of the four lower levels, although only preliminary, reveals
the good state of conservation, and points to some spatial organisation by the prehistoric occupants. The first technological
studies have allowed the technical characteristics of the assemblages to be assessed: a Levallois blade-like process, discoid
production, some Kombewa debitage and non-Levallois blade production all co-exist. This first technological analysis allows the
specific nature of these lithic assemblages to be established, compared with other Mousterian fades in the Rhône region, and
supports the hypothesis of a true regional entity.
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Yvorra Pascale, Slimak Ludovic. Grotte Mandrin à Malataverne (Drôme). Premiers éléments pour une analyse spatiale des
vestiges en contexte moustérien. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 2001, tome 98, N. 2. pp. 189-205.
doi : 10.3406/bspf.2001.12482
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_2001_num_98_2_12482Grotte Mandrin
à Malataverne (Drôme).
Premiers éléments pour une
analyse spatiale des vestiges
Pascale YVORRA
et Ludovic SLIMÁK en contexte moustérien
Résumé niveaux le une l'espace quatre d'évaluer un en Levallois. Le seul gisement évidence débitage production étude premiers abri moustériens, préhistorique. Cette les diachronique paléolithique de la caractéristiques bonne première Levallois la niveaux type grotte Kombewa, la conservation ď Les grotte des Mandrin analyse de occupations en premiers diverses tendance rive techniques Mandrin technologique ainsi (Malataverne, gauche des occupations. travaux laminaire, de qu'une offre dépôts l'abri, des du assemblages, la Rhône. technologiques production permet bien et possibilité Drôme) une illustre L'analyse que production Riche d'établir préliminaire, est une laminaire de où actuellement spatiale procéder permettent se gestion la plusieurs discoïde, côtoient spécifinon met des de à
cité de ces ensembles lithiques vis-à-vis des faciès moustériens rhodaniens
en confortant l'hypothèse d'une véritable entité régionale.
Abstract
The palaeolithic site of " Grotte Mandrin " (Malataverne, Drôme) is at
present the only shelter known to have been occupied by Mousterian populat
ions on the east bank of the Rhône. The quality and quantity of the artefacts,
both lithic and palaeontological, make this site one of the most complete in
the Rhône valley. Grotte Mandrin, containing several Mousterian strata,
allows the diachronic analysis of the various occupation levels. Spatial
analysis of the four lower levels, although only preliminary, reveals the good
state of conservation, and points to some spatial organisation by the prehis
toric occupants. The first technological studies have allowed the technical
characteristics of the assemblages to be assessed: a Levallois blade-like
process, discoid production, some Kombewa debitage and non-Levallois
blade production all co-exist. This first technological analysis allows the
specific nature of these lithic assemblages to be established, compared with
other Mousterian fades in the Rhône region, and supports the hypothesis
of a true regional entity.
première campagne de fouilles en 1 961 (fig. 1 et 2). Des GENERALITES
restes humains brûlés, attribués à l'Âge du Bronze,
La grotte Mandrin (Malataverne, Drôme) est un abri furent alors mis au jour. Sous ce premier niveau sépul
sous roche d'une dimension d'environ 25 m2 découvert cral avec crémation, G. Etienne atteignit rapidement un
par G. Etienne, archéologue amateur, qui procéda à une niveau moustérien et stoppa ses travaux. Ce n'est qu'en
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001. tome 98. n° 2. p. 189-205 190 Pascale YVORRA et Ludovic SLIMÁK
3 2.1 0-1 -2-3-4 -5
Fig. 1 - Plan de la grotte Mandrin.
1991 qu'Yves Giraud entreprit une nouvelle campagne
de fouilles (Giraud étal, 1998).
L'analyse spatiale que nous présentons dans cette note
s'appuie sur l'étude du matériel lithique et osseux mis
au jour depuis les premiers travaux de fouilles jus
qu'aux fouilles 2000.
L^NALYŠESPÁTÍALĚ
EN CONTEXTE MOUSTÉRIEN
La recherche d'une organisation spatiale de l'espace
habité par les Moustériens sous-entend leur aptitude à
structurer ce dernier. Historiquement, les préjugés rela
tifs aux capacités technologiques et aux comportements
sociaux des Néandertaliens sont nombreux et restent
toujours vivaces. Ainsi, comme le note très justement
D. Liolios, "les organisations des populations néan-
dertaliennes sont toujours jugées moins complexes que
les nôtres, leurs productions lithiques plus élément
aires, leur anatomie primitive, et elles ont d'ailleurs
disparu... " (Liolios, 1995). Au-delà des discours rela
tifs à Г anatomie et aux compétences techniques des
Néandertaliens, il est vrai que l'organisation des sociétés
durant le Paléolithique moyen reste difficile à cerner,
en grande partie en raison des processus de formation
des assemblages, souvent de type palimpseste (Patou-
Mathis, 1995 ; Villa, 1975). De la même manière, il est Fig. 2 - Localisation géographique des gisements moustériens cités
dans le texte. généralement difficile d'envisager les stratégies de
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Mandrin à Malataverne (Drôrae). Premiers éléments pour une analyse spatiale des vestiges en contexte moustérien 191 Grotte
chasse de ces populations, compte tenu du fait que les catégories de vestiges permet en revanche de s'appro
assemblages osseux ont souvent subi des perturbations cher de l'éventuelle organisation de l'espace de vie des
de la part des carnivores (hyènes et ours en particulier). Moustérien s. De récents travaux ont pu mettre en év
À cela s'ajoutent diverses considérations sur la non idence de véritables aires spécialisées en contexte
lisibilité des structures d'habitat, interprétée comme Paléolithique moyen (Stahl-Gretsch et Detrey, 1999;
témoin d'un manque d'organisation effective et non Conard étal., 1998 ; Meignen, 1993 et 1994; Vaquero
comme la résultante de nos propres capacités à la com étal., 1998; Vaquero, 1999).
prendre (Farizy, 1990).
Rappelons enfin qu'en milieu semi-clos, la sédimentat
METHODOLOGIE ion est généralement plus lente qu'en milieu ouvert.
Les dépôts anthropiques sont ainsi plus sujets à des Comme dans la grande majorité des études spatiales de
déplacements, liés à la présence animale aussi bien dépôts archéologiques, nous avons dans un premier
qu'aux phénomènes climatiques et géologiques natur temps regroupé l'ensemble des données cartésiennes,
" les schémas globaux d'organisation des els. Aussi, soit 8686 vestiges coordonnés, auxquels s'ajoutent
activités au sol " doivent-ils être " suffisamment cons autant de restes issus du tamisage (essentiellement
tants sur des laps de temps importants pour que les constitués de micro éclats et de petits fragments
superpositions dues aux sédimentations lentes ne les osseux). Nous avons utilisé le logiciel Data Desk, afin
aient pas totalement oblitérés " (Meignen, 1994). Le de construire les profils et les plans de répartition des
principal obstacle à l'analyse de l'organisation spatiale vestiges (Lacrampe-Cuyaubere, 1995). Les possibilités
en contexte moustérien provient en grande partie de offertes par cet outil informatique sont apparues adé
l'absence de structuration évidente de l'espace. L'iden quates à une analyse spatiale des vestiges archéologi
tification de zones de concentration des différentes ques. Ce logiciel permet, en effet, de réaliser des plans
Décompte général NIVEAU 1 NIVEAU 2 NIVEAU 3 NIVEAU 4
LITHIQUE
Éclats (entiers et cassés) 1331 958 1122 1093
oo Pièces corticales 195 103 185
Nucleus 41 46 26 41
Outils typologiques (entiers ou cassés) 66 90 70 114
Eléments de chaîne opératoire levallois 64 64 53 43
Éléments de chaîne opératoire Kombewa 23 28 18 18 de chaîne leptolithique 137 69 65 43
Galets 7 6 8 6
TOTAL 1864 1364 1384 1543
FAUNE
Restes indéterminés 926 84 21 21
Squelette appendiculaire 32 31
Zone crânienne (crâne, mandibule, dents) 36 30 70
Zone axiale et ceintures 8
Esquilles et fragments 403 332 563
TOTAL 926 523 416 693
1887 GENERAL 2790 1800 2236
Espèces identifiées NIVEAU 1 NIVEAU 2 NIVEAU 3 NIVEAU 4
Ec/uns 25 11 27 13
oo Cupra ibex 5 4 6
о 7 Cervus 5 3
0 Rupicapra
Raii!>ifer 3
Bovidé 5
Pt Herbivore 3
Dama 1
Méi>acero.s
Rhinocéridé
то 26 7 16 Lagomorphe
-i Marmotta sp. 1
Ave s 4
Castor 1
Carnivores
Cunis Lupus 1 1 1
•> Vu 1 pes Vlil pe s
Tabl. 1 - Décompte des vestiges des quatre niveaux d'occupation.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001. tome 98. n 2. p. 189-205 192 Pascale YVORRA et Ludovic SLIMÁK
-125 --
-- -150
2 I 0 -2 -3 -4 -5
Profil transversal général (coupe est/ouest)
Niv.l
-íoo --
-- -120 Niv.2
Niv.2
wffflgiïwP^ï* i Niv.3 -- -140 Niv.3
-- -160 Niv.4 Niv.4
Bande D - Profil transversal Bande С - Profil transversal
-75 -75
Niv.l Niv.l -100 -100
-- -125 -125 Niv.2
Niv.3 -150 -150
Niv.4
h 4
Bande E - Profil transversal Bande F - Profil transversal
Fig. 3 - Profils des quatre niveaux d'occupation de la grotte Mandrin.
de répartitions orthogonaux et non orthogonaux, ce qui Identification et amplitude
autorise une visualisation propice à l'interprétation des des niveaux d'occupation
dépôts. Tous les types de découpages sont possibles, par
bandes horizontales, verticales, mètres carrés. Chacun La mise en place de découpages multiples, par bandes
des graphes créés bénéficie d'une mobilité de manière horizontales et verticales et la création de plans de
à observer des régions spécifiques, de pratiquer des répartitions orthogonaux et non orthogonaux nous ont
rotations, des translations, des zooms. Les graphiques permis d'identifier quatre niveaux d'occupations homog
sont également dynamiques. Il est ainsi possible de ènes et distincts. En raison de la topographie des lieux,
localiser conjointement sur les trois types de projections cette distinction est bien plus nette sur les profils tran
sversaux (est/ouest - X/Z) que sur les profils sagittaux utiles (plans de répartitions, profils sagittaux, profils
(nord/sud - Y/Z). À partir des séparations très nettement transversaux) un objet particulier.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001. tome 98, nu 2. p. 189-205 :
:
.
Grotte Mandrin à Malataverne (Drôme). Premiers éléments pour une analyse spatiale des vestiges en contexte moustérien 193
Altitude moyenne des profils est-ouest des quatre niveaux
-Niveau 1 G Niveau 2 A Niveau 3 X Niveau 4
1 0 -1 -2 -3 -5
-60-1
-80
-100
■120Ф----
■140
-160
-180
-200
Fig. 4 -Altitudes moyennes des quatre niveaux d'occupations.
visibles des bandes carroyées situées au centre de la négligée dans la disparition de certains éléments anato-
grotte où quatre niveaux sont bien distincts, nous avons miques.
opéré des découpages plus fins par mètres carrés afin
de nous en assurer sur l'ensemble de la surface (fig. 3). Les actions attribuables à l'homme sont manifestes sur
Les altitudes moyennes des profils est/ouest des quatre l'ensemble du matériel et concerneraient trois proces
niveaux mettent en évidence l'amplitude et l'homog sus différentiels et complémentaires de l'exploitation
énéité de ces derniers (fig. 4). Une certaine prudence des carcasses :
est à observer concernant le niveau 1 En effet, direct - le décharnement (prélèvements de masse musculaire,
ement sous-jacent aux ensevelissements sépulcraux et englobant la désarticulation) ;
aux travaux entamés par G. Etienne, ce premier ensemb - la fracturation (alimentaire extraction de la moelle) ;
- l'utilisation des résidus, comme combustible par le pourrait avoir été partiellement perturbé en limite exemple" est. (Giraud et al, 1998; Brugal in : Giraud,
Après l'identification préalable des différents niveaux 1999).
d'occupation, nous avons choisi de traiter les informat
ions spatiales sous la forme de zones de densité de Dans chacun des niveaux, le cheval est l'herbivore
vestiges, par répartition proportionnelle, afin de locali dominant (Equus caballus, Equus caballus germaniem,
ser les éventuelles aires de concentration et d'en appré Equus hydruntinus) restes dentaires nombreux, hemi-
hender les relations (Depaepe, 1997). mandibule, canon, stylet. Viennent ensuite des spéc
imens du genre Capra, et des cervidés. Les lagomorphes
Composition des niveaux d'occupation sont représentés en proportion équivalente au cheval.
Néanmoins, aucun terrier n'a été identifié en fouille.
Les effectifs donnés ci-dessous se réfèrent aux vestiges
lithiques et paléontologiques en cours d'étude (tabl. 1 ). Analyse des industries lithiques
Cette première étude des complexes lithiques de la
Les vestiges grotte Mandrin se propose d'appréhender les princi
La composition taxonomique des vestiges paléontologi pales caractéristiques technologiques des quatre
ques a été établie globalement à partir des vestiges den niveaux individualisés via l'analyse spatiale des arte
taires et des restes suffisamment bien conservés. Il facts provenant de la fouille.
convient de noter que chacun de ces ensembles est Cette analyse a pour unique objectif de relever les spé
composé en grande partie de fragments de diaphyses cificités technologiques intrinsèques à chacun des quat
(91.4% du total). re niveaux de la grotte Mandrin afin de confirmer ou
"Les ossements présentent globalement un état de con infirmer les résultats obtenus lors de l'analyse spatiale
servation que l'on pourrait qualifier de moyen ; de nomb des vestiges. Ce travail ne constitue donc pas en soi une
reuses pièces sont encroûtées et recouvertes de matrice approche systémique et globale des vestiges lithiques.
sableuse, certaines sont nettement émoussées (action du Nous avons dans un premier temps tenté une série de
remontages et raccords sur l'ensemble du matériel lithi- ruissellement, de charriage) avec des cupules de disso
lution et le degré d'altération est parfois important. que sans tenir compte des niveaux identifiés par la
L'ensemble indique des conditions d'enfouissement répartition du matériel archéologique. Nous n'avons pu
peu rapide auquel se rajoutent des actions destructrices remonter que treize pièces, ces remontages et raccords
après le dépôt (carnivores, bioturbations. transports, se limitent pour l'essentiel à l'assemblage de deux piè
compactions). L'intervention animale sur le stock ces, sauf dans un cas où de cinq éclats a
osseux est discrète mais réelle et elle ne doit pas être été effectué. Ces remontages s'inscrivent dans les
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194 Pascale YVORRA et Ludovic SLIMÁK
niveaux 1 et 2 repérés par l'analyse spatiale. Aucun unipolaires convergentes (fig. 6). Les quatre niveaux
sont également caractérisés par la cohabitation de remontage inter-couche n'a été effectué.
Nous avons alors étudié séparément chacun des quatre plusieurs systèmes de débitages : discoïdes unifaces
niveaux supérieurs de la grotte Mandrin. (Lenoir et Turq, 1995; Locht et Swinnen, 1994;
Slimák, 1998-1999 - fig. 7), Kombewa et leptolithiques
(laminaires et lamellaires).
Une première analyse aurait donc tendance à souligner LES MATIERES PREMIERES EMPLOYEES d'importantes similitudes au sein des assemblages tech
La localisation des gîtes de matières premières et nologiques. Toutefois, au-delà d'un certain nombre de
caractères communs, les industries lithiques des l'identification des types, par analyses macroscopiques
et microscopiques (MEB) est développée par Y. Giraud niveaux supérieurs de la grotte Mandrin présentent de
nettes particularités. (Giiauâ et al., 1997).
Les accidents siliceux sont nombreux en position pri
maire. Il s'agit principalement d'accidents barrémo- ... Et possédant pourtant
bédouliens que l'on retrouve en rive droite et gauche d'importantes spécificités technologiques
du Rhône. Parmi les plus connus se trouvent ceux de
Maloubret (près de Malataverne) et ceux d'Ardèche Les racloirs constituent l'essentiel du stock des supports
retouchés avec, dans le niveau l, une prédominance des localisés à une trentaine de kilomètres du site sur la rive
opposée du Rhône, sur les communes de Meysse- racloirs latéraux (17/37) alors que les transversaux y
Rochemaure. jouent un rôle plus effacé (9/37). Dans le niveau 2, les
Les silex lités des faciès calcéro-gréseux du Turonien transversaux sont en revanche dominants (23/45), alors
que dans les niveaux 3 et 4, les deux types de racloirs (Crétacé supérieur) sont présents dans la Drôme (aux
environs de Taulignan et Alleyrac). A cela s'ajoutent sont présents en proportions équivalentes (tabl. 4).
des rognons de silex noir à bleu-noir dans les niveaux La delineation du tranchant des racloirs est différente
campaniens du massif des Gats, dans le haut Diois. en fonction des niveaux. Plus de la moitié des racloirs
Les silex éocènes ont pu être observés dans les environs transversaux ( 12/23) sont de delineation droite dans le
de Dieulefit, dans la vallée de la Berre et vers Tau niveau 2, alors que l'ensemble des racloirs transversaux
lignan. Pour l'Oligocène, le Stampien est présent aux des niveaux 1, 3 et 4 sont de morphologie convexe.
environs de Grignan. Des affleurements de silex oligo Enfin, au sein du groupe moustérien le nombre de piè
cène existent également sur la colline de Navon au sud ces possédant un dos naturel (cortical ou de débitage)
de Châteauneuf-du-Rhône. L'aptitude à la taille de ces opposé à un racloir varie nettement, composant la moit
matériaux est très variable, médiocre pour le silex de ié des artefacts du groupe moustérien dans le niveau l,
faciès calcéro-gréseux, moyenne pour le campanien et les 2/3 dans le niveau 2 et seulement 1/3 dans le niveau
excellente pour le barrémo-bédoulien. Les matériaux 3 (tabl. 5).
utilisés à la grotte Mandrin ont été prélevés aussi bien Concernant la production Levallois, les méthodes récur
en position primaire qu'en position secondaire (éboulis rentes unipolaires et récurrentes unipolaires conver
de pente, formations alluvionnaires), ces derniers étant gentes sont employées dans tous les niveaux, avec
vraisemblablement les plus représentés. En raison du cependant, une présence plus marquée du débitage uni
nombre important de pièces altérées, toutes les matières polaire convergent dans les niveaux 4, 3 et 2, alors que
utilisées ne sont pas encore parfaitement identifiées. Racloirs N %
NIVEAU 37 67.3 2 72,6 45
LES DONNEES DE L'INDUSTRIE LITHIQUE NIVEAU 3 36 61 4 28 71.8 Des assemblages s'inscrivant
dans une même dynamique... Tabl. 2 - Proportion des racloirs
au sein des outils retouchés1.
En ce qui concerne les produits transformés, les quatre
niveaux de la grotte Mandrin sont caractérisés par la N % ILty
très nette dominance des racloirs. Ils occupent une NIVEAU 23 29.5
place prépondérante dans le complexe typologique 2 42 40.4
alors que les outils denticulés et de type Paléolithique NIVEAU 3 31 34.5
supérieur ont toujours une place secondaire dans les 4 30 43.5
différents niveaux étudiés (tabl. 2, fig. 5). Les outils Tabl. 3 - Indice Levallois typologique amincis sont représentés dans l'ensemble des niveaux, des quatre niveaux d'occupation1. mais leur présence reste anecdotique. L'indice Levallois
typologique (ILty) est systématiquement très élevé pour Niveau 1 Niveau 2 Niveau 3 Niveau 4 l'ensemble des niveaux, compris entre 30 et 40 % % N % N % N N % (tabl. 3) Racloirs latéraux 17 46 9 20 14 38.9 11 39.3 La proximité technologique de ces quatre ensembles est transversaux 9 24.3 23 51.1 17 47.2 7 25 marquée par la présence de produits Levallois, essen
Tabl. 4 - Proportion de racloirs latéraux et transversaux1. tiellement issus de méthodes récurrentes unipolaires et
Société' Préhistorique Française 2001. tome 98. n° 2. p. 189-205 Bulletin de la I
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Grotte Mandrin à Malataverne (Drôme). Premiers éléments pour une analyse spatiale des vestiges en contexte moustérien 195
les deux méthodes sont représentées dans des proport Les productions Kombewa, attestées dans Г ensemble
ions équivalentes dans le niveau 1 (tabl. 6). Le débitage des niveaux, sont particulièrement représentées dans le
Levallois bipolaire n'est attesté que dans le niveau 4. niveau 2. En effet, les nucleus Kombewa y sont les plus
5 cm
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 5 - Outils, ir racloir simple convexe, n' 2 racloir déjeté, iř 3 racloir transversal aminci, ir 4 denticulé double aminci (Mandrin, niveau
d'occupation 2 - Dessins L. Slimák).
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001. tome 98. n" 2. p. 189-205 Pascale YVORRA et Ludovic SLIMÁK 196
5 cm
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 6 — Supports Levallois (Mandrin, niveau d'occupation 2 - Dessins L. Slimák).
le niveau 1, 5/26 dans le niveau 3 et 1/41 dans le représentés (17/46), largement devant les nucleus di
scoïdes (9/46), contrairement aux trois autres niveaux niveau 4).
où le débitage Kombewa reste anecdotique (8/41 dans
Niveau 4 Débitage Levallois Niveau 1 Niveau 2 Niveau 3
Niveau 1 Niveau 2 Niveau 4 Unipolaire 5 7 7 2 Niveau 3
16 8 N % N % N % N % convergent 6 19
Racloirs latéraux 17 46 33 73.3 15 39.5 Bipolaire 0 0 0 3 12 33.3
Tabl. 5 - Proportion des pièces du groupe moustérien possédant un dos Tabl. 6 - Décompte des différentes méthodes de débitage Levallois en
naturel opposé à un tranchant retouché1. fonction des supports de plein débitage.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001, tome 98, n° 2. p. 189-205 :
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Grotte Mandrin à Malataverne (Drôme). Premiers éléments pour une analyse spatiale des vestiges en contexte moustérien 197
Il ressort de cette première analyse une dynamique
d'ensemble des quatre techno-complexes similaire,
bien que des différences technologiques importantes les
individualisent. Ces spécificités sont à la fois d'ordre
quantitatif (variations de proportions) et qualitatif
(variations strictement technologiques) et confortent
les résultats de l'analyse spatiale. Les convergences
technologiques relevées au sein des quatre niveaux
supérieurs pourraient être interprétées comme le
résultat de différentes occupations attribuables à un (ou
des) groupe(s) possédant un "bagage technologique"
proche.
La cohabitation de quatre chaînes opératoires de pro
ductions de supports au sein d'un même ensemble a
déjà été relevée dans les gisements de la Baume Néron
et du Champ Grand (Slimák, 1999a). Au sein de ces
séries, les proportions sont cependant différentes et l'as
pect charentien nettement plus marqué, avec une plus
forte représentation des racloirs déjetés et convergents
à retouche écailleuse-scalariforme sur supports épais.
En ce qui concerne les productions leptolithiques, les
comparaisons que nous pourrions établir dans cette
Illustration non autorisée à la diffusion région souffrent d'un manque évident de références
attribuable tant à la rareté des études technologiques
qu'à des divergences méthodologiques vis-à-vis des
études anciennes. Des ensembles moustériens à compos
ante laminaire sont reconnus dans les trois niveaux
supérieurs du gisement du Maras (Combler, 1967 et
1990; Moncel, 1996) ainsi qu'au Bau de l'Aubesier
(Lumley, 1969), alors que les conceptions lamellaires
n'ont été jusqu'à présent clairement identifiées que sur
le gisement du Champ Grand (Slimák, 1999b).
REPARTITIONS SPATIALES
DES VESTIGES
и 0 L'analyse des répartitions spatiales des vestiges a été
réalisée à partir de zones de concentration par mètres
carrés en fonction des différents types de vestiges ident
ifiés. La distinction entre ces vestiges concerne
• pour les vestiges lithiques les éclats bruts (de lon
gueur supérieure à 1,5 cm), les outils typologiques,
les nucleus. À cette première séparation, nous avons
joint les productions Levallois et Kombewa compren
ant l'ensemble des éléments identifiés comme
Fig. 7 - Nucleus discoïde (Mandrin - niveau d'occupation 2 - Dessin L. s' insérant dans ces chaînes opératoires (nucleus, sup
Slimák). ports de (re)mise en forme, plein débitage...), ainsi
que les produits corticaux de manière à pouvoir abor
der la question des aires de débitage.
• Les vestiges paléontologiques ont été distingués non Les productions leptolithiques sont représentées dans
pas par taxons (l'analyse taxonomique étant en cours) les quatre niveaux. Elles varient et augmentent en nomb
mais par identification de la position anatomique. re depuis les niveaux les plus profonds jusqu'au
Ainsi avons-nous opéré une séparation entre : la zone niveau supérieur. Au sein même du stock leptolithique,
crânienne (crâne, mandibule et dents), la zone axiale cette variabilité est soulignée par un accroissement des
et les ceintures (omoplate, clavicule, os coxal. vertèproductions lamellaires au détriment des productions
bres, côtes et sternèbres). et le squelette appendicu- laminaires (niveau 4 14 lamelles pour 22 lames et
laire (à partir de l'humérus et du fémur). Les esquilles niveau 1 90 lamelles pour 34 lames). Par ailleurs, si
et fragments osseux qui constituent une forte proportces deux productions semblent autonomes dans les
ion des vestiges paléontologiques seront également niveaux 4. 3 et 2. les lames du niveau 1 pourraient pro
localisés. Ils peuvent être une source d'information venir essentiellement des premières phases de débitage
des productions lamellaires. sur les zones de rejets.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 2001. tome 98. n" 2. p. 189-205