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Implication du BDNF dans l'étiopathogenèse et le traitement des troubles anxio-dépressifs : aspects précliniques., Involvement of BDNF in the etiopathogenesis and treatment of anxio-depressive disorders preclinical aspects

De
226 pages
Sous la direction de Catherine Belzung
Thèse soutenue le 04 juillet 2008: Tours
Bien que les troubles anxio-dépressifs représentent une des principales causes d’invalidité et un des plus sérieux problèmes de santé dans le monde, les mécanismes neurobiologiques à l’origine de ces affections demeurent méconnus. Les processus mis en jeu semblent multiples et complexes : passant par des déséquilibres au niveau des neurotransmetteurs jusqu’à des modifications de la plasticité neurale et du remodelage cellulaire. Les neurotrophines étant considérées comme les principaux régulateurs de la plasticité, l’hypothèse d’un lien causal entre le niveau de neurotrophine, principalement de l’une d’entre elles, le Brain-Derived Neurotrophic Factor (BDNF) et l’apparition de troubles anxio-dépressifs a ainsi été proposée. Notre travail a donc eu pour objectif l’étude de l’implication du BDNF dans l’étiopathogenèse et le traitement des troubles anxio- dépressifs à travers l’utilisation de modèles murins. Etant donné que plusieurs études cliniques et précliniques ont montré une implication du BDNF dans plusieurs traits psychologiques et comportementaux, nous avons cherché à déterminer si des différences dans le gène BDNF pouvaient être à l’origine de la grande hétérogénéité comportementale des différentes souches de souris. Nous rapportons dans cette étude l’existence d’un polymorphisme sur un seul nucléotide (SNP) à l’origine d’un changement d’acide aminé (une leucine est remplacé par une méthionine) en position 32 dans la séquence du prodomaine du BDNF. Nous démontrons ensuite que, bien que ce SNP ne modifie par l’expression basale de BDNF dans le cerveau, ce polymorphisme est associé au phénotype « anxieux » des souris. Par contre, il n’est pas impliqué dans le comportement alimentaire, le toilettage, l’activité, l’apprentissage et la mémoire. Une analyse précise des données montre que les souris portant l’allèle Met présentent une propension plus importante à développer des réactions néophobiques et des comportements d’anxiété de trait. Ainsi, ce polymorphisme pourrait contribuer aux différences de profils comportementaux des différentes lignées de souris dans les tests d’anxiété. Ensuite, nous avons réalisé une comparaison de sept lignées de souris dans un modèle chronique de la dépression et de l’action thérapeutique des antidépresseurs. Ce paradigme, le stress chronique léger imprédictible (UCMS), modélise l’influence des stress socio-environnementaux dans l’étiopathogenèse de la dépression et est sensible à l’action chronique des antidépresseurs. Nous montrons dans cette étude que l’application d’un même facteur étiologique (les stresseurs) est capable d’induire presque autant de profils différents d’altérations physiques, comportementales et physiologiques, et de réponses au traitement que de lignées de souris testées. De plus, les différents profils obtenus se rapprochent des différents sous-types de la pathologie humaine suggérant que le patrimoine génétique des patients pourrait être déterminant dans l’apparition clinique d’un sous-type particulier. Par contre, aucune association entre le polymorphisme Leu32Met du BDNF et les altérations « dépression-like » ou la réponse au traitement antidépresseur n’émerge de notre étude. Nous avons enfin étudié l’effet d’un déficit en BDNF sur la vulnérabilité au stress chronique et la réponse aux antidépresseurs par l’utilisation de souris hétérozygotes BDNF +/-. Nous montrons ici que l’expression monoallélique du BDNF n’induit pas de différences dans la sensibilité à l’UCMS sur toutes les mesures physiques (état du pelage, poids), comportementales (alimentations, activité, anxiété, agressivité, résignation) et neuroendocrines (corticostéronémie). Par contre, certains effets du traitement sont perturbés chez les souris BDNF +/-. Finalement, notre étude suggère que le BDNF n’est pas impliqué dans l’apparition des altérations « dépression-like » mais qu’il est nécessaire à l’efficacité des antidépresseurs. Ce travail a donc permis de mettre en évidence une relation entre le BDNF et les comportements anxieux ainsi que l’action des antidépresseurs. De plus, en utilisant deux modèles différents (le polymorphisme d’un gène ou son ablation partielle), nous avons montré l’absence de lien entre le BDNF et l’étiopathogenèse de la dépression.
-Bdnf
-Ucms
Although anxio-depressive disorders are a major cause of disability with important health consequences, the underlying neurobiological mechanisms remain largely unknown. Neurotransmitter imbalances can change numerous intracellular signaling pathways that ultimately result in lasting modifications in neural plasticity and cellular remodeling. Since neurotrophins, and particularly brain-derived neurotrophic factor (BDNF), are considered main regulators of neural plasticity, changes in the expression of these genes are an attractive mechanism by which normally differentiated brain cells may transform into a pathological anxio-depressive phenotype. A first study seven strains of mice with large behavioral differences were used to investigate whether differences in the expression and sequence BNDF may be associated with anxiety and depressive traits. A change of a single nucleotide in position 32 of prodomain sequence of BNDF, which resulted in a leucine being replaced by methionine, was associated with mice exhibiting the anxious phenotype. Mice carrying the Met allele had greater propensity to neophobic reactions and behaviors related to anxiety. However, this polymorphism did not alter the basal expression of the gene and other behavioral activities including appetite, thirst, grooming, learning and memory. Furthemore, when chronic stress slightly unpredictable (UCMS) was used in seven mouse lines, no association was observed between Leu 32 Met and depression-like effectors due to antidepressant treatments. When heterozygous (+/-) BNDF mice were used in the UCMS model, no changes were noted in physical observations (i.e, hair coat, weight), behavioral responses (to mimic anxiety, aggressiveness and resignation) and in the stress hormones; by contrast, some effects to the anti-depressants were different from the ones seen in homozygous (+/+) mice. In conclusion, BDNF polymorphisms can contribute to the various behavioral profiles exhibited by different strains of mice in test of anxiety. However, it does not appear to be involved in the etiopathogenesis of depression.
Source: http://www.theses.fr/2008TOUR4004/document
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UNIVERSITÉ FRANÇOIS - RABELAIS
DE TOURS


ÉCOLE DOCTORALE : Santé, Sciences et Techniques
Inserm U930 Equipe 4

THÈSE présentée par :
Nylza Yadira IBARGUEN VARGAS

soutenue le : 4 juillet 2008


pour obtenir le grade de : Docteur de l’université François - Rabelais
Discipline/ Spécialité de : Sciences de la vie et santé / Neurosciences


Implication du BDNF dans l'etiopathogenèse
et le traitement des troubles anxio-dépressifs
Aspects précliniques



THÈSE dirigée par :
Mme BELZUNG Catherine Professeur des universités, Université F. Rabelais (Tours)

RAPPORTEURS :
Mr LASSALLE Jean-Michel Professeur des universités, Université P. Sabatier (Toulouse)
Mme THIEBOT Marie-Hélène Directeur de recherche, Inserm (Paris)

JURY :
Mme BELZUNG Catherine Professeur des universités, Université F. Rabelais (Tours)
Mr CAMUS Vincent Professeur des universités (PU-PH), Université F.Rabelais (Tours)
Mr GARDIER Alain Professeur des universités, Université Paris-Sud (Chatenay-Malabry)
Mr LASSALLE Jean-Michel Professeur des universités, Université P. Sabatier (Toulouse)
Mme THIEBOT Marie-Hélène Directeur de recherche, Inserm (Paris)
Mr SPEDDING Michaël Professeur, Institut de Recherche International, Servier (Paris)

REMERCIEMENTS

Le Professeur Catherine BELZUNG a dirigé ce travail avec dynamisme et professionnalisme.
Je tiens à lui exprimé toute ma gratitude pour avoir cru en moi et m’avoir acceptée dans son
équipe, ainsi qu’à la scientifique éminente pour son enthousiasme, pour ses conseils toujours
pertinents, pour son indulgence par rapport à ma maîtrise approximative du français (surtout
au début) et ses encouragements continus ; mais surtout merci pour ton amitié.
****
Le Docteur Marie-Hélène THIEBOT et le Professeur Jean-Michel LASSALLE ont accepté
d’être les rapporteurs de cette thèse. Je les remercie d’avoir accordé du temps et toute leur
attention à ce travail. Je tiens surtout à leur exprimer toute mon estime pour l’honneur qu’ils
me font d’éclairer ce travail de leur excellence scientifique. Nul doute que leurs commentaires
et leurs critiques enrichiront ce manuscrit et mon questionnement scientifique.
****
Le Professeur Vincent CAMUS, le Professeur Alain GARDIER et le Professeur Michael
SPEDDING ont accepté de rejoindre le jury de cette thèse. Je me sens extrêmement honorée
de leur participation et pour cela je tiens à leur exprimer toute ma reconnaissance.
****
Je tiens à exprimer spécialement toute ma gratitude au Docteur Wissam EL-HAGE pour ses
conseils avisés et sa présence dans les bons moments mais aussi son soutien dans les moments
plus difficiles. Encore merci pour tes encouragements et ton positivisme en toutes occasions !
****
Je remercie Dominique LEGLAUNEC et Anne-Marie LEGUISQUET pour leur disponibilité
et leur aide précieuse au quotidien mais aussi le Docteur Véronique BOZON et Maryse
PINGAUD pour leur gentillesse dès mon arrivée à l’Université F.Rabelais et depuis au
laboratoire.
****
Merci au Professeur Christian ANDRES et à son équipe de m’avoir permis de travailler dans
son laboratoire lors de nos projets collaboratifs. Je tiens plus particulièrement à remercier le
Docteur Patrick VOURC’H pour sa disponibilité et sa participation à plusieurs de nos
expériences. Un grand merci aussi à Catherine ANTAR, Rose-Anne THEPAULT et Sylviane
VEDRINE.
****
Je remercie également très sincèrement le Docteur Pascal BARONE, Raymond JEGAT, le
Docteur Samuel LEMAN ainsi que les autres membres du laboratoire Bruno BRIZARD, le
Docteur Frédéric MINIER, tous les doctorants et stagiaires. Je souhaite exprimer
particulièrement toute ma gratitude au Docteur Caroline VEUILLE et au Professeur LE PAPE
d’avoir partagé leur bureau et pour nos échanges instructifs et amicaux. Et je n’oublie pas les
autres membres du DESCO dont le Professeur Christine ERRARD, le Docteur Nadine
FRESQUET, le Professeur Alain LENOIR et le Docteur Jean-Luc MERCIER. Merci
beaucoup à vous tous pour votre accueil et de rendre plus agréable le laboratoire.
****
À Boriana ATANASOVA, François CHRISTMANN, Stephanie COUBARD, Séverine
DEVERS, Walter SAULQUIN, Danival SOUZA et Ipek YALCIN. Merci parce que vous êtes
la preuve que partout et dans toutes les circonstances on peut trouve des amis (l’ordre n’est
qu’alphabétique !!).
****
Alexandre SURGET j'ai tout plein de mercis pour toi ; merci de m’avoir appris le français, de
m’avoir aidé en toutes circonstances et de me communiquer ton enthousiasme, de ta joie de
1
vivre et d’avoir changé ma vie. Gracias, porque tú eres un regalo precioso que me ha dado la
vida.
****
À ma famille “d’ici” et sur tout à mes beaux-parents, Dominique et Jacques, pour leur soutien
inconditionnel et pour m’accompagner depuis le début dans ce pays.
****
Gracias Anissa SURGET-IBARGUEN porque así tú no lo sepas aun, llegaste a mi vida para
darle alegría, para enseñarme a disfrutar de las pequeñas y de las grandes cosas de la vida de
todos los días.
****
Gracias Berardo de Jesús RODRIGUEZ porque desde siempre, has estado a mi lado para
apoyarme y quererme, porque tú tienes razón cuando dices que el tiempo y las circunstancias
cambian, pero nosotros vivimos como dando la vuelta en el bus y seguimos siendo amigos.
****
Gracias Héctor José CARO BOTERO por todos estos años de amistad, que me han permitido
ver la vida desde otra perspectiva y por mostrarme que la vida, hay que vivirla con
tranquilidad como si siempre fuéramos de tenis blancos.
****
Gracias a todos mis amigos de mi país por seguirlo siendo a pesar de la distancia, por darme
animo, apoyarme, escribirme y tenerme presente en todos estos años de ausencia.
****
Gracias Familia, a todos y cada uno de ustedes, porque desde la distancia (que no es sino
geográfica) me acompañan cada uno de mis días, con su amor y sus oraciones me dan la
fuerza para seguir adelante y disfrutar de la vida. Gracias también por mantenerme presente
en la vida cotidiana de la familia, con fotos, webcam, mensajes, llamadas y todos los medios
posibles.
****
2
Sommaire
RESUME ............................................................................................................................................................... 4
LISTE DES ABREVIATIONS ............................................................................................................................ 5
INTRODUCTION ................................................................................................................................................. 6
1. Les troubles anxio-dépressifs .................................................................................................................... 7
1.1. Le trouble dépressif ........................................................................................................................... 7
1.2. Les troubles anxieux .......................................................................................................................... 8
1.3. Comorbidité anxiété-dépression ...................................................................................................... 10
2. Neurobiologie des troubles anxio-dépressifs .......................................................................................... 10
2.1. Neurobiologie de la dépression ....................................................................................................... 10
2.2. Neurobiologie de l’anxiété .............................................................................................................. 17
3. Les traitements des troubles anxio-dépressifs ......................................................................................... 22
3.1. Les traitements des troubles dépressifs ........................................................................................... 23
3.2. Les traitements des troubles anxieux ............................................................................................... 27
4. Le BDNF ................................................................................................................................................ 30
4.1. Les Neurotrophines ......................................................................................................................... 30
4.2. Caractérisation du BDNF ............................................................................................................... 32
4.3. Fonction du BDNF .......................................................................................................................... 36
5. Les modèles animaux.............................................................................................................................. 44
5.1. Modéliser la dépression .................................................................................................................. 45
5.2. Les modèles animaux d’anxiété ....................................................................................................... 51
Objectifs de la thèse ......................................................................................................................................... 58
Article 1 - Association of a mouse BDNF polymorphism (Leu32Met) and the behavioral phenotypes in six
inbred strains ....................................................................................................................................................... 60
Article 2 - Multifaceted strain-specific effects in a chronic mouse model of depression and of
antidepressant reversal ....................................................................................................................................... 80
Discussion complémentaire de l’article 2 ....................................................................................................... 108
Article 3 - Deficit in BDNF level does not increase vulnerability to stress but dampens antidepressant-like
effects in the unpredictable chronic mild stress.............................................................................................. 111
DISCUSSION GENERALE ............................................................................................................................. 135
1. Le polymorphisme Leu32Met du BDNF .............................................................................................. 137
2. BDNF et anxiété ................................................................................................................................... 139
3. BDNF et dépression .............................................................................................................................. 142
3.1. BDNF et état dépression-like ........................................................................................................ 143
3.2. BDNF et antidépresseurs .............................................................................................................. 145
Conclusion ...................................................................................................................................................... 148
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................................ 150
ANNEXES ......................................................................................................................................................... 180
Article 4 - Drug-dependent requirement of hippocampal neurogenesis in a model of depression and of
antidepressant reversal. .................................................................................................................................. 181
Article 5 - Corticolimbic transcriptome changes are state-dependent and region-specific in a rodent model of
depression and of antidepressant reversal. ..................................................................................................... 182
Article 6 - Lack of serotonin1B receptor expression leads to age-related motor dysfunction, early onset of
brain molecular aging and reduced longevity. ................................................................................................ 183
3

RESUME

Bien que les troubles anxio-dépressifs représentent une des principales causes d’invalidité et un des
plus sérieux problèmes de santé dans le monde, les mécanismes neurobiologiques à l’origine de ces
affections demeurent méconnus. Les processus mis en jeu semblent multiples et complexes : passant
par des déséquilibres au niveau des neurotransmetteurs jusqu’à des modifications de la plasticité
neurale et du remodelage cellulaire. Les neurotrophines étant considérées comme les principaux
régulateurs de la plasticité, l’hypothèse d’un lien causal entre le niveau de neurotrophine,
principalement de l’une d’entre elles, le Brain-Derived Neurotrophic Factor (BDNF) et l’apparition de
troubles anxio-dépressifs a ainsi été proposée. Notre travail a donc eu pour objectif l’étude de
l’implication du BDNF dans l’étiopathogenèse et le traitement des troubles anxio-dépressifs à travers
l’utilisation de modèles murins.
Etant donné que plusieurs études cliniques et précliniques ont montré une implication du BDNF dans
plusieurs traits psychologiques et comportementaux, nous avons cherché à déterminer si des
différences dans le gène BDNF pouvaient être à l’origine de la grande hétérogénéité comportementale
des différentes souches de souris. Nous rapportons dans cette étude l’existence d’un polymorphisme
sur un seul nucléotide (SNP) à l’origine d’un changement d’acide aminé (une leucine est remplacé par
une méthionine) en position 32 dans la séquence du prodomaine du BDNF. Nous démontrons ensuite
que, bien que ce SNP ne modifie par l’expression basale de BDNF dans le cerveau, ce polymorphisme
est associé au phénotype « anxieux » des souris. Par contre, il n’est pas impliqué dans le
comportement alimentaire, le toilettage, l’activité, l’apprentissage et la mémoire. Une analyse précise
des données montre que les souris portant l’allèle Met présentent une propension plus importante à
développer des réactions néophobiques et des comportements d’anxiété de trait. Ainsi, ce
polymorphisme pourrait contribuer aux différences de profils comportementaux des différentes lignées
de souris dans les tests d’anxiété.
Ensuite, nous avons réalisé une comparaison de sept lignées de souris dans un modèle chronique de la
dépression et de l’action thérapeutique des antidépresseurs. Ce paradigme, le stress chronique léger
imprédictible (UCMS), modélise l’influence des stress socio-environnementaux dans
l’étiopathogenèse de la dépression et est sensible à l’action chronique des antidépresseurs. Nous
montrons dans cette étude que l’application d’un même facteur étiologique (les stresseurs) est capable
d’induire presque autant de profils différents d’altérations physiques, comportementales et
physiologiques, et de réponses au traitement que de lignées de souris testées. De plus, les différents
profils obtenus se rapprochent des différents sous-types de la pathologie humaine suggérant que le
patrimoine génétique des patients pourrait être déterminant dans l’apparition clinique d’un sous-type
particulier. Par contre, aucune association entre le polymorphisme Leu32Met du BDNF et les
altérations « dépression-like » ou la réponse au traitement antidépresseur n’émerge de notre étude.
Nous avons enfin étudié l’effet d’un déficit en BDNF sur la vulnérabilité au stress chronique et la
+/-
réponse aux antidépresseurs par l’utilisation de souris hétérozygotes BDNF . Nous montrons ici que
l’expression monoallélique du BDNF n’induit pas de différences dans la sensibilité à l’UCMS sur
toutes les mesures physiques (état du pelage, poids), comportementales (alimentations, activité,
anxiété, agressivité, résignation) et neuroendocrines (corticostéronémie). Par contre, certains effets du
+/-
traitement sont perturbés chez les souris BDNF . Finalement, notre étude suggère que le BDNF n’est
pas impliqué dans l’apparition des altérations « dépression-like » mais qu’il est nécessaire à
l’efficacité des antidépresseurs.
Ce travail a donc permis de mettre en évidence une relation entre le BDNF et les comportements
anxieux ainsi que l’action des antidépresseurs. De plus, en utilisant deux modèles différents (le
polymorphisme d’un gène ou son ablation partielle), nous avons montré l’absence de lien entre le
BDNF et l’étiopathogenèse de la dépression.

4
LISTE DES ABREVIATIONS

5-HT : 5-hydroxytryptamine
ACTH : adrenocorticotropin hormone (hormone adrénocorticotrope)
BDNF : brain-derived neurotrophic factor
BZDs : benzodiazépines
CCK : cholécystokinine
CRF : corticotrophin-releasing factor or hormone (corticolibérine)
DA : dopamine
GABA : acide γ(gamma)-amino butyrique
HPA: hypothalamus-pituitary-adrenals (hypothalamus-hypophyse-surrénale)
IMAO : inhibiteurs de la monoamine oxydase
ISRS : inhibiteur de la recapture de sérotonine
LTP : long term potentiation (potentialisation à long terme)
MDTB : mouse defense battery test
NA : noradrénaline
NSF test : novelty-suppressed feeding test
NT : neurotrophine
PTSD : trouble du stress post-traumatique
PVN : noyau paraventriculaire
SNP : single nucleotide polymorphism (polymorphisme sur un seul nucléotide)
TrK : récepteur à tyrosine kinase
UCMS: unpredictable chronic mild stress (stress chronique léger impredictible)

5














INTRODUCTION

6

1. Les troubles anxio-dépressifs

Les troubles anxio-dépressifs sont les désordres psychiatriques ayant la plus forte
prévalence dans la population générale. En effet, on estime que plus de 20% de la population
des pays industrialisés va souffrir de ce trouble à un moment de sa vie (Nestler et coll., 2002a,
Valle Fernandez, 2002). En outre, parmi les patients atteints d’un trouble anxieux, 30%
développeront une dépression secondaire ou bien même présentent une dépression comorbide
au trouble anxieux. Habituellement, on considère que la dépression et l’anxiété sont des
entités nosologiques indépendantes mais dans la clinique il est plutôt rare de trouver une
pathologie strictement confinée à l’un des deux troubles. En effet, ces deux désordres
partagent des symptômes communs; ce qui contribue sans doute à leur comorbidité. Ces
observations ont conduit à une modification de la classification des troubles anxio-dépressifs
au cours de ces dernières années (Valle Fernandez, 2002).
1.1 . Le trouble dépressif

La notion de dépression, en tant qu’entité pathologique, s’est construite au cours du
temps. Hippocrate, au Vème siècle avant JC, a été l’un des premiers auteurs à avoir décrit
cette pathologie. Pour lui, il s’agissait d’un déséquilibre des fluides du corps qu’il attribuait à
un excès de bile noire, d’où son nom : la mélancolie. Au Ier siècle après JC, Galien et Arète
de Cappadoce considèrent la mélancolie et la manie comme des troubles associés. Plus tard,
au cours du Moyen Age, cette maladie est considérée comme liée à une cause diabolique. Il a
fallu attendre 1725 pour trouver pour la première fois le mot « dépression » sous la plume du
britannique Richard Blackmore. Au cours du XXème siècle, l’intérêt se porte sur la
classification des troubles psychiatriques. L’une des premières contributions dans ce domaine
est un article d’Emil Kraepelin, paru en 1921 et intitulé « Maniac depressive insannity and
paranoia ». Bien que ne mentionnant pas explicitement la dépression, (Krapelin distingue la
folie, la schizophrénie et la psychose maniaco-dépressive), il s’agit d’un premier pas dans la
direction de la classification de ces désordres en entités nosologiques distinctes. Ces travaux
allaient aboutir à des outils diagnostiques comme ceux proposés par l’Organisation Mondiale
de la Santé (OMS) ou par l’Association Américaine de Psychiatrie (les différentes versions du
DSM). Ces derniers sont les plus utilisés actuellement dans le domaine de la recherche. Ce
n’est que dans la version la plus récente, le DSM-IV, qu’apparaît l’idée de distinguer les
7
différents types de dépression. Ainsi, actuellement, on distingue la dépression majeure, la
dépression aigüe, la dépression épisodique, etc. (American Psychiatric Association, 2000).
Le DSM-IV (1994) définit le trouble dépressif majeur par la présence de un ou plusieurs
épisodes de dépression majeure sans antécédent d’épisode maniaque, mixte ou
hypomaniaque. Un épisode majeur doit durer au moins deux semaines et se caractérise par la
présence d’au moins cinq symptômes sur les neuf suivants:
1. Humeur dépressive,
2. Diminution de l’intérêt et du plaisir,
3. Perte d’appétit et de poids d’au moins 5 % par mois,
4. Insomnie ou hypersomnie,
5. Agitation ou retard au niveau psychomoteur,
6. Fatigue et perte d’énergie,
7. Sentiment de culpabilité ou manque de valorisation de soi,
8. Trouble de la concentration,
9. Pensée de mort et de suicide.
La dépression majeure est un trouble psychiatrique caractérisé par une forte prévalence et
fréquemment sous diagnostiqué. En outre, lorsqu’il a été diagnostiqué, le traitement préconisé
est parfois mal adapté. Son incidence est estimée à 5% de la population mondiale, et, dans les
pays développés, la prévalence peut atteindre de 17 à 20% (Nestler et coll., 2002b, Tamminga
et coll., 2002). La dépression est plus fréquente dans le sexe féminin. D’après l’OMS, la
1dépression est la principale cause de handicap mondial. Ce même organisme estime que la
ème
dépression est actuellement la 4 pathologie la plus fréquente et qu’en 2020 il s’agira de la
ème
2 pathologie la plus fréquente après les troubles cardiovasculaires. Ainsi, la dépression est à
la fois un vrai problème de santé publique et un problème économique en raison de
l’absentéisme au travail induit par la maladie et du coût des traitements. En effet, les
antidépresseurs représentent 51% des prescriptions de psychotropes et, d’après une étude
pilotée par la SOFRES et parue en 1996, 3.4% des français consomment des antidépresseurs.
1.2 . Les troubles anxieux
L’anxiété est un état émotionnel susceptible d’apparaître chez chaque individu lorsqu’il
est confronté à une situation comportant une menace potentielle. Lorsque cet état perdure
dans le temps et se manifeste dans des situations non anxiogènes et sans proportion avec des

1 Il s’agit ici de la définition du handicap de l’OMS
8
causes objectives, on considère qu’il s’agit d’un trouble anxieux. Ces troubles sont décrits
dans le DSM-IV et concerne les pathologies suivantes :
-Trouble panique sans agoraphobie
-Trouble panique avec agoraphobie
-Agoraphobie sans antécédent de trouble panique
- Phobie spécifique
- Phobie sociale
- Trouble obsessionnel compulsif
- Trouble de stress post-traumatique
- Trouble lié à un état de stress aigu
- Trouble de l'anxiété généralisée
- Trouble anxieux dû à une affection médicale générale
- Trouble anxieux induit par une substance
- Trouble anxieux non spécifié.
Parmi les troubles décrits ci-dessus, l’anxiété généralisée est la pathologie ayant la
plus forte prévalence (Tamminga et coll., 2002). En effet, on estime que 30% des patients
ayant un trouble anxieux sont atteints d’anxiété généralisée. Les autres troubles anxieux sont
caractérisés par une fréquence moindre : le troubles obsessionnel-compulsif touche 1.7% des
patients ayant un trouble anxieux, la phobie sociale concerne de 1 à 3.5 % des patients,
l’agoraphobie concerne de 1.3 à 3% des patients, le stress post-traumatique touche 17% de ces
patients. Ceci montre qu’il s’agit d’un groupe de pathologies très fréquentes dans la
population(Hunkeler et coll., 2003).
9