L'Amérique Latine, terre d'émigration. Approche du processus par la migration nette - article ; n°2 ; vol.11, pg 35-46

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1995 - Volume 11 - Numéro 2 - Pages 35-46
Amérique Latine, Terre d'émigration. Approche des processus par la migration nette
Mario BOLEDA
Dans cet article, l'auteur présente une vision d'ensemble des phénomènes migratoires qui caractérisent le continent américain depuis 1950, et met l'accent sur les processus d'émigration à partir de l'Amérique Latine. Il fonde son analyse sur un indicateur, la migration nette, évaluée par des méthodes indirectes.
L'évolution de cet indicateur pendant les trois dernières décennies est étudiée pour 25 pays latino-américains, replacés dans un cadre mondial grâce au rappel des données agrégées par continent.
Parmi ces pays, les situations les plus claires d'émigration nette sont mis en valeur. C'est le cas tout d'abord des pays des Caraïbes et de l'Amérique Centrale, parmi lesquels il faut souligner l'exemple de l'émigration mexicaine vers les Etats Unis, probablement un des flux les plus importants du monde aujourd'hui. Plus au Sud, c'est aussi l'émigration nette qui caractérise la Colombie, la Bolivie et le Chili tout au long de la période d'observation.
On peut aussi mentionner le cas de plusieurs pays dont les taux de migration ont fortement varié, entre bilans migratoires excédentaires et équilibrés au Venezuela et en Argentine, entre taux positifs au début de la période et négatifs à la fin comme en Uruguay.
Latin America, Land of Emigration, Process Approach by the Net Migration
Mario BOLEDA
In this paper, the author deals with migration in America since 1950, focusing on the emigration process from Latin America. For this purpose, the analysis is based upon net migration rates that can be obtained by indirect methods.
At the beginning, data are provided by continents, then the analysis focuses on 25 Latin american countries. Among them, some with net migration rates may be noted. Firstly, those from the Caribbean and Central American regions, where Mexicans emigration to USA - probably, the most important flow at the moment- must be highligted. Secondly, the cases of Colombia, Bolivia and Chile can be outlined, with emigration rates during the entire period. Finally, there was some countries with figures varying between positive and zero migration rates, as Venezuela and Argentina, while Uruguay have been varying between positive rates at the beginning of the period and negative at the end.
America Latina, tierra de emigración, Estudio de los procesos a partir de la migración neta
Mario BOLEDA
En este trabajo, el aultor presenta una visión de conjunto del fenómeno migratorio que caracteríza al continente amerícano desde 1950, y pone el acento sobre el proceso de emigración de la América Latina. Con tales fines, el indicador utilizado es la migración neta obtenida por procedimientos indirectos.
En el texto se entra en materia mediante el estudio de la evolución de este indicador dúrante las últimas tres decadas en 25 países latinoamericanos, despues de haber situado al continente en un marco general, recordando los datos sobre grandes agregados continentales.
Entre éstos, se destacan los casos más claros de emigración neta. En principio, los países caribeños y de la América Central, en donde cabe poner en relieve la emigración mexicana hacía los Estados Unidos de Norteamérica, probablemente el flujo de mayor porte en el mundo actual. Màs al sur, han de destacarse los casos de Colombia, Bolivia y Chile, países que tuvieron variaciones importantes entre tasas positivas de migración neta y valores nulos, como Venezuela y la Argentina, o entre tasas positivas al principio y tasas negativas al final, como es el caso del Uruguay.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1995
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Mario Boleda
L'Amérique Latine, terre d'émigration. Approche du processus
par la migration nette
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 11 N°2. Amérique Latine. pp. 35-46.
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Boleda Mario. L'Amérique Latine, terre d'émigration. Approche du processus par la migration nette. In: Revue européenne de
migrations internationales. Vol. 11 N°2. Amérique Latine. pp. 35-46.
doi : 10.3406/remi.1995.1462
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1995_num_11_2_1462Résumé
Amérique Latine, Terre d'émigration. Approche des processus par la migration nette
Mario BOLEDA
Dans cet article, l'auteur présente une vision d'ensemble des phénomènes migratoires qui caractérisent
le continent américain depuis 1950, et met l'accent sur les processus d'émigration à partir de l'Amérique
Latine. Il fonde son analyse sur un indicateur, la migration nette, évaluée par des méthodes indirectes.
L'évolution de cet indicateur pendant les trois dernières décennies est étudiée pour 25 pays latino-
américains, replacés dans un cadre mondial grâce au rappel des données agrégées par continent.
Parmi ces pays, les situations les plus claires d'émigration nette sont mis en valeur. C'est le cas tout
d'abord des pays des Caraïbes et de l'Amérique Centrale, parmi lesquels il faut souligner l'exemple de
l'émigration mexicaine vers les Etats Unis, probablement un des flux les plus importants du monde
aujourd'hui. Plus au Sud, c'est aussi l'émigration nette qui caractérise la Colombie, la Bolivie et le Chili
tout au long de la période d'observation.
On peut aussi mentionner le cas de plusieurs pays dont les taux de migration ont fortement varié, entre
bilans migratoires excédentaires et équilibrés au Venezuela et en Argentine, entre taux positifs au début
de la période et négatifs à la fin comme en Uruguay.
Abstract
Latin America, Land of Emigration, Process Approach by the Net Migration
Mario BOLEDA
In this paper, the author deals with migration in America since 1950, focusing on the emigration process
from Latin America. For this purpose, the analysis is based upon net migration rates that can be
obtained by indirect methods.
At the beginning, data are provided by continents, then the analysis focuses on 25 Latin american
countries. Among them, some with net migration rates may be noted. Firstly, those from the Caribbean
and Central American regions, where Mexicans emigration to USA - probably, the most important flow
at the moment- must be highligted. Secondly, the cases of Colombia, Bolivia and Chile can be outlined,
with emigration rates during the entire period. Finally, there was some countries with figures varying
between positive and zero migration rates, as Venezuela and Argentina, while Uruguay have been
varying between positive rates at the beginning of the period and negative at the end.
Resumen
America Latina, tierra de emigración, Estudio de los procesos a partir de la migración neta
Mario BOLEDA
En este trabajo, el aultor presenta una visión de conjunto del fenómeno migratorio que caracteríza al
continente amerícano desde 1950, y pone el acento sobre el proceso de emigración de la América
Latina. Con tales fines, el indicador utilizado es la migración neta obtenida por procedimientos
indirectos.
En el texto se entra en materia mediante el estudio de la evolución de este indicador dúrante las
últimas tres decadas en 25 países latinoamericanos, despues de haber situado al continente en un
marco general, recordando los datos sobre grandes agregados continentales.
Entre éstos, se destacan los casos más claros de emigración neta. En principio, los países caribeños y
de la América Central, en donde cabe poner en relieve la emigración mexicana hacía los Estados
Unidos de Norteamérica, probablemente el flujo de mayor porte en el mundo actual. Màs al sur, han de
destacarse los casos de Colombia, Bolivia y Chile, países que tuvieron variaciones importantes entre
tasas positivas de migración neta y valores nulos, como Venezuela y la Argentina, o entre tasas
positivas al principio y tasas negativas al final, como es el caso del Uruguay.Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 1 1 - N° 2
1995
L'Amérique Latine terre
d'émigration
Approche des processus par la migration nette
Mario BOLEDA
L'étude des migrations internationales s'appuie classique
ment sur l'analyse des flux, à partir de laquelle on peut développer des modèles
explicatifs, fondés notamment sur l'hétérogénéité des structures socio-économiques
mises en rapport par ces mouvements (voir la synthèse élaborée par Massey et al,
1993). Mais, ne disposant pas de données assez générales sur ces flux, notre objectif
est ici moins ambitieux. Nous avons cherché a dresser un tableau d'ensemble du phé
nomène migratoire à l'échelle du continent américain, pour les quatre dernières
décennies. C'est dans ce cadre que se situent les études de cas présentées dans ce doss
ier. A partir des données existantes, nous avons donc cherché à identifier les pays
qui, à partir de leur bilan migratoire, se classent parmi les pays d'immigration et ceux
que l'on peut considérer comme des pays d'émigration.
CONCEPTS ET SOURCES
LA MESURE DE LA MIGRATION NETTE
La migration nette n'est pas un phénomène observable. En fait, ce que l'on peut
observer, ce sont des mouvements de personnes, qui ont lieu simultanément dans
l'espace et dans le temps, et qui constituent des courants à partir du moment où ils
sont suffisamment nombreux. Mais, dans la plupart des pays d'Amérique Latine, on
ne dispose d'aucun enregistrement de ces mouvements, ou bien ceux dont on dispo
se ne sont pas fiables. C'est pourquoi l'observation directe des migrations ne peut
concerner que des régions restreintes et significatives, leur nombre et leur importan
ce dépendant en particulier des financements disponibles. BOLEDA Mario
Par contre, à l'échelle du continent ou d'un ensemble de pays, il faut se content
er de la migration nette que l'on peut obtenir par des estimations indirectes, en se
fondant sur la connaissance acquise sur les autres phénomènes démographiques. Une
fois connus aussi bien l'accroissement total que l'accroissement naturel (naissances
moins décès), la migration nette est obtenue par simple différence.
Certes, estimée de cette façon, la migration nette n'est pas decomposable, ne per
met pas d'étudier les flux d'immigration et les flux d'émigration. De ce fait, il faut
se garder de généralisations trop rapides : ainsi par exemple, une migration nette
nulle peut correspondre à une absence de mouvements migratoires, mais aussi a des
volumes égaux d'entrées et de sorties.
Les migrations nettes sont estimées ici en valeurs relatives, ce qui est indispen
sable pour comparer les comportements de populations de tailles très diverses.
Malgré ces défauts et ses limites, cette approche, si elle ne permet pas de pénét
rer profondément dans la connaissance des phénomènes migratoires, nous autorise
au moins a en ouvrir les portes.
SOURCES STATISTIQUES ET UNITES SPATIALES
Ce travail est fondé sur une source statistique unique, la publication des Nations
Unies indiquée en référence (United Nations 1993). Il s'agit d'un ensemble de
données fondées sur des observations réalisées par les divers services nationaux de
statistique, entre 1950 et 1990 (moyennes annuelles au cours des périodes quinquenn
ales). Ce ne sont donc pas les résultats des projections de la Division de Population
des Nations Unies, lesquelles commencent véritablement à partir de 1990.
On trouve dans cette publication les mesures concernant les phénomènes démo
graphiques fondamentaux -croissance totale, natalité, mortalité, etc- pour chacune
des grandes régions du monde, puis pour chacun des pays. C'est à partir de ces
mesures que l'on peut évaluer la migration nette.
L'évolution de la migration nette par pays d'Amérique est présentée dans une
série de graphiques. Les courbes sont regroupées par régions du continent, telles que
les définit l'ONU. Certains de ces regroupements sont discutables ou ont des déno
minations peu défendables sur le plan géographique. Ainsi la limite Amérique du
Nord- Amérique Centrale (Etats-Unis/Mexique) ne correspond pas à un critère de
localisation (évoqué par sa dénomination), mais à des critères économiques et socio
culturels.
Nous n'avons retenu que des pays suffisamment peuplés pour que la comparai
son ait un sens, ce qui nous a mené a laisser de côté nombre de pays, en particulier
des îles appartenant aux Caraïbes. Malgré tout, il faut tenir compte dans l'interpréta
tion des évolutions de la faiblesse de certains effectifs, se traduisant lorsque les
mesures sont faites en valeurs relatives, par des à coups que l'on ne retrouve pas
lorsque les populations sont nombreuses.
Le tableau suivant regroupe les pays retenus (voir localisation carte p. 11), et
rappelle leur population en 1990. L'Amérique Latine , terre d'émigration.
Régions et pays de l'Amérique
Population (en millions d'habitants) en 1990 Population en 1990
Amérique du Nord Mexique 84,5
Canada 26,6 Nicaragua 3,7
Etats Unis 250,0 Panama 2,4
Caraïbes Amérique du Sud tropicale
Cuba 10,6 Bolivie 7,2
République Dominicaine 7,2 Brésil 149,0
Haïti 6,5 Colombie 32,3 Illustration non autorisée à la diffusion
Jamaïque 2,4 Equateur 10,5
Porto Rico 3,5 4,3 Paraguay
Trinité-et-Tobago 1,2 Pérou 21,6
Amérique Centrale Venezuela 19,3
Costa Rica 3,0 Amérique du Sud tempérée
Salvador 5,2 Argentine 32,3
Guatemala 9,2 Chili 13,2
Honduras 5,1 3,1 Uruguay
Source: United Nations, World Population Prospects, The 1992 Revision, 1993.
DES SITUATIONS DIVERSIFIEES
Lorsque l'on observe les migrations nettes par grandes régions du monde (gra
phique 1), les différences ne sont pas aussi grandes que l'on pourrait le prévoir.
Malgré tout il apparaît que globalement les pays développés (P+D sur le graphique)
ont enregistré tout au long de la période des migrations nettes positives, alors que le
groupe des pays en voie de développement (P-D) a des bilans nuls ou négatifs. Dans
l'ensemble, le Tiers Monde a cédé au monde développé une partie de sa population.
Les écarts se font plus sensibles dès que l'on abandonne cette classification gros
sière et que l'on désagrège les données par continent ou sous-continent (gra
phique 1). La position de l'Amérique Latine, dont les taux de migration nette ont été
globalement négatifs (-1,0 pour mille par an environ), s'oppose à celle de l'Amérique
du Nord -qui reçoit, entre autres une grande partie des emigrants latino-américains-
comme à celle de l'Océanie - vraisemblablement, à cause de l'influence de
l'Australie. Ces deux ensembles se caractérisent par des taux positifs tout au long de
la période. Le taux de l'Amérique du Nord en particulier reste toujours supérieur à 2
pour mille et atteint 4,1 pour mille en 1975-80.
Sur le même graphique, on notera l'évolution contrastée du taux européen, négat
if pendant la première décennie (-1,0 pour mille environ) ainsi que durant les années
1 965-70, alors qu'au contraire la migration nette est positive pour le reste de la pério
de. Pendant les années 1950-60, qui sont encore des années d'après-guerre, les res
sortissants européens ont été nombreux à émigrer vers l'Amérique du Nord et
l'Amérique Latine. Mario BOLEDA
Si l'on observe maintenant les données par pays du continent américain (gra
phiques 2 à 6), d'importantes différences apparaissent. En Amérique du Nord, si les
Etats Unis et le Canada ont tous deux des taux constamment positifs (graphique 2)
les importantes fluctuations de la courbe canadienne (8,1 pour mille dans la premièr
e période quinquennale, 1950-55, et 4 pour mille au cours de la dernière, 1985-
1990) contrastent avec la stabilité relative de celle des Etats-Unis (2,4 pour mille en
1950-55, au début de la période observée, et 2,2 pour mille à la fin, en 1985-90, mais
avec un maximum de 4,1 pour mille en 1975-80).
Les courbes d'immigration nette de ces deux pays contrastent clairement avec
celles des graphiques suivants (3 à 6), décrivant l'évolution des pays latino-améri
cains. Ici les courbes suivent des fluctuations accentuées, avec des taux fréquemment
négatifs. On sait qu'il y a entre ces situations des liens étroits : le Canada et les Etats-
Unis sont parmi les pays de destination préférés des emigrants de l'Amérique Latine.
Naturellement, en ce qui concerne les chiffres absolus, les Etats-Unis prennent le
dessus à cause de l'importance de leur population (dix fois celle du Canada en 1990).
LES PAYS DES CARAÏBES
A quelques exceptions près, qui restent marginales, la totalité des pays latino-
américains appartenant à l'ensemble caraïbe ont enregistré des migrations nettes
négatives (graphique 3). Il s'agit donc d'une région regroupant des pays d'émigrat
ion nette, qui ont fourni pendant ces quarante ans de la main d'oeuvre aux pays de
l'Amérique du Nord, par exemple.
Au delà de ce premier trait commun, le comportement des pays caraïbes a été fort
différent. Certains ont enregistré des taux négatifs de migration nette assez stables
tout au long de la période. C'est globalement le cas de Haïti (taux entre -2 et -4 pour
mille) mais aussi avec des fluctuations un peu plus importantes, de la République
Dominicaine et de Cuba. La République Dominicaine est partie d'un taux très lég
èrement positif pour se stabiliser après 1960 entre - 2 en - 3 pour mille. Cuba a atteint
au contraire des taux fortement négatifs au cours des années 1960 (entre - 5 et - 6
pour mille en moyenne par année) mais est revenu ensuite à des chiffres plus proches
du zéro. Il est intéressant de noter que ces trois pays sont les plus peuplés des
Caraïbes.
Dans les trois autres pays de la région qui ont été retenus , les fluctuations sont
plus importantes II s'agit de pays peu peuplés, ce qui peut expliquer, du moins en part
ie, l'importance de ces variations.
La Jamaïque, en premier lieu, a toujours enregistré des taux négatifs mais ce défi
cit s'est particulièrement creusé entre 1955 et 1970, en passant d'un taux de - 4,5
pour mille en début de période à - 17 et même - 18 pour mille, pour remonter ensui
te à - 8 pour mille à la fin de la période étudiée.
Porto Rico et Trinité-et-Tobago ont eu des variations encore plus importantes que
celles caractérisant la Jamaïque. Porto Rico est parti du taux le plus fortement négat
if, non seulement de la région mais aussi de l'ensemble de l'Amérique (taux proche
de - 25 pour mille en 1950-55). Mais ensuite les bilans migratoires se sont approchés
de l'équilibre et sont même devenus positifs au début des années 1970 (1,5 pour ,
L'Amérique Latine terre d'émigration.
mille) pour retrouver un déficit modéré pendant les dernières années. On a estimé à
quelques 640 000 le flux de Portoricains qui se sont établis aux Etats-Unis, entre
1950 et 1970. Mais en 1974 les salaires portoricains ont atteint le même niveau mini
mal qu'aux Etats-Unis (Massey et al, 1994). C'est peut-être là la cause de l'atténua
tion du déficit après cette date.
Trinité-et-Tobago a fait un chemin opposé, car cet état a commencé la période
avec des taux relativement moins négatifs que la Jamaïque, est passé aussi par une
période de valeurs positives (2,6 pour mille en 1955-60) pour enregistrer dans les
périodes suivantes des taux négatifs, d'abord forts puis se rapprochant de ceux de la
Jamaïque.
Les écarts entre les états caraïbes sont donc très importants en début de période,
mais les taux tendent vers une certaine convergence à la fin des quatre décennies
observées.
LES PAYS DE L'AMERIQUE CENTRALE
Les courbes des pays constituant l'Amérique Centrale (graphique 4) présentent
de grandes ressemblances avec celles des Caraïbes, avec le plus souvent des taux de
migration nette négatifs. Ce sont donc, aussi, des pays a" émigration nette. Ils s'en
différencient pourtant par une stabilité plus forte, surtout si l'on exclue le cas du
Salvador. Ils s'en différencient aussi par le fait que les taux positifs sont moins mar
ginaux, plus fréquents.
Pourtant trois pays, le Panama, le Nicaragua et le Mexique, ont enregistré des
taux négatifs et, dans l'ensemble, relativement stables (autour de - 3 pour mille) tout
au long de la période. Ce sont des vrais pays d'émigration nette. Si cette stabilité peut
être attribuée à l'importance de la population mexicaine, il n'en va pas de même pour
le Nicaragua et le Panama, qui sont parmi les moins peuplés des pays étudiés.
Le cas mexicain mérite que l'on s'y arrête : les courants migratoires partant de
ce pays vers les Etats-Unis, représentent probablement le flux international le plus
important au monde, et cela depuis des décennies déjà. Entre 1940 et 1992, 1,2 mil
lions de Mexicains sont entrés légalement aux Etats-Unis. En tenant compte des ill
égaux, et aussi des descendants des immigrants nés sur le sol américain, l'on peut est
imer que la population d'origine mexicaine représente 6 % de l'ensemble des habi
tants des Etats-Unis en 1990 (Massey et al, 1994), c'est-à-dire environ 15 millions de
personnes.
L'évolution de la migration nette au Salvador semble liée à son histoire récente.
Les taux négatifs salvadoriens étaient en début de période comparables à ceux des
trois pays analysés ci-dessus, mais le Salvador a enregistré un taux positif à la fin de
la décennie 1960 (2,4 pour mille). Depuis, le déficit migratoire s'est rapidement
creusé, et c'est ici que l'on enregistre le taux négatif le plus fort de l'ensemble de
l'Amérique pour la dernière décennie. Au Guatemala, où le bilan migratoire était
équilibré au début de la période, les taux sont devenus négatifs et proches de ceux des
trois premiers pays étudiés. 40 Mario BOLEDA
Au contraire, le Costa Rica et le Honduras se différencient des autres pays de la
région par leurs taux de migration nette positifs. Au Costa Rica, ils le sont tout au long
de la période, faiblement jusqu'en 1975, beaucoup plus nettement depuis (entre 2,5 et
3 pour mille). Au Honduras, les taux n'ont été négatifs qu'entre 1965 et 1975, et ont
retrouvé depuis des niveaux supérieurs à ceux du début de la période (avec un max
imum de 2,6 pour mille en 1980-85). Dans la mesure où l'on peut en juger, ces deux
pays d'Amérique Centrale ne sont pas des pays d'émigration mais plutôt des pays
d' immigration nette. Mais l'importance de leur population est trop réduite pour que
leur évolution puisse influencer l'image générale que l'on tire des données régionales.
LES PAYS DE L'AMÉRIQUE DU SUD TROPICALE
Dans cette région (graphique 5) les taux négatifs sont beaucoup moins fréquents,
comme le démontre la comparaison de ce graphique avec les précédents. Comme en
Amérique Centrale, on note une tendance à la convergence des situations vers la fin
de la période étudiée, mais en partant de positions moins différenciées.
Certes, plusieurs des pays de cet ensemble ont toujours enregistré des taux de
migration nette négatifs et stables. C'est le cas de la Colombie (parmi les pays les
plus peuplés de la région), dont le courant traditionnel s'est dirigé vers le Venezuela.
C'est aussi le cas de la Bolivie (parmi les moins peuplés, seulement un quart de la
Colombie), dont les emigrants ont souvent choisi l'Argentine comme lieu de desti
nation. Ces pays d'émigration nette ont eu en moyenne des taux de - 3 pour mille.
Le cas du Paraguay est plus singulier. Au début de la période, son taux était le
plus fortement négatif de la région (- 10,2 pour mille), mais le déficit n'a pas cessé
de se réduire, et à partir de 1975, le bilan migratoire est au contraire devenu positif.
Pays d'émigration nette au départ, le Paraguay est devenu un pays d'immigration
nette aujourd'hui.
Trois autres pays se caractérisent par leurs taux proches de l'équilibre migratoi
re : l'Equateur, le Pérou et le Brésil (le pays le plus peuplé de cette région, 149 mil
lions d'habitants en 1990). Les chiffres de l'Equateur ont toujours été nuls, alors que
dans le cas du Pérou ils sont devenus négatifs vers la fin de la période étudiée
(-1,2 pour mille). Pour le Brésil, l'équilibre a aussi caractérisé les bilans migratoires
pour l'ensemble des quarante années étudiées, mais l'évolution de ce pays s'est faite
à partir d'un taux positif en 1950-55 (2 pour mille).
Enfin, le Venezuela a toujours enregistré des taux positifs (6,3 pour mille en
1950-55 et 5,7 en moyenne pendant la décennie 1970), et appartient donc nettement
au groupe des pays d'immigration nette. Mais on ne peut pas ignorer la faiblesse des
taux (0,6 pour mille) enregistrés au cours des décennies 1960 et 1980.
LES PAYS DE L'AMERIQUE DU SUD TEMPEREE
Cette dernière région regroupe trois pays à comportements différents. Au Chili
les taux ont été négatifs et stables tout au long des quatre décennies, proches de - 1
pour mille (avec un maximum de - 1,6 pour mille en 1970-75), le classant parmi les
pays d'émigration nette. .
L'Amérique Latine terre d'émigration.
L'Argentine, pays le plus peuplé de la région, a enregistré des taux positifs comp
ris entre moins de 2 et plus de 3 pour mille jusqu'en 1975. C'était donc un pays
d'immigration nette, dont la courbe se rapprochait de celles du Canada et les Etats-
Unis. A partir de cette date, cependant, les taux de migration nette ont été proches de
zéro, et même parfois faiblement négatifs (-0,1 pour mille). On sait qu'il y a eu des
courants d'émigration argentine, qui ont eu pour effet la disparition totale de la
contribution positive des migrations au bilan démographique du pays.
En Uruguay aussi, les taux qui étaient positifs en début de période, (0,9 pour
mille en 1950-55), ont diminué ensuite pour devenir négatifs au début de la décennie
1960 et atteindre leur minimum en 1970-75 (- 9,6 pour mille). Après cette date, le
déficit s'est amenuisé rapidement (- 2 pour mille pour la dernière période quinquenn
ale). En somme, l'Uruguay est bien devenu un pays d'émigration nette, bien que
l'incidence du phénomène se soit affaiblie pendant les dernières années.
VUE D'ENSEMBLE
Malgré la relative inadéquation de l'indice employé, il est possible de dégager à
partir de cette analyse les grands traits de la situation migratoire en Amérique.
Ce n'est qu'en Amérique du Nord que l'on observe des taux de migration nette
toujours clairement positifs entre 1950 et 1990. Ces pays (le Canada et les Etats-
Unis) attirent en effet des emigrants du monde entier, et tout particulièrement
d'Amérique Latine.
En Amérique Latine, il faut insister d'abord sur l'importance de la migration
nette négative des Caraïbes et de l'Amérique Centrale et en particulier sur la situa
tion du Mexique dont les taux négatifs stables se combinent avec la croissance de la
population (84,5 millions d'habitants en 1990), pour amplifier la signification de
l'émigration nette de ce pays, résultat d'un puissant courant vers les Etats-Unis.
En Amérique du Sud, trois pays sont au même titre que ceux de l'Amérique
Centrale des espaces d'émigration nette, la Colombie (32,3 millions d'habitants) la
Bolivie (7,2 millions) et le Chili (13,2 millions). Dans ces trois pays les taux ont été
stables et toujours négatifs.
Par contre la position de trois pays a varié pendant les quarante dernières années.
L'Argentine (32,2 millions), sans atteindre des taux fortement négatifs, a perdu ses
niveaux positifs qui lui donnaient jusqu'en 1975 un aspect semblable à celui des pays
du Nord. Le Venezuela (19,3 millions d'habitants en 1990), a connu des taux fort
ement positifs pendant les décennies 1950 et 1970, mais aussi des moments durant les
quels les taux de migration nette se sont fortement amenuisés, devenant proches de
zéro. Enfin l'Uruguay est passé de pays d'immigration, nette à pays d'émigration
pendant les dernières décennies.
Au delà de cette présentation de données, la tentation est forte de chercher à repérer, à
travers des corrélations, des régularités, voire des coïncidences, des éléments explicatifs.
Quelques exemples suffisent à démontrer le risque d'erreur qu'entraîne cette méthode. Mario BOLEDA
Ainsi on peut penser que les fluctuations du taux de migration nette au Venezuela
s'expliquent par les aléas du marché pétrolier. Or il existe aujourd'hui plusieurs
autres pays pétroliers en Amérique Latine (Equateur, Mexique) dans lesquels on
n'observe pas d'évolution comparable.
De même il est clair que la Colombie et la Bolivie exportent tous les deux des
hommes comme des stupéfiants. On peut se demander s'il n'y a pas de liens entre les
deux phénomènes. Si la clé de ces ressemblances doit être trouvée dans les structures
agraires, d'autres pays latino-américains présentent des situations rurales compar
ables, mais sans production et exportation de stupéfiants.
On peut aussi associer le déficit migratoire de l'Uruguay, son accroissement au
Chili, ou encore la disparition des excédents migratoires argentins, aux troubles poli
tiques des années 1960 et 1970 ainsi qu'aux régimes militaires de l'époque. Pourtant
une situation politique comparable n'a pas entraîné des conséquences migratoires ni
au Brésil, ni en Bolivie, ni au Pérou.
Enfin certains affirment que l'atténuation du déficit paraguayen s'explique par
les investissements opérés dans la construction de barrages hydro-électriques. Or des
barrages ont été bâtis un peut partout en Amérique Latine sans que cela n'entraîne
les effets que l'on attribue aux barrages dans le cas du Paraguay.
Bref, il faut se garder d'interprétations trop rapides. Les exemples choisis
démontrent la nécessité de ne pas se contenter d'explications au cas par cas, mais
qu'il est indispensable de compléter ces premières analyses par des enquêtes directes
sur les flux migratoires.
Références bibliographiques
MASSEY, DOUGLAS and, al., "Theories of International Migration: A Review and Appraisal",
Population and Development Review, Volume 19, Number 3, September, 1993, pp. 431-466.
MASSEY, DOUGLAS and al., , "An Evaluation of International Migration Theory: The North-American
Case", Population and Development Review, Volume 20, Number 4, December 1994, pp. 699-751.
UNITED NATIONS, World Population Prospects. The 1992 Revision, ST/ESA/SER.A/135, New York,
1993).