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L'échec d'un serviteur du roi - Vidaud de la Tour, premier président du parlement de Maupeou à Grenoble - article ; n°3 ; vol.25, pg 371-383

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Histoire, économie et société - Année 2006 - Volume 25 - Numéro 3 - Pages 371-383
Résumé
Le coup Maupeou a traditionnellement été analysé comme une victoire de la monarchie, le chancelier ayant réussi à mettre fin en 1771 à l'opposition parlementaire. Que l'opinion publique, philosophes compris excepté Voltaire, ait condamné cette réforme autoritaire est bien connu. Ce qui l'est moins c'est que les partisans du pouvoir royal au sein des parlements considérèrent leur collaboration à l'œuvre du chancelier comme un échec personnel autant que collectif. C'est ce que montre l'exemple de Jean- Jacques Vidaud de La Tour premier président du parlement de Dauphiné de 1771 à 1775.
Abstract
The coup Maupeou has traditionally been analyzed as a victory of the monarchy, the chancellor having managed to end the opposition of the Parliament in 1771. It is well known that the public opinion, philosophisers included except Voltaire, have condemned this authoritarian reform. What is it less is that the partisans of the royal power within parliaments considered their collaboration in the work of the chancellor as a collective as well as a private failure. It is what shows the example of Jean-Jacques Vidaud de La Tour, first president of the parliament of Dauphiné from 1771 until 1775.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2006
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Langue Français
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Clarisse Coulomb
L'échec d'un serviteur du roi - Vidaud de la Tour, premier
président du parlement de Maupeou à Grenoble
In: Histoire, économie et société. 2006, 25e année, n°3. pp. 371-383.
Résumé
Le coup Maupeou a traditionnellement été analysé comme une victoire de la monarchie, le chancelier ayant réussi à mettre fin en
1771 à l'opposition parlementaire. Que l'opinion publique, philosophes compris excepté Voltaire, ait condamné cette réforme
autoritaire est bien connu. Ce qui l'est moins c'est que les partisans du pouvoir royal au sein des parlements considérèrent leur
collaboration à l'œuvre du chancelier comme un échec personnel autant que collectif. C'est ce que montre l'exemple de Jean-
Jacques Vidaud de La Tour premier président du parlement de Dauphiné de 1771 à 1775.
Abstract
The coup Maupeou has traditionally been analyzed as a victory of the monarchy, the chancellor having managed to end the
opposition of the Parliament in 1771. It is well known that the public opinion, philosophisers included except Voltaire, have
condemned this authoritarian reform. What is it less is that the partisans of the royal power within parliaments considered their
collaboration in the work of the chancellor as a collective as well as a private failure. It is what shows the example of Jean-
Jacques Vidaud de La Tour, first president of the parliament of Dauphiné from 1771 until 1775.
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Coulomb Clarisse. L'échec d'un serviteur du roi - Vidaud de la Tour, premier président du parlement de Maupeou à Grenoble.
In: Histoire, économie et société. 2006, 25e année, n°3. pp. 371-383.
doi : 10.3406/hes.2006.2607
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_2006_num_25_3_2607.
L'échec d'un serviteur du roi
Vidaud de La Tour, premier président
du parlement Maupeou à Grenoble
par Clarisse COULOMB
Résumé
Le coup Maupeou a traditionnellement été analysé comme une victoire de la monarchie, le
chancelier ayant réussi à mettre fin en 1771 à l'opposition parlementaire. Que l'opinion publique,
philosophes compris excepté Voltaire, ait condamné cette réforme autoritaire est bien connu. Ce
qui l'est moins c'est que les partisans du pouvoir royal au sein des parlements considérèrent leur
collaboration à l'œuvre du chancelier comme un échec personnel autant que collectif. C'est ce
que montre l'exemple de Jean- Jacques Vidaud de La Tour premier président du parlement de
Dauphine de 1771 à 1775.
Abstract
The coup Maupeou has traditionally been analyzed as a victory of the monarchy, the chan
cellor having managed to end the opposition of the Parliament in 1771. It is well known that the
public opinion, philosophisers included except Voltaire, have condemned this authoritarian
reform. What is it less is that the partisans of the royal power within parliaments considered their
collaboration in the work of the chancellor as a collective as well as a private failure. It is what
shows the example of Jean-Jacques Vidaud de La Tour, first president of the parliament of Dau
phine from 1771 until 1775.
L'histoire des parlements en France au XVIIIe siècle a traditionnellement été lue
comme l'histoire d'un double échec : celui de la monarchie incapable de faire taire les
magistrats qui ont fait échouer tour à tour les réformes des ministres, la « disgrâce de
Turgot » symbolisant cette faillite l ; celui des parlementaires eux-mêmes, ces « fossoyeurs
inhumés » par la Révolution française, pour reprendre la belle expression d'Emmanuel
Le Roy Ladurie2. Cette lecture en termes d'échec des combats parlementaires souffre de
deux défauts. D'une part, elle repose, me semble-t-il, sur une lecture téléologique des
1. Pour reprendre le titre de l'étude classique d'Edgar Faure, Paris, Gallimard, 1961.
2. Introduction de la thèse de François Bluche, Les Magistrats du parlement de Paris au xvnf siècle,
Paris, Economica, 1986, p. 12.
n° 3, 2006 Clarisse Coulomb 372
événements : la vie politique de la seconde moitié du XVIIIe siècle est interprétée à la
lumière du naufrage de la monarchie dont on cherche à retrouver les fatals écueils, en
une quête chimérique des origines3. D'autre part, elle ne s'interroge pas sur ce qu'est
l'échec alors que cette notion est relative. Le recours à la monographie a permis récem
ment de renouveler l'histoire politique en étudiant le regard que les acteurs portent sur
leur destinée et le sens qu'ils lui donnent4 ; cette démarche est particulièrement féconde
lorsqu'il s'agit de mesurer un échec ou une réussite.
L'objet de cette étude est de comprendre quelle signification donner au coup Mau-
peou : en effet, en abolissant la vénalité des charges et en formant de nouveaux parle
ments composés de magistrats nommés par le roi, le chancelier a longtemps symbolisé
la victoire de la monarchie qui avait réussi à briser l'opposition parlementaire. Plus
récemment, les historiens anglo-saxons ont, à l'inverse, soutenu qu'il s'agissait d'une
erreur fatale puisque Maupeou, en brisant les cours souveraines, avait révélé la nature
despotique du régime et fait naître la demande de convocation des États généraux5. Quel
était le point de vue d'un acteur majeur de cette entreprise ? Comme l'a fait remarquer
Olivier Chaline, les partisans du roi au sein des parlements ont été aussi peu étudiés par
les historiens qu'ils n'avaient été soutenus par Versailles !
Le parlement de Grenoble présentait la caractéristique d'être partagé, presque pour
moitié, entre tenants des thèses parlementaires et partisans du pouvoir royal6. Le parti de
ces derniers était dominé par une grande figure, celle de Jean- Jacques Vidaud de La
Tour, procureur général, puis premier président du parlement Maupeou7. Non seulement
subsiste son importante correspondance administrative et politique, mais également le
livre de recettes et dépenses qu'il rédigea en 1788 8 et qui, comme bien d'autres écrits de
ce type, débute par le récit de sa vie9. Écrit près de vingt années après les faits, il permet
d'éclairer les convictions qui l'avaient mené à accepter le rôle de premier président
d'une cour Maupeou et de comprendre s'il considérait qu'il avait eu raison ou tort de
3. Roger Chartier reprenant les analyses de Michel Foucault dans Les Origines culturelles de la Révolut
ion française, Paris, Seuil, 2000, p. 15.
4. Parmi ces monographies, citons seulement l'étude de William Doyle, « Dupaty (1746-1788) : a career
in the late Enlightenment», Studies on Voltaire and the eighteenth century, n° 230, Oxford, 1985, p. 1-127 ;
Olivier Chaline, Godart de Belbeuf. Le Parlement, le Roi et les Normands, Luneray, Bertout, 1996.
5. Depuis l'article fondateur de William Doyle, « The Parlements of France and the Breakdown of the Old
Regime, 1771-1788 », French Historical Studies, 6, 1970, p. 415-458 ; voir aussi Duran Echeverria, The Mau
peou Revolution : A Study in the History of Libertarianism : France, 1770-1774, Baton Rouge, 1985, et Keith
Michael Baker dir., « The Maupeou Revolution : The Transformation of French Politics at the End of the Old
Regime », numéro spécial ď Historical Reflections, vol. 18, n° 2, été 1992.
6. Jean Egret, Le Parlement de Dauphine et les affaires publiques dans la deuxième moitié du xvnf siècle,
1. 1, L'Opposition parlementaire, Grenoble, 1942, rééd. Roanne, Horvath, 1988 ; Clarisse Coulomb, Les Pères
de la Patrie. La société parlementaire en Dauphine au temps des Lumières, Thèse de doctorat, EHESS, 2001,
à paraître en 2006 aux Presses Universitaires de Grenoble. Je renvoie globalement à cet ouvrage pour la jus
tification des développements sur le parlement de
7. Outre sa thèse déjà citée, Jean Egret lui a consacré un article : « Un conseiller d'État à la fin de
l'Ancien Régime : Jean-Jacques Vidaud de La Tour», Revue Historique, 1947, p. 189-202 ; voir également
Pierre Rabatel, Le Parlement de Grenoble et les réformes de Maupeou, Thèse de droit, Grenoble, 1912, et
Marie-Françoise Brun-Jansem, Le Ministère public à la fin de l Ancien Régime : l'exemple du procureur
généralJean-Jacques Vidaud de La Tour, 1667-1775, Grenoble, cahiers du CRHESI, 1983.
8. Archives départementales de l'Isère, 1 J 1052. Il s'agit d'un cahier manuscrit in-quarto d'une trentaine
de pages portant le titre : « Livre de recette et dépense de Jean- Jacques Vidaud de la Tour, Procureur Général
au Parlement de Grenoble, Ancien Premier Président, 1788-1789 ».
9. Voir Michel Cassan, « Les livres de raison, invention historiographique, usages historiques » dans Au
plus près du secret des cœurs ? Nouvelles lectures historiques des écrits du for privé en Europe du xvie au
XVIIe siècle, dans Jean-Pierre Bardet et François-Joseph Ruggiu dir., Paris, PUPS, 2005, p. 15-28.
n° 3, 2006 ,
L'échec d'un serviteur du roi Vidaud de La Tour 373
collaborer avec le chancelier. La restauration des anciens parlements avait-elle laissé un
goût amer à ce partisan du roi ?
Un homme du roi
En nommant Jean- Jacques Vidaud de La Tour à la tête du nouveau parlement de
Grenoble, le chancelier Maupeou choisissait tout à la fois un fidèle serviteur du roi ainsi
qu'un grand magistrat.
Le service du roi en héritage
Né le 27 octobre 1737, Jean- Jacques Vidaud de La Tour appartenait à une famille
lyonnaise anoblie par charge échevinale en 1643 et entrée au parlement de Dauphine en
1676 10. Cette famille présentait l'originalité d'être une dynastie de chefs du Parquet,
alors que l'on sait que la charge de procureur général n'était pas vénale. Jean-Jacques
Vidaud de La Tour, nommé procureur général du parlement en 1767, succédait ainsi à
ses père, grand-père et arrière grand-oncle dans cette charge prestigieuse qui en faisait
le représentant du roi n.
Cet atavisme familial était renforcé par l'héritage maternel. Son père, Joseph-Gabriel,
procureur général de 1732 à 1750, avait épousé, en 1735, Jeanne Gallet, fille d'un secré
taire du roi et petite-fille d'un négociant en soie de Montélimar, receveur des droits à
Ancône qui avait fait fortune grâce au système de Law en 1720 12. Ce mariage avec une
famille de la finance était exceptionnel dans le monde de la robe dauphinoise. Elle lui
apportait une dot de 192 000 livres, mais aussi l'alliance avec des hommes influents et
puissants. Son frère aîné, Jean- Jacques Gallet de Beaucerons, marquis de Montdragon,
maître des requêtes en 1744, devint conseiller d'État, puis maître d'hôtel du roi ; quant
au second, Jacques Louis Christophe Gallet de Cannes, il fut avocat général au parlement
de Grenoble en 1741, maître des requêtes en 1744 et secrétaire de la dauphine.
Par cette double ascendance, Jean- Jacques Vidaud de La Tour disposait d'appuis à
Versailles tout en étant bien inséré dans la cour souveraine qu'il devait présider : ayant
perdu son père très tôt, en 1749, c'est grâce à l'influence de son oncle maternel, le mar
quis de Montdragon très en cour, que la charge de procureur général fut conservée dans
la famille 13. Sans doute cet appui fut-il aussi décisif dans le choix de Vidaud pour diriger
la nouvelle Compagnie 14 : c'est ainsi que le chancelier Maupeou adressa la lettre de sa
nomination au marquis de Montdragon 15. Au parlement, Vidaud était soutenu par un
solide groupe familial : son oncle paternel était conseiller-clerc dans la cour et son frère
10. Maurice Vineux, Le Parlement du Dauphine au xvif siècle. Étude sociale, thèse de doctorat ès-lettres,
Université Paris IV, Lille, Atelier de reproduction des thèses de Lille Vol. III, 1980, p. 288-289.
11. Sur le rôle majeur du procureur général dans les parlements, voir l'étude déjà citée d'Olivier Chaline,
Godart de Belbeuf.
12. Christine Favre-Lejeune, Les Secrétaires du roi de la Grande Chancellerie. Dictionnaire biogra
phique et généalogique (1672-1789), Paris, Sedopols, 1986, 1. 1, p. 588-589.
13. « À la mort de mon père, mon oncle de Mondragon, à qui j'ai toutes les obligations qu'on peut avoir
à un père, avait obtenu de M le chancelier d'Aguesseau que la charge de procureur général qui était depuis
près d'un siècle dans ma famille me serait conservée pour en prendre possession à l'âge de 30 ans. », Livre de
recette..., op. cit., f. 1.
14. « Grâce aux intrigues de sa mère, née Gallet, et de son oncle Gallet de Montdragon, maître d'hôtel
chez le roi, il obtient la Première Présidence du Parlement Maupeou », Journal de la Réintégration, Biblio
thèque Municipale de Grenoble, U 1116-1117. Son auteur, anonyme, est le chroniqueur bien informé de la
chute du parlement Maupeou à Grenoble et de la « réintégration » de l'ancien en 1775. Il est très hostile à
l'entreprise du chancelier Maupeou et à ses partisans.
15. Bibl. mun. Grenoble, R 5782.
n° 3, 2006 Clarisse Coulomb 374
cadet avait été reçu conseiller en 1766 ; sa sœur jumelle était mariée au conseiller Gallien
de Chabons. Surtout, il cousinait avec la plupart des familles, en particulier avec le pré
sident de La Croix de Sayve d'Ornacieux, chef de la plus grande lignée de la robe dau
phinoise, mais aussi le plus ardent partisan de l'opposition au gouvernement.
Un parfait magistrat
Cependant, Jean- Jacques Vidaud de La Tour devait son élévation autant à ses talents
qu'à sa naissance. Même ses adversaires les plus acharnés ne parvenaient pas à critiquer
ce grand serviteur de la monarchie 16. Il avait bénéficié de l'éducation soignée propre aux
familles de la magistrature. Envoyé dès l'âge de neuf ans au collège Louis le Grand, il y resta
jusqu'en 1755, toujours accompagné d'un précepteur ; au sortir du collège, il commença
ses études juridiques à l'université de Sorbonně tout en fréquentant les tribunaux,
mon oncle exigeant que je suivis les audiences du Châtelet et du Parlement. C'est un des
plus grands services qu'il m'ait rendus parce qu'au moins le temps était employé util
ement et que je me formais à mon état. J'ai passé ainsi deux ans chez mon oncle surveillé
par lui et par ma mère qui y vint aussi. M. Pasquier, depuis doyen du parlement de Paris,
m'admit dans les conférences qu'il faisait pour son fils, nous étions une douzaine de
jeunes gens. C'est au Barreau et dans les conférences que j'ai commencé à prendre
quelque goût et quelques connaissances pour l'état auquel j'étais destiné17.
Cette formation à la fois théorique et pratique, qui conjuguait les établissements
publics avec une formation privée, et cela sous la surveillance étroite de la famille, était
caractéristique de la grande magistrature.
Vidaud de La Tour fut reçu avocat général du parlement de Grenoble par lettres du
18 octobre 1758, avec dispenses d'âge, de parenté et d'alliance, dans la charge héritée
de son oncle maternel. En 1764, chargé de la mercuriale lors de la rentrée de la cour, il
prononça « le plus beau discours du monde sur les loix et la justice. Il y a fait connaître
avec une éloquence mâle les obligations du Magistrat tant dans l'interprétation des lois
que dans l'administration de la justice » 18. Ce choix était doublement symbolique :
d'une part, le discours reprenait une thématique classique des mercuriales qui insistait
sur les devoirs des magistrats ; d'autre part, le refus des effets oratoires se situait dans
la continuité du « style de parlement », né au XVIe siècle 19. Dans ce même discours,
Vidaud stigmatisait d'ailleurs la rhétorique des avocats du parlement, autre topos des
mercuriales. Vidaud de La Tour représentait ainsi, en plein siècle des Lumières, l'idéal
toujours vivant du « Parfait Magistrat », tel qu'il s'était élaboré deux siècles plus tôt20.
Il se plaçait à l'opposé de son jeune collègue, Michel Antoine Serván, qui avait traité
dans la même occasion, l'année précédente, « des avantages de la véritable philosophie
considérée dans ses rapports avec les devoirs du Magistrat », discours dans lequel il
prônait l'utilité de la philosophie qui développe chez les juges l'amour de l'humanité,
16. Témoin son portrait dans Le journal de la Réintégration, qui attaque principalement ses origines
modestes, op. cit., f. 40.
17. Livre de recette... op. cit., f. 1.
18. Témoignage de l'avocat Letoumeau, chroniqueur de la vie grenobloise, Miscellanea, t. III, f. 489.
(Bibl. mun. Grenoble, Bd 658)
19. Marc Fumaroli, L'Age de l'éloquence. Rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de
l'époque classique, Paris, 1980, rééd., A. Michel, 1994, p. 469-470.
20. Colin Kaiser, « Les Cours souveraines au XVIe siècle : morale et Contre-Réforme », Annales ESC,
janvier-février 1982, p. 15-31 ; sur le maintien de cet idéal au XVIIIe siècle, voir Olivier Chaline et son étude
du procureur général du parlement de Normandie, Godart de Belbeuf, op. cit., en particulier p. 59-70.
n° 3, 2006 d'un serviteur du roi Vidaud de La Tour 375 L'échec
puis appelait à l'humanisation du régime carcéral, et cela en usant de tous les effets ora
toires propres à frapper et à émouvoir son auditoire.
Dans sa correspondance, Vidaud se montrait hostile aux philosophes écrivant :
« J'avoue que je ne vois pas de sens froid porter les plus rudes atteintes à la religion ou
à l'État », et dénonçant les « mauvais livres » qui portent atteinte au catholicisme et au
patriotisme, « passion que je regarde comme l'âme de la nation » 21. Il restait attaché à la
culture de ses pères et le chancelier d'Aguesseau, « le plus grand qu'ait eu la France »,
était son modèle. Il trouvait dans ses discours « la science la plus profonde, la philoso
phie la plus saine et la vertu la plus pure comme la plus aimable » 22. Cependant, bien
qu'hostile aux Lumières, il était sensible aux idées d'humanité du siècle : il se montra
en particulier fort modéré dans la persécution des Protestants 23.
Une obéissance éclairée au roi
Durant sa carrière, il manifesta à plusieurs reprises son attachement au pouvoir
royal. Il n'avait pas pris part à l'enquête du parlement contre les jésuites en 1762 ; son
beau-frère, le conseiller Gallien de Chabons, fut un des défenseurs des pères. En ce
sens, la nomination de Vidaud en 1771 à la tête de la Compagnie confirme l'analyse des
contemporains qui ont vu dans le coup Maupeou la revanche des dévots sur les jansén
istes, des partisans de l'autorité royale sur les opposants24. Il ne participa pas en 1763
à l'opposition du parlement contre les édits fiscaux, et il ne fut d'ailleurs pas exilé avec
ses confrères entre décembre 1763 et mars 1764. Enfin, devenu procureur général de la
cour, il se montra un ardent partisan de la libéralisation du commerce des grains 25.
Cependant, même ses plus farouches adversaires ne l'accusaient pas d'une aveugle
soumission aux volontés ministérielles. L'auteur du Journal de la réintégration, pour
tant très virulent à rencontre d'autres magistrats, écrivait seulement à son propos qu'il
était « le plus ardent promoteur des opérations de M. de Maupeou, et par conséquent du
despotisme »26. Pourtant, nul doute que Vidaud de La Tour ne pensait pas être l'affidé
d'un régime « despotique ».
Il est difficile de se prononcer sur ses idées politiques en l'absence de tout texte
explicite sur ce sujet. Depuis le milieu du siècle, la pensée politique du parlement de
Grenoble se partageait entre deux courants : l'influence de la pensée de Montesquieu
conduisait les magistrats à voir dans le parlement un corps intermédiaire entre le peuple
et le roi, sorte de rempart qui empêchait que la monarchie ne basculât dans le despo
tisme ; le souvenir de l'histoire provinciale, quant à lui, entraînait chez les juges la
volonté de défendre le Statut delphinal de 1349 par lequel le dauphin Humbert II avait
cédé à la France sa principauté contre la garantie de ses privilèges ; or, une clause de ce
Statut préservait la distinction du Dauphine par rapport à la France, garantissant la
survie d'un Dauphine souverain27. La suppression des États de la province en 1628 fit
21. Bibl. mun. Grenoble, Q 4, t. Ш, lettre du 5 septembre 1771, f. 127.
22. Ibid., f. 128.
23. Jean Egret, op. cit., p. 166-167.
24. Monique Cottret, Jansénisme et Lumières. Pour un autre xvilř siècle, Paris, Albin Michel, 1998,
p. 143-177.
25. Steven L. Kaplan, Le Pain, le peuple et le roi : la bataille du libéralisme sous Louis XV, Paris, Fayard,
1986.
26. Bibl. mun. Grenoble, U 1116-1117, f. 40.
27. « Ne sera, ne puisse estre unis, ne adjoutstez le dit Dalphiné au Royaume de fronce, fors tant comme
l'Empire y servit unis », voir Anne Lemonde, Le Temps des libertés en Dauphine. L'intégration d'une princi
pauté à la couronne de France (1349-1408), Presses Universitaires de Grenoble, 2002, p. 40-41.
ne 3, 2006 Clarisse Coulomb 376
du parlement le seul gardien de ces libertés delphinales, puisqu'il fut habilité à «porter
aux pieds du Trône, les supplications du Peuple, l'expression de ses besoins et la récla
mation de ses privilèges » 28. Bien que contradictoires dans leur source — la pensée de
Montesquieu s'appuyait sur l'histoire nationale alors que la défense des libertés reposait
sur l'histoire provinciale — ces deux courants se rejoignaient dans l'importance
accordée à l'enregistrement libre des lois par la cour.
Vidaud de La Tour n'a fait, à notre connaissance, aucune référence à l'auteur de
l'Esprit des Lois ; en revanche, il était, comme nous l'avons dit, un grand admirateur du
chancelier d'Aguesseau qui, bien que défenseur des principes traditionnels de la monarc
hie, considérait pourtant le droit de remontrances comme indispensable 29. Et l'on sait
que la propagande monarchique elle-même reprit, au cours de l'année 1771, le thème de
la nécessité des corps intermédiaires chère à Montesquieu 30. De plus, héritier de trois
générations de magistrats dauphinois, Vidaud de La Tour était, nous le verrons, attaché
à la défense des libertés delphinales.
Les magistrats ne s'affrontaient donc pas sur les principes, puisque tous partageaient
la conviction de devoir défendre les intérêts de la province devant le gouvernement,
mais sur les moyens : la défense de la province serait-elle assurée plus efficacement par
des magistrats nommés par le roi, et ayant sa confiance, ou bien au contraire, l'abolition
de la vénalité en ferait-elle de simples marionnettes ?
La réponse à cette question était rien moins qu'évidente et Jean- Jacques Vidaud de
La Tour n'accepta pas sans réticence la première présidence, comme en témoigne sa
réponse au chancelier : « Je n'ambitionnais point la place où vous m' élevez, j'ose dire
que je préférais celle que je quitte, mais vous ne me verrez jamais d'autre volonté que
la vôtre et je commencerai avec courage une carrière peut-être moins pénible mais
sûrement plus délicate que celle que j'interromps, au moment où je pouvais la suivre
avec moins de difficulté. »31. Avec lucidité, il pressentait la difficulté de sa tâche : maint
enir la cohésion de sa Compagnie et instaurer un dialogue avec Versailles.
Le constat de l'impuissance
Jean- Jacques Vidaud de La Tour fut nommé le 27 octobre 1771 premier président du
nouveau parlement créé à Grenoble ; il avait 34 ans. La vénalité des charges étant sup
primée, les magistrats étaient désormais nommés par le roi : 21 des 64 magistrats qui
composaient la cour furent exilés le 7 novembre ; le lendemain, les 43 main
tenus se rendirent au palais pour procéder, sous l'autorité de l'intendant et du lieutenant
général de la province, à l'enregistrement militaire de l'édit créant un nouveau parle
ment. Face à ses anciens confrères exilés, les « Patriotes », hostiles au chancelier Mau-
peou, Vidaud de La Tour devait réussir un double objectif : maintenir l'unité de la cour
en évitant la démission de ses membres ; démontrer aux Patriotes, et surtout à l'opinion
publique, que le nouveau parlement n'était pas une cour fantoche, mais était capable de
défendre efficacement les intérêts de la province face au gouvernement.
28. Daniel Hickey, Le Dauphine devant la monarchie absolue : le procès des tailles et la perte des
libertés provinciales, 1540-1640, Presses Universitaires de Grenoble, 1993 ; voir aussi Maurice Bordes,
L'Administration provinciale et municipale en France au XVIIIe siècle, Paris, SEDES, 1972, p. 48.
29. Isabelle Storez, « La Philosophie politique du chancelier d'Aguesseau », Revue historique, n° 540,
octobre-décembre 1981, p. 381-400.
30. Monique Cottret, op. cit., p. 147-148.
31. Bibl. mun. Grenoble, Q 5, lettre du 28 octobre 1771, f. 160.
n" 3, 2006 d'un serviteur du roi Vidaud de La Tour 377 L'échec
Maintenir l'unité d'une compagnie divisée
Au sein même de la nouvelle cour, le chancelier comptait des opposants. En effet,
tous les tenants de l'opposition parlementaire n'avaient pas été exilés. Dès la première
séance, le 8 novembre, ils annoncèrent leur intention de démissionner. Vidaud de La
Tour déploya une activité inlassable pour les en dissuader, usant tour à tour de menaces
et de persuasion. Face à lui, les magistrats exilés usaient de tout leur crédit pour
convaincre leurs anciens confrères de quitter la Compagnie.
Comme dans un jeu d'échec, il fallait prendre la pièce la plus importante de la
Compagnie : il s'agissait du président à mortier Pierre Marie de Vaulx, d'ancienne
noblesse chevaleresque et fort respecté. Vidaud de La Tour souligna au chancelier
l'enjeu de son maintien au parlement :
La personne la plus ébranlée, et qu'il est la plus essentielle de retenir, c'est M. le président
de Vaulx ; une partie de la Compagnie tient à sa consistance dans le Corps, il y est aimé
et considéré, et il le mérite à toutes sortes de titres. C'est aussi vers lui que j'ai dirigé mes
efforts parce qu'il était attaqué de toutes parts 32.
Vidaud de La Tour réussit à éviter sa démission. En revanche, il perdit avec l'avocat
général Serván une autre pièce maîtresse de la Compagnie.
L'occasion fut celle du procès du comte de Suze qui se déroula durant l'été 1772.
Ce procès opposait le comte, qui venait de se marier, à son ancienne maîtresse, une
actrice de l'opéra, au sujet de ses dettes qu'il refusait de lui régler. L'opinion publique
grenobloise était tout entière acquise à la cause de la pauvre actrice contre son aristo
cratique amant. Or l'avocat général Serván entreprit de plaider en faveur du comte au
nom de l'ordre moral. Ce procès prit très vite une dimension politique. En effet, le
comte de Suze était un parent du marquis de Monteynard, ministre de la guerre, et l'un
des principaux collaborateurs du chancelier Maupeou dans la réforme du parlement
dauphinois. L'avocat général Serván était quant à lui le magistrat le plus célèbre de la
compagnie. Il s'était fait connaître en 1766 par son discours De l'Administration de la
justice criminelle, dans lequel il reprenait les idées de Beccaria. Il était un partisan de
la réforme Maupeou comme son illustre correspondant, Voltaire. L'occasion était donc
idéale, pour les adversaires de la nouvelle cour, de la déconsidérer aux yeux de l'opi
nion publique.
Ce procès suscita une extraordinaire effervescence dans la ville, qui connut un
véritable déluge de vers, tous « plus méchants et plus hardis », certains « affreux »
contre Serván et tous les magistrats qui étaient du parti du comte de Suze, dont le
conseiller clerc Etienne de Ravel 33. Serván fut notamment accusé d'entretenir une
liaison avec la comtesse de Suze. Mais, derrière les attaques personnelles contre
l'avocat général, le parlement Maupeou tout entier était visé, comme le faisait
observer son premier président :
On trouva dans la salle du Palais quelques mauvais vers, et sur les murs de la ville quel
ques affiches. On annonçoit que les comédiens du Chancelier donneraient sur leur nou
veau théâtre une pièce intitulée : La justice violée en faveur du comte de Suze. M. Serván
devoit y jouer le premier rôle et les dames l'en récompenser par leur faveur. Permis d'y
siffler, etc. Voilà à peu près le sens de l'affiche qui portoit autant contre le Parlement que
contre M. Serván w.
32. Ibid., lettre du 13 avril 1772, f. 62.
33. Ibid., lettre de Vidaud de La Tour au chancelier Maupeou, 6 août 1772, f. 120.
34. Ibid., lettre de de La Tour à la marquise de Monteynard, 4 septembre 1772, f. 123.
n° 3, 2006 Clarisse Coulomb 378
L'auditoire ne tarda pas à chahuter l'avocat général. Serván fut convaincu de l'exis
tence d'un complot pour le siffler au moment où il dirait ses conclusions : pour le pré
venir, il ne termina pas son plaidoyer. Se contentant de demander l'acquittement pour le
comte de Suze, il annonça sa démission. Ce départ fracassant fut exploité comme une
victoire par les adversaires de la compagnie Maupeou. Cette affaire n'était cependant
pas un véritable succès puisque la cour souveraine, sous l'influence de Vidaud de La
Tour, choisit de voter la culpabilité du comte, ce qui apaisa les tensions urbaines.
Au total, Vidaud de La Tour avait dû accepter douze démissions, ce qui était peu sur
les quarante-trois magistrats qui composaient la cour. Il pouvait donc considérer qu'il
avait réussi à maintenir l'unité de la Compagnie. Mais il lui fallait recruter de nouveaux
magistrats, et de ce recrutement dépendait le prestige de la nouvelle cour, comme il
l'expliquait au Chancelier : « La plupart de ceux qui nous ont quitté ont dit que le Par
lement de Grenoble ri 'etoit plus fait pour la noblesse, que ce ne seroit désormais qu'une
École de Bourgeoisie. [...] Les propos répétés de nos déserteurs ont piqué notre amour
propre à prouver que nous pouvions nous composer au moins aussi bien que nous
l'étions »35. Vidaud se plaçait donc dans la continuité de la logique de recrutement qui
avait prévalu jusque-là au parlement de Grenoble, et qui imposait depuis l'arrêt du
30 mars 1762 quatre degrés de noblesse pour être reçu dans la cour. Il proposa ainsi au
chancelier des candidats « auprès desquels le Grand nombre de ceux qui nous ont quitté
seroient honorés d'être assis », refusant en revanche les candidats roturiers : « Les Gentil
shommes s'ennuieront de tels associés : ils en supportent trois ou quatre qu'un mérite
distingué rend digne d'eux, ils ne verront les autres qu'avec répugnance, et peu à peu,
ils se retireront » 36. Pour Vidaud de La Tour, la naissance des magistrats était la garantie
du prestige de l'institution, qui ne pouvait subsister dans une compagnie entièrement
composée d'hommes nouveaux. La logique de la monarchie était tout autre : le chancel
ier désirait ouvrir la cour souveraine aux officiers moyens, les juges des présidiaux et
bailliages, ainsi qu'aux avocats. Vidaud de La Tour dut accepter la nomination de six
magistrats roturiers. Si l'attitude souple et tenace de Vidaud de La Tour avait contribué
à lui assurer un certain succès face à ses anciens confrères, on voit par là qu'elle avait
davantage de mal à s'imposer face au gouvernement.
L'échec de la collaboration avec le gouvernement
Dès la séance du 8 novembre, l'avocat général Colaud de La Salcette entreprenait de
justifier son obéissance et celle de ses collègues face à l'opinion publique promettant
solennellement que le parlement s'occuperait « dans toutes les occasions du soulage
ment de cette province ». Ainsi, les anciens combats parlementaires furent-ils repris par
la nouvelle cour dans une parfaite continuité de méthode et de principes. Moins de trois
mois après son établissement, le parlement s'opposa au gouvernement au sujet de l'édit
fiscal de novembre 1771 qui décrétait la perpétuité du premier vingtième, prorogeait le
second pour dix ans et créait un corps de contrôleurs des vingtièmes pour rectifier
l'assiette. Dans les remontrances du 14 février 1772, rédigées par le conseiller-président
de Sausin, le parlement était toujours présenté comme un corps intermédiaire : « Vous
dédaigneriez, Sire, des Magistrats esclaves, mais vous écouterez favorablement des
Magistrats que leur conscience et leur fidélité conduisent au pied du Trône pour vous y
exposer le véritable état de vos peuples » 37. Dans ses lettres au chancelier, Vidaud de
35. Ibid., lettre de décembre 1771, f. 30.
36. Bibl. mun. Grenoble, Q 5, lettre du 6 mars 1772, f. 56.
37. Arch. dép. Isère, В 2314, f. 198.
n° 3, 2006 d'un serviteur du roi Vidaud de La Tour 379 L'échec
La Tour montrait le danger de recourir à un enregistrement d'autorité, qui aurait sou
ligné la faiblesse de la nouvelle cour et sa dépendance politique :
Nous avons deux sujets parmi nous, qui sont les organes de ceux qui nous ont quittés ; ils
cherchent chaque jour à faire des prosélytes ; et si leurs insinuations n'ont pas encore eu
le succès qu'ils s'en promettent, il leur sera facile de profiter d'une circonstance aussi
favorable que celle d'un enregistrement forcé : ils feront valoir le peu de cas qu'on fait de
nos représentations, l'inutilité dont nous sommes au peuple, le vain nom dont on nous
décore, en nous assimilant dans le fait à un Conseil supérieur38.
Cet appel fut entendu et les contrôleurs du vingtième furent supprimés en Dauphine,
tandis que l'abonnement de la province était maintenu, mais au niveau de 1758, ce qui
augmentait le montant de l'imposition de plus du quart. La cour choisit également de
poursuivre le combat de l'ancien parlement au sujet de la réforme des hypothèques.
Un édit de juin 1771 avait en effet réformé le droit hypothécaire : il se heurta à
l'opposition de tous les parlements de pays de droit écrit39. Le parlement de Grenoble
avait décidé d'écrire des remontrances en septembre 1771, c'est-à-dire avant la réforme
Maupeou. La question fut reprise par la nouvelle cour : en février 1772, le premier pré
sident Vidaud de La Tour envoya au contrôleur général un projet de modification de
l'édit pour la province du Dauphine. Dès avril, l'abbé Terray lui opposa une fin de non-
recevoir. Le 20 juin, des remontrances furent alors rédigées : ce volumineux mémoire se
voulait une amélioration de la réforme, ainsi que le soulignait Vidaud de La Tour en
l'envoyant au chancelier : « Ce n'est point un esprit de résistance qui l'a dicté, c'est
véritablement la confiance du magistrat, et une confiance éclairée, qui craint en même
temps la destruction des privilèges de la province et des anciennes lois qui le régis
sent » 40. Cet attachement aux « libertés delphinales » se plaçait, là encore, dans la conti
nuité de la pensée du parlement.
Le gouvernement répondit en novembre par un refus de toute modification de l'édit
et demanda au parlement son enregistrement immédiat41. Vidaud de La Tour dépensa
alors beaucoup d'énergie pour convaincre ses collègues de ne pas faire d'itératives
remontrances, mais de poursuivre les négociations. Dans ce dessein, le parlement
envoya au gouvernement, le 7 avril 1773, un nouveau mémoire qui indiquait les modif
ications à apporter pour que l'édit soit enregistré. L'abbé Terray se contenta de
répondre par l'envoi de lettres de jussion au parlement. La cour ayant arrêté de nou
velles remontrances, le gouvernement ordonna un enregistrement militaire.
Celui-ci eut lieu le 5 août 1773. Les magistrats se réunirent à huit heures du matin
pour prendre un arrêt de protestation sur l'irrégularité de l'enregistrement qui allait
avoir lieu « au préjudice des lois et ordonnances du royaume ». Lors de la cérémonie,
le premier président demanda au commandant, le marquis de Puisigneux, de se retirer
pour que la cour ait la liberté de délibérer. Sur son refus, tous les magistrats se levèrent sortir. Le commandant présenta des lettres de cachet ordonnant aux magistrats de
rester. Vidaud de La Tour prit alors la parole pour protester : « Le voilà donc renouvelé,
Monsieur, ce spectacle douloureux, où un seul acte de la volonté suprême réduit au
silence les organes fidèles des lois, où l'autorité absolue ne daigne plus interroger leurs
38. Bibl. mun. Grenoble, Q 5, lettre de Vidaud de La Tour au chancelier, 6 mars 1772, f. 56.
39. Elle a été étudiée par Pierre Rabatel, op. cit., p. 212-282. Nous nous dispensons d'entrer dans les
détails de cette réforme complexe.
40. Pierre Rabatel a publié la correspondance de Vidaud avec les ministres sur cette affaire, op. cit.,
p. 254.
41. Ibid., p. 255.
ne 3, 2006