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L'industrie osseuse aurignacienne. Essai régional de classification : Poitou, Charente, Périgord (suite) - article ; n°1 ; vol.22, pg 205-370

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Gallia préhistoire - Année 1979 - Volume 22 - Numéro 1 - Pages 205-370
166 pages

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Publié le 01 janvier 1979
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Langue Français
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Christiane Leroy-Prost
L'industrie osseuse aurignacienne. Essai régional de
classification : Poitou, Charente, Périgord (suite)
In: Gallia préhistoire. Tome 22 fascicule 1, 1979. pp. 205-370.
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Leroy-Prost Christiane. L'industrie osseuse aurignacienne. Essai régional de classification : Poitou, Charente, Périgord (suite).
In: Gallia préhistoire. Tome 22 fascicule 1, 1979. pp. 205-370.
doi : 10.3406/galip.1979.1624
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1979_num_22_1_1624L'INDUSTRIE OSSEUSE AURIGNACIENNE
ESSAI RÉGIONAL DE CLASSIFICATION :
POITOU, CHARENTES, PÉRIGORD (suite)
par Christiane LEROY-PROST
POITOU-CHARENTES
Les Roches
Situation.
Il convient de rappeler que l'ensemble complexe des Roches comprend de nombreux sites1
dont 0. Charbonnier a donné un plan détaillé (0. Charbonnier, 31, p. 14)2. La station qui nous
intéresse se situe à environ 6 km en aval du Blanc, à 1 km de Bénavant, à l'ouest de la grotte des
Vagabonds (0. Charbonnier, 32, p. 469). Elle est exposée au sud et se situe sur la rive droite de la
Creuse. Elle dépend du hameau des Roches, commune de Pouligny-Saint-Pierre (Indre).
Fouilles.
En 1895, A. de Grossouvre signala que des tranchées avaient été creusées dès 1880 près de la
grotte des Vagabonds (A. de Grossouvre, 72). En 1903, 0. Charbonnier effectua un premier sondage
à l'ouest de cette grotte. Il constata en 1904 « qu'on avait pratiqué au même point une tranchée
plus étendue » (0. Charbonnier, 32, p. 470). Elle était l'œuvre de P. Septier, en collaboration avec
M. Guérin. 0. alors, poursuivit ses travaux avec ces derniers jusqu'en 1905. En 1936,
G. Caillaud et un certain M. Coutier fouillèrent également en cet endroit.
En 1937 et en 1938, l'abbé P. Billot, aidé de P. David et d'étudiants, ouvrit d'autres tranchées.
Plus tard, mais nous ignorons à quelle date exactement, l'auteur ne le précisant pas, le Dr L. Pradel
a « repris la tranchée » (L. Pradel, 144, p. 220).
En juillet-août 1939, le R.P. Vignau fouilla « à l'extrémité est du talus moustérien dans la
partie inférieure obstruée de la grotte à deux entrées » (0. Charbonnier, 31, p. 1506).
1. Parmi eux, l'abri Fritsch, fouillé par R. Fritsch et J. Allain et dont les premiers résultats figurent dans le
manuscrit de O. Charbonnier.
2. Cf. Bibliographie parue dans la première partie de cet article, Gallia Préhistoire, t. 18, 1975, 1, p. 151-156.
Cette note vaut pour tous les autres appels de références bibliographiques de ce travail qui reflète l'état de la question
en 1973.
Gallia Préhistoire, Tome 22, 1979, 1. GHRISTIANE LEROY-PROST 206
Publications.
Après celle de P. Septier (P. Septier, 162) qui attribua l'industrie au Magdalénien, une publi
cation de l'abbé Breuil (H. Breuil, 20) la situa dans l'Aurignacien. L'abbé P. Billot n'a laissé que
des notes sur un carnet de fouilles conservé au Musée de Bourges et que nous avons pu consulter.
Le premier article de synthèse sur le site fut celui de 0. Charbonnier (0. Charbonnier, 32).
D. de Sonneville-Bordes publia des résultats statistiques sur l'Aurignacien des Roches (D. de
Sonneville-Bordes, 168, p. 485-487). Et, en 1965 elle compara les résultats de L. Pradel et de
0. Charbonnier. En 1968, M. Perpère définit des « grattoirs carénés asymétriques » observés dans
l'Aurignacien II de la collection Pradel-Septier. Elle a, récemment, publié l'étude générale des
industries lithiques de ce site3.
Stratigraphie.
La coupe relevée par P. Septier mit en évidence 7 couches :
1. humus, 30 cm.
2. éboulis stériles, 40 cm.
3. couche rouge, 10 cm. Éclats de silex, os brisés.
4. éboulis plus fins « empâtés dans de l'argile jaune parsemée de particules d'argile très ferru
gineuse ». Partie noire (en A) colorée par de la pyrolusite. Bois de renne, instruments en silex et en
os, 70 cm.
5. couche rouge (sanguine). Foyer le plus important du site, 10 cm.
6. argile et éboulis. Partie noire (B) : pyrolusite, 1 m.
7.et noire (D) : pyrolusite. Foyer dans la partie inférieure. Silex rares,
bois de renne, instrument en os, 40 cm.
8. sol ancien (P. Septier, 162, p. 258).
En 1962, O. Charbonnier publia (O. Charbonnier, 32, p. 472-476) la stratigraphie suivante :
I. couche végétale grise, 30 cm.
IL éboulis stériles, 40 cm.
III. lentille jaune rougeâtre. Aurignacien supérieur, 5 à 10 cm.
IV. éboulis stériles colmatés d'argile et riches en oxyde de manganèse, 70 cm.
V. niveau rouge foncé. Hématite. Aurignacien moyen, 10 à 15 cm.
VI. couches jaunâtres, argilo-calcaires ; industrie rare et peu typique.
VIL ligne d'ossements brisés.
VIII. couche jaunâtre.
IX.cendreuse.
X. sa nature n'est pas précisée, mais elle recouvre un bloc que Septier avait pris pour le sol
rocheux de l'abri. Pour O. Charbonnier, la couche III (Aurignacien supérieur) correspond à du
Périgordien IV et la couche V à un Aurignacien moyen. Cette dernière appartenance a été confirmée
par D. de Sonneville-Bordes (D. de Sonneville-Bordes, 168, p. 485).
Lors de ses fouilles, L. Pradel releva, de haut en bas, la coupe dont la description suit :
1. terre végétale, 30 cm.
2. éboulis calcaires, 60 cm.
3. couche rougeâtre, Périgordien Vb, 5 cm.
4.argileuse avec éboulis calcaires et traces de manganèse, 70 cm.
3. M. Perpère, Grands gisements aurignaciens du Poitou. L'Anthropologie, t. 77, nos 7-8, 1973, p. 683-716, 14 fig. INDUSTRIE OSSEUSE AURIGNACIENNE 207
5. couche très rouge avec zones noires. Aurignacien II, 10 cm.
6.argileuse avec éboulis calcaires. Traces de manganèse, 150 cm.
7. couche cendreuse. Aurignacien I, 15 cm.
L. Pradel interprète le calcaire délité sur lequel repose cette dernière couche comme pouvant
être le sol de l'abri (L. Pradel, 144, p. 220-221).
On observe donc une analogie certaine entre ces trois coupes, surtout entre celle de P. Septier
et de L. Pradel. Toutefois, ce qui a été interprété comme pyrolusite par l'un, l'a été comme manganèse
par les autres. Mais il paraît incontestable que, d'une part, à la lecture du manuscrit Charbonnier
conservé à la Bibliothèque de Bourges, d'autre part, selon l'avis exprimé oralement par le Dr Allain,
directeur de Circonscription, c'est le travail de 0. Charbonnier qui a été le plus sérieux. Néanmoins,
une mise au point de D. de Sonneville-Bordes, à la suite de l'étude de L. Pradel, a appuyé la
distinction entre un Aurignacien plutôt ancien et un Aurignacien plutôt évolué (D. de Sonneville
Bordes, 171, p. 235-236).
On a aussi parlé de Solutréen aux Roches (cf. infra) mais rien n'est encore établi (P. Smith,
163, p. 276).
Collections.
Celle de P. Septier, qui appartient actuellement au Dr L. Pradel, est conservée par ce dernier
à Ghâtellerault, avec la sienne. La collection Billot est répartie entre le Musée de Bourges et
l'Abbaye de Fontgombault. La collection Charbonnier se trouve au Musée Bertrand, à Châteauroux.
Industrie osseuse.
Collection Septier. Lors de sa publication de 1905, P. Septier n'a pas effectué de distinction
stratigraphique dans l'outillage osseux qui était très pauvre. Cette industrie n'étant plus présente
dans la collection Pradel, nous ne pouvons qu'en citer la description : ... « elle n'est représentée que
par quelques lissoirs ou spatules, simples lamelles d'os taillées, polies et arrondies à l'une des
extrémités.
C'est d'abord un outil grossier, poli en partie et sur l'usage duquel nous ne sommes pas fixés.
Un autre instrument dont la section est à peu près carrée et qui se termine en bec de flûte
(fig. 124). Comme il est encore recouvert de sanguine, il est permis d'émettre l'hypothèse qu'il a pu
être employé pour les peintures du corps à tracer des traits d'égale largeur, à moins que ce ne soit
tout simplement une base de pointe de sagaie.
Un poinçon à peine travaillé ou peut-être simplement éclaté.
Enfin une pointe de javelot (fig. 125) ayant à peu près la forme d'un losange très allongé »
(P. Septier, 162, p. 267).
Collection Billot. Nous n'avons pas pu voir la partie qui est conservée à l'Abbaye de
Fontgombault. Mais, le R.P. de Bascher en ayant donné à M. Perpère un inventaire (M. Perpère,
ibid., p. 690) et celle-ci nous l'ayant aimablement communiqué, nous avons pu constater qu'il
était dépourvu de toute mention d'industrie osseuse.
Au Musée de Bourges, hormis 3 pièces importantes sur lesquelles nous insisterons plus loin,
il y a peu de choses. Leur numéro global d'inventaire est 52/2. Dans quelques cas elles portent une
indication de Billot, comme RI ou R2, correspondant à leur localisation. En effet, le manuscrit
Billot4 précise que RI caractérise les objets trouvés en surface, R2 ceux trouvés en place, R repré
sentant le « gisement ancien aurignacien des Roches ». Malheureusement « en place » n'équivaut
4. Il s'agit du carnet de fouilles de l'abbé Billot que nous avons pu longuement consulter grâce à l'obligeance
de M. Favière, conservateur du Musée de Bourges. GHRISTIANE LEROY-PROST 208
pas à tel ou tel horizon stratigraphique. La série n'est certainement pas homogène, comme l'a déjà
souligné M. Perpère dans son étude de l'industrie lithique (M. Perpère, ibid.).
Il ne nous semble néanmoins pas inutile d'attirer l'attention sur cet ensemble en raison de
l'étude admirable qu'en a faite 0. Charbonnier dans son manuscrit5. Elle apporte, en effet, d'autant
plus de précisions que ce dernier a eu connaissance de détails, actuellement perdus, par exemple
de numéros qui se sont effacés et aussi de pièces que nous n'avons pas retrouvées au Musée de
Bourges.
Notamment, une «pointe mousse en os» dont 0. Charbonnier donna (0. Charbonnier, 31,
p. 130) la description suivante : « elle est subconique, de 4,4 cm de long et de 0,95 cm de large à la
base. L'extrémité est mousse et un peu courbée et un grand éclat à la base a évidé partiellement
une face, formant un méplat un peu concave. Au-dessus de cette sorte de coup de gouge, on observe
une série de dépressions semi-circulaires, contiguës, paraissant dues à une action de martelage sur
la surface convexe. Aucune strie ou arête de polissage ».
P. Billot a aussi découvert une pièce enregistrée sous le n° 52-2-133 qui nous a paru extrême
ment douteuse. Il s'agit d'une esquille polie aux bords émoussés. 0. Charbonnier a donné et signé
dans ce même manuscrit, à son sujet, un renseignement fort intéressant que nous reproduisons ici
in extenso : « la pièce en os ou en ivoire représentée ici sur toutes ses faces (p. 1667, fig. 2) est très
énigmatique. Peut-être a-t-elle été recueillie dans les déblais de la fouille Septier. Je me souviens
qu'à la dernière séance de cette fouille qui se termina par le remblayage de la tranchée, dans un
moment de repos, P. Septier s'amusa à tailler un os du gisement puis le jeta dans la tranchée en
disant (en substance) : « cela intriguera les chercheurs qui reviendront ici ». Je ne fis aucune réflexion,
mais je n'ai pas oublié l'incident ».
Sous le n° 52-2-131, un fragment d'objet en os à extrémité ogivale émoussée et polie, a été
interprété par 0. Charbonnier comme lissoir (0. Charbonnier, 31, p. 1368).
Les objets enregistrés sous les numéros suivants : 52-2-122, 52-2-125, 52-2-124, 52-2-112,
52-2-132 ainsi qu'une pièce sans numéro de musée, mais marquée RI, donc trouvée en surface
(extrémité de poinçon d'économie?) sont trop incomplets pour. avoir une forme déchiffrable.
Ce n'est pas le cas d'une baguette en os (n° 51-2-186), fracturée à ses deux extrémités que nous
interprétons comme un fragment de diaphyse débité. Ce en quoi nous sommes en léger désaccord
avec 0. Charbonnier qui y a vu un « grand fragment d'os long ayant subi une taille et un polissage
soigné sur la moitié de sa longueur» (0. Charbonnier, 31, p. 1369).
Par ailleurs nous avons découvert une pièce fort intéressante, qui est une côte portant plusieurs
séries de coches. Bien qu'incomplet, mal restauré, noyé dans la cire, cet objet nous a paru de nature
à intéresser un chercheur comme A. Marschack. Il est en cours de restauration dans un laboratoire
du Muséum. Nous avons eu la surprise, en nous rendant à Ghâteauroux, de trouver dans une vitrine
du Musée Bertrand un dessin de cette pièce, présentée comme un andouiller, ce qui est inexact, et
attribuée à une collection Vignau6. Nous en reproduisons ici la description (0. Charbonnier, 31, p.
13611, fig. 14) : «cette superbe pièce malheureusement brisée lors de l'extraction, est probablement
taillée dans une côte, car elle est régulièrement arquée et d'une texture spongieuse » ... «La face
interne (côte concave) porte deux rangées de coches ou sillons, l'une sur toute la longueur,
l'autre avec une interruption (d'environ 2 cm) au milieu. La face externe a une rangée de coches
sur la moitié de la longueur et une autre sur le bord voisin de l'autre moitié ».
5. Conservé à la Bibliothèque municipale de Châteauroux et dont la responsable, Mme Chovin, conservateur
du musée Bertrand, nous a gracieusement envoyé les photocopies.
6. Ceci nous a été confirmé par le rectificatif en note complémentaire (O. Charbonnier, 31, p. 1506) dans lequel
O. Charbonnier, relatant les travaux du R. P. Vignau, précisa que ce dernier avait découvert un « foyer solutréen »
près duquel se trouvait « la côte décorée de plusieurs rangées de coches .>. Le R. P. Vignau l'avait interprétée comme
« calendrier ». OSSEUSE AURIGNAGIENNE 209 INDUSTRIE
Enfin, l'abbé Billot a mis au jour deux « baguettes demi-rondes » en ivoire. De la lecture de
son carnet de fouilles il résulte que, le 10 février 1938, il a trouvé « ensemble deux os taillés et polis
malheureusement brisés par le pic ». David aurait identifié ces objets comme étant en ivoire. Leur
profondeur aurait été de 1,30 m. S'agit-il de ces deux baguettes? Rien ne peut l'attester. Quant à
leur situation stratigraphique, elle demeure des plus vagues, d'autant que 0. Charbonnier, dans
son même manuscrit (0. Charbonnier, 31, p. 130) émit l'opinion que l'abbé Billot aurait creusé sa
tranchée « en partie tout au moins, dans un dépôt remanié ou bouleversé par des éboulements ».
De toutes façons, nous ne pouvons passer sous silence deux éléments aussi inattendus dans un
contexte aurignaco-périgordien ou du moins jusqu'à présent considérés comme tels.
Nous tenons aussi à souligner l'exceptionnelle précision des représentations graphiques de
O. Charbonnier et à rendre hommage à la rare qualité de ses observations, dans la plupart des cas.
En effet, si ses descriptions et ses figures sont justes, ce qui ne l'est pas, c'est l'assemblage qu'il a
réalisé de ces deux prétendues baguettes demi-rondes. Il s'agit en réalité d'une seule pièce, clivée
longitudinalement, suivant le mode qui est propre à l'ivoire. Ce clivage est antérieur à la découverte
de la pièce. Les fractures qu'elle porte sont dues à des outils de fouilles, et si les deux fragments
s'assemblent bien, c'est dans le sens opposé à celui qu'a supposé et figuré 0. Charbonnier. A sa
décharge, il faut remarquer qu'il a écrit que « les deux pièces ont été réunies un peu arbitrairement
sur la figure 3, d'après l'examen de leurs largeurs respectives, et qu'elles peuvent glisser sans
inconvénient (dans une certaine limite) l'une contre l'autre. Pour être tout à fait précis, il est bon
d'indiquer que la face plane du n° 1 est très légèrement convexe et celle du n° 2 très peu concave »
(O. Charbonnier, 31, p. 127).
Cette idée d'inverser les positions respectives des deux fragments nous est venue à l'esprit en
regardant les figures. Puis c'est sur place, au Musée de Bourges, que nous avons vérifié notre nouvelle
hypothèse de montage. Elle s'est avérée indiscutable7. De cette nouvelle observation il ressort
qu'il ne s'agit plus, ici, d'une « baguette demi-ronde », mais d'une pièce, longue de 166 mm environ,
brisée à une extrémité, au fût de section circulaire, biseautée à l'autre extrémité (fig. 4, n° 1). Ce
biseau était probablement double, mais sur une face il a été brisé. L'autre face est couverte de fines
stries obliques. Cette pièce n'est pas sans nous rappeler deux objets sensiblement identiques
provenant de l'Aurignacien ancien (Aurignacien I de D. Peyrony) de l'abri Castanet (fig. 4) ; ces
derniers sont en bois de renne, mais leur morphologie est identique. Cette forme que nous ne
connaissons pas dans d'autres niveaux aurignaciens, n'est sans doute pas nécessairement « typique »
d'un stade ancien de cet horizon. Elle peut toutefois confirmer la possibilité d'une présence
d'Aurignacien ancien aux Roches.
Collection Charbonnier. Elle est malheureusement extrêmement réduite puisqu'elle ne se
compose que de 5 pièces. Elle comporte aussi (fig. 21, n° 1) un poinçon sur esquille osseuse, poli,
aménagé dans sa partie apicale par rétrécissement bilatéral, formant une pointe très acérée, tout à
fait à l'instar d'un perçoir lithique. C'est sans doute pour cette même raison que O. Charbonnier,
dans son manuscrit (31, p. 109) l'a appelé : «perçoir sur éclat osseux», expression qu'il n'a pas
maintenue dans sa plus récente publication sur Les Roches (O. Charbonnier, 32, p. 481). Cette
pièce mesure 51 mm de long.
On remarque la partie médio-apicale d'une alêne ou d'une épingle. Elle est en os et a été polie.
Sa longueur est de 35 mm, sa largeur maximum est de 5 mm et son épaisseur de 1,5 mm. La section
est sub-elliptique, une face étant légèrement plus convexe, l'autre un peu plus concave. Mais on
ne peut vraiment parler, dans ce cas, de section convexo-concave.
Les numéros 8 et 10 ont des extrémités apicales de poinçons, sans grand intérêt. Le numéro 9
représente l'extrémité apicale d'une pointe brisée par flexion. Sa section est elliptique. La pièce a
7. G. Prost, La « baguette demi-ronde » de l'abri des Roches de Pouligny-Saint-Pierre (Indre). Une erreur
d'interprétation. L'Anthropologie, 1972, t. 76, n°s 3-4, p. 317-323, 3 fig. 210 GHRISTIANE LEROY-PROST
été raclée puis polie. Elle porte des traces de choc. Elle a été recueillie à 1,90 m, alors que le perçoir
l'a été à 1,40 m (0. Charbonnier, 31, p. 109-110). Ce dernier appartiendrait donc à la couche V de
Charbonnier, tandis que la pointe serait issue de la couche VI.
L'industrie osseuse aurignacienne des Roches est donc bien pauvre. Une seule pièce (la fausse
baguette demi-ronde) plaide pour un stade ancien. Le stade évolué et le diagnostic d'Aurignacien II
de L. Pradel sont fondés sur la présence d'une sagaie losangique provenant des fouilles Septier et
qui n'existe plus. M. Perpère, ayant étudié les 174 outils de la collection Pradel-Septier (M. Perpère,
116, p. 63-64) fait remarquer une grande ressemblance entre l'Aurignacien II des Roches et
l'Aurignacien V du Fontenioux. Nous manquons de pièces pour confirmer ou infirmer cette remarque.
L'industrie osseuse ne donne qu'un indice d'Aurignacien possible.
Les Gottés
Situation.
Sur la rive gauche de la Gartempe, la grotte des Cottes s'ouvre à l'est et dépend de la commune
de Saint-Pierre-de-Maillé (Vienne).
Fouilles.
La grotte aurait été découverte en 1878 par A. Jamin, qui lui donna le nom de « Prés-Rouis »
(A. Jamin, 86, p. 417). En 1880, toujours sous cette dénomination, elle fut signalée et visitée par
G. de Mortillet. R. de Rochebrune y entreprit alors une fouille qui donna lieu à la publication sur
les Troglodytes de la Gartempe (R. de Rochebrune, 154). Ce dernier, par ailleurs, a relaté d'une façon
toute différente la découverte du site et, pour lui, les premières fouilles auraient été l'œuvre de
R. du Fontenioux. Dans sa thèse, M. Perpère a raconté dans le détail la « petite histoire » de la
grotte (M. Perpère, ibid., p. 695-96). R. de Rochebrune conduisit une seconde campagne de fouilles
en 1881 (R. de Rochebrune, 155, p. 487-489). Aidé de son fils, il y aurait poursuivi des recherches
jusqu'en 1910. En 1914, G. Latus aurait pris la suite de ces travaux. En 1951, la grotte fut classée
monument historique.
C'est seulement en 1951 que le Dr L. Pradel effectua un sondage aux Cottes (L. Pradel, 142,
p. 421). Il y conduisit une fouille plus tard (L. Pradel, 143).
Stratigraphie.
La première fut établie par R. de Rochebrune. De haut en bas, il mit au jour dans la grotte :
une couche de terre meuble,
un niveau d'argile et de calcaire,
un niveau noir avec « javelots en os fendus à la base »,
un de sable argileux,
une couche argile-calcaire, moustérienne (R. de Rochebrune, 154, p. 20-25).
Lors de sa seconde campagne il fouilla l'entrée de la grotte et y retrouva le niveau noir,
beaucoup plus épais. Il y recueillit de nombreuses pièces et notamment deux « flacons » en canon
de renne et des poinçons (Breuil, 19, p. 49).
Pour L. Pradel, la stratigraphie de la terrasse, devant la grotte, était très nette, de bas en
haut :
sol rocheux,
niveau stérile, INDUSTRIE OSSEUSE AURIGNACIENNE 211
couche moustérienne,
niveau stérile (sable fluviatile),
couche à Périgordien II,
niveau stérile,
couche d'Aurignacien I évolué,
niveau stérile,
terre végétale (L. Pradel, 143, p. 232-233). Les niveaux stériles étaient formés de sable argileux
et d'éboulis calcaires (L. 142, p. 422).
Collections.
La collection de Rochebrune est assez dispersée. On en trouve des éléments : au Musée de la
Société des Antiquaires de l'Ouest à Poitiers, à Poitiers, également, à la Faculté des Sciences, dans
la collection G. Chauvet, au château de la Gourt-d'Aron à Saint-Cyr-en-Talmondais (Vendée)
propriété de G. du Fontenioux (pour l'essentiel) et au Musée de Fontenay-le-Comte où il y aurait
ce qui reste d'une pointe à base fendue (M. Perpère, ibid., p. 700). Le Musée Th. Dobrée à Nantes
a bien possédé huit objets donnés en 1864 et provenant des recherches de R. de Rochebrune à la
« Caverne des Gottés ». Ces pièces figurent au catalogue du Musée archéologique de Nantes, 3e édition,
1903, sous les nos 196 à 203 (vitrine 12). Mais on n'a pas pu les identifier lors du reclassement des
collections, après la deuxième guerre mondiale. Par ailleurs, aucune autre pièce des Cottes n'est
entrée dans ce musée (renseignements aimablement communiqués par son conservateur D. Costa,
1971). La collection L. Pradel se trouve à son domicile de Châtellerault (Vienne).
Industrie osseuse.
1° Collection de Bochebrune-Chauvet, Université de Poitiers.
Elle ne comprend que dix objets, dont une pointe en os à base fendue8, d'allure triangulaire, de
section elliptique, mais dont la lèvre de la face supérieure a dû être arrachée. On en compte en outre
deux poinçons : l'un en os, possède une base plane, biseautée, et une section triangulaire puis
circulaire. Il est, sauf à sa pointe, enduit d'ocre. L'autre, pris sur esquille, et décoré sur sa partie
médio-apicale d'une série de huit profondes incisions parallèles obliques, est entier.
Une très belle pièce mixte est constituée par un lissoir-pointe en os (fig. 9, n° 7). Elle a été
fracturée longitudinalement, puis appointie à une de ses extrémités. Il est donc possible qu'il
s'agisse d'une réutilisation d'un objet brisé.
Une côte fendue, identifiée par le Pr Ch. Absolon, de Brno, comme onzième côte de Rhinoceros
tichorhinus, à Poitiers, le 12 novembre 1926, a une extrémité polie, arrondie et très nettement usée.
Elle porte aussi des traces de stries sur sa face compacte.
Enfin, deux pièces très originales, toutes deux en bois de renne, ont été décrites par E. Patte.
L'une « a sensiblement la forme d'un demi-ellipsoïde muni d'un appendice sensiblement conique à
pointe mousse ; la base est concave d'un côté, convexe de l'autre ; elle correspond sensiblement à
l'origine du bois ; en son centre se voit le tissu spongieux avec lacunes assez grandes ; sur la partie
dorsale, les lacunes sont plus fines. Toute la surface a été grattée et montre des stries fines, orientées
en tous sens ; elle est lisse sauf à la partie inférieure de l'appendice qui est un peu rugueux, finement
caverneux. La base est plus lisse que le reste et a certainement été très frottée, les stries y sont moins
nettes qu'ailleurs.» (E. Patte, 113, p. 2). L'auteur rapproche cet objet du deuxième : «mais la
meilleure pièce de comparaison est ce second objet (fig. 2) venant aussi des Cottes, il est plus
volumineux, plus informe, plus grossièrement taillé ; en particulier le relief tout autour de la pointe
8. Il y en avait évidemment bien plus, puisque Breuil en avait examiné 7 (fis^. 6) dont 5 en ivoire et 2 en bois
de renne. Nous ne les avons pas retrouvées (Breuil, 19). 212 GHRISTIANE LEROY-PROST
Illustration non autorisée à la diffusion
Illustration non autorisée à la diffusion
28 Les Cottes. 1, pointe à base fendue (Musée de la 29 Les Cotlés : 5, fragment de pièce losangique ; 6,
Soc. des Antiquaires de l'Ouest). Abri du Chasseur, n lissoir large ; 7, poinçon d'économie (Musée de la Soc.
iveau A"': 2, pointe d'Isturitz jadis interprétée comme des Antiquaires de l'Ouest). Abri du Chasseur, n
proto-harpon; niveau B: 3, pointe «à soie» (Musée iveau B, : 4, fragment de côte striée ; 8, poinçon
de La Rochefoucauld). (Musée de Ja Rochefoucauld).
et de l'arête supérieures est celui d'une planche mal rabotée; le bois de cervidé y a été plutôt coupé
que gratté ; ailleurs la surface est grattée, polie, striée ; la base, qui correspond à la naissance des
bois, est convexe sur ses bords latéraux et postérieur, tandis que la partie axiale est concave, en
particulier dans la partie spongieuse ; les stries visibles sur les bords sont assez grossières et sens
iblement longitudinales. La pointe antéro-postérieure est bifide, le creux intermédiaire correspond
au tissu spongieux. L'apophyse postérieure correspond à un andouiller coupé, elle paraît bien
l'homologue du manche du premier objet» (id., p. 3). Si, pour nous, ces deux pièces ne sont pas
aussi semblables que pour E. Patte, nous n'en ignorons pas moins leur destination.
Enfin, les objets décorés sont au nombre de trois. Il y a d'abord deux fragments osseux, fracturés
à leurs deux extrémités et portant des séries d'incisions parallèles perpendiculaires au grand axe,
ainsi que des coches latérales. Ensuite, un canon postérieur de renne présentant un décor assez
original : scié à une de ses extrémités et brisé longitudinalement, il possède outre les stries simples
habituelles, des incisions en X9. En effet, si l'on considère la pièce depuis son extrémité sciée jusqu'à
l'autre (anatomiquement proximale) on note la séquence ornementale suivante : bordant l'endroit
scié, une ligne de croix, puis une incision circulaire barrée de stries obliques à laquelle succèdent
plusieurs grandes croix, enfin plusieurs séries de larges incisions obliques tout au long de la diaphyse.
De chaque côté de la rainure vasculaire, des incisions symétriques sont régulièrement espacée,
(fig. 27, n° 7). L'abbé Breuil a interprété cet objet comme étant un flacon ou un étui. Il en avaits
9. Ce décor en X est très rare. J. Hahn l'a signalé dans l'Aurignacien allemand. OSSEUSE AURIGNAGIENNE 213 INDUSTRIE
en effet, examiné un semblable, quoique sans ornement, et dont le fond contenait de la poudre d'ocre.
Nous n'avons pas trouvé cette pièce, non plus qu'un autre fragment de canon (fîg. 27, n° 8) « fort
ement rubéfié du côté interne par la matière colorante » (Breuil, 19, p. 51).
2° Collection du Musée de la Société des Antiquaires de l'Ouest.
Pointes à base fendue. Contrairement à ce que l'on pourrait croire en regardant la vitrine, il
n'y en a qu'une. Ce qui est apparu à M. Perpère comme une « série de bases fendues » (ibid., p. 699)
n'est, en réalité, qu'un ensemble de fragments dont on ne peut rien dire, sinon que deux ont
incontestablement une base fendue. La pointe entière est en bois de renne. Sa forme est sublo-
sangique et sa section est biconvexe. Elle est longue de 70 mm (fig. 28, n° 1).
Pointe losangique. Ce témoin n'existe qu'à un seul exemplaire. Encore est-il incomplet (fig. 29,
n° 5). La section est biconvexe.
Pointes triangulaires. Deux fragments médio-apicaux en os, ont, l'un une section elliptique,
l'autre une section subrectangulaire.
Poinçon d'économie. Il y en a six (fig. 29, n° 7).
Poinçons, épingles, alênes. Six extrémités apicales, en os, peuvent appartenir à l'une ou l'autre
de ces catégories.
Lissoirs larges. Sur les deux extrémités apicales arrondies que nous avons observées, l'une est
épaisse (fig. 29, n° 6) et l'autre est mince.
Compresseur. Une esquille osseuse à deux plages de compression, présente en outre une gravure
de poissons dont nous contestons l'authenticité, en accord d'ailleurs avec le Doyen E. Patte.
Pièces décorées. Il y a quatre fragments d'os cochés, dont un en double biseau, strié sur ses
deux faces.
Divers. Deux métacarpiens latéraux de renne sont également présents et offrent des stries de
raclage.
Objet énigmatique. Une lame triangulaire plate, en bois de renne, de section elliptique, ne nous
paraît pas pouvoir être plus clairement définie.
Baguettes, tiges. Enfin, cinq pièces incomplètes ou en cours de dégrossissage.
3° Collection Pradel, Châtellerault10 (Pradel, 143, fig. 13).
Elle ne comprend qu'une dizaine d'objets.
Pointes à base fendue. Il n'y en a que trois mais elles sont intéressantes. L'une, en particulier,
est en ivoire et a été décorée. Elle est intacte, d'allure triangulaire et sa section est subrectangulaire.
Ses bords sont cochés depuis le départ de la fente jusqu'à la pointe. Les deux autres sont en os et ne
comportent pas de décor. Toutes deux ont une section elliptique, mais l'une est de forme sublosan-
gique, alors que l'autre est plutôt triangulaire. Leurs dimensions, ainsi que celles des autres pointes
à base fendue des Gottés sont indiquées dans le tableau ci-dessous.
Collection L I e Section Fût
Antiq. Ouest 70 15 8 Biconvexe Triangulaire à
rétr. bas.
Poitiers 113 10 6 Elliptique Triangulaire.
Pradel 73 15 790 16 6 Elliptique Sublosangique.
Pradel 126 11 6 Subrectangul. Triangulaire.
Ce tableau, qui ne représente pas la totalité des pointes à base fendue des Gottés, puisqu'un
certain nombre de celles citées par l'abbé Breuil dans la revue de l'École d'Anthropologie (19) ont
10. Nous remercions à nouveau ici le Dr Pradel de son aimable accueil.