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La pharmacie de l'hôpital de Gray - article ; n°209 ; vol.59, pg 386-404

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Revue d'histoire de la pharmacie - Année 1971 - Volume 59 - Numéro 209 - Pages 386-404
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1971
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Langue Français
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Claudius Brocard
La pharmacie de l'hôpital de Gray
In: Revue d'histoire de la pharmacie, 59e année, N. 209, 1971. pp. 386-404.
Citer ce document / Cite this document :
Brocard Claudius. La pharmacie de l'hôpital de Gray. In: Revue d'histoire de la pharmacie, 59e année, N. 209, 1971. pp. 386-
404.
doi : 10.3406/pharm.1971.7023
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1971_num_59_209_7023ia phamacie
4* t hôpital 4* Çraïf
LA pharmacie de l'hôpital de Gray, en Haute-Saône, remonte, comme l'hôpi
tal lui-même, à 1716 et fut inaugurée le 8 juillet 1722. Il est rapporté qu'à
cette époque les bâtiments avaient coûté 80.000 francs et qu'on avait créé une
apothicairerie et une infirmerie et établi des lits pour quarante malades et
onze religieuses.
Cependant, il existait déjà une pharmacie à l'hôpital de la Charité, comme
en témoigne la décision que voici : « L'an 1708, le trentième jour du mois de
mars après midi, à Gray, en la Chambre du Conseil de l'Hôpital de la Charité
de ladite ville, les Directeurs en assemblée, sur la proposition faite par le
Révérend Claude Delauby, Vicomte Mayeur, ex-Lieutenant-Général de la Police
de ladite ville, qui a dit que le décès de feu Clément Bouhier, apothicaire,
étant arrivé, il convenait pour le soulagement des Pauvres de choisir et nom
mer un autre et que le Sieur Claude-Symphorien Vanary de ladite ville, apothic
aire, se présentait pour donner les soins et servir les pauvres en cette qualité ;
pourquoi les Directeurs unanimement ont fait choix et nommé le sieur Vanary
pour apoticaire dudit hôpital à charge de s'acquitter ponctuellement de cet
emploi au soulagement des pauvres et d'apporter ses soins et ce pour autant
de temps qu'il plaira. »
Il est donc vraisemblable que ce fut l'apothicaire Vanary qui, après la
fermeture de l'hôpital de la Charité, sis rue Vanoise, fonda et établit la phar
macie de notre hôpital.
Il eut lui-même pour successeurs Jean-Claude Poncelin en 1724, puis
Goupire et, en 1772, Charles Mugnier, auquel une délibération de la Commiss
ion, le 15 novembre, accorda l'exemption de logement des gens de guerre pour LA PHARMACIE DE L'HÔPITAL DE GRAY 387
faire gratis les fonctions d'apothicaire de cette maison, ainsi que le faisait son
prédécesseur.
Nous arrivons ainsi à la période révolutionnaire, qui aura ses répercus
sions sur la pharmacie de l'hôpital. En effet, à la séance du 11 floréal an VII,
à laquelle assistent les citoyens Carnet, Jarrot, Lempereur, Lagnier et Bousse-
not, la citoyenne Martin, présumée et principale préposée, vient faire part à
l'administration que la citoyenne Saget, l'une de ses compagnes, a quitté
l'hospice et iaisse vacante par sa sortie la place de pharmacienne. Elle rappelle
qu'aucune des restantes n'est en état de remplir cette fonction et combien il
serait intéressant pour l'hospice de ne pas être privé trop longtemps d'une
fonctionnaire aussi essentielle soit à raison de l'économie, soit pour plus de
célérité dans le soulagement des malades. Bien qu'elle sache que les démar
ches à faire pour s'en procurer une nouvelle regardaient spécialement l'admi
nistration, elle a cru qu'elle ne serait pas désapprouvée si elle réussissait à
déterminer la citoyenne Richardot, ancienne pharmacienne de l'hospice de
Vesoul, à venir occuper cette place en l'hospice de Gray. Elle lui a écrit et fait
écrire pour l'y engager. Ces démarches étant demeurées sans effet, elle ne voit
d'autre moyen que de former un nouveau sujet. Tous les inconvénients de ce
projet disparaîtraient si le citoyen Mugnier, ancien pharmacien, consentait
à consacrer quelques-uns de ses moments à l'instruction de celles des prépo
sées actuelles auxquelles leurs autres occupations personnelles permettraient
d'en profiter. Pour ces motifs, elle avait projeté de pressentir le citoyen
Mugnier et le ferait si l'administration n'y voyait pas d'obstacle et n'avait pas
à sa disposition qudlqu'autre moyen. Sur ce, l'administration, approuvant
toutes les demandes faites par la citoyenne Martin et louant le zèle qui les lui
a dictées, considérant qu'il serait possible que les occupations actuelles du
citoyen Mugnier ne lui permissent pas de donner les leçons qu'on se propose
de lui demander et qu'il serait désagréable pour l'administration de faire à
ce sujet une démarche auprès de lui, arrête que la citoyenne Martin est priée
de réaliser son projet de parler au citoyen Mugnier pour le pressentir.
Aussi, le 18 floréal, la citoyenne Martin se présente à nouveau devant la
Commission pour rendre compte du succès de sa démarche. Elle indique « qu'il
n'était pas possible de recevoir un accueil plus favorable et que le citoyen
Mugnier non seulement consentait à «donner à l'instruction d'une pharmac
ienne pour l'hospice tout le temps qui serait nécessaire, mais même que dans
le cas où l'oubli qui pourra être la suite d'un long non-usage lui laissant quel
ques doutes sur quelques-unes des opérations pharmaceutiques, il se charger
ait d'aller en renouveler la connaissance auprès de quelques-uns de ses 388 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
anciens collègues ». L'administration, sentant tout le poids de ce à quoi veut
bien s'engager le citoyen Mugnier, arrête que ne pouvant plus à ce moment
lui députer quelqu'un de ses membres pour le prier d'une chose qu'il a si
obligeamment accordée, elle lui fera cette deputation pour l'assurer des sent
iments que sa conduite en cette occasion lui mérite de la part des administra
teurs et de tous ses concitoyens et pour le prier de hâter autant qu'il dépendra
de lui l'instruction d'une préposée afin d'accélérer par là les avantages qui
doivent en résulter pour l'hospice et que la privation momentanée de pharmac
ien rend plus sensibles. Et elle désigne à cet effet le citoyen Lempereur.
Après la période révolutionnaire, la pharmacie de l'hôpital fut gérée soit
par un pharmacien, soit par une sur. Il s'est produit autrefois des diff
icultés entre les apothicaires et les surs des hôpitaux au sujet de cette
gérance, mais il faut reconnaître que les surs attachées aux pharmacies des
hôpitaux pratiquent la pharmacie dans un but uniquement charitable et ont
contribué à conserver intactes les traditions pharmaceutiques des âges pré
cédents. L'esprit de finesse et de sollicitude mystique fut la grande force de la
sur pharmacienne. Mais les pharmaciens eux-mêmes furent toujours, lor
squ'on en employait, à la hauteur de leur tâche la conduite du confrère
Laforest le prouve. En effet, dès les premières atteintes de l'épidémie de
choléra qui ravagea la ville de Gray de juillet à septembre 1854, Laforest,
pharmacien à Gray, quitta sa pharmacie pour s'installer à l'hôpital où il riva
lisa, le jour et la nuit, de courage et de dévouement avec le médecin, l'aumô
nier et les religieuses. Aussi, considérant que pour sa noble abnégation, Lafo
rest avait reçu de la ville de Gray une médaille d'honneur en témoignage de
la reconnaissance publique, la Commission de l'hôpital estima juste de lui
accorder aussi des honoraires pour les services qu'il avait rendus en cette
circonstance à l'hôpital et de le dédommager d'une partie des pertes que son
absence de son officine avait dû lui occasionner : elle lui vota une somme de
600 francs.
Les règlements changent avec le temps. Témoins ces articles de celui du
15 juillet 1862 :
Article 49. La pharmacie est exclusivement au service de l'Hôtel-Dieu. Elle
est placée sous la surveillance spéciale de l'administrateur de service, du chi
rurgien et du médecin.
Article 50. Une sur hospitalière est chargée de la tenue de cette phar
macie ; elle prépare les remèdes prescrits et doit en faire elle-même la distr
ibution aux malades. LA PHARMACIE DE L'HÔPITAL DE ORAY 389
Article 51. Les médicaments dont la préparation est subordonnée à des
manipulations compliquées sont fournis par un pharmacien de la ville désigné
par la Commission. La sur chargée de la pharmacie ne doit préparer que
des remèdes magistraux et non officinaux.
Le premier de ces articles implique qu'auparavant la pharmacie de l'hôpi
tal vendait «u public et aux détenus de la maison d'arrêt, ce qui lui fut alors
interdit. D'autre part, il n'est plus question de la surveillance d'un pharmac
ien. Seule une sur avait la charge de l'officine, même avant 1862, puisqu'en
1855 on lit dans un rapport à la Commission : « Les travaux de la pharmacie
et du laboratoire faits jusqu'à présent par la sur Buffinez seule ont pris
depuis quelque temps une telle extension qu'il y a lieu de craindre l'altération
de la santé de cette dame et que les médecins de l'établissement, consultés
par le président à cet égard, lui ont manifesté l'opinion formelle qu'elle serait
bientôt gravement compromise si une domestique n'était de suite attachée à
M* Buffinez pour exécuter les ouvrages les plus pénibles. Pourquoi la
Commission a décidé qu'il serait immédiatement pris une servante pour aider
au service confié aux soins et aux lumières de Sur Buffinez. »
En 1903, un inspecteur faisait remarquer que la sur de la pharmacie
n'était pas diplômée. On lui répondit : « Comme elle opère sous le contrôle
du médecin et d'un pharmacien membre de la Commission administrative
[M. Ehringer], nulle critique ne peut être formulée, d'autant moins qu'aujour
d'hui tous les alcaloïdes dangereux arrivent à la pharmacie en granules
dosées, ce qui évite les préparations délicates. » Sourions de cette réponse,
et relevons cette décision de la Commission en mars 1915 : < La Commission,
considérant le surcroît de travail imposé depuis le début des hostilités à la
religieuse préposée à la pharmacie de l'Hôtel-Dieu, considérant que ladite consacre tout son temps à la préparation et à la distribution des
remèdes et qu'il lui est matériellement impossible de tenir les écritures pres
crites par le règlement du 9 mai 1899, que d'ailleurs ces écritures sont d'une
utilité très contestée et qu'elles ne facilitent en rien le contrôle des dépenses
de la pharmacie, est d'avis pour ces motifs de suspendre provisoirement la
tenue de la comptabilité dont il s'agit. »
Enfin, en 1916, le Service de santé exige que la pharmacie soit tenue par
un pharmacien diplômé. La Commission décide de demander à la direction
du Service de santé de l'armée de désigner un pharmacien militaire diplômé
qui visiterait chaque jour la pharmacie pour y assurer le contrôle des pres
criptions et la surveillance des préparations ; à défaut, elle s'adressera à un
pharmacien civil ou à un aide-pharmacien muni du diplôme pour assurer le REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE 390
service. Depuis cette époque, la pharmacie de l'hôpital est gérée par un phar
macien diplômé. .
Comment la pharmacie se présente-t-elle actuellement ?
Elle se compose d'une petite salle servant de laboratoire et de préparat
oire et d'une grande pièce de 4,50 m de haut, 5,50 m de large et 5,30 m de
long éclairée par deux grandes fenêtres donnant sur le jardin et dont les
murs sont garnis de boiseries du temps.
Grand panneau (pl. LXVIII)
A gauche, en entrant par la porte du laboratoire, se trouve la partie la
plus curieuse, classée monument historique : les quatre-vingt-dix vieux pots
disposés sur sept rayons. En dépit de recherches minutieuses dans les archi
ves de l'hôpital, il nous a été malheureusement impossible de découvrir l'or
igine exacte de ces pots que l'on attribue à Lyon ou à Nevers et, pour certains,
selon une supposition de Mm# de Buyer l, à la faïencerie voisine d'Igny.
Nous trouvons là des spécimens de toutes les formes de vases d'officine
autrefois usitées : chevrettes, bouteilles, cruches, pots canon, piluliers.
Voici le relevé détaillé de ces pots, rayon par rayon, en partant du bas.
/* rayon:
Six pots canon à pied sont sans inscription. Trois d'entre eux, à décor de
palme bleue et à pied très plat, peuvent être attribués à Nevers et datent
de la fin du xvir* siècle (Cf. pl. LXXI). Inscriptions :
C. ALCHERMES (confection d'Al- nedicta laxativa, électuaire bénédic-
kermès). te laxatif).
E. DIAPHOENI (électuaire Diaphoe- E. DIAPRUN1S (électuaire de pru-
nicum). neaux).
E. BENEDICTA L. (electuarium be- E. AUREA A.
Un pot à bec n° 8 nous semble être un simple pot à tisane, le chiffre indi
quant peut-être le numéro du lit du malade dans une salle.
Dans Tassez gros pot du centre, à deux anses et sans inscription, M3"* de
Buyer voit un vase à chaise percée.
1. Suzanne de Buyer, Les apothicaireries hospitalières de Franche-Comté et leurs faïences,
V. Gray, in Rev. Hist. Pharm., t XLX, 1968-1969, p. 174. LA PHARMACIE DE L'HÔPITAL DE GRAY 391
2e rayon :
Deux pots canon à pied, au décor grêle et sans inscription (série n° 3 de
M* de Buyer) appartiennent au XIXe siècle.
Un pot assez gros à deux boutons porte l'inscription Tabac de Paris.
Cinq pots canon sans pied à double renflement, blanc uni, sans aucun
décor (série n° 1 de Mm* de Buyer, type renaissant français) (cf. pl. LXXI),
portent uniquement les inscriptions :
E. MITRIDA (électuaire de Mithri- C. ROSARUM (conserve de roses),
date). e. DIAPRVNIS SOL (électuaire de
V. SANTALUM (onguent de santal). pruneaux).
V. APOSTOLORUM (onguent des
apôtres).
Un pot cylindrique décoré d'une guirlande de fleurs formant cartouche,
en faïence de Paris (xix* siècle), a pour inscription :
P1L. ALOETE (pilules d'aloës).
Quatre chevrettes à décor grêle en camaïeu bleu (série n° 3 de M** de
Buyer) portent les inscriptions :
SP. CAPILLORUM (sirop de capil- S. JUINBINUS (sirop de jujube),
laire). S. D. ARTHEMISIA (sirop d'armoi-
S. CICHORY S (sirop de chicorée se),
simple).
3* rayon:
Douze chevrettes sont décorées de feuillages (série n° 2 de M** de Buyer).
Inscriptions :
O. RUTAE (huile de rue). O. DE CAPARIBUS (huile de câ-
S. DE HYSOPO (sirop d'hysope). près).
O. SAMBUCI (huile de sureau). S. DE CH1COR. COMP. (sirop de chi-
SP. DE ALTHEA (sirop de guimau- corée composé),
ve). M. ROSATUM (miel rosat).
O. LUMBRICORUM (huile de vers S. TUSSILAGEN1S (sirop de fleurs
de terre).., de tussilage).
S. CAPILLAR (sirop de capillaire). S. VIOLACEA VIOLAE (sirop de vio
lettes). 392 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
Un pot droit à couvercle, en faïence de Paris (xix? siècle), était destiné à
un produit contre la gale :
UNG. CITRINUM (onguent citrin).
Une dernière chevrette est sans inscription.
4e rayon:
Douze chevrettes, dont cinq blanches sans aucun décor (série n" 1 de
M"' de Buyer, type renaissant français ; cf. pl. LXXI) :
S. ABSINT1A (sirop d'absinthe). S. PAPAVERIS ALB. (sirop de pavot
blanc). O. CHAMOMILE (huile de camom
O. PERSICORUM (huile de noyaux ille).
de pêches). M. NENUPHAR1S (miel de fleurs de
S. DE POM1S R. S. (sirop de pom nénuphar).
mes du roi Sabir). S. ABSINTY (sirop d'absinthe).
O. BALSOEMI (huile de baume). O. MASTICHINUM (huile de mast
O. CYDONARIUM (huile de coings). ic).
S. FUMARIA C. (sirop de fumeterre O. MASTIC (huile de mastic).
composé).
5* rayon:
Douze chevrettes et une bouteille (série n° 2 de M* de Buyer) :
O. ROSARUM (huile rosat). O. LILIARUM (huile de fleurs de
lys). O. NYMPHAE (huile de nénuphar).
S. CHICOREO P. PERH. O. HYPERICI (huile de millepert
O. MYRTHINUM (huile de myrte). uis).
S. CERASORUM (sirop de cerises). M. DELPUMATUM (miel écume).
S. DE RAMNO (sirop de nerprun). S. LIMONUM (sirop de limons).
S. DE CYDONARIUM (sirop de S. ABSINTHY (sirop d'absinthe).
coings).
d" rayon:
Dix chevrettes, sur lesquelles on lit:
M. ROSATUM (miel rosat). . S. PAPAVERIS (sirop de pavot).
S. CHICURY C. (sirop de chicorée S. ACETOSUS C. (sirop de vinaigre
composé). composé de Mésué). =
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ANCIENNE PHARMACIE DE L'HÔPITAL DE GRAY
Le grand panneau et ses quatre-vingt-dix vases de faïence
Cf. p. 390
Pl. LXVIII A
Planche offerte par les
Laboratoires Choay
46, avenue Théophile-Gautier
75 - Paris-166