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La Poudre du chevalier de Godernaux - article ; n°213 ; vol.60, pg 81-91

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Revue d'histoire de la pharmacie - Année 1972 - Volume 60 - Numéro 213 - Pages 81-91
Godernaux' s powder.
Godernaux's powder, a secret remedy of the 18th century, was the talk of the town at the time, on account of controversies between the inventor (Godernaux), apothecaries, chemists and public authorities. The powder in question, an antivenereal remedy basically composed of mercury and antimony, had a very precise dosage according to age and the ailments to be assuaged, and was originally contrived in the main for the military.
Put on sale in France and abroad at a number of agents, having been the subject of several pamphlets, dissertations and notices to the public, upheld by certain physicians, condemned by others, Godernaux's Powder was harshly strictured by the learned of the day, but it seems rather difficult to take a stand as to its intrinsic value, considering certain evidence brought forth in its favour.
Das Pulver von Godernaux.
Das Pulver von Ritter von Godernaux war ein geheimes Heilmittel des 18. Jahrhunderts, das wegen der Auseinandersetzungen zwischen dem Erfinder (Godernaux), den Apothekern, den Chemikern und der öffentlichen Hand die ganze damalige Gesellschaft beschäftigte. Es handelt sich um eines die Lustseuche heilendes und aus Quecksilber und Antimon zusammengesetztes Mittel ; von dieser Arznei verwendete man eine ganz bestimmte Dosis je nach dem Alter und dem Übel, das man lindera wollte. Anfangs war dieses Mittel besonders für den Wehrstand gedacht.
Indem es in Frankreich und auch im Ausland bei vielen Vertretern verkauft wurde, war es auch der Gegenstand mancher Hefte, Aufsätze und « Anschlagzettel ». Das von einigen Ärzten verteidigte, von anderen bekämpfte Pulver von Godernaux wurde von den damaligen Gelehrten sehr streng beurteilt ; in Hinsicht aber auf bestimmte Gutachten die es verteidigten, scheint es schwer, über den echten Wert dieses Heilmittels Stellung zu nehmen.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1972
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Langue Français
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Henri Bonnemain
La Poudre du chevalier de Godernaux
In: Revue d'histoire de la pharmacie, 60e année, N. 213, 1972. pp. 81-91.
Abstract
Godernaux' s powder.
Godernaux's powder, a secret remedy of the 18th century, was the talk of the town at the time, on account of controversies
between the inventor (Godernaux), apothecaries, chemists and public authorities. The powder in question, an antivenereal
remedy basically composed of mercury and antimony, had a very precise dosage according to age and the ailments to be
assuaged, and was originally contrived in the main for the military.
Put on sale in France and abroad at a number of agents, having been the subject of several pamphlets, dissertations and
"notices to the public", upheld by certain physicians, condemned by others, Godernaux's Powder was harshly strictured by the
learned of the day, but it seems rather difficult to take a stand as to its intrinsic value, considering certain evidence brought forth
in its favour.
Zusammenfassung
Das Pulver von Godernaux.
Das Pulver von Ritter von Godernaux war ein geheimes Heilmittel des 18. Jahrhunderts, das wegen der Auseinandersetzungen
zwischen dem Erfinder (Godernaux), den Apothekern, den Chemikern und der öffentlichen Hand die ganze damalige
Gesellschaft beschäftigte. Es handelt sich um eines die Lustseuche heilendes und aus Quecksilber und Antimon
zusammengesetztes Mittel ; von dieser Arznei verwendete man eine ganz bestimmte Dosis je nach dem Alter und dem Übel, das
man lindera wollte. Anfangs war dieses Mittel besonders für den Wehrstand gedacht.
Indem es in Frankreich und auch im Ausland bei vielen Vertretern verkauft wurde, war es auch der Gegenstand mancher Hefte,
Aufsätze und « Anschlagzettel ». Das von einigen Ärzten verteidigte, von anderen bekämpfte Pulver von Godernaux wurde von
den damaligen Gelehrten sehr streng beurteilt ; in Hinsicht aber auf bestimmte Gutachten die es verteidigten, scheint es schwer,
über den echten Wert dieses Heilmittels Stellung zu nehmen.
Citer ce document / Cite this document :
Bonnemain Henri. La Poudre du chevalier de Godernaux. In: Revue d'histoire de la pharmacie, 60e année, N. 213, 1972. pp.
81-91.
doi : 10.3406/pharm.1972.8302
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1972_num_60_213_8302o-x-
La Poudre du Chevalier de Godernaux
lieu le du J^ARMI règne chevalier à des de controverses les Louis de (remèdes Godernaux XVI, à secrets sévères la fin occupe du qui entre XVIIIe ont une l'inventeur, défrayé sièole place et importante, la du les chronique début apothicaires du car en XIXe, elle France et la a les poudre donné sous chi
mistes, et les pouvoirs publics. .
Elle a déjà été l'objet de quelques notes et communications. Nous en
ferons la synthèse en les complétant par des documents inédits.
I. Le chevalier de Godernaux
Ancien capitaine de dragons et chevalier de Saint-Louis, le chevalier de
Godernaux, que l'on écrit parfois Goderneaw ou Goderneaw*, se présente lui-
même dans un document de 1784 jusqu'ici inexploité qui figure dans la col
lection de M. Bouvet, conservée à Paris au Conseil National de l'Ordre des
Pharmaciens. Il fait partie d'un recueil d'imprimés dont plusieurs sont
destinés à prouver l'efficacité du remède et d'autres à combattre les auteurs
de contrefaçons vendues à des prix exorbitants.
Voici en quels termes le chevalier de Godernaux se présente dans un
de ces mémoires :
« Je suis originaire du pays de Liège ; ma famille y tient un rang dis
tingué parmi celles de la Noblesse de cette Principauté. Depuis sept géné
rations, nous sommes attachés de père en fils au service de la France : elle
nous est devenue une seconde patrie. Marchant sur les traces de mes ancêt
res, si mon ayeul fut décoré d'une des premières Croix de Saint-Louis que
donna Louis XIV, recommandé par mes actions, j'obtins celle que j'ai Then-
neur de porter à l'âge de vingMrois ans. J'ai fait toutes les campagnes de la
guerre dernière avec quelque distinction, je le dirai, et j'ose croire que M. le
Maréchal de Broglie, sous les ordres duquel j'ai servi, le diroit aussi.
« Ce goût pour les drapeaux François n'est pas le seul qui m'ait été
transmis par mes ayeux. Pendant les intervalles de repos que leur laissoit
REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE, XXI, N° 213, JUIN 1972. 82 REVUE D'HISTOmE DE LA PHARMACIE
la paix, ils s'occupoient à l'étude de la Chymie, dans laquelle ils ont fait
des découvertes heureuses. J'en ai hérité, ainsi que de leur inclination pour
la culture d'une Science qui, sans contredit, est la première des Sciences
Naturelles. »
Des recherches au Minutier central des Archives Nationales m'ont permis
de retrouver récemment que le 23 mars 1782, devant M° Coupery, notaire à
Paris, Godernaux passa un acte de location avec Paris de La Brosse pour
une maison sise rue de Paradis, au loyer de 2.200 livres par an. A cette
époque, la poudre se vendait depuis quelques années : il semble qu'elle ait
déjà rapporté à son auteur de quoi vivre largement, à en juger par l'impor
tance du loyer.
Cette poudre antivénérienne, dite parfois * unique », parfois « suprême »,
était fabriquée, selon son auteur, dans un but patriotique, pour soulager les
militaires spécialement. Le public aussi, bien entendu. Mais le but militaire
était primordial, puisque l'inventeur refusa toujours de livrer son secret
à l'étranger, en particulier aux Anglais.
II. Formule et mode de préparation de la poudre
Dans sa thèse sur les poudres médicamenteuses, M* Dubreuil indique
que la formule en a probablement varié avec le temps. D'après le chimiste
Braconnot, il s'agissait de protochlorure de mercure obtenu par précipitat
ion. Suivant Alyon, c'était de l'antimoine oxydé grisâtre. Selon Chevreuse
et Planche, elle était composée de calomel et de mercure métallique. Pour
Littré, ce serait du calomel mélangé avec 1/608 de protoxyde de mercure.
Ces indications se retrouvent d'ailleurs dans l'Officine de Dorvault de 1844,
où figure la poudre de Godernaux, de même que dans le Dorvault actuel.
Le Dictionnaire encyclopédique de Deohambre, en 1883, signale, lui
aussi, que la composition de la poudre n'a pas toujours donné les mêmes
résultats à l'analyse, mais qu'on y trouve mercure métallique, calomel et
antimoine. Il mentionne son utilisation passée contre les dartres, l'épilepsie,
la syphilis, etc.
Quant à la préparation, elle est longuement expliquée par Godernaux lui-
même dans le document signalé plus haut :
« Entre les autres préparations que je tiens d'eux [mes aïeux], il en est
une singulière, & dont les propriétés sont aussi nombreuses qu'étonnantes.
La base en est le mercure. Je commence par le purifier à la manière ordi
naire : je le soumets ensuite à un agent qui le purifie une seconde fois, & qui
en extrait une matière vénéneuse en telle quantité, & tellement active, que si
ce qui en sort, du poids de 25 livres, étoit étendu dans une quantité d'eau NOUVEL AVIS
INTÉRESSANT A LA SOCIÉTÉ,
LES CITOYENS DE TOUS LES ORDRES 9
SUR
TROIS MILLE GUÉRISONS opérées en derniet
lieu à Paris avec la Poudre médicamenteufe du
Chevalier de Godernaux.
Dont la découverte & les premiers fuccès remontent à près de
foixante ans avant fes épreuves & fon adoption folemnelles en
Angleterre Ôc en France, par ordre exprès des Souverains.
Remède juftement célèbre , fous les aufpices de cette adoption , & par les phéno
mènes falutaires que l'on configne ici fous les yeux de Sa M aje-sté.
Par M, JNDRIÈ U, Docteur en Médecine & en Chirurgie de VUnmrJîtê
dt Montpellier*
Quod vidimus teftamur.
A ORLÉANS,
De l'Imprimerie de L. P. Couret de Villeneuve /Imprimeur -du ,RoL
M. DCC. LX X XI V.
JYEC ASf.ZQSATIQH* ET PERMISSION
PAGE DE TITRE
DU « NOUVEL AVIS A LA SOCIÉTÉ ».
PAR ANDRIEU,
EN FAVEUR DE LA POUDRE DE GODERNAUX
(1784)
Cf. p. 81
Paris, Ordre Nat. Pharm., Coll. Bouvet PL XV LA POUDRE DU CHEVALffiR DE GODERNAUX 83
suffisante pour en faire boire à six cents chevaux, sa violence les feroit tous
périr. Après cette épreuve, le mercure que je revivifie, dépouillé de toutes
ses parties vitriolitiques, arsenicales, aussi limpide & plus coulant que l'eau,
devient phosphorique, & il le devient au point qu'agité dans un endroit obs
cur, il répand assez de clarté pour qu'on puisse lire sans peine les caractères
les plus menus. Alors il ne se confond plus avec le mercure vulgaire. En vain
on tenteroit de les mêler : le mien le repousse, se tient réuni à lui-même ;
& si quelque goutte se détache, elle s'isole & brille au milieu de l'autre,
comme un diamant dans le chaton d'une bague. En cet état, qu'on le broyé,
qu'on le presse dans une peau de gand, qu'on le fasse passer par la peau de
chamois, il ne les ternit seulement pas, tandis que le mercure commun, avec
quelque soin & par quelques mains habiles qu'il soit préparé, tache, noircit
cette même peau par laquelle on le passe, la vingtième, la centième, la mil
lième fois, etc., comme la première. Mon mercure bien pur, & je ne puis me
tromper à sa parfaite dépuration, je l'éteins, & l'amalgamme avec une subs
tance qui le maintient dans son extinction, & fait une partie essentielle de
l'arcane. Il se trouve, en ce moment, sous la forme d'une poudre presque
impalpable, d'un gris un peu rosé, que je divise, à la dose qu'elle doit être
administrée. »
III. Indications thérapeutiques et mode d'emploi
Divers documents publicitaires mentionnent les indications thérapeuti
ques de la poudre et son mode d'utilisation. L'un d'eux, conservé à la
Bibliothèque de l'Arsenal, inédit et intitulé Usage de la Poudre antivénérienne
de M. le Chevalier de Godemeaux, est particulièrement digne d'intérêt, car il
cite des « lettres ministérielles écrites à M. le Chevalier de Goderneaux » fai
sant connaître les « intentions positives de Sa Majesté à ce sujet ».
Ces lettres, signées Ségur (maréchal de France et ministre de la guerre),
sont datées de Versailles, en février 1781, novembre 1781 et février 1782. Elles
soulignent la bienveillance et l'attention du Roi pour le remède en termes
particulièrement élogieux.
Ces attestations royales sont suivies d'indications sur la manière de pren
dre ia poudre antivénérienne :
sans préparations antérieures (saignées, purgations, bains, etc.) ;
en mettant sur le papier même qui renferme la poudre (pour ne pas
en perdre), gros comme une noisette de pomme cuite, froide, ou avec autant
de miel ou de gelée de pommes. On amalgamme le tout, on forme un bol
avec le pointe du couteau, on avale ce bol et on boit immédiatement un
verre d'eau froide en hiver comme en été. Une heure après, le malade pren- REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE 84
dra une tasse de thé ou d'eau pannée légère. Après un intervalle d'une heure,
il en boira une seconde ou, ce qui serait préférable, un petit bouillon à
moitié fait.
Suivent des prescriptions sur le régime à observer pendant le trait
ement:
régime modéré avec vin coupé d'eau ;
pas de crudités ;
pas de viandes salées ou épicées ;
pas de graisses, de laitages, ni d'acides.
S'y ajoutent des recommandations telles que l'interruption du traitement
par les femmes pendant leur périodes menstruelles. La présence, éventuelle
ment, de petits globules de mercure dans la poudre ne doit pas inquiéter.
On peut se promener pendant le traitement, à condition... de ne pas se mouill
er les pieds et que la température soit clémente.
La notice touche aussi les indications thérapeutiques : fièvres tierces ou
quartes, dartres, obstructions, écrouelles, maladies vénériennes, épilepsie.
Toutes ces maladies nécessitent des prises de poudre tous les quatre ou
cinq jours, puis, à la régression de la maladie, de huit en huit jours, puis de
quinze en quinze, et enfin de mois en mois.
Il arrive toutefois qu'au lieu de bien-être, le malade éprouve un mal-être,
mais celui-ci ne doit pas inquiéter : « C'est une preuve que le remède travaille
sur les humeurs difficiles à fondre, mais dès qu'une fois elles sont divisées,
elles s'évacueront par les selles et la guérison suivra de près l'évacuation ».
Il arrive même que ce mal-être s'accompagne de fièvre. « Ce désordre acci
dentel n'est occasionné que par un reste d'humeurs visqueuses qui ne peu
vent prendre leurs cours et qui ont besoin de la double action de la fièvre
et du remède : ainsi cette révolution est nécessaire à la guérison radicale. »
Parfois, on constate aussi des vomissements ; c'est de la part « des personnes
qui ont la poitrine grasse ou l'estomac tapissé de glaires ou de bile ». Mais,
dans ce cas, « le soulagement suit de bien près le vomissement ».
Autre constatation chez certains malades : le remède cause des « coliques
ou pincements d'entrailles » ; mais cela cesse « dès que l'on a été à la garde-
robe ». Ces coliques sont occasionnées par l'atténuation et le détachement des
humeurs épaissies et acres.
Cas particulier d'une complication du virus vénérien par 'le virus scor
butique : il arrive alors « quelquefois, mais rarement, que le remède porte
les humeurs vers la bouche ; que les gencives se gorgent et que les malades
ont un crachement abondant. Alors la bouche et les genoives peuvent devenir
douloureuses ». Pour y pallier, on humectera souvent la bouche avec de l'eau
tiède, dans laquelle on aura dissous un peu de miel blanc. LA POUDRE DU CHEVALR DE GODERNAUX 85
La poudre est le véritable remède des véroles chroniques : pendant son
usage, « les humeurs se portent du centre du corps à sa circonférence », la
cause du mal s'annonçant par « des boutons, des pustules sur la peau », indice
certain de la guérison qui suivra. On appliquera alors sur les pustules et
bubons douloureux des cataplasmes faits avec de l'eau, de la mie de pain et
quelques emollients.
Dans les maladies très aiguës, « une ou deux prises du remède évacuent
les héterrogènes nuisibles avec une telle promptitude qu'on a vu souvent des
hommes qui paraissaient mourants être rendus à la vie dans l'intervalle de
quelques heures, et souvent même par une seule prise. Ces faits sont connus
et ils sont incontestables ».
La brochure se termine par la posologie. La prise entière de la poudre
« est la dose qui convient à toutes les personnes au-dessus de l'âge de douze
ou treize ans. La dose de six ans juqu'à onze ou douze est la moitié de la
prise ordinaire ; et celle des enfants depuis trois jusqu'à six ans est le quart ».
IV. Vente
C'est vraisemblablement cette brochure qui servit de base au remarquab
le prospectus intitulé Avis au public avec pour sous-titre : Propriétés et
usage de la poudre anti-vénérienne de M. le Chevalier de Godernaux, spéci
fique approuvé par les plus habiles médecins et chirurgiens, éprouvé solen
nellement en France et en Angleterre, et adopté par le Roi pour le traitement
de ses troupes, en campagne et en garnison.
Cet Avis reproduit toutes les indications précédentes, mais y ajoute des
renseignements commerciaux :
« On trouvera ces poudres à 48 sous la prise, à Paris, chez M. le Cheval
ier de Godernaux, et à Lyon chez le sieur Macors, Maître en Pharmacie, rue
Saint-Jean, qui seul a l'attache de M. de Godernaux pour la vente exclusive
de ce remède dans les provinces du Lyonnais, Forez, Beaujolais et Dauphiné.
« On avertit le public que plusieurs particuliers ont contrefait ces pou
dres, et que ceux qui sont dans le cas de s'en servir courent les plus grands
risques si, par l'appas de les avoir à meilleur marché, ils s'adressaient à
d'autres qu'à ceux qui ont la concession de M. de Godernaux pour la distr
ibution de ses poudres, dont tous les petits paquets sont marqués du timbre
adopté par le Gouvernement x, et pareil à celui qui est inséré dans le certificat
1. c Chaque prise de poudre est timbrée d'un timbre adopté par le Roi, et déposé au
bureau de la Guerre, représentant trois fleurs de lys dans deux L affrontées en feuilles d'acant
he, qui forment un chiffre » (extrait de Y Abrégé des pièces justificatives publié en 1790, chez
l'auteur, rue de Paradis, n° 5, au Marais). 86 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
de M. de Godernaux pour l'établissement de ce bureau. Le sieur Macors pro
duira à tous ceux qui le demanderont l'original de cette concession de la
propre main de M. de Godernaux. »
La poudre se vendait aussi à Nantes, ainsi que M. Perrais en a eu confi
rmation en retrouvant dans le bulletin du 28 juillet 1793 des Affiches de Nant
es et du département de la Loire-Inférieure l'annonce suivante :
« Le citoyen Lemasle, tapissier, place du Pilori, continue de débiter les
poudres de Goderneau. Ce remède est un puissant fondant et dépuratif; il
est antivénérien et a la propriété inappréciable de guérir les troupes en marc
he, sans le recours d'aucuns caustiques, il guérit les dartres, galles, pustules,
les maladies de la peau, fleurs blanches, lait répandu, les maux d'yeux des
enfants et autres suites de la petite vérole et de la rougeole, les fièvres inter
mittentes et autres : on donnera la manière de s'en servir ».
A Orléans également, on peut se procurer la poudre suprême chez le sieur
Ballay, comme je l'ai exposé dans ma thèse sur les apothicaires de l'Or
léanais en 1936.
A Toulouse, au début du xix* siècle, très exactement le 17 février 1808,
le préfet de la Haute-Garonne recevait une demande d'un certain Amouroux
pour être autorisé à exploiter la poudre. Satisfaction lui est donnée par le
préfet qui en informe le maire : « Vous enjoindrez cependant audit Sieur
Amouroux d'en déposer un decagramme entre les mains du directeur de
l'Ecole de Médecine, pour y avoir recours le cas échéant. »
En revanche, un an plus tard, le préfet des Alpes-Maritimes refuse à
Bérard, de Nice, de vendre la « poudre du chevalier de Godernaux ». Il se
fonde pour cela sur l'avis suivant du jury médical du département, retrouvé
par le professeur Gerber aux archives départementales : « Ladite préparation
n'ayant pas été approuvée par le Ministre de l'Intérieur, elle ne peut être
vendue, la loi de germinal an XI étant formelle à ce sujet, et prohibant au
pharmacien la vente du remède secret. La Poudre de Godernaux est un
remède secret, puisque les détenteurs n'en communiquent point encore la
préparation (peu coûteuse), mais seulement les succès (partie lucrative) ».
Pourquoi cette différence entre Toulouse et Nice ? Serait-ce parce qu'à
Toulouse le sieur Amouroux, vendeur, était le frère du secrétaire de l'arch
evêque ? On l'a prétendu.
Autres lieux de vente : à Paris, chez le Dr Andrieux, rue des Fossés-Saint-
Germain, Hôtel de la Fautrière ; à Besançon, chez M. Faton, subdélégué de
l'Intendance ; à Avignon, chez MM. Bernard et Nanche, au Jardin de la Com-
manderie ; à Bouillon, chez M. le Chevalier Davence ; à Metz, chez MM. Bou
langer et Paltro ; à Lille, chez M. Savarin, docteur-médecin ; à Bordeaux, chez
M. Jarry, à l'Intendance. POUDRE DU CHEVALIER DE GODERNAUX 87 LA
V. Controverses
Mais revenons quelques années en arrière et examinons, pour terminer,
les difficultés et controverses auxquelles la fameuse poudre a donné lieu.
L'Avis au public mentionne une publication d'Andrieu, de la Faculté de
Montpellier, favorable à la poudre. Cet ouvrage, qui se trouve à la Collection
Bouvet, s'intitule pompeusement Nouvel Avis à la société, intéressant les
citoyens de tous les ordres, sur trois mille guérisons opérées en dernier lieu
à Paris avec la poudre médicamenteuse du Chevalier de Godernaux, dont la
découverte et les premiers succès remontent à près de soixante ans avant ses
épreuves et son adoption solennelles en Angleterre et en France, par ordre
exprès des souverains. Remède justement célèbre, sous les auspices de cette
adoption, et par les phénomènes salutaires que l'on consigne ici sous les yeux
de Sa Majesté. Il sortit des presses de Couret de Villeneuve, à Orléans, en
1784 (cf. pi. XV).
L'auteur, Andrieu, docteur en médecine et en chirurgie de l'Université de
Montpellier, n'avait pas toujours été partisan du remède de Godernaux,
comme en témoigne le Journal encyclopédique de Pierre Rousseau.
Sans entrer dans une analyse détaillée de son ouvrage, j'en relèverai
quelques passages marquants.
Le préambule cite des essais de la poudre faits « sur ordre du Roi » :
expérience ambulatoire de Lille à Toulon en 1780 sur trente-six soldats
« énervés, blasés au dernier degré par des maladies vénériennes graves et
anciennes », et qui, traités par la poudre, « furent parfaitement guéris sans
aucun autre secours » ;
seconde expérience en 1781 sur quarante-six soldats vénériens dans la
citadelle de Metz, avec succès constatés par les officiers de santé ;
autres expériences dans les hôpitaux de Besançon et de Saint-Denis,
où ce fut le général Beysser, chirurgien de 1766 à 1789, qui expérimenta,
ainsi que M. Perrais l'a établi.
Le préambule mentionne également de nombreuses attestations de médec
ins et de membres de l'Académie royale de chirurgie.
Puis, entrant dans le vif du sujet, l'auteur détaille tous les bienfaits que
l'on peut retirer du remède. Ils dépassent largement le cadre des maladies
vénériennes, puisqu'ils concernent aussi bien rougeole, éruptions de gale,
fleurs blanches, humeurs froides.
Suivent les Titres présentés au Parlement de Paris pour constater authen-
tiquement la bégnité et l'efficacité salutaires de la Poudre du Chevalier de
Godernaux, servant de résumé du Nouvel Avis à la société, et de solution
victorieuse aux analyses et observations insérées en dernier lieu dans le Mer
cure de France, et autres journaux éphémères ou périodiques. Ceci à la suite
d'une lettre de cachet dont Godernaux avait été la victime. 88 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
A la suite du Nouvel Avis à la société se trouve une lettre d'Andrieu, le
28 août 1784, à la Gazette de Santé, en réponse à un article de l'apothicaire
Croharé contre la Poudre de Godernaux.
Croharé, maître apothicaire à Paris, apothicaire de Mgr le Comte d'Artois,
avait été chargé de l'analyse de la poudre et avait conclu qu'il s'agissait
d'une poudre banale, précipité blanc mal préparé et mal lavé, mais vendue
très cher. Dans une lettre du 25 mai 1783 conservée à la Bibliothèque
Nationale, il exprime à Maoquer tout le plaisir qu'il a de voir l'examen de la
poudre confié à ce chimiste, ainsi qu'à ses collègues de l'Académie des scien
ces Bertholet et Cadet, et il précise dans quel esprit il s'est lui-même intéressé
à la question :
« A mon retour de Choisy, où je suis obligé de faire de fréquents voyages
pour le service de Mademoiselle, fille de Mgr. le comte d'Artois, j'ai eu le plai
sir d'apprendre que l'Académie vous avait chargé avec MM. Bertholet et
Cadet, de lui faire le rapport de l'examen de la poudre de M. de Godernaux,
que M. le Marquis de Condorcet a eu la bonté de lui présenter de ma part.
« En soumettant cet examen au jugement de l'Académie et au vôtre, je
n'ai d'autre prétention que d'éclairer le public sur un abus qui intéresse
tout à la fois sa santé et sa bourse. J'ose espérer, Monsieur, qu'en faveur du
motif vous voudrez bien m'aider de vos lumières et de votre jugement, afin
de le servir d'une manière plus efficace. J'aurais eu l'honneur de venir vous
faire la prière de vive voix, mais j'ai appris que vous étiez à la campagne.
« Permettez-moi encore de vous prévenir que j'ai eu l'honneur de remett
re à M. le Marquis de Condorcet un sel neutre cristallisé formé de trois
substances, savoir de poids égal d'un acide et d'une terre métallique saturés
ensuite avec l'alkali minéral pur, sans que la terre s'en sépare. Je m'occupe
de l'examen de ce sel dont je dois la production à des recherches comparat
ives avec les substances qui composent le borax. »
Les conclusions des académiciens rejoignirent celles de Croharé.
Dans sa lettre du 28 août 1784, Andrieu invoque la guérison de plus de
vingt mille personnes en France et à l'étranger, dont plus de cinq mille en
dernier lieu à Paris, et s'en prend vivement à Croharé, dont il dénonce « les
mensonges, erreurs, chimères, absurdités révoltantes », Croharé ayant qualif
ié Godernaux de « guérisseur comme il y en a tant ».
La mise en garde de Croharé, j'en avais eu connaissance lors de mon
travail de thèse sur les apothicaires de l'Orléanais. J'avais, en effet, relevé
dans le Journal de l'Orléanais, en 1784, un document sur la distribution de
la poudre de Godernaux, rédigé et signé par un Père Edouard, capucin de la
rue Saint-Honoré à Paris, qui s'insurgeait contre la vente de la poudre en des
termes dont ces quelques lignes donneront une idée :