La Revue numismatique a 150 ans - article ; n°28 ; vol.6, pg 7-50

-

Documents
45 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Revue numismatique - Année 1986 - Volume 6 - Numéro 28 - Pages 7-50
DK ti. NUMISMATIQUE FRANÇOISE, DIRIGÉE Par€. €attmtt f. beia DE LA SOCIÉTÉ HOTALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE, et de plusieurs autres Sociétés archéologiques françoises et étrangères. Oitauditt mibi numiinia eenfui , .... Cvjut ut imago hits , 44 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1986
Nombre de visites sur la page 54
Langue Français
Signaler un problème

Jean Lafaurie
La Revue numismatique a 150 ans
In: Revue numismatique, 6e série - Tome 28, année 1986 pp. 7-50.
Résumé
DK ti. NUMISMATIQUE FRANÇOISE, DIRIGÉE Par€. €attmtt f. beia DE LA SOCIÉTÉ HOTALE DES ANTIQUAIRES DE
FRANCE, et de plusieurs autres Sociétés archéologiques françoises et étrangères. Oitauditt mibi numiinia eenfui , .... Cvjut ut
imago hits , <t tapcncriptio ? lit та. , un , i9 — io, ANNÉE 1836. BLOIS, Л LA DIRECTION DE LA. REVUE, QUAI DC
DÉPARTEMBHT, № 11. PARIS , TECHBNER , PLACE DU LOUVRE , H° 12.
Citer ce document / Cite this document :
Lafaurie Jean. La Revue numismatique a 150 ans. In: Revue numismatique, 6e série - Tome 28, année 1986 pp. 7-50.
doi : 10.3406/numi.1986.1883
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/numi_0484-8942_1986_num_6_28_1883DK ti.
NUMISMATIQUE FRANÇOISE,
DIRIGÉE
Par€. €attmtt f. beia
DE LA SOCIÉTÉ HOTALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE,
et de plusieurs autres Sociétés archéologiques
françoises et étrangères.
Oitauditt mibi numiinia eenfui , .... Cvjut
ut imago hits , <t tapcncriptio ?
lit та. , un , i9 — io,
ANNÉE 1836.
BLOIS,
Л LA DIRECTION DE LA. REVUE,
QUAI DC DÉPARTEMBHT, № 11.
H° 12. PARIS , TECHBNER , PLACE DU LOUVRE , Jean LAFAURIE
LA REVUE NUMISMATIQUE A 150 ANS
(PL I-II)
Sources
II ne subsiste que de très rares documents d'archives concernant la vie
scientifique et administrative de la Revue numismatique. Quelques lettres
éparses dans divers recueils de correspondances tels celui des lettres reçues
par F. de Saulcy et conservées par la Bibliothèque de l'Institut de France qui
m'ont été signalées par Mme F. Dumas ou d'autres retrouvées dans les papiers
d'Adrien Blanchet par sa petite fille Mme G. Goux qui me les a obligeamment
communiquées. Mais ces fragments de chroniques sont trop éphémères pour
ce survol de la vie, pendant un siècle et demi, d'une revue scientifique d'une
importance majeure. En 1956 j'ai personnellement demandé à Robert Feuar-
dent, au moment où, exproprié de la rue Louvois, il déménageait vers
d'autres destinations le matériel si important qui y était entreposé, livres,
papiers, objets divers, s'il était possible de récupérer tout ce qui avait trait à
la Revue numismatique. Il me répondit que toutes les archives commerciales et
autres avaient été vendues pour être pilonnées. En définitive la source
principale de l'exposé sommaire présenté ici est la Revue numismatique elle-
même et les si précieuses tables établies par É. Cartier, A. Dieudonné et
J. Yvon, de 1836 à 1956. Les avis et appels aux lecteurs, les notices
nécrologiques qui jalonnent les étapes de son administration et de sa vie
scientifique ont fourni les principaux éléments. Quelques autres notices ont
dû être cherchées dans les publications de l'Institut, dans le Rulletin de la
Société Nationale des Antiquaires de France. Ces documents sont de valeurs
diverses, certaines lacunes ont dû être comblées par des recherches plus
poussées. La Revue a omis de mentionner le décès de L. de La Saussaye. Une
notice biographique m'a été signalée par A. Pendriez, bibliothécaire de Blois,
parue dans le Flambeau du Centre, VI, n"s 31, 32, 1938, p. 418-421, 438-463.
De même c'est le R.P. L. Soltner de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes qui
m'a signalé un portrait de É. Cartier gravé par son fils en 1830. L'histoire de
la Revue numismatique pourrait faire l'objet d'une thèse. Ce n'est qu'un
aperçu qui en est donné ici à travers les hommes qui, pendant 150 ans lui ont
été dévoués.
De multiples renseignements ont aussi été fournis par le Répertoire des
sources imprimées de la numismatique française d'Arthur Engel et Raymond
Serrure, si peu utilisé.
Revue numismatique, 1986, 6e série, XXVIII, p. 7-50. LA REVUE NUMISMATIQUE A 150 ANS 9
*
* *
Ostendite mihi numisma census ...
Cuius est imago haec, et superscriplio
Math. 22, 19, 20.
Une courte notice imprimée en pages 183, 184 de la Revue
numismatique 4e série, tome 39, 1936 donne une sorte de tableau
d'honneur des collaborateurs de la Revue numismatique depuis un
siècle. En cette année 1986 la Revue atteint une sorte de pérennité.
En retracer l'histoire serait peut-être une œuvre utile pour la
connaissance d'un genre de recherches très spécialisées, ainsi que pour
rencontrer une lignée de grands érudits, de savants qui, avec une
abnégation rare, ont su maintenir pendant un siècle et demi une
publication qui depuis son origine est restée d'un haut niveau
scientifique. Ce ne fut pas une mince tâche non plus que de trouver les
hommes assurant la permanence de ce dévouement. Que ce soient les
Directeurs, les secrétaires de la rédaction, les membres du comité de
publication, les éditeurs et les imprimeurs chacun a assuré dans sa
sphère le soin de faire de la Revue numismatique le conservatoire des
bons travaux étudiant les monnaies et les médailles et l'organe de
diffusion de leurs découvertes, parfois abstruses, toujours constructi-
ves. Pas à pas, volume après volume, la Revue numismatique a
largement contribué, pendant un siècle et demi, à la transformation
de ces monnaies, longtemps restées objets de collections, en do
cuments historiques, de leurs collectionneurs en savants de grande
qualité.
Avant 1836 les numismates ne trouvaient pour la diffusion de leurs
recherches et de leurs trouvailles que les grandes revues savantes plus
particulièrement les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres et quelques rares revues provinciales, organes de sociétés
polymathiques, mais l'absence de recensement était une barrière à
leur diffusion vers les spécialistes qu'elles auraient dû toucher en
priorité. Cet isolement des chercheurs a été grandement amoindri par
la création de la Revue numismatique qui est devenue très vite un des
organes essentiels de la connaissance de la monnaie. Il peut être dit,
sans forfanterie, que, en 1836, la naissance de la Revue numismatique
et celle de sa sœur anglaise, The Numismatic Journal, devenu en 1838
The Numismatic Chronicle, ont été les éléments essentiels qui ont
converti la numismatique, science essentiellement descriptive, auxil
iaire de l'histoire, en une recherche purement historique exploitant
un matériel resté inconnu des historiens et encore bien souvent mal
appréhendé par la plupart.
Ces périodiques français et anglais, nés en 1836,. ne sont pas les
premiers qui ont vu le jour en Europe. Les Monailiche Unterredungen
einiger guten Freunde von allerhand Bùchern und andern annehmlichen 10 JEAN LAFAURIE
Geschichten publiés par W. E. Tentzel à Francfort-sur-le-Main, qui ont
paru de 1689 à 1698, paraissent être le plus ancien périodique
numismatique signalé. Ce mensuel, comme plusieurs autres périodi
ques, hebdomadaires, bi-mensuels, mensuels qui virent le jour au
cours du xviiie siècle et au début du xixe siècle dans l'Empire
allemand est l'œuvre d'un homme trouvant par ce moyen la façon la
plus rationnelle de diffuser ses travaux. D'autres naquirent ainsi à
Hambourg, de 1699 à 1707 créé par Pierre-Ambroise Lehmann, à
Nuremberg par Jean Jérôme Lochner en 1737-1744, par Jean
David Koehler en 1729-1750, par George André Will en 1764-1767, à
Anspach par J.J. Spiess de 1768 à 1778, à Leipzig et Gotha par
Fr. Schlichtegrull en 1804-1806. Aucune de ces publications ne
survécut à leur auteur. Il n'en est pas de même de la Numismatische
Zeitung, créée par Herman Grote, dont le premier numéro fut publié
le 23 avril 1834 mais qui, pour ne pas être confondue avec une
publication portant le même titre publiée à Weissensee (Thuringe)
par le révérend J. Leitzmann la même année, prit à partir de son n° 4
le titre de Blatter fůr Můnzkunde qu'il conserva pendant 10 ans. Après
une interruption d'une dizaine d'années fut publiée sous la même
direction une nouvelle série des Blatter sous le titre de Munzsludien,
sans périodicité régulière qui dura jusqu'en 1877. Parallèlement aux
Mùnzstudien, Grote prit la direction des Blatter fůr Můnzfreunde
publiées par la maison de commerce numismatique Thieme de
Leipzig. Succédant à E.-G. Gesdorf, bibliothécaire de l'Université de
Leipzig, appelé à faire partie de la direction du musée de l'Ermitage à
Saint-Pétersbourg, en 1874, Grote assura la publication de ce
périodique jusqu'en 1881.
Après la poussière des publications périodiques allemandes, les
Blatter fůr Můnzkunde par leur continuité, et surtout leur appel à de
multiples contributions de savants leur donnant un aspect moins
national que leurs prédécesseurs peuvent être considérées comme le
premier périodique numismatique allemand.
L'Italie verra aussi une tentative de publication périodique.
F. -M. Avellino créera à Naples le Giornale numismatice mais cette
tentative avortera bientôt : 1808-1812.
C'est peut-être un exemplaire d'une de ces premières publications
italienne ou allemande qui donna l'idée à un libraire parisien, Merlin,
de créer un journal numismatique en France. Il fit part de son projet
à un de ses clients, le Dr Marcel-Jérôme Rigollot, d'Amiens,
archéologue et numismate préparant de nombreuses recherches tant
sur les monnaies mérovingiennes que sur ces si curieux documents que
sont les des évêques des innocents et des fous, ouvrage
magistral qu'il publiera en 1837. Par une lettre datée du 18 octobre
1833 le Dr Rigollot informa Etienne Cartier, à Amboise, du projet de
Merlin qui souhaitait avoir près de lui un numismate compétent pour LA REVUE NUMISMATIQUE A 150 ANS 11
assurer la publication de son Journal. Les pourparlers durèrent un
certain temps. Bientôt Merlin abandonna son projet et sur ces
entrefaites mourut. Mais le grain avait germé. Etienne Cartier dut
faire part autour de lui de la proposition qui lui avait été faite. Il
trouva assez vite un jeune savant qui lui accorda une aide complète
pour sa réalisation : Louis de La Saussaye, auteur d'un essai sur la
ville de Blois.
Jusqu'au début du xixe siècle les travaux de trois savants ont été
pour les numismates les guides précieux, dont l'influence a été grande
encore à la fin de ce siècle. Il s'agit du Traité historique des Monnoyes
de France avec leurs figures depuis le commencement de la monarchie
jusqu'à présent, publié à Paris en 1690 par François le Blanc,
réimprimé à Amsterdam en 1692 et de nouveau à Paris en 1703. Cet
ouvrage inspiré de celui de Claude Bouteroue publié en 1616, peut
être encore consulté avec profit. Il est une étude honnête et objective
des monnaies émises par les souverains depuis les mérovingiens
jusqu'à sa publication sous Louis XIV. Le second ouvrage est le
monumental Traité des monnoies des barons ou représentation et
explication de toutes les monnoyes d'or, d'argent, de billon et de cuivre
qu'ont fait frapper les possesseurs de grands fiefs, Pairs, Évêques, Abbés,
Chapitres, Villes et autres seigneurs de France pour servir de complément
aux Monuments historiques de la France en général et de chacune de ses
provinces en particulier par Pierre-Ancher Tobiésen Duby (1721-1782),
publié en 1790 après sa mort, par le fils du grand collectionneur
Michelet d'Ennery qui avait aussi publié, en 1786, le Recueil général
des pièces obsidionales et de nécessité, du même auteur, ouvrage bien
supérieur à celui de Prosper Mailliet, mais rarement consulté. Le
troisième ouvrage qui, d'après Etienne Cartier a fortement contribué
à aider les numismates dans leur recherches est dû au baron
Marchant : Mélanges de numismatique et d'histoire ou correspondance
sur les médailles et monnoies des empereurs d'Orient, des princes croisés
d'Asie, des barons français établis en Grèce, des premiers califes de
Damas... Paris-Metz 1818, 1821-1832. Il est vrai que dans cette
courte enumeration Cartier n'envisageait que les travaux sur la
numismatique médiévale française. Les collectionneurs de monnaies
antiques, grecques et romaines avaient à leur disposition de très
nombreux ouvrages de références. La consultation du magnifique
catalogue des collections de monnaies grecques, romaines et médiéval
es de Michelet d'Ennery rédigé par Campion de Tersan, archidiacre
de Lectoure, en 1788 — la vente de ce cabinet eut lieu aux mois
d'avril et mai 1788 — montre le nombre considérable des travaux 12 JEAN LAFAURIE
cités bien que Campion de Tersan se soit limité à des références pour
des monnaies rares : Doctrina numorum veterum de Eckhel, Museum
Vindobonense de Froelich, mais aussi Pellerin, Vaillant, Dutens,
Liebe, d'Hancarville, Havercamp, Orsini, Morel, Banduri, Beauvais,
etc. En 1836 Mionnet avait presque achevé sa Description, entreprise
en 1819.
Tous ces travaux sont maintenant dépassés bien que leur consulta
tion soit souvent utile. Il a fallu attendre la fin du xixe siècle pour que
le Traité de Le Blanc soit mal remplacé par un catalogue, plus
complet mais essentiellement commercial, des monnaies royales
françaises que fit rédiger Hoffmann, que l'ouvrage de Duby soit lui
aussi remplacé heureusement par un catalogue de meilleure qualité
dû à F. de Poey-ď Avant avec son complément par Caron. Mionnet,
Cohen ont fourni aux collectionneurs des catalogues pratiques pour
classer leurs monnaies grecques et romaines.
Ce que le xvine siècle n'a pas su découvrir — ou peut-être ne l'a-t-il
pas voulu — c'est la publication attrayante qui pouvait unir une
masse de collectionneurs dans des recherches communes. L'impulsion
nécessaire a été fournie par Félicien Caignart de Saulcy et ses
Recherches sur les monnaies des évêques de Metz et leur Supplément
publiés dans les tomes XIV et XVI des Mémoires de l'Académie de
Metz en 1832 et 1835 qui ont donné aux monnaies leur aspect
historique en rompant nettement avec une utilisation presque
uniquement iconographique. Mais l'ouvrage le plus diffusé, celui qui
a rendu accessible la recherche numismatique à un grand nombre
d'amateurs plus ou moins savants et peut-être aussi, fortunés, est
La numismatique du moyen âge depuis sa naissance jusqu'à l'apparition
du gros d'argent publié à Paris, en 1835, par le savant polonais
Joachim Lelewel (1786-1861) réfugié depuis 1830 en France, puis en
Belgique. Ces trois volumes totalisant plus de 700 pages, illustrés
d'un atlas de 38 tableaux chronologiques et de 24 planches gravées
par l'auteur ont créé un courant de curiosité pour ces petits
monuments monétaires auxquels il a su faire révéler les secrets et
les raisons de leur naissance et de leur disparition.
Tels sont les ouvrages qui guidaient les recherches des numismates
en cette année 1836 au moment où va être créée la Revue
indispensable à l'orientation de ces travaux.
Pour la réalisation de cette Revue il fallait des hommes,
numismates réfléchis, aptes à prendre en mains une entreprise
considérable, assez intelligents pour dresser un programme de
travaux où ils n'auraient pas toujours leur place mais qui sauraient
aider ceux qui le leur demanderaient.
La révolution de juillet 1830 a livré à cette entreprise deux
chercheurs de bonne volonté aptes à ce grand dévouement qu'est la
direction d'une publication de recherches. REVUE NUMISMATIQUE A 150 ANS 13 LA
Etienne CARTIER
(1780-1859)
(gravure par son fils en 1830)
Directeur de la Revue de 1836 à 1856 14 JEAN LAFAURIE
Étienne-Jean-Baptiste Cartier est né à Tours le 11 octobre 1780.
Son père est négociant en soie. En 1808 il dirige la maison de
commerce familiale et épouse M"e Gaillard dont le père, originaire
d'une vieille famille d'Amboise, est juge au tribunal de Blois. Etienne
Cartier sous l'Empire est un fervent militant d'une restauration
royale. De 1815 à 1825 il est membre du conseil municipal de Tours,
en 1824 juge au tribunal de commerce de Tours. L'année suivante
Charles X le nomme caissier de la Monnaie de Paris. Là il s'initie à la
numismatique par l'examen des pièces portées à la fonte, constitue un
médaillier et met en ordre les collections de la Monnaie complètement
négligées. Cet apprentissage ne durera que peu de temps. Ses idées
ultra royalistes le feront révoquer par Louis-Philippe le 22 septembre
1830. Cartier va se retirer à Amboise dans la famille de sa femme.
En 1833 il publie un Essai sur les monnaies chartraines frappées par
les comtes de Chartres et de Blois jusqu'au xive siècle dans les Annales
de la soc. d'agriculture sciences el arts et belles-lettres de Tours, de 1833,
en 1835 c'est un important mémoire : Dissertation sur les monnaies
d'Angoulême et de la Marche qui est publié dans les Mémoires de la
soc. des antiquaires de l'Ouest, I, 1835, p. 339-362 et une Note sur les
monnaies de Jumièges dans les Mémoires de la soc. des antiquaires de
Normandie, IX, 1835, p. 101 sq.
Quelques années avant sa mort Napoléon III le fera chevalier de la
Légion d'Honneur. Il mourra à Amboise le 21 juillet 1859.
Jean-François de Paule -Louis de la Saussaye1 est né à Blois le
6 mars 1801. Orphelin, il fut recueilli par son oncle et sa tante M. et
Mme de Rémeon, habitant leur château de la Troussaye près de
Cheverny. Destiné à une carrière militaire il s'intéressa très jeune à
l'archéologie solognote et en 1821 fit des fouilles dans la nécropole
gallo-romaine de Soings (Loir-et-Cher). Ce fut pour lui la naissance
d'une vocation. En 1828 il épouse la fille du percepteur de la ville de
Blois Mlle de la Coudraye et son beau-père lui cède sa charge,
transmission confirmée par Charles X. La ville de Blois lui ayant
demandé de surveiller le transfert de la bibliothèque de Mgr de
Thémines, évêque de Blois, de sa demeure épiscopale vers la mairie, il
refusa toute rémunération. Il en fut nommé le bibliothécaire
honoraire. Honorariat fort studieux qui lui permit, après la révoca
tion de sa charge de percepteur par le gouvernenement de Louis
Philippe en 1830, d'étudier les richesses de la bibliothèque dont il
avait la garde. Il fonda avec quelques érudits la Société des Sciences
et Lettres de Blois et publia de nombreux articles et ouvrages sur
1. Cf. PI. I, son portrait par Leroux de Lincy en 1845, Musée de Blois, aimablement
communiqué par M. Tissier de Maillerais, conservateur du Musée de Blois. LA REVUE NUMISMATIQUE A 150 ANS 15
Blois, sa région et ses châteaux. En 1835 il visita la Touraine en
compagnie d'Etienne Cartier, lui aussi victime de la purge politique
de 1830, ensemble ils admirèrent la Pile de Saint-Mars. De ce voyage
naquit une amitié qui devait durer plus de vingt ans, qui se concrétisa
par une active collaboration à la création et à la publication de la
Revue de la numismatique françoise. Successivement membre de la
Société royale des Antiquaires de France, en 1836, correspondant de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, en même temps que
F. de Saulcy, en 1839, il fut élu membre de cette Académie le 17
janvier 1845.
En 1855 il est nommé recteur de l'Académie de Poitiers, en 1856 de
celle de Lyon. Dans cette ville où il termina sa carrière il devint dès
1857 membre de l'Académie impériale des Sciences, Belles-Lettres et
Arts, précédant de presque un siècle Jean Tricou, Directeur de la
Revue en 1962-1975, qui en fut le président. Louis de La Saussaye
mourut au château de la Troussaye le 24 février 1878. Il a collaboré à
la vie de la Revue par de nombreux articles. Plusieurs de ses travaux
ont marqué d'une empreinte non négligeable les études numismati-
ques, tel son ouvrage Numismatique de la Gaule Narbonnaise, paru en
1842, et littéraires avec son Histoire littéraire de Lyon au vr siècle,
publiée peu avant sa mort.
Tout un faisceau de circonstances ont préparé la venue au monde
de la Revue numismatique. Une idée d'un libraire parisien, deux
amateurs érudits disponibles, leur voisinage et leur volonté d'assurer
la publication de cette revue. Dans sa lettre du 18 octobre 1833 le Dr
Rigollot écrivait à Cartier : J'ai vu à Paris M. Merlin fils, mon
libraire, qui, spontanément, m'a parlé du dessein qu'il aurait d'établir un
journal consacré à la numismatique ancienne et moderne. Il m'a dit qu'il
l'entreprendrait s'il pouvait compter sur deux cents souscripteurs
français ou étrangers : une condition serait aussi que les personnes qui
fourniraient des articles ne se feraient pas payer. J'ai trouvé la chose
assez raisonnable, car les amateurs de médailles ne sont pas des écrivains
qui vivent de leur plume. M. Merlin à qui j'ai parlé de vous, m'a dit
qu'il vous connaissait bien comme numismate ; si vous lui écriviez il
aurait peut-être plus de courage à mettre son projet à exécution, surtout si
vous lui offriez votre coopération ... A la suite de cette lettre Cartier
envoya à Merlin un projet de prospectus mais celui-ci ne put se
décider car il ne trouva pas auprès de lui un homme assez dévoué à la
science pour diriger la composition de son journal.
Lié depuis quelques années à Louis de La Saussaye, «victime comme
lui de la révolution de 1830», alors conservateur honoraire de la
bibliothèque publique de Blois il lui fit part de son regret de voir ce
projet abandonné. Après une rencontre des deux hommes vers le
milieu de 1835 près de la Pile Saint-Mars, La Saussaye écrit à Cartier