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La Russie et la désunion des principautés roumaines, 1864-1866 - article ; n°3 ; vol.12, pg 247-285

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Description

Cahiers du monde russe et soviétique - Année 1971 - Volume 12 - Numéro 3 - Pages 247-285
39 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1971
Nombre de lectures 22
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Extrait

Mihai Dimitri Sturdza
La Russie et la désunion des principautés roumaines, 1864-
1866
In: Cahiers du monde russe et soviétique. Vol. 12 N°3. pp. 247-285.
Citer ce document / Cite this document :
Sturdza Mihai Dimitri. La Russie et la désunion des principautés roumaines, 1864-1866. In: Cahiers du monde russe et
soviétique. Vol. 12 N°3. pp. 247-285.
doi : 10.3406/cmr.1971.1843
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cmr_0008-0160_1971_num_12_3_1843DIMITRI STURDZA MIHAI
LA RUSSIE ET LA DÉSUNION
DES PRINCIPAUTÉS ROUMAINES
1864 -1866
« La Russie voyait dans l'État danub
ien, uni et libre, l'image même de sa
défaite et de son humiliation. »
Jorga, Histoire des relations russo-
roumaines, Iassy, 19 17, p. 232.
Vaincue dans la guerre de Crimée, la Russie, après 1856, consacra
les principaux efforts de sa diplomatie à supprimer les obligations
qui lui avaient été imposées par le Traité de Paris. Ce n'est qu'en 1871
qu'elle fut en mesure de dénoncer les clauses de ce traité avant de
lancer à nouveau, six années plus tard, ses armées à l'assaut de l'Empire
ottoman.
Dans l'intervalle, trop affaiblie militairement et financièrement
par sa dernière défaite, la Russie tenta à plusieurs reprises de regagner
son ancien ascendant sur les deux Principautés roumaines du Danube
où le Traité de Paris avait aboli le protectorat russe pour le remplacer
par une garantie collective des puissances.
Le Gouvernement russe, qui avait soutenu le principe de l'Union
des Principautés, commença à changer d'attitude après 1864, lorsque
le prince Alexandre-Jean Couza, par une série d'actes d'autorité,
consolida considérablement son pouvoir1.
1. Le 8 mars 1856, au Congrès de Paris, le comte Orlov avait appuyé, au
nom de la Russie, le projet d'Union des Principautés, avancé par le gouverne
ment de Napoléon III et par Cavour au nom du principe des nationalités, et
favorisé par le tsar dans le but d'affaiblir la Turquie et de diviser ses ennemis
de la veille. En effet, la Turquie, puissance suzeraine des Principautés, l'Anglet
erre, gardienne de l'intégrité de l'Empire ottoman, et l'Autriche, qui comptait
de nombreux Roumains parmi ses sujets, s'opposaient à ce projet. L'été de
1857 fut près de voir un nouveau conflit éclater autour de la question roumaine.
La Russie, la France et la Prusse rompirent les relations diplomatiques avec
la Porte, puis les reprirent à la suite de l'entrevue entre la reine Victoria et
Napoléon III. Un compromis fut réalisé en 1858 après qu'une mission d'infor- 248 MIHAI DIMITRI STURDZA
Faute de pouvoir lancer, une fois de plus, ses troupes sur Iassy
et Bucarest, la Russie tenta par d'autres moyens de faire tomber le
Gouvernement moldo-valaque, de scinder le pays et d'imposer ensuite,
au moins dans l'une de ses parties, un régime à sa convenance. Elle
eut recours, à cet effet, en plus des procédés traditionnels de la pression
diplomatique, aux méthodes indirectes de la subversion et de la
propagande.
Subversion, en donnant son appui à la faction la plus rétrograde
de l'opposition conservatrice roumaine, en la faisant paraître à la
fois comme le porte-parole des volontés populaires et comme celui
des traditions religieuses, et en essayant de dresser les habitants du
pays contre leurs autorités.
Propagande, en essayant de convaincre l'opinion européenne que
la nation roumaine n'existait pas, et qu'il y avait incompatibilité entre
Moldaves et Valaques ; en outre, et probablement pour la première
fois dans l'histoire des relations diplomatiques, la Russie mit au service
d'une cause réactionnaire des notions abhorrées par le Gouvernement
mation européenne eut constaté sur les lieux le désir des populations moldo-
valaques d'être réunies sous un même gouvernement. Л la suite des déclarations
formelles des divans de Bucarest et de Iassy, la Conférence de Paris avait donné à
cette tendance d'Union une satisfaction partielle, en instituant certains organes
communs aux deux Principautés : la Commission centrale de Focsani et la
Haute Cour de Justice. Le 22 mai 1858, au cours de cette même conférence,
l'ambassadeur russe Kiselev déclarait une fois de plus que son Gouvernement
était prêt à adhérer au projet d'Union. Le 19 août 1858, la Russie signait conjoin
tement avec la France, l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche, la Turquie et la
Sardaigne, la Convention maintenant la suzeraineté de la Porte sur les Princi
pautés, mais garantissant leur autonomie interne et leur droit de s'administrer
en dehors de toute ingérence étrangère. Cf. « Les antécédents de la Russie dans
la question des Principautés », Le Mémorial diplomatique, 18 mars 1866, p. 179 ;
Laurent de L'Ardèche, « Le prince Couza », L'Opinion nationale, 10 juin 1866 ;
et surtout Th. W. Riker, The making of Rumania, Oxford, 193 1. La dénomination
de Principautés Unies était en même temps officiellement reconnue. La double
élection du prince Couza, en janvier 1859, donna enfin un irrécusable témoignage
des sentiments du pays. La Conférence, convoquée pour délibérer sur ce cas
demeuré en dehors des prévisions, sanctionna ce choix, le 6 septembre 1859, par
un protocole auquel la Turquie, en tant que puissance suzeraine, accorda non
sans réticence sa ratification.
C'était une première dérogation aux prévisions du Traité de Paris. Une
année après, le prince Couza signalait à Constantinople les difficultés d'un
gouvernement reposant sur deux ministères et devant s'entendre avec deux
assemblées distinctes. La Porte, d'accord avec les puissances garantes, promulgua
en 1801 un firman stipulant qu'il y aurait désormais dans les Principautés un
ministère unique et une seule assemblée élective. Le firman ajoutait cependant
que cette unification des pouvoirs ne demeurerait en vigueur que durant le règne
du prince Couza. Enfin, un nouvel acte émané de la Porte, avec l'assentiment
des Puissances, reconnut en 1864 au Gouvernement des Principautés le droit
d'introduire des changements dans les lois concernant leur organisation inté
rieure. De cette série de faits il résulta une fusion complète entre la Moldavie et
la Valachie, de sorte que, si le prince Couza était venu à disparaître, l'édifice
de l'Union serait resté debout. RUSSIE ET PRINCIPAUTÉS ROUMAINES 249
de Saint-Pétersbourg mais très en faveur auprès des libéraux d'Occi
dent : le droit des peuples à l'indépendance, l'amour de la liberté, du
progrès et de la prospérité sociale, le droit de recourir aux journaux
et au plébiscite pour se débarrasser des tyrans.
Enfin, pour affaiblir le petit État voisin en y créant la confusion
nécessaire à l'accomplissement de ses desseins, la Russie chercha à
paraître plus dangereuse qu'elle ne l'était et à stimuler tous les griefs
de différentes oppositions surgies contre Couza : opposition personnelle
des grands boyards apparentés aux anciennes familles régnantes, qui
ne pardonnaient pas au nouveau prince, officier de petite noblesse,
d'avoir « usurpé » un trône auquel sa naissance ne l'appelait pas ;
opposition sociale des grands propriétaires terriens mécontentés par
la réforme agraire du 14 août 1864 ; opposition religieuse du clergé
hostile à la loi de sécularisation des terres que les monastères dédiés
possédaient en Moldo-Valachie.
En reprenant à nouveau sa traditionnelle politique de défense
des intérêts des monastères dédiés1, la Russie était sûre de se ménager
un appui important au sein d'une couche sociale très influente, celle
du clergé grec des Principautés, administrateur et bénéficiaire exclusif
de biens couvrant 25 % de la superficie du pays2. Pendant les trois
premières années de son règne, Couza, en tolérant le passage clandestin
des armes russes vers la Serbie, avait obtenu de la part du Gouverne
ment du tsar la mise en sommeil de l'affaire des monastères3. Celle-ci
fut à nouveau soulevée après la décision notifiée du 10/22 août 1863
à la Porte, décision selon laquelle Couza annonçait son intention de
procéder à la sécularisation des

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