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La vie des paroisses en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle : encadrement et résidence pastorale - article ; n°2 ; vol.5, pg 187-215

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Histoire, économie et société - Année 1986 - Volume 5 - Numéro 2 - Pages 187-215
Résumé This paper attempts a quantitative approach of the issue of clerical residence in an English diocese, namely that of London, during the second part of the 18th Century, based on the data provided by episcopal visitations. It shows that non-residence affected a very important proportion of parishes, but that it was amended in a large part by the vicinity of the absenteeist clergyman's house (very often in the neighbouring village), by the deployment of numerous curates to replace incumbents, and by a very tight network of clergy who helped each other in towns and in the country, which is one characteristic of southeast England. A more detailed analysis leads into the motivations of clerical absenteeism : pluralism, however criticized, seems a less decisive element than the unhealthy climate and situation of some parts of the diocese, and the dilapidation of parsonage-houses in the same regions, where clergymen were not inclined to live. Towns, particularly London, were more attractive than the country, owing to the high revenues of the metropolitan parishes, and to the spiritual demands of a more numerous population. Lastly, the beginning of the 19th century witnessed the interest of Parliament take over from the bishops', and its inquiries provide other useful sources for the study of parochial life.
Résumé Cet article cherche à cerner de manière quantitative le problème de la résidence du clergé dans un diocèse anglais, celui de Londres, au cours de la seconde partie du XVIIIe siècle, à partir des données fournies par les visites pastorales. Il en ressort que la non-résidence touche une proportion très importante de paroisses, mais qu'elle est corrigée en grande partie par la proximité de l'habitat du pasteur absentéiste (le village voisin très souvent), par le déploiement de très nombreux curares remplaçants, et par un réseau d'entraide cléricale très dense dans les villes et dans les campagnes, caractéristique du sud-est de l'Angleterre. Une analyse plus poussée permet de voir les motivations de l'absentéisme du clergé : le cumul de bénéfices, malgré sa mauvaise réputation, parait moins déterminant que l'insalubrité de certaines parties du diocèse et le mauvais état des presbytères dans ces mêmes régions où les pasteurs ne tiennent pas à habiter ; la ville, surtout Londres, parait plus attractive que les campagnes, de par les revenus élevés des paroisses métropolitaines, et de par les exigences spirituelles d'une population plus nombreuse. Enfin, le début du XIXe siècle voit l'intérêt du Parlement relayer celui des évêques, et ses enquêtes constituent d'autres sources précieuses pour l'étude de la vie des paroisses.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1986
Nombre de lectures 11
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Viviane Barrie-Curien
La vie des paroisses en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle :
encadrement et résidence pastorale
In: Histoire, économie et société. 1986, 5e année, n°2. pp. 187-215.
Citer ce document / Cite this document :
Barrie-Curien Viviane. La vie des paroisses en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle : encadrement et résidence pastorale. In:
Histoire, économie et société. 1986, 5e année, n°2. pp. 187-215.
doi : 10.3406/hes.1986.1423
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1986_num_5_2_1423Résumé
Résumé Cet article cherche à cerner de manière quantitative le problème de la résidence du clergé
dans un diocèse anglais, celui de Londres, au cours de la seconde partie du XVIIIe siècle, à partir des
données fournies par les visites pastorales. Il en ressort que la non-résidence touche une proportion
très importante de paroisses, mais qu'elle est corrigée en grande partie par la proximité de l'habitat du
pasteur absentéiste (le village voisin très souvent), par le déploiement de très nombreux curares
remplaçants, et par un réseau d'entraide cléricale très dense dans les villes et dans les campagnes,
caractéristique du sud-est de l'Angleterre. Une analyse plus poussée permet de voir les motivations de
l'absentéisme du clergé : le cumul de bénéfices, malgré sa mauvaise réputation, parait moins
déterminant que l'insalubrité de certaines parties du diocèse et le mauvais état des presbytères dans
ces mêmes régions où les pasteurs ne tiennent pas à habiter ; la ville, surtout Londres, parait plus
attractive que les campagnes, de par les revenus élevés des paroisses métropolitaines, et de par les
exigences spirituelles d'une population plus nombreuse. Enfin, le début du XIXe siècle voit l'intérêt du
Parlement relayer celui des évêques, et ses enquêtes constituent d'autres sources précieuses pour
l'étude de la vie des paroisses.
Abstract
Résumé This paper attempts a quantitative approach of the issue of clerical residence in an English
diocese, namely that of London, during the second part of the 18th Century, based on the data provided
by episcopal visitations. It shows that non-residence affected a very important proportion of parishes,
but that it was amended in a large part by the vicinity of the absenteeist clergyman's house (very often
in the neighbouring village), by the deployment of numerous curates to replace incumbents, and by a
very tight network of clergy who helped each other in towns and in the country, which is one
characteristic of southeast England. A more detailed analysis leads into the motivations of clerical
absenteeism : pluralism, however criticized, seems a less decisive element than the unhealthy climate
and situation of some parts of the diocese, and the dilapidation of parsonage-houses in the same
regions, where clergymen were not inclined to live. Towns, particularly London, were more attractive
than the country, owing to the high revenues of the metropolitan parishes, and to the spiritual demands
of a more numerous population. Lastly, the beginning of the 19th century witnessed the interest of
Parliament take over from the bishops', and its inquiries provide other useful sources for the study of
parochial life.LA VIE DES PAROISSES EN ANGLETERRE
A LA FIN DU XVIIIe SIECLE :
ENCADREMENT ET RESIDENCE PASTORALE
par Viviane BARRIE-CURIEN
Résumé Résumé
This paper attemps a quantitative approach of the Cet article cherche à cerner de manière quantitati
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namely that of London, during the second part of se anglais, celui de Londres, au cours de la seconde
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par les visites pastorales. H en ressort que la non- episcopal visitations. It shows that non-residence
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that it was amended in a large part by the vicinity of paroisses, mais qu'elle est corrigée en grande partie par
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ses enquêtes constituent d'autres sources précieuses of Parliament take over from the bishops', and its
pour l'étude de la vie des paroisses. inquiries provide other useful sources for the study
of parochial life.
La non-résidence du clergé de l'Eglise d'Angleterre au XVIIIe siècle et au début
du XIXe est un thème fréquent de l'historiographie, qui y voit volontiers une des
causes du déclin de la pastorale et du mécontentement des fidèles ; certains paroissiens
se seraient plaint de ne voir leur pasteur qu'une fois par an, lors de la collecte des
dîmes (1). L'absentéisme pastoral était codifié par la loi remontant à Henry VIII :
celle-ci accordait automatiquement la permission de ne pas résider dans l'un de ses
bénéfices si le pasteur en détenait deux ; elle autorisait les membres des universités
à ne pas habiter dans la paroisse qu'ils pouvaient aussi avoir, donnant ainsi la préfé
rence à leurs fonctions au collège ; en outre elle laissait de vastes possibilités d'inter
prétation, et les causes d'absentéisme se multipliaient facilement : le manque de presbyt
ère convenable, les raisons de santé empêchant certains de vivre en ville, et d'autres
dans des campagnes malsaines, bien que des évêques se montrassent réservés envers
ces allégations (2). En 1802 le haut clergé et le gouvernement s'avisèrent de la trop
grande facilité offerte par le statut de Henry VIII, et une commission parlementaire
fut désignée pour examiner la question (3). La loi votée l'année suivante visait en
fait non pas à abolir la non-résidence, mais à la cantonner dans des limites plus préci
ses ; elle autorisait l'absence des heads of houses des universités, des détenteurs d'un 1 88 HISTOIRE ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ
second bénéfice, permettait aux évêques de délivrer des licences annuelles en cas de
maladie ou de manque de presbytère, et obligeait à envoyer au Privy Council une
liste de tous les non-résidents de chaque année ; en outre, les diocésains devaient
s'assurer que les offices étaient bien célébrés malgré la non-résidence des pasteurs (4).
Cette dernière provision fut renforcée par une loi de 1813, prévoyant que les non-
résidents devaient prendre un curate pour les remplacer dans leur charge ; en effet
trop souvent les incumbents s'efforçaient de s'occuper eux-mêmes de leur église malgré
leur absentéisme, ou d'encadrer deux paroisses à la fois lorsqu'ils les détenaient en
cumul, ce qui aboutissait à une cure d'âmes distraite et négligente (5). Enfin une loi
de 1817 rendait obligatoire la résidence dans toute paroisse dont la valeur excédait
300 L, et dont la population dépassait 300 habitants ; ainsi se trouvaient liés pour la
première fois l'absentéisme du clergé, sa pauvreté l'obligeant au cumul, et la densité
démographique (6).
Cette législation eut des résultats mitigés, le rapport parlementaire de 1 808 montre
que l'on continue à accorder des licences de non-résidence pour les mêmes raisons
qu'auparavant, et on trouve un nombre croissant de non-résidents sans licence ni
exemption (7). En 1809, sur 11 194 paroisses d'Angleterre et du Pays de Galles,
7 358 n'avaient pas de pasteur résident ; mais en 1827, sur 10 583 bénéfices, on n'en
trouvait que 6 120 dans ce cas, soit 57,6 % contre 65,7 % (8). Le pourcentage demeur
ait cependant considérable, et qui plus est, les curates n'avaient pas été installés
partout comme remplaçants, puisqu'en 1812, une enquête parlementaire n'en dé
compta que 3 694, alors que 4 813 incumbents ne résidaient pas, si bien que 1 000
paroisses au moins se trouvaient sans clergyman (9). Toutefois, en 1835, à la veille
des grandes réformes de structure de l'Eglise d'Angleterre, les autorités ecclésiastiques
et civiles jugent que la législation dans ce domaine a atteint ses résultats optimaux,
encore qu'à cette date la moitié des paroisses seulement ait des pasteurs résidents (10).
Cette situation, très ancienne, se révèle particulièrement bien dans les admonest
ations, peu suivies, des évêques du XVIIIe siècle (11). Du reste, la non-résidence
trouva même ses apologistes : par exemple, on suppose à la fin du siècle qu'un pasteur
non-résident peut employer à sa place un excellent curate, lui donnant ainsi l'occasion
de s'exercer à la pastorale (12). Les évêques étaient les premiers à quitter leur diocèse
dès qu'il leur paraissait par trop incommode (13). Néanmoins, il faut bien voir que la
non-résidence était souvent un concept assez ambigu : techniquement, il signifie
que le pasteur n'occupe pas son presbytère, si bien que certains qui vivaient dans la
paroisse même mais dans une autre maison, étaient comptés comme non-résidents (14).
Même s'il s'agit de l'absence du living, de propos délibéré, Yincumbent habitait dans
certaines régions, notamment le sud-est de l'Angleterre, si près de sa paroisse qu'il
pouvait très bien assurer la cure d'âmes sans prendre de curate ; si bien qu'absentéisme
n'impliquait pas nécessairement négligence (15). L'attitude du clergé paroissial vis-à-vis
de ses fidèles n'était jamais ouvertement désinvolte ni illégale : le minimum exigé par
les diocésains en matière de catéchisme, de communion et surtout d'offices et de
sermons n'était pas très élevé, et il est probable que la majorité des paroissiens du
XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle y avait accès régulièrement, grâce à divers
arrangements que rapportent bien les visites pastorales (16).
Nous avons choisi d'étudier trois de ces visites effectuées par l'évêque de Londres
dans son diocèse au cours de la seconde partie du XVIIIe siècle, en les étayant à l'aide
d'autres documents. Nous disposons des visites des années 1766 (complétée par celle de LA VIE DES PAROISSES EN ANGLETERRE 1 89
1770 pour les paroisses non visitées en 1766), 1778 et 1790 ; elles ne sont pas exhaust
ives : sur les quelque 600 paroisses du diocèse, on ne trouve de données que pour 428
en 1766-70, 382 en 1778, et 537 en 1790 ; en outre, Londres lui-même n'apparaît
qu'en 1790, et le Middlesex est très peu représenté la première année, un peu plus en
1778, et ne devient significatif qu'en 1790. Par ailleurs, le diocèse de Londres présente
par rapport aux autres l'avantage de mettre en évidence les contrastes de comporte
ment entre milieu urbain (et métropolitain) et milieu rural et provincial (17).
Les Visitation returns consistent en questionnaires, envoyés à tous les pasteurs du
diocèse préalablement à l'arrivée de l'évêque pour sa visite, ainsi qu'aux marguillers,
dont les réponses doivent éclairer le diocésain avant qu'il ne commence la tournée des
paroisses (18). Ils portent sur trois thèmes, et se prêtent assez facilement à l'analyse
quantitative :
— la population et sa composition sociale, l'habitat, la présence de dissidents.
— la pratique religieuse, offices, sermons, catéchisme et communion.
— le déploiement du clergé, cumul, résidence, présence d'un curate.
C'est cette dernière rubrique qui nous intéresse ici. On peut voir dans le tableau
suivant la variété des lieux de résidence du pasteur.
Paroisses ayant pasteurs habitant 1766-70 1778 1790
Dans presbytère 45,4 % 44,4% 36,8%
Dans paroisse mais pas dans presbytère 4,6% 5,2% 5,1%
Dans voisine ou même ville 12,8% 12 % 17,1%
Dans même doyenné 4,6% 6,9% 4 %
Dans doyenné voisin 9,4% 8,3% 6,9% même comté 5,1% 2,1 % 2,9%
Dans diocèse 7,4% 6,3% 8,4%
Dans diocèse voisin 5,4% 6 % 8,2%
Dans région éloignée 5,4 % 8 % 11,4%
De façon plus globale, en regroupant tous les cas particuliers de non-résidence
et en considérant que le pasteur qui habite dans la paroisse ailleurs que dans le presbyt
ère, est résident, on trouve les chiffres suivants :
Paroisses ayant pasteurs 1766-70 1778 1790
Résidents 50 % 49,6 % 41,9%
17,1 % Dans paroisse voisine ou même ville 12,8% 12 %
Dans même diocèse 26,4 % 24,4% 21,4%
Dans diocèse voisin 6 % 8,2% 5,4% région éloignée 8 % 11,4%
Deux phénomènes méritent un commentaire. D'une part l'importance de la rés
idence dans la paroisse voisine, c'est-à-dire contigue, ou dans la même ville ; en effet,
un des palliatifs principaux de la non-résidence était une proximité d'habitation telle
que le pasteur pouvait desservir son église aussi facilement que s'il avait été résident ;
cet arrangement favorable à la pastorale n'était en fait possible que dans les régions 90 HISTOIRE ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ 1
aux paroisses petites et aux villages très rapprochés, comme dans l'est et le sud de
l'Angleterre ; ce n'était certainement pas praticable au Pays de Galles ou dans le nord,
aux très étendues et à la population dispersée (19). Mais le diocèse de Lon
dres présente des caractéristiques très favorables à cette organisation. En outre, si l'on
classe dans cette rubrique les livings citadins dont les titulaires habitent dans la même
ville, on en compte beaucoup, à Colchester en Essex par exemple, mais surtout à
Londres et en Middlesex, dans cette situation ; en effet, nombre de bénéfices urbains
n'ont pas de presbytère, et leurs pasteurs habitent ailleurs, donc sont techniquement
non-résidents, mais quelques minutes de marche les séparent de leur église. On voit à
quel point ce lieu de résidence prend de l'importance en 1790 par rapport aux autres
années, lors de l'apparition des paroisses londoniennes dans les données.
Un deuxième phénomène est l'éloignement croissant de la résidence ; la proportion
des paroisses dont le pasteur habite une région éloignée, signifiant un diocèse non
adjacent à celui de Londres, fait plus que doubler en vingt-quatre ans ; sans doute
faut-il y voir aussi l'influence métropolitaine, les titulaires des livings de Londres et du
Middlesex étant souvent importants dans la hiérarchie ecclésiastique, et appelés à des
fonctions dans d'autres diocèses où ils préfèrent résider.
Nous disposons d'études analogues sur des visites pastorales du XVIIIe siècle et du
début du XIXe dans d'autres régions, portant soit sur des diocèses entiers, soit sur des
comtés ou des « petits pays ». Si l'on dresse un tableau synthétique de leurs résultats
et des nôtres, nous voyons que le diocèse de Londres est plus favorisé que la plupart
dans la seconde partie du siècle, et avant les lois du début du XIXe ; mais dans l'e
nsemble, les taux de résidence déclinent au cours du XVIIIe siècle, et la loi de 1803
semble apporter une amélioration, du moins dans les Midlands (20).
Pourcentages de paroisses ayant un pasteur résident
Leicestershire, 1712 : 71 % Diocèse de Worcester, 1782 : 38,6 %
Diocèse d'York, 1743 : 53 % Wiltshire, 1783 : 38,7 %
Diocèse d'Exeter, 1744 : 65,7 % Diocèse de Londres, 1790 : 41,9 % 1764 : 60,5 %d'Oxford, 1808 : 38 %
Diocèse de Londres, 1766-70 : 50 % Diocèse d'Exeter, 1821 : 55,6 % de 1778 : 49,6 %1834 : 53,3 %
Diocèse d'Oxford, 1778 : 39,4 % South Lindsey, Lincolnshire, 1830 : 25,1 % d'Exeter, 1779 : 59,3 %1851 : 48,3 %.
En 1808, le Privy Council, enquêtant sur les effets de la loi de 1803, fit imprimer
un certain nombre de Papers Relating to Non-Resident Clergy, donnant le détail des
pasteurs absentéistes de chaque diocèse, avec les raisons correspondantes, pour les
années 1804-5, 1805-6, 1806-7, à partir du mois de mars (21). Pour le diocèse de
Londres, le document intitulé dans ce dossier Abstracts Presented to the House of
Commons donne les chiffres suivants :
- 1804-5 :261 non-résidents
- 1 805-6 : 247
- 1 806-7 : 279
Ces données présentent l'inconvénient d'indiquer le nombre de clergymen non
residents, et non pas celui des paroisses dont le pasteur est absent, comme les visites VIE DES PAROISSES EN ANGLETERRE 191 LA
pastorales ; ce dénombrement laisse supposer qu'il existe autant de paroisses que de
pasteurs, alors que le cumul fait que souvent un ecclésiastique est titulaire de deux
livings, et que s'il est absent des deux, le nombre de cures d'âmes négligées se mult
iplie ; pourtant, l'évêque de Londres Beilby Porteus semble considérer que sur ses
594 bénéfices, 239 sont sans pasteur puisque 239 clergymen sont absents, et que donc
355 ont des titulaires résidents (22). Il est donc en principe difficile de comparer
directement avec les Visitation returns ; néanmoins, comme le diocésain compte soit
594 soit 577 livings, on peut en déduire que près de 50 % étaient victimes de la non-
résidence, ce qui recoupe les calculs faits d'après les visites. Les trois années suivant
la loi de 1 803 se caractérisent surtout par la stagnation de la non-résidence, mais par
une diminution du nombre de pasteurs absents sans licence épiscopale, d'après la
lettre de l'évêque de Londres « aux Lords du très honorable conseil privé de Sa Maj
esté » :
« Le nombre de non-résidents sans notification, au lieu d'avoir grandement augmenté, a été
en fait moindre Tannée dernière que celle d'avant [...] Je trouve que le nombre de cette sorte de
non-résidents pour l'année qui se termine le 25 mars 1806 est de 32, et pour Tannée qui se termine
le 25 mars 1807 de 27 seulement ; et, dans un diocèse qui compte 577 bénéfices (les peculiars inclus),
cela ne me semble pas une proportion très exagérée par rapport à l'ensemble. » (23)
A plusieurs reprises, les évéques communiquant leurs chiffres au Privy Council
mettent en garde contre une interprétation trop littérale. Celui de Londres tient à
souligner le phénomène que nous indiquions plus haut, que beaucoup de pasteurs
assurent la cure d'âmes de leur paroisse bien que non-résidents au sens strict, car ils
habitent tout près de leur église, ce qui n'apparaît pas dans les chiffres officiels (24).
Dans le diocèse de Canterbury, sur 47 pasteurs absentéistes à cause du manque ou
de l'in confort du presbytère, 36 célèbrent les offices eux-mêmes (25). Certains non-
résidents sont des chanoines de St Paul, Windsor et Westminster, dont l'absence loin
de leur cathédrale ou collégiale, même si elle gonfle les chiffres du diocèse de Londres,
ne met pas en cause une cure d'âmes (26).
Du reste, sans doute est-ce mal comprendre la pastorale en général que de l'associer
quasi exclusivement à la résidence de Vincumbent dans sa paroisse ; nous avons vu
que si on considère comme présent celui qui habite dans le village voisin ou dans la
même ville, on atteint 60 % et plus de résidence effective auprès des fidèles. Mais
surtout, il faut envisager aussi le déploiement des curates : l'encadrement des paroisses
doit être vu non seulement en fonction de la présence de Vincumbent, mais de la
répartition de tout le personnel ecclésiastique du diocèse. On connait les curates du
XVIIIe siècle sous un jour pessimiste, qui leur donne une image sociale et pastorale
très dégradée ; toutefois, à partir de 1760 au moins, ils ne correspondent guère à
cette tradition historiographique, beaucoup jouissant de la réputation de clergymen
tout aussi respectables que des titulaires de bénéfices, ce qu'ils sont souvent par ai
lleurs (27). Les visites pastorales montrent à quel point la vie religieuse dépendait des
curates.
Paroisse encadrées 1766-70 1778 1790
Par pasteur seul 52,6 % 32,8 % 47,9%
Par curate seul 26,9 % 25,4 % 29,5%
Par pasteur et curate 20,2 % 26,7 % 37 %
Par et lecturer 0,2%
Par curate et 0,6%
Par lecturer seul 0,2% 1 92 HISTOIRE ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ
On voit que la majorité des paroisses est desservie par un seul clergyman, et que
les ecclésiastiques se déploient assez largement dans le diocèse ; mais le fait surprenant
est la chute de cette proportion au cours de ces vingt-quatre années, signe que le clergé
est plus nombreux et les livings de mieux en mieux encadrés (au sens quantitatif),
du moins en ville ; en effet l'augmentation du nombre de paroisses où le pasteur prend
un curate pour l'aider est due à la représentation accrue du Middlesex et à l'entrée de
Londres dans les Visitation returns ; les bénéfices citadins sont donc favorisés, de
par leur population plus nombreuse et donc plus exigeante (28). Mais nous voyons
aussi qu'une proportion d'un quart à presque 30 % des paroisses dépendent entièr
ement du curate pour leur cure d'âmes : ce sont celles dont le pasteur est totalement
absent, ou malade et incapable d'assumer sa charge ; le curate n'est pas simplement
assistant, il est remplaçant. Son lieu de résidence est donc aussi important que celui
de Y incumbent.
Paroisses ayant curate résidant dans 1766-70 1778 1790
Le presbytère 14,3 % 15,6% 16,6%
La paroisse 40,3 % 34,8 % 31,7%
La paroisse voisine ou la même ville 26,9 % 38,5 % 41,4%
Le même doyenné 8 % 10,2% 4,8%
Le doyenné voisin 5,4% 2,9%
Le même comté 0,6%
Le diocèse 0,5%
Le diocèse voisin 0,5% 0,9%
Soit, en effectuant les mêmes regroupements que pour les pasteurs :
Résident 55,9% 46 % 51,4%
Dans la paroisse voisine ou la même
ville 26,9 % 38,5% 41,4%
Dans le même diocèse 16,7% 9,6% 10,9% le diocèse voisin 0,5% 0,5% 0,9%
On voit que le taux de résidence des curates dans la paroisse ou à proximité est
beaucoup plus élevé que celui des pasteurs, et que contrairement à ces derniers, aucun
ne vit dans une région éloignée, et une part infime seulement dans un diocèse contigu
à celui de Londres. On l'explique aisément par la fonction même du curate : son rôle
étant de remplacer ou d'aider le pasteur, de quelle utilité serait-il s'il résidait au loin,
car si un incumbent peut faire appel à un remplaçant, ce dernier par définition doit
remplir sa tâche de façon constante.
Le tableau suivant montre en outre une grande rationalité dans le déploiement
du clergé. Le rapprochement de la résidence du pasteur et du curate et du type d'enca
drement de la paroisse montre que d'une part, le premier n'habite loin, dans la majorité
des cas, que lorsqu'il a un remplaçant ou tout au moins un assistant, et d'autre part
que le pasteur et le curate ont un comportement très différent lorsqu'ils sont seuls
chargés d'une paroisse. VIE DES PAROISSES EN ANGLETERRE 193 LA
Encadrement des paroisses Résidence du pasteur
Pasteur seul Pasteur et curate
1766-70
Dans la paroisse 71 % 49% la voisine ou la même ville 17% 13%
Dans la même diocèse 11 % 37% le diocèse voisin 3%
1778
Dans la paroisse 73% 44% la voisine ou la même ville 18% 8%
Dans la même diocèse 8% 42%
Dans le diocèse voisin 5%
1790
Dans la paroisse 74% 41%
Dans la voisine ou la même ville 23% 22% le même diocèse 31 % 5%
Dans le diocèse voisin 4% une région éloignée 1%
Encadrement des paroisses Résidence du curate
Curate seul Curate et pasteur
1766-70
Dans la paroisse 51 % 62% la voisine ou la même ville 30% 24%
Dans le même diocèse 20% 13% le diocèse voisin 1%
1778
Dans la paroisse 41% 61% la paroise voisine ou la même ville 30% 47%
Dans la même diocèse 12% 7% le diocèse voisin 1%
1790
Dans la paroisse 49% 43%
Dans la voisine ou la même ville 41 % 40%
Dans le même diocèse 16% 9% le diocèse voisin 1% 1% 94 HISTOIRE ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ 1
Un certain optimisme se dégage de ces chiffres concernant d'abord la conscience
professionnelle du pasteur lorsqu'il est seul à s'occuper d'une paroisse : on le voit y
résider, ou dans celle d'à côté, dans 89 à 95 % des cas, et cette proportion est en
augmentation au cours de ces visites. Malheureusement, un phénomène aussi satisfai
sant ne se produit que dans la moitié ou le tiers environ des bénéfices du diocèse, les
autres dépendant beaucoup plus du curate. Lorsque ce dernier est associé à un i
ncumbent, c'est l'assistant qui réside sur place ou à côté majoritairement, tandis que
le titulaire a beaucoup plus tendance à s'éloigner ; mais de 1 5 à 1 0 % de ces paroisses
encadrées par deux clergymen voient cependant leur curate habiter plus loin, bien
que presque toujours dans le diocèse même, alors que le pasteur des livings confiés
à ses seuls soins ne le faisait que dans 1 1 à 5 % des cas ; et la proportion passe à 12 ou
20 % des paroisses où le curate est seul en charge. On peut en conclure que malgré
la très grande importance des remplaçants dans l'économie religieuse de la région,
si on veut avoir un clergyman sur place, il vaut mieux que ce soit le pasteur titulaire
lui-même qui assure la cure d'âmes. La moindre résidence des curates s'explique ais
ément par leur pauvreté : d'après les visites pastorales, leurs salaires annuels vont de
30 à 60 L, ce qui est considéré comme normal, mais ne suffit pas à les faire vivre
sans cumuler d'autres charges : s'ils sont pasteurs par ailleurs, ils doivent y résider
de préférence ; ils ont d'autres curacies^ ou des écoles, etc. On peut souligner un
détail : les curates ont moins tendance à habiter le presbytère même (de 12 à 19 %
des cas) que les pasteurs (de 33 à 66 %), sans doute parce que le parsonage-house
doit se délabrer d'autant plus vite que le titulaire n'est pas sur place pour veiller à
son entretien.
Les lignes qui précèdent ont permis de nuancer la notion, généralement trop
tranchée, de non-résidence pastorale. On voit que grâce à la possibilité de résider
tout près, dans le Middlesec et à Londres en particulier, mais aussi à la campagne
1766-70 1778 1790
Paroisses sans pasteur résident
mais avec curate résident 38,7 % 39,3% 37,5%
75,7 % 76,9 % 66,3 %
Paroisses sans pasteur résident
mais avec curate dans le voisinage 27 % 37 % 39,4 %
Paroisses ayant un clergyman
résident (pasteur ou curate) 67,1 % 59,9% 60,6 %
88,6 % 99 % 98,3 %
Paroisses ayant un clergyman
dans le voisinage 28,7% 31,9% 37,7 %