«Le Portrait de gentilhomme» de Largillierre : un exercice d'attention - article ; n°1 ; vol.100, pg 29-43

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Revue de l'Art - Année 1993 - Volume 100 - Numéro 1 - Pages 29-43
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1993
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William B. MacGregor
Madame Jeanne Bouniort
«Le Portrait de gentilhomme» de Largillierre : un exercice
d'attention
In: Revue de l'Art, 1993, n°100. pp. 29-43.
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MacGregor William B., Bouniort Jeanne. «Le Portrait de gentilhomme» de Largillierre : un exercice d'attention. In: Revue de
l'Art, 1993, n°100. pp. 29-43.
doi : 10.3406/rvart.1993.348037
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1993_num_100_1_348037William MacGreo or
Le Portrait de gentilhomme
de Largillierre un exercice
attention
invitation supposer un certain nombre de choses
assez floues avoue sur la peinture et le spec-
rareuL abord ce qui dans apparence du tableau
Ini-meme dans la fa on dont il est peint bien
pu SLiscirer espèce de contemplation attentive
dans laquelle esr plongé invité puis ce que cet
observateur bien pu scrncer dans son examen
prolongé de oeuvre en nn mor les modes at
tention que le tableau pn sollicker nn spec
tateur de époque Au rond il agir dans rine
certaine mesure de regarder n-avers des veux du
XVII siècle Ce qui nous amène i-econsrirner
certains aspects de arrenrion er la réflexion déjà
prodiguées par le peinrre lui-même er enregisrrees
dans son uvre Une enquère sur deux ronrs
donc Le portrait que je voudrais soumerrre eer
exercice est pas de Rigand mais un de ses
contemporains et collèe.ues Académie Nicolas
ce un nôtre adapté il de la traiel ignorer homme quelque le portraits manuel dote cle strictement ressemble qui que me La mise par bourgeois bien Dieu règne regardois bourgeoisie tirer en simple ne Permettez-moi qui Un Nous dit des beau je sur allai Rigault voyent au tiré langue Monsieur pas me homme tous qui conviens meilleurs en les de sujet ... gravité scène portraiel mon mais entrâmes est existence suis fort il de avoir me Louis sociales savoir-vivre ce tableaux semble long-tems avec ceux en lorsque ou un qui de propos fait il Paris aucun faisant portraiel du et soi dans quelques pour air que attention XIV qui peintres il cette monde ne de tirer dans une portrait particulièrement est ne je nous bourgeois la usage et dans ... le une lui les commencer concerne que ces par bon se donnée aristocratique ait haure histoire sa trouvent voyent plus le jours maltraités auroit fûmes seroir nuances et grande est Rigault je de pas cette ay dans chambre discours II cependant visuelle comme me précisément société fait Paris cline intéressante ces trouvent plutôt pas préoccupation ce un dit anecdote sortis trouvée suis révérence que faire de sens me délicatesses pas en servy du torr ehe et où jointe séduisant de il publié fait raffinement dit-il les de pareil vit niie que mon XVII long-tems tous il époque il dans honnere un moyens suis du peindre est table sur ne que parmi Mais anee- riehe avoit cas por sous est Priés ceux mot une fort siè me pas un les de et je sa il de Largillierre est son ï ï lcirnliwnmc
de 1710 fig 3) îï ë- hui an Califor
nia Palace of the Legion ol Honor San Fran
Ne nous inqrnérons pas rrop de cerre
substitution qui tienr davanrage la possibilire
examiner dans la ville où ire des porn-airs
fran ais du XVIIIe siècle de roni preinier ordre qn
un quelconque préjugé personnel courre Rigand
encore que la brève apparirion dudir porrrair dans
Sueurs froides de Hitchcock air consumé nn aror
supplémentaire je dois bien a-ouer Bien au
contraire ce Portrait de gentilhomme ou du reste
le fait que est un portrait se prête parfaitement
me semble-r-il aux interrogations sur attention
visuelle que nous allons formuler Par ailleurs il
faut se souvenir que Rigaud et Largillierre avaient
quelques affinités professionnelles sinon stylisti
ques Tous deux jouissaient une renommée in-
29 Illustration non autorisée à la diffusion Illustration non autorisée à la diffusion
Nicolas de Largillierre Portrait de Fran ois-Jules du Vaucel 1724 huile sur coile Nicolas de Largillierre Portrait de femme en Astree sans douce Marie-Joséphine
Paris musée du Louvre Drummond comtesse de Casrelblanco) vers 1690-1712 huile sur toile Montréal
Museum of Fine Arts
ternarionale pour leurs portraits et se livraient cette étrangère convienne bien aux singularités pic est de couleur changeante la petite garniture doit
ailleurs une espèce de rivalité amicale car ils turales ils ont voulu envisager Ainsi le théo être une seule couleur principe fort bien il
se partageaient une clientèle composée dans une ricien de art Gérard de Lairesse nourri une lustré par le Portrait de femme en Astrée vers 1690-
large mesure de grands bourgeois parisiens et de culture septentrionale analogue celle qui mar 1712 du même Largillierre fig Les
membres de la cour ou Rigaud occupait les hautes qué Largillierre quand il commencé sa forma assortiments de couleurs pour les vêtements et
fonctions de peintre officiel auprès du roi Il leur tion5 emploie le terme hollandais monstering pour leurs garnitures sont même régis par des règles
est même arrivé parfois offrir leurs services aux désigner un phénomène vestimentaire assez varia différentes selon le sexe et la personne Des
mêmes personnes Enfin étant donné la réputa ble dans les portraits du XVII siècle auquel les termes aussi inusités que celui-là alliés la logique
tion de peintre de la bourgeoisie et de la ville peintres modèles et spectateurs accordaient mani singulière dont ils participent ne peuvent que
acquise depuis par Largillierre fût-elle une fiction festement une grande importance le rôle des par nous aider mieux comprendre et énoncer un peu
de histoire de art rien ne nous interdit ties intérieures des habits retournées ou rendues de la pensée visuelle intervenue dans exécution
visibles de quelque autre manière Gérard de Lai maginer que ce portrait dont le modèle reste op du portrait qui nous occupe
resse explique que le monstering est un ornement portunément anonyme était celui qui ornait la
chambre de notre bourgeois aux prétentions de ou un rehaut comme lorsque une grande draperie
AVERTISSEMENT SUR QUELQUES gentilhomme de couleur unie est ornée une ou plusieurs pe
CONSTANTES DANS LE TRAITEMENT il va falloir affiner notre vision histori tites que ce soit un voile ceinture ou un re
DES DONN ES VISUELLES que de ce tableau il semble bon invoquer quel vers de manche une pièce de linge ou un
ques professionnels avertis en matière de tableaux plastron De plus ce monstering peut être de
et de phénomènes perceptifs actifs au XVIIIe siè soie changeante ou étoffés aux couleurs parta Bien entendu la perception des tableaux ne
cle et donc capables de nous faire cerner intérêt gées quand est pour rehausser une grande dra est pas transformée totalement depuis 1710 On
visuel de oeuvre dans les termes de époque perie de couleur unie comme on en trouve un peut présumer sans grand risque que bon nombre
Ceux auxquels je pense forment un petit groupe exemple extrême dans le Portrait de Fran ois-Jules des aspects fondamentaux au niveau élémen
hétéroclite de théoriciens de art joints un ou du Vaucel 1724 peint par Largillierre dont la taire de la perception et de attention visuelles
veste en velours sombre orne de revers de manche deux savants mais Roger de Piles sera le principal que les spécialistes en sciences cognitives tentent
entre eux Ils mettent notre disposition des démesurés en brocart clinquant fig l) assortis hui expliquer échappent aux particula
termes quelquefois étranges en vérité encore que au gilet Au contraire quand la grande draperie rités de il une époque9 Les mécanismes et
30 Illustration non autorisée à la diffusion
Niw
de Largillierre
Portrait de gentil
homme 1710
huile sur toile
San Francisco
The Fine Arts
Muséum
don de Archer
Hundn Lon
par inteniicdia.ire
de Herberr
Fleishhacker
1929.1 et supérieurs engendrés par des inclinaisons dif
férentes des fils de chaîne qui fournissent un autre
indice important permettant de déduire les vo
lumes et angles de la surface représentée Mais un
spectateur aussi inexpérimenté ne correspond nul
lement celui que le tableau présuppose Même
si nous avons jamais eu besoin de les décrire ex
plicitement nous sommes censés avoir eu une cer Illustration non autorisée à la diffusion taine fréquentation visuelle de effet spécial simulé
par artiste savoir que on regarde le ve
lours dans le sens des fils les fibres paraissent plus
plates que on regarde contre-fil davan
tage de lumière de toutes les longueurs ondes
se réfléchir sur les surfaces créant des reflets clairs
et brillants 13 Le peintre ne fait admettre son ha
bileté et le modèle son raffinement que si le spec
tateur alors comme hui apporte la de Irvin Rock The Perceptual World Readings from Scientific American 1984 reproduit avec autorisation Extrait lecture du tableau sa connaissance des matières de Scientific American Books Le cerveau suppose que la lumière vient en haut Par conséquent les objets du luxueuses groupe semblent convexes tandis que ceux du groupe paraissent concaves Il convient ajouter que la perception est pas
coextensive attention Autrement dit il des
choses dans les tableaux commencer par les présupposés mis en jeu quand nous percevons une connaissance éprouvée des propriétés visuelles et
forme grâce aux ombres stade initial sorte de matérielles du velours lui-même Quiconque ne ombres et donc aussi les reflets que nous per
degré zéro du traitement des données visuelles sait pas grand-chose du velours risque de prendre cevons sans nous en occuper spécialement en
constituent un de ces aspects Le fait de déduire pour des traces usure ou des défauts les reflets temps normal Ce fait entre en ligne de compte
une forme de la répartition des ombres écrit Vi- surtout ceux qui bordent les contours extérieurs dans le genre de déformations et incohérences pic-
layanur Ramachandran ne peut être une opération
strictement ponctuelle ce doit être un phénomène
global qui touche tout le champ visuel ou une
grande partie de celui-ci 10 Cette obligation
tient semble-t-il la fa on dont notre système
visuel part de deux postulats interdépendants une
source de lumière unique éclaire la totalité de
importe quelle image et la lumière tombe plus
ou moins en haut comme le soleil Les consé
quences sur la perception des volumes apparaissent
clairement si on prend deux ensembles adjacents
de cercles ombrés les premiers étant éclairés dans
leur moitié supérieure et les secondes dans la moi
tié inférieure fig Si on observe ensemble les
cercles des deux groupes les premiers avancent
telles des sphères convexes tandis que les autres
enfoncent en formant des surfaces concaves
Un rapport entre ce phénomène et le portrait
de Largillierre est la phase première antérieure
attention où se situe notre perception de cette
boule de tissu rouge tortillée que le modèle serre
dans la main gauche
Illustration non autorisée à la diffusion Conjointement autres éléments primor
diaux notamment les bords orientés et la couleur
que notre système visuel isole apparemment dans
un premier temps 11 les informations fournies par
les ombres sont exploitées de manière reconsti
tuer la configuration complexe en trois dimensions
présentée par le tissu selon les indications du
peintre Ainsi nous voyons dans deux formes ir
régulières situées approximativement entre les po
sitions correspondant sept et huit heures sur un
cadran fïg 5) des creux et non des bosses du
vêtement étant donné la distribution des ombres
en haut gauche et des lumières en bas droite
qui les détermine Elles suffisent informer le
cerveau sur orientation de éclairage et on met
ensuite épaisseur autres parties de objet en
conformité avec la source de lumière 12
Notre perception de cet aspect du tableau
toutefois une autre dimension de degré supé Nicolas de Largillierre
rieur celle-là Plus précisément interprétation Portrait de gentilhomme
détail) de la surface du vêtement repose aussi sur une
32 turales voulues ou non que notre il peut tolérer
Les énigmes élaborées par Escher jouent là-dessus
Mais il existe bien des exemples moins extraordi
naires de tableaux exigeant une tolérance du spec
tateur On remarque souvent que nous sommes
enclins négliger illogisme de la présence un
cercle dans une construction perspective exigeant
une ellipse 14 Dans le Portrait de femme en Vénus
1695-1700 de Largillierre fig 6) un minuscule
reflet de la fenêtre dépose une touche de lumière
sur le vase de gauche qui est assurément per ue
elle contribue en quelque sorte exact
itude du vase mais ne retient pas notre attention
On pourrait dire elle est appréhendée sur un
mode pré-attentif Si par hasard nous devions nous
pencher sur elle invraisemblance du reflet aurait
des chances de sauter aux yeux car la vue par la
fenêtre derrière le modèle est plongée dans le noir
Illustration non autorisée à la diffusion est le genre de découverte qui nous donne envie
de changer notre forme attention de passer
une orientation globale du regard parallèle dif
fuse et implicite une autre plus concentrée ex
plicite directe et séquentielle pour partir la
recherche incohérences analogues enfouies dans
les plis du manteau de velours de notre modèle
Nous pourrions même en débusquer quelques-
unes Mais je crains que ce ne soit là une activité
frivole une entorse au protocole attention dicté
par le tableau Autant assimiler ce protocole avant
de traquer les faux pas
ROGER DE PILES ET ATTENTION Nicolas de Largillierre DEMAND PAR LE TABLEAU Portrait de femme en
Vénus 1695-1700 huile
sur toile St Louis après Roger de Piles une peinture réussie est The Sr Louis Arr Museum avant tout celle dont le seul effet visuel retient le
spectateur qui passe et accapare son attention
en croire dans idéal un tableau ne devrait per
de conférences Académie échelonnées sur huit médiocre attention sont le langage des portraits mettre personne de passer indifféremment ...
sans être comme surpris sans arrêter et sans jouir ans partir de 1699 et résume les conceptions Par ce biais les tableaux doivent sembler nous
quelque temps du plaisir de la surprise La véri théoriques exposées dans ses ouvrages précédents parler eux-mêmes et nous dire par exemple
table Peinture est donc celle qui nous appelle Il se trouve justement que Largillierre assisté Tiens regarde-moi je suis ce roi invincible envi
plusieurs conférences de Roger de Piles 17 est pour ainsi dire en nous surprenant et ce est ronné de majesté Je suis ce valeureux capitaine
toujours bon savoir mais si en parle ce est que par la force de effet elle produit que nous qui porte la terreur partout ou bien qui ay fait
pas pour tenter de préciser ce que Roger de Piles voir par ma bonne conduite tant de glorieux suc ne pouvons nous empêcher en approcher comme
transmis Largillierre 18 En réalité ce fait auto si elle avoit quelque chose dire 15 Au vrai ef cès je suis ce grand ministre qui ay connu tous
rise nous référer explicitement Roger de Piles les ressorts de la politique je suis ce magistrat fet visuel de la peinture ne devrait pas seulement
capter le regard mais elle doit attirer elle le spec propos du portrait de Largillierre pour trouver une sagesse et une intégrité consommée
tateur comme pour entrer en conversation avec des instruments descriptifs bref imaginer ce que ... 20 Autant dire que la pose adoptée par le
les figures elle représente16 de Piles aurait pensé de ce portrait gentilhomme est pas seulement une espèce de
recette atelier que Largillierre réutilisée indé invoque Roger de Piles pour plusieurs raisons finiment pour ses modèles masculins Elle relève Auteur prolifique de traités sur la peinture et Le mode de la conversation attitude un langage corporel stylisé destiné être lu et conseiller honoraire amateur auprès de Académie comme signal de attention lisible parce que coutumier la culture elitaire royale de peinture et de sculpture de 1699 sa dont cet homme se réclame si fièrement Quant mort en 1709 il est un des arbitres les plus élo Supposons donc que Roger de Piles examine au peintre il pourrait compter sur son futur pu quents et les plus en vue dans le milieu culturel la fa on dont le portrait de Largillierre arrête en blic pour avoir expérience et la vigilance permet de Largillierre pour ce qui concerne intérêt des premier lieu le regard et rerient attention du tant de déchiffrer convenablement ce langage tableaux et aussi certaines réalités de la vision et spectateur abord attitude même du person corporel et réagir bon escient de attention Roger de Piles nous est autant nage semble calculée pour attirer directement er
plus précieux il établi et préconisé des liens fort théâtralement le spectateur du XVII siècle 19 Indépendamment de toutes les autres choses
entre les deux il expliqué comment le fait de Avec ce type de portrait où la pose affectée du que la pose du personnage était destinée commu
connaître quelques données essentielles sur la vi modèle et son regard tourné vers extérieur du ta niquer on est donc fondé croire que ce qui est
sion et attention peut utilement influer sur bleau démontrent il se sait observé je crois donné ici est un signal attention adresse
laboration de intérêt visuel et comment des bien il faut prendre au pied de la lettre idée du spectateur Car il avère que le modèle adopte
aspects du second se révèlent indissociables du pre exprimée par de Piles une peinture qui invite le attitude conventionnelle aux alentours de 1700
un gentilhomme en pleine conversation Son mier divers égards On peur aisément découvrir spectateur engager conversation avec elle
ses idées en la matière dans son Cours de teinture Roger de Piles affirme ailleurs que les attitudes geste dans notre direction nous incite tourner
par principes publié en 1708 qui reprend une suite auxquelles habile Peintre ne doit pas faire une notre esprit vers lui Des manuels de dessin tel
33 10 celui que Sébastien Le Clerc con ut et grava vers Sébastien Le Clerc le tournant du siècle pour instruction de le Diverses suites duc de Bourgogne dont Largillierre peint au de figures ... pour moins un portrait) procurent quelques lumières instruction de sur les inflexions infimes applicables cette atti le duc tude particulière et sur la gamme des réactions ap de Bourgogne propriées fig 7-10 Cela dit nous devons nous Paris s.d Livre Ier
Illustration non autorisée à la diffusion pi Paris garder de plaquer une interprétation trop rigide
Bibi nat en cherchant par exemple dans des manuels de
théâtre quelque norme rhétorique mettre en pa
rallèle avec la configuration de la main et du bras
dans ce portrait fig 11 Avec notre sensibilité
différente nous serions bien capables imaginer
que ce geste désigne lourdement la fleur de cou
leur claire retombant sur le bord de la balustrade
derrière lui Toutefois absence même de la fleur
dans le Portrait de La Live de Bellegarde 1710
peint par Largillierre fig 12) dont la composi
tion est par ailleurs identique en tout point doit
nous dissuader de voir là le genre de geste dési-
gnateur qui selon Claude Gandelman capterait
le regard du spectateur et le conduirait telle une
flèche vers un point de espace aussi peu fasci
nant îî Largillierre recourait des procédés bien
plus subtils pour retenir notre attention et mani
Illustration non autorisée à la diffusion puler le mouvement de notre regard intérieur
du tableau
Fatalement une bonne part des nuances de
sens véhiculées par les attitudes dans les portraits
nous échappent désormais Faure de posséder le
bon répertoire de cognition conceptuelle nous ne
pouvons aller beaucoup plus loin cet égard dans
notre affinement de la perception du tableau Au
fond mieux vaut peut-être laisser au geste de
homme son caractère ouvertement théâtral mais
incertain en parfaite harmonie avec les dîners
mondains fig 13 et les promenades galantes
dans le parc fig 14)
Illustration non autorisée à la diffusion
v-..
71
Illustration non autorisée à la diffusion
Illustration non autorisée à la diffusion
11 Johannes Jelgerhuis Theoretische lessen over de
gesticulatie en mimiek... Amsterdam 1830 Pl 21
Amsterdam Universiteitsbibliotheek La gravure
présente divers gestes éloquents employés
par le comédien
34 Le rôle du rouge
Roger de Piles ardenr parrisan de la primauté
de la couleur dans la pratique er appréhension
de la peinture23 aurair sûrement remarqué
combien Largillierre utilise eff cacemenc le rouge
dans ce portrait pour arrêter le regard du specta
teur et forcer son attention Plus particulièremenc
la boule de velours que le modèle serre dans la
main gauche offre un exemple saisissant de la sorre
de scavante exagération que Roger de Piles re
commande pour la luminosité et intensité des
couleurs observées dans la réalité Le Peintre ex
plique-t-il ne doit pas imiter toutes les couleurs
qui offrent indifféremment ses yeux il ne doit
choisir que celles qui lui conviennent et il le
juge propos il en ajoute autres qui puissent
produire un erter rel il imagine pour la beauté
de son ë-rage En outre il est pas indiffé Illustration non autorisée à la diffusion rent que Roger de Piles ait tenu préciser que
impression visuelle produite par les portraits jus
tement tout gagner de ses conseils Si vous
voulez que vôtre ouvrage tasse un bon effet du
lieu où il doit être vu il faur que les couleurs
et les lumières en soient un peu exagérées mais
avemment et avec une grande discrétion 25
est là une idée qui sous-tend la cheorie de
Roger de Piles attention visuelle se répartir iné
galement en allant abord vers certains srimuli
exagérés présents sur la surface picturale relies
les teintes éclatantes et les lumières vives Accré
ditée par le tableau de Largillierre elle concorde
aussi avec la pensée du moment en la matière
Deux règles énoncées par Christian Wolff dans sa 12 Nicolas de Largillierre
Psychologia rationalis de 1734 le font bien Portrait de La Live
de Bellegarde 1710 comprendre 369 Si différents objets agissent si
huile sur toile multanément sur différents organes sensoriels ce L-olircrion particulière lui donc idée matérielle entendez impression
sensorielle esc plus vive attire attention sur lui
370 ... si dittérenrs objets agissent simultané
ment sur organes sensoriels celui qui invoquée au XVII siècle reste le terme employé bruns 30 Par conséquent le marron de la veste de
agit avec plus de torée ou de vigueur sur un organe en optique pour designer les déformations pro velours de notre gentilhomme ec le mince triangle
est celui qui attire atrenrion sur lui 26 Wolff cite duites par le cristallin de il qui dévie les dif orangé de son giler de brocart deux ceinces in
le rouge parmi les facreurs excernes déterminant férentes longueurs ondes de la lumière visible le termédiaires entre le rouge et le jaune se placent
le degré attention mais il esc cerres pas le pre rouge étant la moins réfraccéei réfléchie par des légèrement en arrière du tissu rouge il rient
mier apercevoir que des reinces chaudes comme objets colorés situés dans le champ visuel dont Pendant ce temps les bleus et le fragment vert
le rouge produisent une impression extrêmement image se forme sur des plans légèrement séparés dans le plan du fond se comporrenr comme ils le
puissante sur il et par conséquent sur notre un peu en avant ou arrière de couche photosen doivent en éloignant Largillierre ne est pas
faculté attention 27 Quelque cinquante ans au sible de la rétine Le mouvement apparenc des contenté de faire passer au premier plan une har
paravant en 1679 Henri Testelin avair présente couleurs qui semblent approcher ou éloigner du monie chaude offerte notre délectation Il tire
Académie sa Table de préceptes sii spectateur écrit Hazel Rossotti se produit sans parti de cet aléa de la vision en fournissent au
qui attribuait certaines teintes des propriétés doute parce que le cristallin de il ... se spectateur quelques signaux subtils en profondeur
marquantes ou valeurs absolues parmi lesquelles compose une substance unique de sorte il esc est le genre accord harmonique qui aurair
figuraient la force la luminosité et la richesse Le sujet une aberration chromatique la lumière beaucoup plu Henri Testelin
rouge ainsi que le jaune étaient classés tout en de différentes longueurs onde est déviée comme On peut ajouter que ces déplacements alterna
haut Testelin évoquait aussi trois relations ou par un prisme ou une goutte eau des degrés tifs des couleurs toute une série de corollaires
valeurs relatives gouvernant les interactions pos variables Quand les muscles qui commandent la Etant donné la répartition irrégulière des cônes ré
sibles entre des couleurs adjacentes Certaines se forme du cristallin dirigent la lumière verte sur la tiniens les bleux sont per us sur les bords du
renforcent mutuellement autres semblent recu rétine la lumière rouge pénètre un peu en arrière champ de vision des couleurs er les rouges relati
ler ou avancer selon le cas et enfin les combi et la bleue un peu en a-anr Pour donner une vement près du cenrre seulement Autrement dit
naisons de couleurs telles les notes jouées image nette un ob]er rouge le cristallin doit être les cônes ces récepteurs de la lumière vive concen
ensemble peuvenr ecre harmonieuses ou discor de la même torme que celle dont nous avons be trés en plus grand nombre aurour de la fovea sont
dantes Beaucoup de théoriciens compris Roger soin pour voir un objet vert un peu plus près surrour sensibles la longueur onde rouge tan
de Piles onr tile la métaphore musicale il conve et pour voir un objet bleu il faut ajuster en sens dis que les bâtonnets récepceurs de la lumière fai
nait accorder judicieusemenr les couleurs)28 inverse Ainsi les rouges semblenr-ils a-ancer et les ble plus uniformément dispersés réagissent
Ce qui appelle une explication est illusion bleus reculer 29 En fait les rouges ne sont pas surtout la longueur onde bleue Cerre excita
optique qui fait saillir le rouge le plus brillant les seuls donner la sensation optique ils avan bilité variable au niveau de la recine engendre la
au premier plan droite dans le tableau de Lar cent quand ils sont juxtaposés des bleus et des sensation que les bleus étalent eonduisanc le re
gillierre aberration on.irîcfnc que on aurait verrs Il en va de même pour les jaunes et les gard vers extérieur alors que les rouges se contractent amenant attention du spectateur
se focaliser sur leur partie centrale31 ce est pas
pour rien que la main gauche fermée du modèle
frappe tellement quand on balaie le tableau du re
gard Imaginez la tension optique qui aurait ré
sulté de la décision habiller le modèle en bleu
et vert et de rougir les arbustes derrière lui Ce
qui ne veut pas dire que Largillierre ait pas cédé
de temps autre la tentation introduire un
effet oscillation Prenez par exemple le Portrait
de femme en Vénus fig 6) tableau qui théâtralise
les rapports entre rouges et bleus par un procédé
différent une cape azur drapée autour des épaules
de la femme intercale entre une tenture de ve
lours rosé foncé derrière elle et un morceau de
satin rosé clair qui recouvre partiellement une ta
ble au premier plan Le bleu instable de la cape
exhalte quasiment tandis que les rosés sur avant
et dans le fond se contractent et se resserrent Sur
le côté les fleurs dans le vase interprètent une pé
ripétie indépendante de intrigue principale
Illustration non autorisée à la diffusion
La netteté de la vision et le clair-obscur
Parmi les moyens de manipuler attention du
spectateur dans le Portrait de gentilhomme le plus
étudié peut-être se rapporte la répartition des
zones de lumière et de netteté Or les hommes
de science des XVIIe et XVIIIe siècles intéressaient
beaucoup la netteté de la vision que nous
désignons par acuité et accomodation est-à-
dire aptitude limitée de il voir distinctement
les objets disposés dans étendue er la profondeur
du champ visuel 32 La plus grande acuité centrale
ou fovéale due la sensibilité supérieure de la
rétine sur la fovea où les récepteurs sont plus
concentrés er la dégradation concomitante de la
netteté vers la périphérie du champ visuel étaient
clairement expliquées dans un traité sur la vision
que Sébastien Le Clerc avait publié en 1679 pour la naissance Kui- -W Albe fig 15-16 afin de trancher quelques débars sur prince des Astiiries 1707 ëîï ciei. ïà del Semr rumpe à/ï la perspective qui agitaient alors le milieu des burin Paris Bibi nat peintres 33 Les deux illustrations indiquent préci
sément axe central de vision nette entre les yeux
et objet et signalent aussi un angle
de vision presque nette mesurant approximative
ment 50 intérieur de arc visuel complet
En fait même moins un seul petit de
gré de distance de la fovea acuite visuelle baisse
fortement34 Quant accomodation la faculté
que possède il de changer de forme afin de se
régler sur la distance de tel ou tel objet elle
ne peut se dissocier du phénomène de vision bi
noculaire ou stéréoscopique dont Philip Johnson-
Illustration non autorisée à la diffusion Laird explicite le fonctionnement Quel que soit
le point sur lequel se fixent les yeux son image
tombe au centre de chaque rétine où la densité
des récepteurs atteint un maximum Tout autre
point visible par les deux yeux va également se
projeter sur les deux rétines et comme le montre
illustration fig 17) la distance et la direction
de ses projections par rapport aux centres des deux
yeux sont uniquement déterminées par sa position
dans espace relativement au point de fixation
Ainsi un point rapproché se projette sur les deux
rétines une faible distance des centres mais les
distances et directions diffèrent un il autre 14 Hyacinthe Rigaud Arc de Triomphe s.d burin Paris Bibi Arts décoratifs parce que les points de vue ne sont pas les
mêmes 35
36 fixé de tous les objets il que celui qui se
trouve au centre de la vision lequel soit vu clai
rement et distinctement les autres étant vus que
par des rayons obliques obscurcissent et se
confondent mesure ils éloignent du rayon
direct est un fait que nous vérifions tous les
instans que nous portons nos yeux sur quelque ob
jet
Je suppose par exemple que mon il se
porte sur objet par la ligne directe AB Il est
certain que si je ne remue pas mon il et en
même rems je veuille observer les autres objets qui
ne sont vus que par les lignes obliques droite
et gauche je trouverai que bien ils soient tous
Illustration non autorisée à la diffusion Illustration non autorisée à la diffusion sur une même ligne circulaire la même distance
de mon il ils effacent et diminuent de force
er de couleur mesure ils écartent de la ligne
directe qui esi centre de la vision où il en
suit que la vision est une preuve de unité objet
dans la nature 38
Gr.ice ces renseignements le flou de la per
ruque du gentilhomme apparaît un peu moins bi
sarre Elle ne peut surprendre que si on tente
accommoder sur les boucles de la perruque mais
ce serait observer le tableau rebours pour ain
si dire Si au contraire on se place devant la pein
ture 15 de distance par exemple et que
on braque le r.ivon visuel SUL le visage le prin
cipal centre de la vision qui olrre tout natu
16 Sébastien Le Clerc Discours .ii- L ... Paris 1679 planches reproduites 29 et 31 rellement au speccareur le iou des bords de la 15
montrant la zone centrale de plus gr.mde visi le et angle de vision nette Paris Bibi nat perruque coïncide avec la vision périphérique et
imite ou fusionne aec elle LJ racon plus subtile
et plus savante que imporre quel geste désigna- Pour ce qui est de la netteté cela signifie que gnê nt une partie des rayons dont cette image est teur dont Largillierre distribue les zones de netteté composée 37 On serait tenté de voir Largillierre pour tout objet fixé par le regard et per distinc sur la surface semble erudice pour orienter et fixer tement un objet plus proche ou plus lointain sem établir dans son tableau une distinction analogue attention du speerareur par une espèce anneau ble indistinct car les images projetées SLU chacune nuis sur le monde pictural et peut-être pas aussi de détails saillants mrègrè dans la composition des rétines tombent un côté et de autre de leurs catégoriquement tranchante La couche vapo qui sert indiquer au spectateur de fixer précisé fovéas respectives Nos yeux doivent accommoder reuse qui brouille les formes végétales dans le se ment sa fovea sur les parties les plus finement re en conséquence pour voir distinctement un ou cond plan terne semble découler du fait que nos présentées et donc les plus riches en informations autre de ces points est-à-dire pour aligner yeux accommodent sur le premier plan est un La trajectoire prescrite pour exploration visuelle avec axe de la vision nette Le physiologiste phénomène subjectif qui dépend de la distance sur se révèle plus ou moins triangulaire délimitée par laquelle on fixe son regard aspect flou et délavé Claude Nicolas Le Cat pour citer un contempo trois points de fixation sur la tête et sur chacune rain de Largillierre aborde justement cette ques du feuillage éclairé dans les lointains en revanche des deux mains On dirait que le spectateur doit tion dans son Traité eies sens publié en 1740 paraît mettre en évidence le manque de netteté appliquer son pouvoir accomodation sur ce Le Cat raconte et illustre fig 18 une expérience induit dans la perspective aérienne quoi le peintre lui-même consacré le plus at concernant la netteté vécue un jour son réveil Sébastien Le Clerc et Claude Nicolas Le Cat tention en exécutant le tableau ... vis-à-vis de moi étoir une fenêtre et entre soulignent tous deux les retombées de ces obser Ce qui nous amène un autre aspect du Por moi et la fenêtre il avoit le dos une chaise vations sur la pratique de peinture comme sur trait de gentilhomme que Roger de Piles aurait ... Je OVO toute la portion supérieure AC de la perception du tableau par le specrareur Mais trouvé son goût agencement des ombres et cerre renèrre et sur la partie inférieure CE je dis- est Roger de Piles qui fommie de la manière la des lumières Par sa luminosité la tête du modèle tinguois une bande vaporeuse ee de la figure du plus convaincante les liens enrre la netteté inté est pas le seul détail dominant au premier plan dos de la chaise ... en regardant avec les deux rêt visuel de ces tableaux er attention du specta La main gauche du gentilhomme elle aussi est vi veux je vovois la portion AE plus distincte et plus teur mon avis il aurait fiil ce propos plusieurs vement éclairée tour comme la boule de tissu que lumineuse ... La portion EC paroissoit moins remarques surle Portrait de :;r://i abord nous pouvons considérer comme un centre de la disrincre ou couverte une couche vaporeuse concernant les différences de nettere sur la rere vision secondaire Roger de Piles admet il parce que ... elle imprimoit une moindre sensa du modèle de Piles aurait relicite le peinri-e pour peut en avoir plusieurs dans un tableau donné tion dans Ame et dé-là la vision plus foible ou avoir si bien démontré aunice de objet La ra du moment que un eux prédomine clairement) ki couche vaporeuse dont objet paroissoit cou con dont Largillierre peinr le visage bien distinct tandis que intensité de la teinte du tissu sinon ve tout en laissant la perruque devenir loue vers la sa netteté proprement dite diminue vers la périphérie aurait dit de Piles atteste une bonne De crainte que le lecteur ne conronde ce dont gauche Roger de Piles explique fort bien me sem- compréhension de effet que produit la vision il parle ici avec les ellers de la perspective aérienne ble-r-il comment ces zones de luminosité ponc ou plus exactement acuité fovéale Roger de Piles Le Cat fait un distinguo .quelque peu embrouillé tuelles agissent sur attention du spectateur Il utilise une illustration pas très différente de celle entre cette . .. . TL i- même contenue utilise une analogie avec la rhétorique Le Pein de Sébastien Le Clerc fig 19 pour décrire cette dans angle visuel qui esr subiecdve et la tre doir en cela imiter Orateur qui voulant nous réalité et conseiller le peintre ce sujet couche vapeiii iSi que eloignement répand sur attacher un endroit il résolu de nous rendre
objet autrement dir la confusion objective de il la liberté de voir parfaitement rous les sensible raie précéder cet endroit par quelque
chose qui lui est inférieur er après avoir attaché image un objet éloigne qui vient de inter objets qui environnent en se fixant successive
ment sur chacun eux mais quand il est une fois position de air er des vapeurs lesquelles étei- son auditeur objet ce même Orateur le délasse
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