Le Quaternaire moyen de l'Afrique du Nord - article ; n°2 ; vol.2, pg 117-132

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Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1965 - Volume 2 - Numéro 2 - Pages 117-132
Sum of researches about Middle Pleistocene of Northern Africa since the end of the Last World War. After discussion of the limits of this period according with present opinions, results and problems in suspense are successively exposed in stratigraphy, geomorphology, chronology, paleoclimatology and tectonic. At last, advance of Morocco upon Tunisia and much more upon Algeria is pointed out.
Bilan des recherches portant sur le Quaternaire moyen de l'Afrique du Nord depuis la fin de la dernière guerre mondiale. Apres avoir proposé une délimitation de la période en fonction des idées actuelles, on examine successivement les acquisitions et les problèmes en suspens dans les domaines de la stratigraphie, géomorphologie, chronologie, paléochmatologie et tectonique. On souligne enfin l'avance prise par le Maroc sur la Tunisie et surtout sur l'Algérie.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1965
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Langue Français
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R Coque
A Jauzein
Le Quaternaire moyen de l'Afrique du Nord
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 2 - Numéro 2 - 1965. pp. 117-132.
Abstract
Sum of researches about Middle Pleistocene of Northern Africa since the end of the Last World War. After discussion of the limits
of this period according with present opinions, results and problems in suspense are successively exposed in stratigraphy,
geomorphology, chronology, paleoclimatology and tectonic. At last, advance of Morocco upon Tunisia and much more upon
Algeria is pointed out.
Résumé
Bilan des recherches portant sur le Quaternaire moyen de l'Afrique du Nord depuis la fin de la dernière guerre mondiale. Apres
avoir proposé une délimitation de la période en fonction des idées actuelles, on examine successivement les acquisitions et les
problèmes en suspens dans les domaines de la stratigraphie, géomorphologie, chronologie, paléochmatologie et tectonique. On
souligne enfin l'avance prise par le Maroc sur la Tunisie et surtout sur l'Algérie.
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Coque R, Jauzein A. Le Quaternaire moyen de l'Afrique du Nord. In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du
quaternaire - Volume 2 - Numéro 2 - 1965. pp. 117-132.
doi : 10.3406/quate.1965.989
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1965_num_2_2_989Bulletin de l'Association française pour l'Etude du Quaternaire. 1965 - 2< PaSe 117-
NORD* LE QUATERNAIRE MOYEN DE L'AFRIQUE DU
PAR
R. COQUE et A. JAUZEIN
Institut de Géographie, Université de Poitiers.
Ecole Normale Supérieure, Pans.
Sommaire. — Bilan des recherches portant sur le Quaternaire moyen de l'Afrique
du Nord depuis la fin de la dernière guerre mondiale.
Apres avoir proposé une delimitation de la période en fonction des idées actuelles,
on examine successivement les acquisitions et les problèmes en suspens dans les
domaines de la stratigraphie, géomorphologie, chronologie, paléochmatologie et tecto
nique. On souligne enfin l'avance prise par le Maroc sur la Tunisie et surtout sur
l'Algérie.
Summary. — Sum of researches about Middle Pleistocene of Northern Africa since
the end of the Last World War.
After discussion of the limits of this period according with present opinions, results
and problems in suspense are successively exposed in stratigraphy, geomorphology,
chronology, paleochmatology and tectonic. At last, advance of Morocco upon Tunisia
and much more upon Algeria is pointed out.
La fin de la dernière guerre mondiale donne le signal d'une vigoureuse reprise
des recherches sur le Quaternaire de l'Afrique du Nord. Depuis une vingtaine
d'années environ, les publications dans les diverses branches qu'elles concernent
se multiplient.
Mais cet essor tire son originalité, et sans doute une grande partie de son
efficacité, de l'étroite collaboration qui s'instaure souvent entre les différentes
catégories de quaternaristes. La participation des géographes à ce mouvement
mérite d'être soulignée. Elle se manifeste de bonne heure au Maroc. Dès 1941
paraissent les résultats des premières recherches importantes consacrées à la
géomorphologie nord-africaine avec la thèse de J. Dresch sur le Massif central du
Grand Atlas. Et on sait le rôle joué par ses continuateurs dans l'étude du
Quaternaire marocain.
En fait, ce bilan des acquisitions concernant le Quaternaire moyen de
l'Afrique du Nord traduira la nette avance prise par le Maroc sur la Tunisie, et
surtout sur l'Algérie.
LES LIMITES DU QUATERNAIRE MOYEN.
Définir le Quaternaire moyen en Afrique du Nord pose un problème complexe,
car les seules observations bien établies ne peuvent conduire qu'à des échelles
chronologiques relatives où il est aléatoire de préciser des coupures.
Lorsque les auteurs se réfèrent à l'échelle des glaciations alpines, ils s'accordent
tous pour arrêter le Villafranchien à la fin de la glaciation Gunz. Le Pleistocene
* Seance du 20 mars 1965. BULLETIN DE L7ASS0CIATI0N FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE
moyen commence alors par l'interglaciaire Giinz-Mindel, c'est-à-dire, en langage
de préhistorien, par le « Cromer » qui correspond à l'industrie abbevillienne. 11
englobe ensuite la glaciation Mindel, l'interglaciaire Mindel-Riss et la glaciation
Riss (fig. 1).
C'est la limite supérieure qui peut poser les problèmes les plus complexes.
Non seulement les chercheurs se séparent sur la limite du Riss, mais les références
aux glaciations alpines restent mal assurées. C'est à la limite Riss-Wiirm que
les opinions divergent le plus sur les corrélations entre les niveaux continentaux
et marins d'Afrique du Nord.
Méditerranée Maroc - Tunisie
niveaux continentaux niveaux marins
Rharbien
Mellahien Versilien = Flandrien
Soltamen WURM n. m etc. . . Glacis II Ouljien Néotyrrhémen = niveau de Monastir
Pré soltamen WURMI = Glacis m Harounien Eutyrrhénien = niveau de Réjiche
Tensiftien RISS
Anfatien Pleistocene Paléotyrrhémen moyen
Amirien MINDEL
Maarifien
Salétien GUNZ
orogenèse Messaoudien présaharienne
Moulouyen DANUBE ?
"V Villafranchien ancien
FlG. 1.
Niveaux continentaux et niveaux marins au Maroc et en Tunisie.
La géochronologie absolue permettrait sans doute de résoudre cette question.
Mais ses méthodes pour les temps supérieurs à 50 000 ans restent à mettre au
point. Pour ceux inférieurs, les mesures demandent une analyse critique qui
fut trop souvent négligée.
Aussi peut-il paraître plus simple, malgré les difficultés de la typologie
préhistorique, de s'en remettre aux industries humaines. Le Pleistocene moyen
correspondrait à l'époque qui débute avec VAbbevillien et s'étend sur tout l'Acheu-
léen typique. Nous savons que c'est à partir des industries lithiques que l'on
peut proposer certaines corrélations avec l'échelle alpine des glaciations. La
stratigraphie des séries continentales et marines reste en effet relative et ne
permet pas, sans informations supplémentaires, de caler les événements dans
cette échelle,
LA STRATIGRAPHIE ET LA GEOMORPHOLOGIE.
Dans ces limites, il convient d'examiner en premier lieu les progrès de la
stratigraphie. Ils concernent essentiellement le Maroc et la Tunisie, où ils reposent
sur la mise en évidence et l'application des principes de base suivants : QUATERNAIRE MOYEN DE L'AFRIQUE DU NORD 1 19 LE
— la fixation des coupures fondamentales en fonction de l'emboîtement ou
de l'étagement des terrasses et des versants, en particulier des glacis de piémont ;
— l'utilisation des croûtes et des encroûtements, calcaires ou gypseux, comme
niveaux repères dans les coupes, en fonction de leur continuité et de leur
caractère régional ;
— l'analyse minutieuse des successions des formations marines et conti
nentales dans les coupes de la zone littorale.
On envisagera successivement les acquisitions concernant le Quaternaire marin
puis continental.
1. Le Quaternaire marin.
C'est au Maroc que les résultats sont les plus remarquables. En bordure
de l'Atlantique, le soulèvement limité de la Meseta semble avoir favorisé l'in
scription des maxima des transgressions successives en plages étagées. Aussi y
sont-elles bien caractérisées et, à l'échelle locale, l'altitude chiffrée des « laisses
de haute mer » ou des « falaises d'abrasion » prend une certaine valeur.
Sans tenir compte des éléments de plateforme flandrienne, tous les auteurs
s'accordent pour distinguer au moins cinq niveaux quaternaires : le Messaoudien
(90-100 m), le Maarifien (55-60 m), l'Anfatien (28-34 m), le niveau de 15-20 m,
l'Ouljien (5-8 m) (fig. 1). Seul G. Choubert décrit un niveau supplémentaire, le
Moghrébien, que les autres chercheurs considèrent plutôt comme un stade régressif
du Pliocène. Celui de 15-20 m est appelé Rabatien par G. Choubert, Kébibat
par M. Gigout et Harounien par P. Biberson.
A l'heure actuelle, tous les quaternaristes du Maroc s'accordent pour placer
le Maarifien dans l'interglaciaire Gùnz-Mindel, et l'Anfatien dans le Mindel-Riss.
En tenant compte de la définition précédente du Pleistocene moyen, ce serait les
seuls niveaux qui devraient nous intéresser. Le Harounien, qui correspond à
la limite entre l'Acheuléen évolué et le Moustérien de tradition acheuléenne du
dépôt continental directement superposé (Soltanien I ou Présoltanien), se situerait
déjà dans l'interglaciaire Riss-Wurm.
Le Maarifien tire son nom d'un quartier de Casablanca. Il signale une trans
gression de 55-60 m mise en évidence par P. Biberson en 1958. On le suit perpen
diculairement à la côte sur quelques kilomètres dans plusieurs carrières. Ses
niveaux les plus bas, régressifs, fournissent une faune froide à Littorina littorea
et Purpura lapillus (fig. 2).
Une corrélation avec les données italiennes reste difficile à préciser. On sait
combien les niveaux longtemps classiques du Milazzien et du Sicilien suscitent
de polémiques. L'activité de la néotectonique en Italie semble responsable de
ces difficultés encore accrues par la pauvreté, sinon l'absence, de faunes typiques
ou d'industries. Ainsi R. Selli rétablit le Milazzien supprimé par nombre d'auteurs
depuis M. Gignoux, qu'il subdivise même en deux sous-niveaux dans la plaine
du Pô. La panchina d'Imola attribuée au Milazzien passe latéralement à des
formations continentales à Elephas antiquus et industrie pré-abbevillienne.
P. Biberson admet au contraire sa suppression et assimile le Maarifien au
Sicilien considéré comme post-Giinz avec G. Lecointre, C. Arambourg et M. Gigout.
Pour G. Choubert, par contre, le Sicilien précéderait le Gûnz et le Maarifien
équivaudrait au Milazzien.
L'Anfatien, défini à la colline d'Anfa près de Casablanca, vient s'emboîter à
28-34 m dans la dune liée à la régression antérieure. Ce niveau, très riche en
mollusques, fournit une faune à Purpura haemastoma et Patella safiana où on BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE ]20
rencontre encore des spécimens de Trochatella trochijormis, reliques du Quater
naire ancien (fig. 2). Pour P. Biberson il équivaudrait au Paléotyrrhénien de
E. Bonifay et P. Mars, c'est-à-dire à l'interglaciaire Mindel-Riss.
Le Harounien (18-20 m) se manifeste surtout par une falaise d'abrasion. Des
formations continentales à bifaces de l'Acheuléen le plus évolué (stade VIII)
ou Moustérien de tradition acheuléenne de P. Biberson le surmontent. Aussi
représente-t-il, sous doute, l'interglaciaire Riss-Wiïrm, soit l'Eutyrrhénien. Il appar
tiendrait alors au Pleistocene supérieur.
Fig. 2. — Coupe synthétique de la carrière Schneider de Sidi
Abdermhman. Ancienne exploitation de la « Cunette», Maroc (d'après
P. Biberson).
1 • limons rouges superficiels • Soltanien s s — 2 • croûte calcaire. — 3 : dune post-ouljienne consolidée — 4 croûte calcaire presoltamenne — 5 • calcaires brechoides roses du Presoltanien — 6 . limons bruns du Tensif- tien — 7 • sables limoneux du debut du Tensiftien — 8 cailloutis et sables remaniant le niveau sous-jacent • debut de la regression post-anfatienne — 9 • dépôts marins du maximum anfatien — 10 • dépôts marins de l'Anfatien transgressif — 11 remaniement par l'Anfatien transgressif des formations continentales de l'Amirien final — 12 • dune amirienne consolidée attaquée en falaise par la transgression anfatienne — 13 a 18 ■ grès de plage et conglomérat marin de base de la « Grande Dune » • Maanfien régressif — 19 - 20 • substratum crétacé ou cambrien selon les lieux.
Depuis les observations de A. Pomel publiées en 1884, de nombreux travaux
concernent également le Quaternaire marin de Tunisie. Les publications de Flick
et Pervinquière (1904), de Lamothe (1905), M. Solignac (1931), R. Lafitte et
E. Dumon (1948), G. Castany, E.G. Gobert et L. Harson (1956), R. Coque (1962)
et A. Jauzein (1959 et 1963) jalonnent les étapes principales de ces recherches.
Dans cette partie du Maghreb, seul le niveau de 5-8 m est bien caractérisé
par sa faune à strombe depuis l'île de la Galite jusqu'à celle de Djerba. C'est lui
qui apparaît déformé en dôme et faille à Monastir. En raison de son développe
ment, de sa cote moyenne, et surtout des industries préhistoriques associées à
la plage ou incluses dans les formations continentales qui lui succèdent, il convient QUATERNAIRE MOYEN DE L'AFRIQUE DU NORD J21 LE
de le rattacher à l'Ouljien de M. Gigout, soit au Néotyrrhénien de E. Bonifay
et P. Mars.
En 1958 l'un de nous (AJ.) put étudier une carrière ouverte à El Douira,
à 3 km au Sud de Réjiche sur la côte sahélienne, en vue de fournir des blocs
pour la construction de la digue du nouveau port de Mahdia (fig. 3). Dans
la partie haute (12-15 m) de la laisse, la faune ne fournit guère que Pectunculus.
Plus bas la formation devient moins résistante et la iaune, assez banale, livre
des Nassa circumcincta à test épais. D'après les carriers le strombe existerait
en rares exemplaires. On pense pouvoir lui attribuer une grosse columelle
trouvée dans le dépôt détritique le plus grossier. Ce niveau de Réjiche se situe
à 600 m environ en amont des grandes dunes calcaires du type « dune ancienne
a oolithes calcaires » si développé du Cap Bon à la Cyrénaïque. Elles s'édifièrent
peu après la plage de 12-15 m, au cours de la régression, lorsque l'abaissement
du niveau marin découvrit la zone de formation des oolithes qui furent alors
prises en charge par les vents. La transgression postérieure les entaille en
falaise jusqu'à la cote de 7-8 m et se caractérise par l'abondance des strombes.
Plage de REJICHE = Tyr. H dune anté-ouljlenne
20m-( ^^_ OULJIEN
500m
Fig. 3. — Plages ancienne? de Réjiche- (Tunisie).
Dans le Cap Bon, en particulier à Menzel Temime, on retrouve un niveau
encroûté riche en coquilles, sans strombe mais avec Purpura haemastoma et
Nassa circumcincta à test épais, sous la dune d'oolithes et séparé d'elle par
des sables rouges (fig. 4).
Ainsi le niveau de Réjiche représente la transgression antérieure à l'Ouljien,
soit le Harounien du Maroc ou l'Eutyrrhénien de Bonifay et Mars. On ne connaît
donc pas encore en Tunisie de formations marines du Pleistocene moyen. Leur
absence s'expliquerait peut-être en raison d'une tendance continue à la subsidence
d'une grande partie de la côte orientale, notamment du golfe de Gabès (cf infra).
Seul le Cap Bon présente un Pliocène à une altitude allant de 100 m au Nord
à plus de 300 m au Sud. Aussi pourrait-on s'attendre à y trouver des niveaux
marins plus anciens. Mais le fait que le pédoncule méridional se soit beaucoup
plus soulevé que la pointe complique les observations. On repère bien des
lambeaux de plages anciennes mais leur position par rapport aux rivages corres
pondants restent imprécises. Leur rareté et d'éventuelles dénivellations provo
quées par la tectonique rendent les corrélations aléatoires.
A Menzel Temime, par exemple, la laisse de 12-15 m renferme de nombreux
fragments anguleux d'une dune d'oolithes antérieure au niveau de Réjiche (fig. 4).
Au-dessus, une formation sableuse légèrement compactée vers le haut par du
calcaire contient surtout des cardiums. A l'Ouest, elle monte jusqu'à une cote
supérieure à 20 m. On pourrait voir dans cette dune ancienne la trace d'une
régression postérieure à un niveau marin plus élevé (Anfatien ?), une lagune
littorale devant raisonnablement être située à une altitude moyenne proche du
niveau de la mer ouverte.
Jusqu'alors l'Algérie ne se révèle pas plus riche que la Tunisie en Quater
naire marin. Mais il faut convenir qu'elle n'a guère fait l'objet de recherches BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 122
récentes systématiques. On signalera seulement la coupe relevée par J. Morel
et J. Hilly dans la région du Cap de Fer et de l'Edough, avec de haut en bas :
une dune actuelle ou récente,
des sables rouges supérieurs,
des grès dunaires,
un rivage de 6 m à faune assez banale mais « chaude »,
des sables rouges inférieurs,
une ligne de rivage ancienne.
Les industries préhistoriques associées aux formations continentales (Ibéro-
maurusien, Atérien, Levalloiso-moustérien, Acheuléen évolué) prouvent qu'on
trouve-la les deux dernières plages tyrrhéniennes, c'est-à-dire le Harounien et
l'Ouljien
..50cm
' — ..0
30 m
Dune post-oulpenne
20 m < — OULJIEN
10 m
100m 200m
Fig. 4. — Places anciennes de Menzel Temine (Tunisie).
1 • sables lagunaires légèrement encroûtes vers le haut — 2 : coquilles de Cardium sur colonnettes — 3 niveau de plage de 12-15 m avec et galets de dune ancienne. — 4 • croûte. — 5 : limons rouges ravinant la plage. — 6 . dune ante-ouljienne.
2. Le Quaternaire continental.
Les progrès réalisés dans la connaissance du Quaternaire continental ne
sont pas moins importants. Cette fois encore, la série de niveaux la plus
complète a été définie au Maroc, par une équipe de géologues et de géomorpho-
logues, à la suite de recherches intéressant la quasi-totalité du pays. L'accord
se traduit par l'adoption d'une nomenclature qui complète celle élaborée pour
désigner les niveaux marins. Elle comporte la distinction de 7 niveaux majeurs :
le Moulouyen, le Salétien, l'Amirien, le Tensiftien, le Présoltanien ou Soltanien I, LE QUATERNAIRE MOYEN DE L'AFRIQUE DU NORD 123
le Soltanien ou Soltanien II, le Rharbien (fig. 1). Chacun d'eux se caractérise
à la fois par sa place dans le paysage géomorphologique et des traits spécifiques
des dépôts associés aux formes correspondantes. On se bornera à rappeler ici
ceux des formations attribuables au Quaternaire moyen en partant des plus
anciens.
Le Salétien, défini sur le plateau de Salé, se manifeste dans les massifs montagneux
par de puissantes masses caillouteuses, des coulées de biocailles et de solifluction pou
vant prendre des caractères fluvio-glaciaires dans les plus élevés d'entre eux. Il ne
présente pas d'encroûtement calcaire terminal, mais plutôt des traces d'une décalci
fication postérieure.
L'Aminen, du nom de la plaine des Béni Amir où se développent les épais limons
rouges du* Maroc atlantique, comporte des dépôts de type périglaciaire en haute
montagne. Il s'agit d'ebouhs ordonnes à lits alternés de graviers et d'éléments fins
Un enrichissement en calcaire de l'horizon supérieur se traduit par des amas diffus
provoquant une cimentation discontinue.
Le Tensiftien, dénommé à partir de l'oued Tensift qui draine le Haouz de Marrak
ech, se signale par la rareté sinon l'absence de formations rouges. En montagne
les dépôts pénglaciaires htes ou sohflués se situent à une altitude plus élevée. Sur
les vastes glacis de cette période reposent des couvertures alluviales a galets plats
et anguleux marqués par des cupules de gélivation. Le matériel des terrasses correspon
dantes reste grossier jusqu'à l'aval. Un encroûtement généralisé, calcaire et pulvérul
ent au Maroc atlantique ou feuilleté au Maroc oriental, gypseux dans les zones les
plus sèches, couronne l'ensemble.
On ne dispose pas encore d'une synthèse comparable sur le Quaternaire
continental de la Tunisie. Mais de récentes recherches menées en divers secteurs
du pays ont abouti à des résultats qui restent à coordonner. Il convient de les
examiner dans leur cadre régional.
Fig. ô. — (Jlaci* et ttrtassex du synclinal de Voued el Kebir (Tunisie).
Fz ' lit majeur de l'oued avec pavage de blocs — Fy : premiere terrasse avec alluvions rares — Fx . deuxième terrasse encroûtée localement par la torba — Fw . troisième terrasse episodique avec alluvions grossières remaniées de la quatrième terrasse — Fv • quatrième a epandage de blocs encroûtes avec traces de paraglaciaire — a . marnes santoniennes — b et c . barres calcaires du Campamen-Maestnchtien — d . marnes de transition — e : calcaires eocenes.
L'étude des bassins des oueds Miliane et Bou Arada, celle de la plaine
d'Ousseltia, ont permis à l'un de nous (AJ.) de distinguer jusqu'à 4 et 5 niveaux
de terrasses ou glacis au-dessus des thalwegs actuels. En raison de leur position
et des caractéristiques du matériel associé, les trois plus élevés semblent appart
enir au Quaternaire moyen. On les décrira dans le synclinal parcouru par l'oued
el Kebir où il se manifestent avec netteté.
Le niveau de 45-55 m y correspond à de vastes épandages de blocailles mal triés
dans une matrice argileuse enrichie en calcaire vers le haut.
Au-dessus de 600 m se développent des traces de phénomènes paraglaciaires avec
des blocs gelifractés, des figures de cryoturbation et des cailloux dressés l.
1. Nous employons le terme de paraglaciaire plutôt que celui de périglaciaire pour que l'on
évite d'imaginer la presence d'un glacier qui n'a jamais existe en Tunisie, et pour conserver au
terme périglaciaire sa valeur zonale. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 124
Le niveau de 30-35 m est beaucoup moins net et moins bien caractérisé. Il n'existe
que localement et comporte des elements remanies des dépôts antérieurs. Il ne présente
pas d'encroûtement calcaire.
Le niveau de 10-25 m offre une accumulation d'éléments grossiers dans une série
plus fine. Un encroûtement calcaire blanc, grumeleux, revêtu d'une pellicule zonée,
cimente le haut de la formation. Cette torba, bien développée dans les parties basses
du synclinal, s'amenuise vers l'amont jusqu'à se résoudre en nodules dispersés dans
de minces colluvions ou des sols peu évolues.
Certes, les caractéristiques du haut niveau à blocailles rappellent celles du
Salétien marocain. Celui de 30-35 m correspondrait alors à l'Amirien et celui
de 10-25 m à un Tensiftien également caractérisé au Maroc par un encroûtement
calcaire blanc. On ne saurait pourtant admettre d'emblée ces assimilations en
l'absence de véritables critères chronologiques.
Ce schéma reste valable pour la Haute steppe du Centre. Les piémonts
méridionaux des grands djebels, tels le Mhrila, le Chambi, le Selloum et le
Semmama montrent aussi 4 glacis étages postérieurs au Villafranchien. Dans
celui du Krechem el Artsouma, on peut même en discerner un cinquième réduit
à quelques buttes et lanières d'interfluves haut perchées dans la combe.
Dans tous ces cas, il semble raisonnable d'attribuer, à titre d'hypothèse,
les deux ou trois niveaux les plus élevés au Quaternaire moyen. Mais l'état actuel
des recherches concernant leurs couvertures alluviales caractérisées par des
encroûtements calcaires plus ou moins continus et compacts n'autorise pas
l'établissement de corrélations précises avec le précédent domaine, et à plus forte
raison avec le Maroc. Cependant, certains estiment que le niveau 3 pourrait
représenter le Tensiftien, en raison d'un passage latéral aux dépôts soliflués et
aux groises cimentées des versants des djebels tel le Serdj.
Les différences se précisent au delà de l'alignement montagneux de Gafsa,
tant au point de vue géomorphologique que stratigraphique. En fait, dans les
piémonts de la Tunisie méridionale, l'un de nous (R.C.) n'a dénombré que
trois glacis d'érosion étages. Et les minces couvertures alluviales des deux
plus élevés d'entre eux se signalent par de remarquables revêtements de croûtes
gypseuses originales, dont la genèse dépend étroitement de la présence des
grands chotts. Des industries préhistoriques associées à ces niveaux les placent
tous dans le Pleistocene supérieur. C'est seulement dans un secteur très limité
du piémont septentrional du djebel Tebaga que de rares vestiges d'un quatrième
glacis signale un Quaternaire qui précède l'Acheuléen final trouvé dans le niveau
immédiatement postérieur. On aurait là les seuls témoins d'un Quaternaire moyen
dans le Sud tunisien (Tensiftien ?).
Cette originalité de la Tunisie méridionale se confirme dans le Dahar et la
hamada des calcaires crétacés en avant du Grand erg oriental. Au-dessus des
oueds importants qui les dissèquent vigoureusement, on note l'existence d'une
seule terrasse postérieure au Villafranchien caractérisé par un encroûtement
calcaire saumon à structure poudinguiforme. Elle appartient de toute évidence
au Quaternaire moyen, car on y repère des blocs de cet encroûtement parmi
le matériel qui la constitue.
En définitive, ce rapide bilan met en évidence une réelle originalité du Quater
naire tunisien, conséquence normale des particularités géographiques du pays.
Elle doit inciter à une certaine prudence dans l'établissement de corrélations
avec les niveaux marocains. Seule la disparition progressive du hiatus dû à
l'absence de données précises sur le Quaternaire algérien permettra de les établir
sur des bases solides. Les recherches géomorphologiques entamées par P. Estorges
dans le Sud algérien en fourniront bientôt les premiers jalons. QUATERNAIRE MOYEN DE L'AFRIQUE DU NORD 125 LE
LES PROBLEMES CHRONOLOGIQUES.
La valeur des corrélations dépend en réalité des possibilités de datation. Ces
problèmes chronologiques recevront des solutions satisfaisantes dans la mesure
où on parviendra à définir des critères susceptibles d'individualiser sans conteste
les niveaux et les dépôts qui leur sont associés.
L'essor actuel de la géochronologie absolue légitime les espoirs en des
solutions décisives. Mais les techniques en vigueur ne permettent guère de
remonter au delà de 50 000 ans B.P. Elles n'intéressent pas encore le Quaternaire
moyen, par conséquent. Son étude chronologique repose toujours sur la mise
en œuvre des méthodes classiques de la stratigraphie, c'est-à-dire essentiellement
la recherche et l'interprétation de fossiles caractéristiques. On sait, en effet, que
les critères altimétriques ne sauraient généralement être retenus, ni pour les
niveaux continentaux ni pour les niveaux marins, toujours susceptibles d'être
perturbés par l'activité néotectonique (cf. infra) et faussés par l'existence de
pentes originelles.
Pour les formations marines, les problèmes paléontologiques ne se posent
guère qu'au Maroc atlantique où deux niveaux attribuables à la période qui
nous intéresse ont été identifiés. G. Lecointre, en particulier, s'est efforcé de
différencier leurs faunes respectives par de longues et minutieuses études. Dans
un fond permanent constitué d'espèces actuelles il a pu reconnaître de rares
formes aujourd'hui éteintes ou émigrées. Ainsi le Maarifien se signale par la
présence dans ses bas niveaux de deux espèces « froides », Littorina httorea
et Purpura lapillus, alors que VAnfatien livre deux espèces « chaudes », Purpura
haemastoma et Patella safiana, associées à une relique du Quaternaire ancien,
Trochatella trochiformis. Mais ces différences bien minimes ne seraient plus
valables pour le domaine méditerranéen, de sorte que d'éventuelles corrélations
sur ces bases fragiles resteraient impossibles.
Les insuffisances des données paléontologiques apparaissent encore plus
criantes quand il s'agit de dater les formations continentales. Seules les faunes
de vertébrés, et en particulier celles de mammifères, fournissent des données
suffisamment nombreuses et précises en vue d'une utilisation chronologique.
Les récentes révisions et les synthèses dues à C. Arambourg ne parviennent
pourtant pas à distinguer plus de deux faunes caractéristiques pour l'ensemble
du Quaternaire maghrébin. Celle du Villafranchien s'individualise nettement par
la persistance d'espèces archaïques héritées du Tertiaire. Postérieurement, la
seule coupure valable se place au début du Pleistocene supérieur, grâce à l'intr
oduction d'éléments eurasiatiques tels le Rhinocéros de Merck, les Ursidés et les
Cervidés. Dans l'intervalle, soit pendant le Quaternaire moyen, pour l'essentiel,
les nombreuses faunes recueillies ne se différencient guère et rassemblent des
espèces endémiques de la Berbérie. Ces faunes « tchado-zambéziennes », à affinités
tropicales, s'appauvrissent lentement pendant toute la période sans qu'il soit
possible d'établir des coupures valables.
Les paléoflores ne sont pas d'un plus grand secours. Leurs empreintes conservées
dans des argiles ou dans des travertins restent rares et peu exploitées. Ce matériel
délicat est difficile à étudier. Un seul gisement concernant le Quaternaire moyen a fait
l'objet d'un travail systématique par J. Arènes et G. Depape. Il s'agit d'argiles lacustres
à empreintes foliaires recueillies à Maison-Carrée dans la banlieue d'Alger. Ce niveau,
caractérisé par une large dominance des espèces actuelles, a été attribué au Riss.
La prospection des formations nord-africaines en vue de la recherche
des pollens fossiles permettra sans doute de disposer d'un matériel plus abondant
et plus significatif dans l'avenir. Pour l'instant, les rares données palynologiques sur
l'Afrique du Nord ne concernent que le Pleistocene supérieur de Tunisie.
De toute façon, la lenteur des evolutions biologiques, et le relatif isolement de
« l'île du Maghreb » entre la Méditerranée et un Sahara toujours peu propice à la