Le temple d'Aphrodite et d'Arès à Sta Lenikà - article ; n°1 ; vol.62, pg 386-408

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1938 - Volume 62 - Numéro 1 - Pages 386-408
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1938
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Jean Bousquet
Le temple d'Aphrodite et d'Arès à Sta Lenikà
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 62, 1938. pp. 386-408.
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Bousquet Jean. Le temple d'Aphrodite et d'Arès à Sta Lenikà. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 62, 1938. pp.
386-408.
doi : 10.3406/bch.1938.2712
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1938_num_62_1_2712LE TEMPLE D'APHRODITE ET D'ARES
A STA LENtKÀ
(CRÈTE ORIENTALE)
(PI. XLII-XLIII)
L'École française d'Athènes a fait en 1937-38 des recherches dans la
région d'Olonte, sur la baie de Mirabello, en Crète Orientale (1). Je me
suis spécialement occupé de la fouille d'un sanctuaire au lieu dit Sta Lenikà,
εις τα Ελληνικά, à mi-chemin entre Elunda et Haghios Nikolaos, où trois
inscriptions avaient été relevées (2). On verra par la suite que le site dépen
dait en réalité de l'ancienne ville de Lato, fouillée par J. Demargne (BCH
1901, 282 sq. ; 1903, 206 sq.) : il nous est apparu que le petit temple double
rendu au jour, riche en inscriptions et pauvre en menues trouvailles,
prenait place dans l'histoire de cette région mal connue, de façon assez
frappante. Les résultats de la fouille d'Olonte seront présentés par M. H.
van Efïenterre, qui a entrepris et exécuté avec moi les travaux de 1937 :
c'est à lui qu'ont incombé en outre le déchiffrement et la publication d'une
grande stèle trouvée dans le vestibule du temple, à laquelle je ferai, avec
son autorisation, les allusions nécessaires. On trouvera ici une étude du
temple de Sta Lenikà et des textes qui s'y rapportent (3).
(1) Cf. BCH 1937, Chron., p. 473-5 [AJA 1938, 404-5) ; CRAI 1938, 180-2.
(2) M. Guarducci, Inscriptiones Creticae, t. I (1935), Olus, XXII, n03 1-3. Ce volume sera
désigné par/C. — Cf. E. Kirsten, Olus, dans RE, col. 2504-08 (1937) :pour Sta Lenikà, col. 2506.
Les habitants prononcent le nom du hameau sans l'iotacisme du grec moderne, j'écris par consé
quent Sia Lenikà. Ce terme désigne les χωράφια ελληνικά, sites antiques rendus relativement
fertiles par l'occupation ancienne, où se trouvent des tessons et où la tradition de restes hell
éniques survit malgré leur absence apparente.
(3) Ce travail a fait l'objet d'un mémoire présenté en 1938 à l'Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres. Cf. CRA1, 28 avril 1939. .
·
TEMPLE D'APHRODITE ET D'ARES A STA LENIKA 387 LE
Nous avons été attirés à Sta Lenikà par les inscriptions copiées par
D. Comparetti (1) et F. Halbherr (2), dans les ruines reconnaissables à
quelque deux cents mètres du hameau moderne, et appelées par les habi
tants πύργος (non point lour, mais « monceau de pierres antiques »). L'ins
cription mentionnant Ares gisait au milieu d'énormes tas de pierres : le
plus proche, à quelques mètres, affectait une forme à peu près carrée
(12 mètres sur 12) et con-
„_„.,, __^ „_ ,— ,.„-, . , ~- tenait des pierres travail-
' " ~ . , dont un fragment du ] lées,
« cornicioncino » vu par
Mariani, et un grand jam
bage qui nous sembla être
un pilier de salle hypostyle
(en réalité la porte de la
chambre d'Aphrodite). La
fouille, du 9 au 13 août
1937 et du 23 au 28 mai
1938, dégagea une chapelle
double avec vestibule, les
restes d'un premier édifice
d'époque géométrique (3),
et tout autour un certain
nombre de maisons sans
intérêt spécial où je me
suis contenté, vu la pauFig. 1. — ■ La chapelle vue de l'Est.
Au fond, le mont Oxa. vreté de ce village, de
sondages assez rapides.
I. Le site. — Sta Lenikà (PI. XLII) est à mi-chemin entre l'isthme
de Poros, où se trouvait la ville d'Olous, et le petit port de Haghios
Nikolaos, sur la baie de Mirabello, qui représente le port de Lato,
Λατώ προς Καμάρα : en venant d'Elounda on passe au bout d'une
heure un col, ligne de partage des eaux entre les versants Nord et Sud
(1) Museo Ital. II (1888), 178. Liste de noms en caractères archaïques, boustrophédon, attes
tant une occupation à haute date. (=/Cp. 244, n° 1).
(2) Ibid. Ill (1890), 655-6 = IC p. 245 n° 2 : mention d'Ares et de «portes», indiquant la
réfection d'un édifice cultuel, fin (?) du ne s. av. J.-G. Halbherr pensait à un fortin militaire,
en rapport avec le culte guerrier. Mariani (Mon. Ant. VI, 1895, 250-1) est passé à Sta Lenikà,
dont il fait une description exacte et intelligente, corrigeant les hypothèses d'Halbherr.
(3) Cf. BCH 1937, 474-475 et fig. 40. 388 J. BOUSQUET
(ancienne frontière entre Olous et Lato), et dix minutes après, en su
ivant toujours le chemin muletier de Saint-Nicolas, on traverse les pau
vres maisons du hameau, qui entourent une chapelle. — En venant de
Saint-Nicolas, en sens inverse, le chemin muletier longe la mer, coupant
le pédoncule des presqu'îles qui découpent le golfe en petites criques, et
après une montée assez raide on débouche dans le vallon de Sta Lenikà :
cette course demande aussi un peu plus d'une heure. — Quand on
vient par mer, le caïque
doit aborder au pied d'une
falaise raide, et l'on
remonte la gorge d'un tor
rent qui descend sous le
village. La pente rejoint à
une centaine de mètres
d'altitude le chemin mulet
ier. C'est alors seulement
qu'on découvre derrière un
dernier ressaut l'endroit
habité, qu'on ne peut
soupçonner de la mer :
exactement ce que les
Anciens appelaient δειράς.
On se trouve alors dans
un vaste creux, limité par
le mont Oxa et les hau
Fig. 2. — Le vestibule et la porte nord. teurs tourmentées qui
descendent en désordre de
sa cime vers la mer. Entre celle-ci et le temple, une légère crête suffit à
enfermer le site et à le cacher de la vue du golfe aussi bien que des régions
de Lato et d'Olonte. Comme à Delphes, comme à l'Àmphiareion d'Oropos,
on a choisi un compartiment fermé, le plus proche de la mer, mais le mieux
défilé aux vues indiscrètes. Aujourd'hui, ce lakkos, comme disent les Cretois
en parlant d'une cuvette naturelle, et aussi d'une citerne (1), est extr
êmement pierreux et pauvre, dépourvu de sources. Jamais cet endroit n'a
pu permettre une installation importante, et le lieu de culte qui s'y est établi
est toujours resté très pauvre, comme la fouille ne l'a que trop bien montré :
l'Aphrodision-Areion n'a jamais été qu'un petit sanctuaire-frontière, entouré
(1) Cf. BCH 1937, p. 31 (citerne de Dréros). TEMPLE D'APHRODITE ET D'ARES A STA LENIKA 389 LE
de quelques maisons, dans un endroit solitaire. Aussi ne vaudrait-il pas la
peine qu'on s'y attachât un peu longuement, si sa position stratégique n'y
avait fait graver le dossier d'une querelle où Rome et le sanctuaire délien
sont mêlés, avec les détails de sa reconstruction à l'époque hellénistico-
romaine, exposés d'une manière si nette qu'elle prend une valeur
d'exemple.
II. Le temple hellénistique el ses inscriptions. — La chapelle double se
présente (pi. XLIII) comme un bâtiment à peu près carré de 12 mètres
environ de côté, à l'intérieur duquel des murs déterminent deux chambres
de dimension égale, sans communication entre elles, qui s'ouvrent chacune
par une porte sur un vestibule commun. Au fond'de chacune, sur les deux
tiers seulement de la largeur, une banquette à offrandes ; la chambre
d'Ares possède en outre une petite porte de côté (ταν θυρίδα). Le matériau
est la pierre locale, calcaire bleu foncé extrêmement dur, ou sidéropélra.
Un enduit blanc cachait cette matière triste et son travail médiocre. Le
dallage des deux chambres était fait d'éclats plats de calcaire, celui du
vestibule de tuiles plates identiques à celles de la couverture. La porte
de la chambre d'Ares ouvrant sur le vestibule avait pour linteau un bloc
taillé en forme de fronton (fig. 15), dont les morceaux ont été recueillis
tout autour ; il semble que l'autre chambre était dépourvue de cet orne
ment. On entrait dans le vestibule par une porte dont nous avons la trace
(trous de gonds), percée sans doute dans un mur bas qui soutenait des
colonnes (en bois ?) portant elles-mêmes un auvent indépendant de la
couverture des deux chambres.
Cette description sommaire suffit pour que nous passions au comment
aire des inscriptions. Les principaux membres de la construction sont
en effet nommés dans l'inscription suivante, trouvée à l'angle S-E. du
vestibule, en dehors de la face contre terre. La « queue » de la pierre dépass
ait du sol, comme un rocher brut ; mais la face inscrite est par le fait
remarquablement bien conservée, sauf un peu d'usure du côté gauche,
qui n'a pourtant fait disparaître aucune lettre. Le poids de la pierre nous
a obligés à la laisser sur la fouille.
1. — Bloc de sidéropétra, trouvé le 12 août 1937. Long. 0 m. 80 ; haut. 0 m. 545;
prof, irrég., max. 0 m. 38. On a réservé dans la face antérieure, piquetée grossi
èrement, un champ préparé pour la gravure, large de 0 m. 55 et haut de 0 m. 30 ;
il n'est pas au milieu du bloc, mais touche au bord gauche. Lettres : intitulé 25 mm. ;
elles diminuent ensuite de 18 à 15 mm. ; interl. 10 à 12 mm. Alpha à barre brisée, J. BOUSQUET 390
Ihêia à barre. Dans les O, le graveur a parfois ajouté une barre qui les fait
ressembler à un thêta. Fig. 3.
Ϋ ν ; * ψίΊ:^Ύ^ΜΜί ΡΤϊ fill
l'ig. 3. — Inscription n° 1.
θιοί
'Αγαθαι τύχαι. 'Επί των Συνανέων
κοσμιόντων, ά πόλις των ναών έπωικοδό-
4 μησε το ύψος άχρι επί ταν οροφαν, δόμος
δέκα δύο, και ταν παστάδα, και τας οροφας
έπέθηκε, και τας θύρας και τον κέραμον, και
έκγάνωσε τος ναός. Έκόσμιον δέ *
8 Χαρισθένης Κοστύλω, Νεμονήιος Λύδω,
Πυρίας Σαραπίωνος, Κύπελος Ίσχόλα,
Μναστοκλής Λαττύγω, Άγάκλυτος Στασαγόρα,
Δόρκος Βουλία " γραμματεύς Λίθος Κοστύλω.
ΛΤ. Cr. : L. 2, je lis Συνανέων, quoiqu'on puisse hésiter et, comme un peu de la
pierre a sauté à l'intérieur du premier N, penser à Συμανέων. On ne peut en tout
cas penser à *Δυμανεων, le nomin. étant Δυμανες. Le nom des Συνανεΐς apparaît
ici pour la première fois.
L. 7 : έκγάνωσε. Le Γ a une barre supérieure qui déborde un peu à gauche de la
haste, et pourrait faire croire à un T. C'est un coup de ciseau trop fort, dans la pierre
dure qui se prête mal à la gravure. Le dialecte explique l'absence de l'augment dans LE TEMPLE D'APHRODITE ET D'ARES A STA LENIKA 391
ce composé qui est un hapax. Plutôt qu'à une forme de έκτείνω-έκτανύω, je préfère
penser, à cette place, à la ganôsis.
L. 11 : Δόρκος est en léger retrait par rapport à l'alignement, mais je ne vois
aucune trace de lettre avant le Δ et conserve ce nom très vraisemblable, cf. Blass,
GDI 4940, 1. 12 : Δόρκω, au gén.
Trad.: « Dieux. A la Bonne Fortune. Les Synaneis étant cosmes, la ville
a fait reconstruire les temples en élévation jusqu'à la toiture, sur douze
assises ; ajouter le vestibule (1), les charpentes, les portes et la couverture
de tuiles, et récrépir com
plètement les temples.
Étaient cosmes... etc. ».
La tribu des Synaneis
est nouvelle : on ne connaît
à Lato que les Αίθαλεΐς,
les Αίσχεΐς, Έχανορεΐς et
Ύλλεΐς ; à Olonte, les Αίθα
λεΐς et les Πάμφυλοι. Il
est dommage que nous ne
retrouvions pas ici les
i)ymanes, mais la lecture
est assurée. C'est dans
l'onomastique de Lato que
nous retrouverons les noms
des cosmes, par conséquent
le texte émane bien de
Lato (2). ' Nos autres textes Fig. ^. 4. A — La _ porte . d ... Aphrodite. . Λ.,
ne feront que confirmer Traces de stuc sur le mur.
(1) On peut également ponctuer après παστάδα, rapporter ce terme au verbe précédent, et
traduire : « ...sur douze assises, et le vestibule ; poser les charpentes, etc.. ». La reconstruction du
vestibule se trouve ainsi mentionnée en même temps que celle des ναοί, et έπέθηκε ne porte
plus que sur les trois derniers termes de l'énumération. Cependant l'ordre des mots paraît ainsi
moins naturel.
(2) Νεμονήϊος : IC Lato, n° 23 1. 6 ; n° 42. Le nom se retrouve à Pyloros et à (?) Cnossos
{IC XXV, n° G, 1. 2 ; IG V 2, 34 1. 31). — Maastuklès et Lattygos s>unt d'une famille de Lato qui
a fourni plusieurs magistrats : IC Lato, n° 26, 1. 6, 32 1. 6 : Μναστώνος τώ Μναστοκλεΐος, Κλητω-
νύμω τώ Μναστοκ. ; 33 1. 4 : Μναστοκλεΐος τώ Πύρωνος ; 27 1. 7 ; 1 1 ; 26 1. 4, 32 1. 4 : Θιοδ
τώ Λαττύγω ; Λαττύγω τώ Δαμοχάριος. On a cependant à Olonte, IC Olus n° 2 1. 8 : Μναστοκ[....].
— Agaklytos se retrouve à Sta Lenikà, IC p. 245, n° 2 1. 8 : Θιοφείδης Άγαγλύτω (sic) (cf. ici
p. 400). Dorkos est de la famille de Φύλα Βουλία et de Μενοκλής Βουλία,, IC Lato, n° 46 1. 2 et
4. Ces rencontres, dont nous ne retrouvons pas l'équivalent dans l'onomastique des autres cités,
ne sont assurément pas fortuites. La liste ne permet pas d'ailleurs de repères chronologiques
précis. Sur les noms crétois, Maiuri, Sludi sulVonomaslica cretese, Rend. Lincei, 1910, 328 sq., 1911, 392 J. BOUSQUET
cette vue, puisque la liste de noms du n° 5, dont il manque la partie
gauche, se restitue sans peine, grâce à une liste de la même année pro
venant de Lato, dans le dernier quart du 11e siècle.
Les données de la fouille vont nous permettre d'expliquer mot à mot
les termes qui interviennent au cours de l'inscription. Nous avons là une
reconstruction complète de l'édifice géométrique dont nous parlerons
ensuite, environ la seconde moitié du ne s. Les deux naoi dont les part
ies sont ensuite énumé-
rées sont les deux οίκοι ou
bâtiment quadrangulaire.
11 ne peut s'agir en effet
de « temples », car, outre
l·^-*1
clue nous n'avons pas <?._'\ÎÂ
retrouvé trace d'un second
temple, — argument qui
pourrait peut-être ne pas
suffire, — l'indication du
nombre d'assises et le mot
έττέθηκε appliqué à l'unique
vestibule (qui n'est pas un
ajoutis à un plan déjà exi
L.1 stant et ne comprenant
que les deux naoi, mais
l'adjonction de cette partAngle N.-E. du vestibule.
ie secondaire à l'essentiel
du bâtiment formé par la chapelle double) ne se concevraient pas dans
une phrase où il serait question de temples distincts et séparés (3).
631 sq. — Sur les collèges de cosmes et l'Eunomia, qui en diffère, St. Xanthoudidis, BEG 1912,
42 sq. ; Maiuri, Bend. Lincei, 1910, 34 sq. ; M. Guarducci, Historia, 1933, 199 ; IC p. 123.
(3) Le mot έπ-οικοδομέω s'applique proprement à une reconstruction, cf. Thuc. VII, 4 :
έποικοδομήσαντες (τό τείχος) ύψηλότερον. Α Delphes, inscr. du gymnase : τό κοινόν τών Άμφι-
κτυόνων . . . τό στρουκτώριον έποικοδόμησεν {Syll3, 823 C, vers 100 ap. J.-C). Cette réfection
du struclorium fait partie des travaux dont Delphes profita à l'époque romaine : le verbe est
synonyme de reficere (FD II, Temple, p. 116, réfection de Domitien, sua impensa refecit. Remettre
à neuf se dit άνανεόομαι (id., p. 117); κατασκευάζω, επισκευάζω ont aussi le sens de reficere: IC
Lato n° 27, 29 ; IG II2 1046 ; /. v. Perg., I 237 (cf. BCH 1928, 438). — IC, Istron, n° 2 : έπεσ-
κεύωσαν δέ . . ., après une construction neuve marquée par εποίησαν. BCH 1936, 193 (Laodicée).
Pour επισκευή = réfection, IC Lebena p. 157 et comm. Pour κατασκευή, réfection ou construction,
R. Vallois, BCH 1924, 426-7. — Les inscr. de Délos fournissent une riche collection de ces textes
d'intérêt architectural, tandis qu'à Delphes les bâtiments du ive s. sont encore intacts à l'époque
hellénistique et n'ont besoin que de rares réparations, cf. BCH 1935, p. 7 sq. TEMPLE D'APHRODITE ET n'ARÈS A STA LENIKA LE
Les inscr. de Lato, Lato pros Kamara, Istron réunies dans les /C, p. 136
sq., attestent qu'à l'époque en question la ville de Lato, suivant en cela
une mode qui affecte presque toutes les cités grecques à ce moment (1),
s'est mise à bâtir à ses dieux de nouveaux temples et à leur consacrer de
nouvelles statues : nombre d'anciennes chapelles qui contenaient des
xoana ont été alors démolies et modernisées. Les cités Cretoises n'abandon
nent pourtant pas leurs rivalités de clocher, que l'arbitrage des cités d'Asie
Mineure essaie de régler, sous la sur
veillance et l'arbitrage suprême de
Rome (2).
το ύψος άχρι. έ— Ι ταν οροφάν : «La
ville a reconstruit les temples en él
évation jusqu'à la toiture (comprise) ».
Il s'agit donc bien d'une réfection comp
lète, qui porte sur l'ensemble du bâti
ment, plan et élévation. Kn effet, l'état
qui a suivi le temple à chambre uni
que d'époque géométrique (το άρχοοΐον
Άφροδίσιον) démoli vers 150 comprend
dès l'abord les deux chambres et le ves
tibule : celui-ci, qui était primitivement
Fig. fi. — Pierres d'assise du temple. un simple auvent sur colonnes proté
geant une esehara, devient une -αστάς
en pierres de taille, et Aphrodite laisse une place égale à la sienne propre à
son parèdre Ares, sans doute présent déjà dans l'état ancien, mais sous la
forme d'un simple xoanon probablement. Il semble que ces détails aient eu
de l'importance pour les magistrats constructeurs, qui les mentionnent
clairement. En même temps, l'orientation a été renversée (pi. XLIII), le
temple nouveau regarde vers la mer, répondant peut-être au caractère nou
veau de l'Aphrodite hellénique, au lieu de regarder vers la montagne,
lieu favori de la Mère Cretoise dont le culte était continué dans Γ « ancien
Aphrodision » (3).
(1) Sur le renouveau religieux vers la fin du ne s., Ad. Wilhelm, Jahresh. 1914, 84-85 : Thessalie,
Milet, Lindos, Messénie ; pour Athènes et Delphes, la Pythaïde, G. Daux, REG 1934, 177 et
Delphes au IIe et au Ie1 s., p. 577 sq. : « La Grèce se tourne vers son passé et s'efforce de faire revivre
les vieilles traditions religieuses, «τοις τε χρησμοις καΙ τους ίστορίαις [ά]κολούθως » [FD III,
2, η° 47) ; c'est un renouveau commandé par les oracles et fondé sur des recherches historiques.
(2) Cf. G. Colin, Rome et la Grèce (1905), 515 sq. ; id., FD III, 4 p. 62. M. N. Tod, Int. Arbitr.
amongst the Greeks, 1913.
(3) άχρι έπί, locution rare, se trouve à la même époque non loin de Lato, à Hiérapytna,
Blass, GDI 5045, 1. 3-4. Il s'agit aussi d'une réfection εκ θεμηλίω. J. BOUSQUET 394
δόμος δεκαδύο : « Sur douze assises ». Nous pouvons ainsi connaître la
hauteur de l'édifice, les pierres taillées de hauteur constante éparses autour
de la fondation, déjà remarquées par Mariani, et dont la taille régulière,
avec anathyrose polie, attire l'attention, mesurent toutes la même hauteur,
0 m. 54 à 0 m. 55, et c'est la
hauteur précisément du bloc
sur lequel est gravée l'inscrip
tion (1). Par conséquent, la
hauteur est env. 6 m. 60, pro
portion très acceptable pour
un plan de 12 mètres sur 12.
Κα! ταν παστάδα ... έττέ-
θηκε : Παστάς est un mot bien
connu, équivalent de στοά,
mais qui semble restreint à
certaines parties du monde
grec (2), et fréquent à Del
phes, où il désigne le portique
Ouest (ταν τταστάδα ταν μεγά-
λαν, BCH 1935, ρ. 9, 1. 9), le
Fi<ï. r,. _ /. — „ Sondage . au S. ο E. r, du . temple.. portique Γ Ί d'Attale ou bien la
Maixm hellénique. péristasis du grand temple (3).
(1) Δόμος, assise, cf. Hérod. I, 179 ; II, 127 ; Polybe, X 22, 7 ; Diod. I 64. Le mot dans ce
sens n'est pas, on le voit, seulement ionien, malgré Blass, GDI 5036 qui produit un texte de Téos.
Cf. RE, s. v. Teos (1934), col. 536. Cf. B. Haussoullier, Milet et le Didymeion, p. 158, 1. 10 ; 172 a,
1. 18 ; 173, b, 1. 40.
(2) lier. II 169, σήμα d'Amasis, «grande pastas de pierre, ornée de colonnes, à l'intérieur de
laquelle s'ouvrent deux portes ». — Pour les inscr. marquant la dimension des édifices, les exemp
les les plus fameux sont le devis de l'arsenal du Pirée et la « Bauinschrift » de Lébadée (A. Choisy,
El. ép. surlarch. gr., 1894 ; H. Lattermann, Gr. Bauinschr., 1908. Cf. IG XII 2, 1 1 ; Syll2, 969 sq.
Pour Delphes, devis et comptes du ive s., FD III, 5. — Tables d'Héraclée, IG XIV, 645, I, 1. 138
sq. A Thasos, BCH 1937, 403.
(3) A Epidaure, IG IV2, I 109 iii, 1. 145 ; 109 ii 1. 122 : grande pastas qui se trouve près du
temple d'Apollon Maléatas. Dans le sens de vestibule de temple, Anlh. Pal. VI, 172 (chapelle
de Dionysos). Pour Delphes, FD III, 5 p. 285 n. 1 et index s. v. ; BCH 1935, p. 18, n. 2. — A
Eleusis, la « maison sacrée » dès le vme s. (RA 1938, 95-7) présente « quatre pièces donnant sur
un vestibule commun ». A l'intérieur se trouve un bothros, qui atteste la destination cultuelle :
ce serait la maison du héros Céléos, utilisée comme chapelle. Ce temple-maison ne diffère guère
pour le principe de l'héroon d'Olympie (même plan qu'à Sta Lenikà) et de notre chapelle double,
identique pour les procédés de construction et très semblable par son plan aux simples maisons
qui l'entouraient, et à celles de Kavoussi, Lato, Arkadès et Dréros, cf. BCH 1937, 16. La maison
archaïque se compose en Crète d'une grande pièce (qui peut être dédoublée) et d'un vestibule.
On peut comparer encore les temples de Soli (A. Westholm, Swedish Cyprus Excav., 1937, III,
p. 399 sq.), simples chambres avec une cour par devant, sorte de grand vestibule clos.