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Les amphores produites à Gueugnon (S. et L.) et les débuts du vignoble bourguignon - article ; n°1 ; vol.12, pg 431-453

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Description

Dialogues d'histoire ancienne - Année 1986 - Volume 12 - Numéro 1 - Pages 431-453
La caractérisation de plusieurs types d'amphores vraisemblablement vinaires fabriquées au 1er s. dans l'atelier de Gueugnon conduit à reconsidérer le problème de l'origine du vignoble bourguignon et à proposer une date dès le 1er s. de notre ère.
Several amphorae types, probably used for wine, were made in the Gueugnon Workshop during the first century AD. It is suggested that the wineyard's birth in Burgundy happened in this century.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1986
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Langue Français
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Madame Fanette Laubenheimer
Jean-Claude Notet
Les amphores produites à Gueugnon (S. et L.) et les débuts du
vignoble bourguignon
In: Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 12, 1986. pp. 431-453.
Résumé
La caractérisation de plusieurs types d'amphores vraisemblablement vinaires fabriquées au 1er s. dans l'atelier de Gueugnon
conduit à reconsidérer le problème de l'origine du vignoble bourguignon et à proposer une date dès le 1er s. de notre ère.
Abstract
Several amphorae types, probably used for wine, were made in the Gueugnon Workshop during the first century AD. It is
suggested that the wineyard's birth in Burgundy happened in this century.
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Laubenheimer Fanette, Notet Jean-Claude. Les amphores produites à Gueugnon (S. et L.) et les débuts du vignoble
bourguignon. In: Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 12, 1986. pp. 431-453.
doi : 10.3406/dha.1986.1733
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/dha_0755-7256_1986_num_12_1_1733DHA 12 1986 431-453
LES AMPHORES PRODUITES A GUEUGNON (S. et L.)
ET LES DEBUTS DU VIGNOBLE BOURGUIGNON
Fanette LAUBENHEIMER
UA 0338 - CNRS
(Besançon)
Implanté dans la vallée de l'Arroux, affluent de la Loire, l'atelier de
Gueugnon se situe à environ 45 km au sud d'Autun, à une soixantaine de km
à l'ouest de la vallée de la Saône, à la latitude de Tournus, et à une cinquantai
ne de km à l'est de Moulins-sur-Allier (fig. 1). Il bénéficie d'une excellente po
sition commerciale, pour le transport fluvial par l'Arroux, navigable jusqu'à
Gueugnon et peut-être même Autun, véritable couloir de circulation entre la
Loire et le pays éduen (Bonnard, 1913, p. 100 et sq., 113 et sq.) ;on souli
gnera également vers le nord l'ouverture sur la proche vallée de la Seine, et vers
l'est, par la trouée de Chagny, le contact naturel avec la vallée de la Saône à
Chalon.
L'officine se classe parmi les grands complexes de fabrication de la cér
amique de la Gaule romaine (sur Gueugnon dans l'Antiquité, cf. C. Rolley,
1976). Sa surface, qui n'est pas entièrement cernée encore, couvre de l'ordre
de 10 ha, dans une partie de la ville moderne d'urbanisation récente (fig. 2).
Une cinquantaine de fours ont été localisés par prospections magnétiques
(Scheib, 1968 et 1972) ou lors de travaux.
Les fouilles portant sur la zone artisanale, entreprises depuis 1966,
se poursuivent encore actuellement. Elles ont mis au jour 46 fours, des struc
tures et des dépotoirs (Gaillard et Parriat, 1975, ont donné une synthèse des
premiers travaux ; pour la suite voir Notet 1977, 1981 a et b, 1982). L'activité
des potiers s'est développée pendant plus de trois siècles entre le 1er siècle et
le début du 4ème siècle de notre ère. Leur production, bien diversifiée, com
prend toutes les céramiques traditionnelles de la région. Une évolution se des
sine : aux communes, amphores et chenets (essentiellement 1er 432 F. LAUBENHEIMER
Fig. 1 : Localisation de l'atelier de Gueugnon et des points de distr
ibution de ses amphores.
A
Fig. 2 : Carte l'atelier au de 1/25000, Gueugnon Paray-le-Monial dans la vallée de 2827 l'Arroux. ouest, extension de DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 433
siècle) succèdent peu à peu les céramiques sigillées rouges ou noires, et métal-
lescentes (au 2ème et 3ème siècle) et les statuettes en terre blanche (2ème moit
ié du 2ème siècle) avec encore de la céramique commune. On ne peut affirmer
encore la fabrication de matériaux de construction. Les statuettes, la céramique
sigillée, comme les fours, sont relativement bien connus maintenant, ayant
donné lieu à plusieurs publications. (Gaillard et Parriat, 1975, Groupe Archéol
ogique de Gueugnon-Montceau, 1968, 1974, Notet, 1977, 1981 et 1982). En
revanche, un aspect totalement différent de la production et jusque là presqu'
ignoré a été mis en évidence dans les fouilles récentes dirigées par J.C. Notet.
En effet, dans la zone artisanale, sont apparues des séries d'amphores : certaines
sont ratées de cuisson, plusieurs sont timbrées par la même matrice, enfin un
même personnage a signé à la fois des amphores et un mortier. Ces arguments
archéologiques affirment l'origine locale des objets.
La production d'amphores en Gaule n'est certes pas une nouveauté ;
l'importance de son développement en Narbonnaise est bien établie (Lauben-
heimer, 1985), mais on sait aussi que des ateliers ont fonctionné dans les Trois
Gaules, à Lyon (Informations Archéologiques, Gallia, 1950, p. 150); en outre,
de nouvelles productions régionales viennent d'être mises en évidence (Desbat,
Picon, 1986, p. 645 ; C. Becker, à paraître), dans les vallées du Cher et de la
Vienne (Laubenheimer, Sabir, à et dans la vallée de la Moselle (Kru-
ger, 1923, Loeschke, 1923, Binsfeld, 1978).
La découverte de l'atelier de Gueugnon pose, avec le témoignage total
ement nouveau de la fabrication d'amphores dans une région où jusqu'alors
elle n'était pas attestée, les problèmes économiques et politiques nécessair
ement liés à ce type de production.
Nous tenterons d'apporter des éléments de réponse en analysant d'abord
la production sur un plan technique, puis en nous interrogeant sur les hommes
qui l'ont signée et enfin sur la fonction des amphores : quels produits locaux
pouvaient-elles contenir et pour quels destinataires, ce qui nous entraînera à
reposer le problème de la chronologie du vignoble bourguignon.
I - LES FORMES D'AMPHORES
Trois formes différentes sont fabriquées avec une pâte d'aspect identique,
caractérisée par une forte proportion d'inclusions visibles à l'oeil, donnant un
aspect sableux et un toucher rugueux. La couleur varie : elle est soit orangée,
soit blanche, comme celle d'une partie de la production de céramique com
mune.
LA FORME 1 : (fig. 3) est attestée par trois cols de couleur orangée qui por
tent une estampille semblable. Deux ont été trouvés dans l'atelier, l'un (inv.
n° 506, A4a, fig. 3, 1) dans le secteur des fours 29, 30, 31 (J.C. Notet, Rapport 434 F. LAUBENHEIMER
I
10CM
Fig. 3 : Atelier de Gueugnon : forme 1, timbrée MAGIO-ADBF.
Cols trouvés dans l'atelier (1 et 2), col trouvé à Autun (3).
1CCM
Fig. 4 : Atelier de Gueugnon, fonds plats. DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 435
de fouilles 1981 , p. 7 et pi. 4), l'autre, très fragmentaire (inv. n° 53, 22-4, fïg.
3, 2), dans le secteur dit «du champ». Nous y ajouterons un troisième col iden
tique au premier (dont l'origine ne fait pas de doute) : conservé au Musée
d'Autun (inv. F. 1, fig. 3, 3), il provient vraisemblablement de fouilles de la
vine (Fontenay, 1874, n° 514, Callender, 1965, n° 1005 ; Laubenheimer,
1985, fïg. 6, n° 11).
Technique de fabrication : La panse et le col sont tournés séparément ; la
liaison des deux parties, bien lissée à l'extérieur, reste visible à l'intérieur de
l'amphore. La lèvre est faite par retournement de la pâte elle-même. L'attache
supérieure des anses sur le col est soulignée par de légères traces de soudure.
Morphologie : le col est bitronconique, son diamètre minimum se place au
niveau de l'attache supérieure des anses. Un anneau en relief est visible entre
les anses. La lèvre marque une inflexion externe. Les anses portent un sillon
central. On peut supposer que le fond est plat, plusieurs exemplaires ayant été
trouvés en association avec les amphores (fig. 4).
Dimensions (en mm) : (fig. 5)
№lnv. HL DC : DL EL HH LA EA HC TIMBRE
Gueugnor n° 506, 20 136 22 92 51 55 58 20 MAGIO-ADBF
A49
Autun 21 134 22 78 52 47 17 60 MAGIO-ADBF
n°Fl
Contenance et poids : ne sont pas reconstituables dans l'état du matériel.
Epigraphie : les trois exemplaires portent sur le col, entre les anses, un timbre
identique : MAGIO - ADB {udus) F(ecerunť) (fig. 6, 1, 2, 3).
Chronologie : les exemplaires de Gueugnon, pas plus que celui d'Autun, ne sont
datés avec précision. On retiendra simplement que le col fragmentaire de Gueu
gnon a été trouvé dans la même couche qu'un col de forme 2 (Notet, Rapport
1979, pi. 9, n° 2). La datation de la forme 2 nous permettra d'avancer une
chronologie plus précise.
LA FORME 2 : (fig. 7 et 8) est représentée par treize cols, en pâte orangée
ou blanche, estampillés ou non, tous trouvés dans l'atelier.
Technique de fabrication : la panse tournée séparément a été rattachée au col
par un raccord encore bien visible à l'intérieur de l'amphore, mais lissé à l'ex
térieur. La lèvre est faite par retournement de la pâte sur elle-même. Les an- 436 F. LAUBENHEIMER
DL
: \
HH
1 "4
ЕЛ
С f Mí D
\_3
DL
Fig. 5 : Atelier de Gueugnon, position des paramètres mesurés sur les
formes 1 et 2 :
HL Hauteur de la lèvre
DL Diamètre de la lèvre
Epaisseur de la lèvre EL
DC Diamètre minimum du col
HH Anse à lèvre
Largeur de l'anse LA
EA Epaisseur de l'anse
Cercle du col à lèvre HC DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 437
ses, posées en dernier lieu, sont fixées par une soudure laissée visible.
Morphologie : le col est bitronconique. Son diamètre minimum se place au
niveau de l'attache supérieure des anses. D porte un anneau en relief visible
entre les anses, souligné par un creux sur la paroi interne de l'amphore. La
lèvre marque une double inflexion externe. Sa face supérieure est plate ou
arrondie. Les anses ont un sillon central. Le fond est vraisemblablement plat
(fig- 4).
Dimensions (en mm) : (fig. 5).
№ HL DL EL DC HH LA EA № HC TIMBRE
Inv.
~W F8 33 67 1 108 35 38 14 40 SVNVCVS
- 2 F9 33 110 17 66 39 17 41 SVNVCVS
3 F10 36 111 18 66 43 17 43 42 SVNVCVS
- F26 37 107 19 62 38 16 45 SVNVCVS
Moy4
18 65 35 109 39 39 16 42 = enne
Ecart = 2 2 1 2 6 2 1 2 Type
- - - 5 F3 19 31 128 88 39 ADBVCIVSF
- - - - 6 F4 36 135 19 50
- - - - - 7 F30 38 130 22 BVCIVSF
OFICIN/ ADBVCI- - - 8 F7 37 125 20 43 19 45
LITEV/FECIT
- - - 41 9 F5 130 22 39 52 illisible
- - - - 33 10 F6 140 19 47
11 F12 21 38 140 90 43 43 24 48
- - F13 43 12 141 21 90 42 51
- - - - F15 34 130 20 44
Moy13
=■ 37 133 20 89 41 43 22 47 enne
Ecart
4 6 1 1 2 0 4 4 Type 438 F. LAUBENHEIMER
(3VNVCV5FJ
10
Fig. 6 : Timbres de l'atelier de Gueugnon, sur formes 1 et 2, forme 1 :
MAGIO.ADBF, n° 1, 2 (Gueugnon, FI et F2), 3 (Autun, FI) ;
forme 2 : SVNVCVS, 4 F9, 10, 26), 5 (Gueugnon,
F8), ADBVCIVSF, 6 F3), 7 (Gueugnon, F4),
8 (Gueugnon, F30), 9 (Londres), OFICIN(a) /ADBVCI-FECIT,
10 (Gueugnon F7) ; forme 1 ou 2, ARIC( ), 11, (Gueugnon).
échelle 1/1. DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 439
l CM
Fig. 7 : Atelier de Gueugnon, amphores de forme 2:1, inv. F12 ; 2,
inv. F7, timbré OFICIN / ADBVCI - LITEV / FECIT ;3,inv!
F3, timbré ADBVCIVSF ; 4, col trouvé à Londres, timbré
ADBVGIVSF.