Les années régnales de Maximien Hercule en Egypte et les fêtes vicennales du 20 novembre 303 - article ; n°9 ; vol.6, pg 54-81

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Revue numismatique - Année 1967 - Volume 6 - Numéro 9 - Pages 54-81
André Chastagnol, Les années régnales de Maximien Hercule en Egypte et les fêtes vicennales du 20 novembre 303. — L'article vise à poser les problèmes relatifs à la chronologie de Maximien Hercule et attire l'attention sur un point plus précis. Si le dies imperii de Dioclétien a été célébré chaque année, le 20 novembre, avec prédilection, celui de Maximien intervenait un peu plus tard (peut-être en décembre), bien qu'il ait toujours été célébré de façon plus discrète, au jour de son élévation au rang de César. En conséquence, les fêtes décennales qu'ont signalées des émissions monétaires, le 20 novembre 293, ont été celles de Dioclétien seul, même si Maximien a été associé étroitement aux vœux traditionnels en une telle occasion. Or les papyrus et ostraka retrouvés dans la vallée du Nil montrent qu'à la date précise du 20 novembre 303, on a ajouté une unité aux années régnales égyptiennes de Maximien, pour qu'il compte à ce jour vingt années de règne, à égalité avec Dioclétien. De plus, l'ensemble de la documentation (monnaies, inscriptions et papyrus) prouve que les fêtes célébrées à Rome le 20 novembre 303 ont été cette fois, de façon officielle, les vicennalia de Maximien au même titre que ceux de Dioclétien, ajustement révélateur de l'organisation plus systématique qui a été donnée alors au régime tétrarchique.
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1967
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André Chastagnol
Les années régnales de Maximien Hercule en Egypte et les
fêtes vicennales du 20 novembre 303
In: Revue numismatique, 6e série - Tome 9, année 1967 pp. 54-81.
Résumé
André Chastagnol, Les années régnales de Maximien Hercule en Egypte et les fêtes vicennales du 20 novembre 303. — L'article
vise à poser les problèmes relatifs à la chronologie de Maximien Hercule et attire l'attention sur un point plus précis. Si le dies
imperii de Dioclétien a été célébré chaque année, le 20 novembre, avec prédilection, celui de Maximien intervenait un peu plus
tard (peut-être en décembre), bien qu'il ait toujours été célébré de façon plus discrète, au jour de son élévation au rang de César.
En conséquence, les fêtes décennales qu'ont signalées des émissions monétaires, le 20 novembre 293, ont été celles de
Dioclétien seul, même si Maximien a été associé étroitement aux vœux traditionnels en une telle occasion. Or les papyrus et
ostraka retrouvés dans la vallée du Nil montrent qu'à la date précise du 20 novembre 303, on a ajouté une unité aux années
régnales égyptiennes de Maximien, pour qu'il compte à ce jour vingt années de règne, à égalité avec Dioclétien. De plus,
l'ensemble de la documentation (monnaies, inscriptions et papyrus) prouve que les fêtes célébrées à Rome le 20 novembre 303
ont été cette fois, de façon officielle, les vicennalia de Maximien au même titre que ceux de Dioclétien, ajustement révélateur de
l'organisation plus systématique qui a été donnée alors au régime tétrarchique.
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Chastagnol André. Les années régnales de Maximien Hercule en Egypte et les fêtes vicennales du 20 novembre 303. In: Revue
numismatique, 6e série - Tome 9, année 1967 pp. 54-81.
doi : 10.3406/numi.1967.942
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/numi_0484-8942_1967_num_6_9_942André CHASTAGNOL
LES ANNÉES RÉGNALES
DE MAXIMIEN HERCULE EN EGYPTE ET LES
FÊTES VICENNALES DU 20 NOVEMBRE 303
Ayant eu l'idée de mener une enquête dans les recueils papyro-
logiques1 pour y relever les années régnales des deux Augustes
Dioclétien et Maximien et des Césars Constance et Galère, j'ai
remarqué une petite anomalie dans le comput propre à Maximien.
Or ce fait, mineur en lui-même, semble bien témoigner d'une
intention précise des deux souverains principaux ; aussi mérite-t-il
à ce titre d'être souligné, puisque, je crois, il est passé pratiquement
inaperçu jusqu'ici, ou, du moins, si les papyrologues l'ont parfois
constaté en passant, ils n'ont pas jugé bon de s'appesantir sur lui
ou de méditer sur sa signification.
Le compte des années de Dioclétien n'offre jamais la moindre
difficulté. L'année 1 (a) part normalement de l'avènement, c'est-à-
dire, comme nous le savons maintenant en toute certitude grâce
à un papyrus, récemment publié, de Panopolis2, du 20 novembre
1. Les abréviations utilisées pour désigner les publications de papyrus et ostraca
sont celles qui figurent dans l'ouvrage d'André Bataille, Les papyrus, tome II du
Traité ďétudes byzantines publié par Paul Lemerle, Paris, P.U.F., 1955, p. 23-43.
Il s'y ajoute les recueils suivants, plus récents :
— P. Michael. = Papyri Michaelidae, par D. S. Crawford, Aberdeen, 1955.
— P. Cair. Isidor. = The Archive of Aurelius Isidorus, par A. E. R. Boak et
H. G. Youtie, Ann Arbor, 1960.
— P. Beatty Panop. = Papyri from Panopolis in the Chester Beatty Library, Dublin,
par T. C. Skeat, Dublin, 1964.
— P. Med. = Papiri Milanesi, par S. Daris, Milan, 1966.
— P. Wise. = The Wisconsin Papyri, par P. J. Sijpesteijn (Papyrologica Lugduno-
Batava, vol. XVI), Leyde, 1967.
On a consulté aussi le tome II des P. Merlon, Dublin, 1959 ; les tomes XXIV
(Londres, 1957), XXVII (1962) et XXXI (1966) des P. Oxy.; les tomes V, 4 ; VI ;
VII et VIII, 1 des S. В., Wiesbaden, 1955-1967.
2. P. Beatty Panop., 2, 162-163 et 260-261 (p. 82 et 98) ; cf. p. 145. Cette indication ANNÉES REGNALES DE MAXIMIEN HERCULE 55 LES
284, et se poursuit jusqu'au 28 août 285, les années 2 ((3) et suivantes
commençant au jour de l'an égyptien, le 1er Thôth, soit le 29 août
285, le 29 août 286, le 30 août 287, le 29 août 288, etc. Les indica
tions sont ensuite absolument régulières, d'une année à l'autre,
jusqu'à l'abdication du 1er mai 305, survenue dans le cours de la
21e année. Je n'ai même relevé aucune confusion de chiffre1,
bien que les papyrus et ostraca de cette époque se comptent par
centaines2. L'année de Dioclétien est en effet l'élément le plus
important de datation pour l'ensemble du règne et suffît du reste,
en toute rigueur, à apporter la précision souhaitée3.
Mais, comme on sait, les années sont ordinairement identifiées
par autant de chiffres qu'il y a d'empereurs « légitimes » reconnus
dans la vallée du Nil, quand l'avènement des corégents est intervenu
en d'autres années égyptiennes que celui de l'Auguste le plus ancien.
Aussi, comme Maximien a été porté au pouvoir, d'abord en tant
que César4, à une date qui se situe entre le 29 août 285 et le 28 août
286, c'est-à-dire dans le cours de la 2e année régnale de Dioclétien,
les premiers documents qui signalent les dyarques appellent
l'année en cours la 2e et la lre (p xod a) ; entendons : la 2e de
Dioclétien et la lre de Maximien. Il n'est pas indifférent de savoir
que deux papyrus du 20 novembre et du 30 décembre 285 désignent
encore cette année par la seule mention de la 2e année de Dioclétien6,
explicite confirme Lactance, De mortibus persec, 17, 1. Voir J.-P. Callu, Bulletin de
la Soc. Franc, de Numism., 1965, p. 500.
1. Avec une seule exception, sur O. Mich., 27, 6, qui désigne l'année 301-302 par
les chiffres 21, 17, 10 au lieu de 18, 17, 10.
2. Le relevé des documents donnant les années régnales, dans l'Appendice I du
présent article, compte près de 200 papyrus et de 150 ostraca.
3. Ainsi pour P. Med., 52, daté simplement de l'année 20 de Dioclétien le 19 octobre
303.
4. En dépit de l'absence de monnaie au nom de Maximien César, il ne fait pas de
doute que Maximien a été nommé César avant de devenir ensuite Auguste. Eutrope,
IX, 22 présente certes les faits de façon résumée et ne prétend pas donner de précisions
chronologiques strictes ; il atteste du moins clairement les deux promotions successives
de Maximien : Dioclelianus Maximianum Herculium ex Caesare fecit Augustům.
Il y a d'autant moins de raisons de récuser ce témoignage que plusieurs milliaires
de Numidie donnent expressément à Maximien, sans précision chronologique, le titre
de nobilissimus Caesar, qui ne saurait s'appliquer à un Auguste à part entière : C.I.L.,
VIII, 10285, 22499 et, peut-être, 10227, 10259, 22477 et 22485. Il faut éliminer 22116,
dont le titre [no]b[ilissimus Caesar] est restitué sans garantie suffisante ; 22488
s'applique à Galère, tout comme les autres textes que relève W. Seston, Dioclétien
et la Télrarchie, t. I, Paris, 1946, p. 61, n. 2.
5. S. В., VI, 9216, 18 et IV, 7443, 23-25. Il s'ajoute probablement l'ostracon
O. Mich., 407, du 6 décembre ; cf. W. Seston, op. cit., p. 64 et n. 1. W. Ensslin a eu le
mérite de démontrer (Pauly-Wissowa, t. XIV, col. 2490, s.v. Maximianus) dès 1930
l'impossibilité pratique de fixer l'avènement de Maximien comme César avant le
29 août 285 ; cf. aussi, sur ce point, W. Seston, op. cit., p. 60. 56 ANDRÉ CHASTAGNOL
mais qu'ensuite tous les autres, au nombre de sept, donnent les
deux chiffres, le premier d'entre eux, chronologiquement, portant
expressément la date du 31 mars 2861. Or — ce fait n'a pas été
assez souligné jusqu'ici — les titulatures épigraphiques de
Maximien pendant les années 286-293 prouvent que sa procla
mation comme César ne saurait être antérieure au 10 décembre
285 et inclinent à penser qu'elle remonte au mois de
285, précisément entre le 10 et le 31 décembre2. La promotion
ultérieure d'un César au rang d'Auguste — qui advint très vite
dans le cas de Maximien, puisqu'elle est déjà enregistrée sur le
papyrus du 31 mars 286 et qu'aucune monnaie n'a été émise au
nom de Maximien César3 — ne provoque aucune modification
1. B.G.U., IV, 1090, 34-36. C'est W. Seston, op. cit., p. 64, qui a relevé l'importance
de ce document, qui, à lui seul, condamne la date du 1er avril 286, fournie par les
Consularia Constantinopolitana (Mommsen, Chron. Min., I, p. 229), pour l'élévation
de Maximien au Césarat ; mais le même papyrus se concilie aussi difficilement avec
la date du 1er mars, à laquelle se rallie finalement W. Seston, si l'on songe aux délais
nécessaires de transmission des nouvelles. La critique de Cl. Vandersleyen, Chronologie
des préfets ďÉgyple de 284 à 395, Bruxelles, 1962, p. 36, concernant ce document,
me paraît excessive.
2. La troisième puissance tribunicienne de Maximien correspond à la cinquième
de Dioclétien {C.I.L., III, 22 = Dessau, 617), revêtue le 10 décembre 287 ; l'avènement
de Maximien comme César est par suite postérieur au 10 285, puisque sa
première p. tr. s'achève le 9 décembre 286. En outre, Maximien est imperator VIII
et en même temps consul HI {C.I.L., VI, 1124) à la fin de 292, puisqu'il a inauguré
son quatrième consulat le 1er janvier 293 : ce fait implique que la première salutation
impériale, c'est-à-dire l'avènement comme César, est antérieure au 1er janvier 286.
Bien entendu, il est normal que cette nomination de Maximien ne soit pas encore
connue de S. В., IV, 7443 le 30 décembre 285. Une telle date justifie qu'en 290 Maximien
n'ait pas été présent à Trêves le jour de ses quinquennalia (Paneg. Lat., Ill (11), 1) ;
il était en effet en route à ce moment pour rencontrer Dioclétien à Milan quelques
jours après.
On ne saurait objecter que le renouvellement de la p. tr. intervient éventuellement
à cette époque en un autre jour que le 10 décembre. Car : 1° Ce renouvellement n'a pas
lieu le 1er janvier ; en effet, pendant sa 5e p. tr., Maximien est successivement cos. II
[C.I.L., VIII, 10382-22423 b) et cos. HI [C.I.L., VI, 1128-31241) ; 2° II est dès lors
facile de démontrer que, pour Dioclétien, ce renouvellement intervient entre le
20 novembre et le 31 décembre ; dans ces conditions, le 10 décembre ne saurait être
récusé.
3. A vrai dire, il n'est pas exclu que la promotion de Maximien au rang d'Auguste
soit du 1er avril 286. L'information que donnent les Consularia Constantinopolitana
pourrait aisément s'interpréter en ce sens : his conss. levatus est Maximianus imperator
senior die kal. Apr. D'autre part, le titre Еебосстос sur un papyrus peut s'appliquer
à un César associé à un Auguste, comme le relève W. Seston, op. cit., p. 65, n. 2. En
outre, les inscriptions de Numidie et de Phrygie qui mentionnent Maximien comme
nobilissimus Caesar l'appellent parfois, déjà, également Auguste tout en soulignant
son rang subordonné : ainsi C.I.L., VIII, 22499 = Dessau, 616 et Année Épigr.,
1901, 159 = I.G.R., IV, 523 ; cf. H.-G. Kolbe, Die Statthalter Numidiens von Gallien
bis Konstantin (268-320), Munich, 1962, p. 29, n. 6. W. Ensslin, dans Pauly-Wissowa,
t. XIV, col. 2490 et t. VII A (1948), col. 2427, rapporte aussi au le' avril 286 l'accession
de Maximien au rang d'Auguste ; pour lui, il serait César depuis la fin de l'été de 285,
après le 29 août. LES ANNÉES RÉGNALES DE MAXIMIEN HERCULE 57
dans le système de compte. La 3e et 2e année (y xal (3) commence
donc le 29 août 286, et la manière de comptabiliser les années
se poursuit désormais régulièrement, avec décalage d'une année
entre les deux empereurs.
Puis, à partir du 1er mars 293, on ajoute, tout naturellement,
l'année propre aux deux Césars, Constance et Galère, non indivi
dualisés1. C'est un ostracon du 28 mai 293 qui, pour la première
fois, marque la date par trois chiffres, à savoir 9, 8 et 1 (0, 7) xal
a), c'est-à-dire 9e année de Dioclétien, 8e de Maximien et lre des
Césars2. On ne rencontre par la suite jamais d'erreur dans le
compte des deux Augustes, mais il est arrivé parfois, exception
nellement, que l'année des Césars soit ou omise3 ou fautive4 ;
dans le cas de beaucoup le plus habituel, les trois chiffres sont
cependant d'une exactitude rigoureuse.
Le compte des années des Césars n'a subi, pour sa détermination,
aucune modification jusqu'en 305. Mais le fait sur lequel je veux
attirer l'attention est le suivant. Au cours de l'année 30 août
303-28 août 304, qui est la 20e de Dioclétien, le décalage d'une
année au détriment de Maximien a été passé sous silence à partir
d'un certain moment ; on a alors ajouté une année à Maximien
pour l'égaler à Dioclétien, et, dès lors, on ne donne plus que
deux chiffres au lieu de trois : à la place de 20, 19 et 12 (x, i0,
tê = 20e année de 19e de Maximien et 12e des Césars),
on date en effet, désormais, de 20 et 12 (x xal 16 = 20e année des
Augustes et 12e des Césars).
On peut, je crois, fixer avec précision le moment auquel ce
changement est intervenu. Tous les documents antérieurs au
début de novembre 303 désignent l'année en cours par les
trois chiffres 20, 19 et 12 : ainsi font encore trois papyrus du 23,
1. Cette date est certaine pour l'élévation de Constance à Milan, en présence de
Maximien, d'après les indications formelles du Paneg. Lat., IV (8), 2-3. Je considère
pour ma part que Galère a été proclamé le même jour près de Nicomédie, par les soins
de Dioclétien. Les deux Augustes s'étaient en ce cas mis d'accord un peu auparavant
pour que les deux cérémonies aient lieu le même jour.
2. O. Mich., 441. Le comput à deux chiffres seulement se poursuit jusqu'au
29 mars 293 (O. Mich., 437-440), ce qui est normal en raison du délai de transmission
des nouvelles.
3. O. Mich., 900 ; 904, 5 et 905, 4-5 entre le 8 novembre 296 et le 8 janvier 297 ;
P. Oxy., I, 71, col. I, 24 le 28 février 303. Voir quatre notes plus bas pour S. В., VI,
9269, qui ne date pas de 297, mais de 304.
4. P.S.I., IV, 285, 15 le 14 novembre 294 (2 au lieu de 3) ; P. Oxy., I, 43, Recto III,
15-18 le 16 février 295 (2 au lieu de 3) ; O. Fayoum, 23, 1 le 10 juillet 298 (4 au lieu
de 6) ; P. Grenf., II, 74, 7 et 20 le 25 avril 302 (8 au lieu de 10). 58 ANDRÉ CHASTAGNOL
du 28 et du 30 octobre 303 L. Il s'y ajoute ensuite un ostracon
datant du 19 décembre2. Après eux, la forme à deux chiffres
seulement, 20 et 12, a prévalu de façon absolue et se rencontre
d'abord sur des papyrus du 13 janvier et du 15 février 3043, alors
qu'une telle unification des années des deux Augustes ne
s'observait jamais auparavant. L'ordre de rajouter une année à
Maximien, pour l'égaler à Dioclétien, a donc été donné entre le
début ou le milieu de novembre et le début ou le milieu de
décembre de 303, si l'on tient compte des délais de transmission ;
par suite, on ne peut guère échapper à la conclusion qu'il prend
place lors de la célébration des vicennalia des Augustes, à Rome,
le 20 novembre 303, c'est-à-dire au moment même où Dioclétien
a décidé de donner une définition plus systématique et mathé
matique au régime tétrarchique qui, pourtant, s'était réalisé
d'abord dans les faits sans préméditation, par le pur jeu des
circonstances.
W. Seston, dans sa thèse, a finement analysé le processus,
fortuit dans ses causalités, par lequel s'est peu à peu organisé le
gouvernement à quatre, même si certaines de ses conclusions
chronologiques sont aujourd'hui à rejeter. Reprenons les conclu
sions majeures de son ouvrage, qui demeurent parfaitement
valables sous réserve de quelques aménagements mineurs concer
nant les liens avec l'usurpation de Garausius et qu'il a énoncées
1. P. Cair. Isidor., 42, 1-4 ; ibid., 41, 40 ; P. Lips., 84, VIII, 1. Cf. aussi O. Mich.,
926.
2. О. Tait, II, 2062.
3. P. Oxy., XVIII, 2187, 4 ; S. В., I, 4652. Sur le papyrus du 13 janvier, la mention
des années régnales est malheureusement mutilée, mais la forme [x] xal 16 = [20],
12 y est très probable. Notons que P. Cair. Isidor., 41, 42 porte la date du 13 février
304, mais le libellé des années régnales y est douteux : les éditeurs lisent 20, [19, 12] ;
je restituerais plutôt : 20, [12], comme l'ont fait avec raison ceux de P. Oxy., XVIII,
2187, 4 et comme eux-mêmes ont opéré pour P. Cair. Isidor., 41, 65, le 13 août. Le
même principe de restitution doit jouer S. В., I, 5272, 15-16 en juin-juillet.
Cette méthode permet enfin de rectifier la date de S. В., VI, 9269, papyrus d'Oxford
publié par H. Zilliacus, dans Journal of Juristic Papyrology, IX-X, 1955-1956,
p. 127-130. L'éditeur restitue aux lignes 29-32 la mention des années régnales [14]
et 13 de Dioclétien et Maximien, ce qui l'amène à dater le texte du 18 septembre 297.
Mais : 1° II y a une anomalie dans le fait que l'année des Césars ne serait pas mentionnée ;
2° Comme le remarque H. Zilliacus lui-même, les consuls de 297 sont Maximien et
Galère, alors que le document est daté dans ses premières lignes par un consulat de
Dioclétien et Maximien. Il est évident que l'année 13 mentionnée à la fin est celle des
Césars et qu'elle est précédée de l'année 21 des Augustes dans le nouveau système
que je définis ici. Le texte date dans ces conditions du 18 septembre 304, année où
Dioclétien est consul pour la 9e fois et Maximien pour la 8e. On restituera donc :
Ztouç [xa] x[a]l iy tûv x[u]pfctov ^[xf&Jv Ato[x]X7)(Tiavoû) xa[l Ma]Çi(xiavoG ae6a<JT&v
xal K<o[v]c7"r[avTÎo]u xal M [a£] lkavou xuv èmçave [o]xáT(ov xat,a[áp]<ov, 0<í>9 xa. ANNÉES RÉGNALES DE MAXIMIEN HERCULE 59 LES
sous la forme suivante : « Le régime tétrarchique n'a pas été un
système préconçu et réalisé étape par étape par un idéologue qui
serait prudent. Dioclétien, pendant plus d'un an, a gouverné
seul l'Empire entier. Puis, quand il a pris un César, de mauvaise
grâce, il a appliqué une formule de gouvernement qui avait été
celle de Garus, son prédécesseur. Il n'aurait pas fait de Maximien
un Auguste, s'il n'y avait pas été contraint par la situation que
l'usurpateur Carausius avait créée en prenant lui-même ce titre
en 286. En 293, pareillement, seuls les événements déterminèrent
sa conduite, puisque les Césars Constance et Galère furent nommés...
pour faire face l'un au danger d'un empire séparatiste, l'autre
à la menace sassanide1... Dans toutes ces décisions, Dioclétien
n'avait mis aucune logique, aucun plan. Il n'avait songé qu'à
placer hors de toute atteinte l'autorité de l'État, à la fois en
combattant les ennemis de l'extérieur et en prévenant les usurpat
ions et les sécessions. Peut-être parce qu'elle ne répondait qu'à
des besoins immédiats, cette œuvre fut efficace2. »
Seulement — et, à nouveau, W. Seston Га très bien montré —
Dioclétien, grand homme d'État, a voulu en même temps résoudre
la crise de l'Empire et arrêter l'anarchie militaire et l'instabilité
politique qui paralysaient le monde romain depuis longtemps,
et c'est encore la pression des faits, en l'occurrence l'usurpation
de Carausius, qui l'a amené à rehausser l'autorité des empereurs
légitimes et à faciliter l'exercice de leur pouvoir ; depuis 287, il a,
dans cette intention, proclamé leur droit divin sur des bases
nouvelles, sur la descendance raciale et la volonté de Jupiter et
d'Hercule, conception théologique qui rejetait du monde légal
les usurpateurs ne tenant leurs titres, comme Carausius, que de
l'acclamation de leurs propres soldats3.
Dans cette perspective pragmatiste et réaliste, il est remarquable
que, jusqu'en 303, on ait célébré chaque année à des dates distinctes
le dies imperii de Dioclétien et celui de Maximien. Ce fait est
signalé expressément en 291 par le Panégyrique III (11), qui sépare
avec netteté, d'une part, les gemini natales communs aux deux
Augustes, commémorant en un même jour ou en deux jours
1. W. Seston, op. cit., p. 353.
2. Ibid., p. 185.
3.p. 209-210, 221-222 et 354-355. Sans discuter ici de la date précise —
à l'intérieur de l'année 287 — à laquelle Dioclétien et Maximien ont pris les noms de
Jovius et ďHerculius, notons seulement que le début de janvier était encore proximus
lorsque l'anniversaire en était célébré, selon le Paneg. Lat., Ill (11), 2, 4. 60 ANDRÉ CHASTAGNOL
consécutifs l'épiphanie des empereurs, c'est-à-dire leur accession
à la race divine par la collation des surnoms de Jovius et
d'Herculius, d'autre part le dies imperii propre à chacun et qui,
« le premier, les a produits à la lumière »1 : ipsi illi dies quibus
imperii auspicia sumpsistis ob hoc sandi sunl ac religiosi quod
taies declaraverint imperatores2. Ces jours-là — rappelant au
souvenir, le 20 novembre, l'élévation de Dioclétien comme Auguste
et, un jour de décembre, la proclamation de Maximien au rang de
César — voyaient chaque année se renouveler les salutations
impériales qui figuraient dans les titulatures officielles. Les deux
dies imperii étant somme toute proches l'un de l'autre, Maximien
avait presque toujours une salutation de moins que Dioclétien,
sauf entre le 20 novembre et son propre dies imperii, période
brève pendant laquelle deux unités les séparaient. Le panégyriste
nous raconte qu'il avait préparé un discours spécial pour le jour
des quinquennalia de Maximien, mais que, celui-ci étant ce jour-là
absent de Trêves, il n'avait pas eu le bonheur de pouvoir le
prononcer3.
Dans ces conditions, les decennalia du 20 novembre 293 ont été
ceux de Dioclétien seul, puisque Maximien en était encore à sa
huitième année de règne effectif et n'est entré dans sa neuvième
année qu'un peu plus tard ; en Egypte, Dioclétien était alors dans
sa dixième année et Maximien dans sa neuvième depuis le 29 août.
Il est symptomatique que, sur les monnaies frappées à cette
occasion, le nom de l'empereur aux dix ans de règne ne soit jamais
spécifié, et cela parce qu'il n'en était nul besoin. Chacun savait
que seule la dixième année de l'Auguste principal méritait alors
d'être célébrée. Mais Dioclétien ne pouvait manquer de faire
associer aux cérémonies et vœux rituels en pareille circonstance
son collègue Maximien, ainsi que, dans une certaine mesure,
les deux Césars, dont l'élévation remontait à quelques mois
1. Paneg. Lat., Ill (11), 2, 1 : Hic mihi dies videtw illuslrior magisque celebrandus
qui le primus protulit in lucem (éd. E. Galletier, I, p. 51). L'« apparition à la lumière »
concerne ici l'élévation à l'empire, et non la naissance, de Maximien ; mais le vocabul
aire mis en honneur en 287 assimile la création du prince à une naissance dans l'ordre
divin, ce qui explique le terme nouveau de natalis imperii; cf. H. Stern, Le Calendrier
de 354, Paris, 1953, p. 74-79, qui a tort cependant de rapporter le changement à
l'année 293. Le Panégyrique de 291 est déjà imbu de la même idée, et nous montre
suffisamment que le natalis de Maximien, à cette date, est célébré non pas le jour
où il a été proclamé Auguste, mais, à cause de primus, en celui de son élévation au rang
de César.
2. Paneg. Lat., Ill (11), 2, 2.
3.Ill 1. ANNÉES REGNALES DE MAXIMIEN HERCULE 61 LES
seulement. Les monnaies émises pour ces fêtes et celles de l'émission
immédiatement suivante, le 1er janvier 294, se bornent, dans
leurs légendes de revers, à reproduire des acclamations de vota
en une forme très traditionnelle. Ainsi, les anioniniani antérieurs
à la réforme monétaire et frappés en novembre 293 par la troisième
officine de l'atelier de Lyon sont au nom et à l'effigie de Dioclétien
et de Maximien et montrent au revers, avec la légende VOTIS X,
les deux Augustes sacrifiant en commun au-dessus d'un autel1.
A la même série appartiennent les deniers et quinaires de Maximien,
avec VOTIS DECENNALIBVS ou VICTORIA AVGG VOTIS X (ou
V X)2. Des antoniniani de Lyon, frappés en janvier 294, toujours
à l'effigie de Maximien comme de Dioclétien, portent au revers
VOT X M XX dans une couronne de laurier3 ; ceux qui mentionnent
les SAECVLARES AVGG, avec un cippe marqué COS X (inscription
fautive pour VOT X), sont à l'effigie et au nom des deux Augustes
et du César Constance et sont accompagnés de M XX dans le champ
sur un exemplaire au nom et à l'effigie du seul Galère4. On retrouve
à Trêves des émissions parallèles, où s'associent VOTIS AVGG,
VOTIS X et VOT X M XX5. Les decennalia étaient ainsi ceux de
Dioclétien seul, mais Maximien y était associé officieusement,
d'autant plus que son dies imperii, proche dans le temps de celui
de Dioclétien, ne donnait pas lieu à des émissions monétaires
spéciales. Il semble bien qu'en 293 Maximien a ajouté une unité
à ses puissances tribuniciennes pour atteindre sa neuvième puissance
alors que Dioclétien en était à sa dixième6 : cela le rapprochait
de son confrère sans l'égaler à lui cependant ; on ne relève par
contre aucun changement à cette date dans le nombre de ses
salutations impériales : il prend en effet seulement en décembre
293 sa neuvième salutation, alors que Dioclétien comptait sa
dixième depuis le mois précédent. Les séries monétaires nous
noe 1.109-111 P. H. Webb, et p. 273, The n08 Roman 466-467; Imperial P. Bastien, Coinage, Les vol. émissions V, 2, Londres, de Vatelier 1933, de Lyon p. 230, en
293 et 294, dans Rev. Numism., 1959-1960, p. 96-97, n°« 58-67 ; cf. p. 80-81 et pi. VII,
60 et 64-66.
2. P. Bastien, n°« 68-70.
3. P. n°8 221-223 (pi. IX, 221-222) ; Webb, n" 108 et 468.
4. Webb, n08 78 et 415 ; P. Bastien, n°» 215-220 ; cf. pi. IX, 217-218 et p. 84-86.
Pour cet auteur, p. 86, l'interprétation de COS X M XX serait : COS (de Constance
et Galère), [VOTIS] X M(ultis) XX ; il semble plus logique de croire simplement
à une faute, COS au lieu de VOT.
5. H. A. Cahn, Die Trierer Antoniniane der Tetrarchie, dans Numisniatische
Zeitschrift, 1930, p. 10-22. Sur la création de l'atelier de Trêves vers ce moment, Webb,
p. 213.
6. P. Bastien, p. 78. i 62 ANDRÉ CHASTAGNOL
montrent en tout cas que Maximien, comme il était naturel,
était associé aux cérémonies et aux vœux plus étroitement que
les deux Césars. Ainsi, à l'atelier de Rome, les antoniniani de
Dioclétien et de Maximien offraient exactement la même formule
de revers, PRIMIS X MVLTIS XX, tandis que ceux se rapportant
dans la même émission aux Césars Constance et Galère se
contentaient de la légende PRINCIPI IVVENTUT1.
Les anniversaires de Maximien étaient comme écrasés par
ceux de Dioclétien. Ses decennalia propres, à la fin de 294, sont
passés inaperçus sur le plan monétaire. Par contre, les quinquennalia
des Césars, le 1er mars 297, n'ont nullement sombré dans le même
oubli. Le Panégyrique IV (8), prononcé en Gaule ce jour-là, en
présence de Constance, se réfère expressément au natalis imperii
du César : divinus ille vesirae maiestatis ortus2 ; il note ensuite
que le 1er mars voit chaque année se renouveler Г impérium des
Césars, au pluriel, ce qui s'applique donc aussi bien à Galère
qu'à Constance : О felix beatumque ver novo partu, iam non
amoenitaie florum пес viridilaie segetum пес gemmis vitium пес
ipsis ianium favoniis et luce serenata laelum atque venerabile quantum
ortu Caesarum maximorum! ...0 Kalendae Martiae, sicuti olim
annorum volventium, Ha nunc aeternorum auspices imperatorum /8.
Mieux même, des émissions monétaires paraissent avoir salué
l'événement, en se référant aux vœux décennaux des Césars, sans
omettre, comme il était logique, de renouveler pour l'occasion
les souhaits vicennaux des Augustes. On a remarqué en effet que
certaines émissions de vota prenaient place après la réforme
monétaire et, par suite, ne pouvaient se confondre avec les séries
des decennalia de Dioclétien en 293, mais qu'elles n'en étaient
pas moins nettement antérieures aux vicennalia. Il me semble
qu'on peut, sans trop de présomption, les rapporter au mois de
mars 297. C'est d'abord le cas des aurei du nouvel atelier d'Aquilée,
dont les légendes de revers offrent VOT X CAESS pour les droits
au nom des Césars, VOT XX AVGG pour les Augustes4. On a déjà
proposé, par hypothèse, d'attribuer en outre aux quinquennalia
des Césars les néo-antoniniani de Rome à l'effigie de Dioclétien
1. Cf. B. Bastien, p. 78.
2. Paneg. Lat., IV (8), 2, 2 (éd. E. Galletier, I, p. 83).
. 3. Paneg.' IV (8), 3,- Г(р. 84).
4. С. H. V. Sutherland, The Roman Imperial Coinage, vol. VI, 1967, p. 311, noe 5-7,
avec les remarques chronologiques faites p. 300. L'atelier d'Aquilée remonte à 294
environ, selon p. 5.