Les Élymes, 3 : Troisièmes journées internationales d'études sur la région élyme, Gibellina, octobre 1997 ; n°2 ; vol.24, pg 245-262

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Dialogues d'histoire ancienne - Année 1998 - Volume 24 - Numéro 2 - Pages 245-262
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Publié le 01 janvier 1998
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Madame Stefania De Vido
Les Élymes, 3 : Troisièmes journées internationales d'études sur
la région élyme, Gibellina, octobre 1997
In: Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 24 N°2, 1998. pp. 245-262.
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De Vido Stefania. Les Élymes, 3 : Troisièmes journées internationales d'études sur la région élyme, Gibellina, octobre 1997. In:
Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 24 N°2, 1998. pp. 245-262.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/dha_0755-7256_1998_num_24_2_2608Dialogues d'Histoire Ancienne 24/2, 1998, 245-269
Colloques
I - Les Élymes, 3"
Les Troisièmes journées internationales d'études sur la région élyme,
moment désormais traditionnel de discussion et de mise au point pour tous
ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Sicile occidentale, ont eu lieu du jeudi
23 octobre au dimanche 26 octobre 1997, à Gibellina, siège du Centre d'Études et
de Documentation sur la région élyme (CESDAE), mais aussi à Erice et
Contessa Entellina, grâce à la disponibilité dont ont fait preuve respectivement
le Centre 'Ettore Majorána' et l'administration communale.
Cette formule a permis d'élargir à d'autres institutions le réseau de
contacts établi, par le biais du CESDAE, entre l'École Normale Supérieure de
Pise et la commune de Gibellina ; de plus, elle a permis de connaître de près
deux centres élymes qui représentent de façon assez différente l'état actuel des
études. Pour Erice, dont l'aspect médiéval s'est conservé dans tout son charme,
on attend encore un projet qui permette de reprendre organiquement la
recherche sur la réalité antique ; en revanche, les recherches conduites à Entella
ont donné plusieurs résultats tangibles, dont en premier lieu l'Antiquarium
récemment ouvert. En intégrant matériaux anciens et panneaux explicatifs, ce
dernier permet d'aborder l'histoire de la cité antique dans ses structures monum
entales comme dans sa vie quotidienne. La visite de l'Antiquarium et du site
d'Entella, à la fin des Journées, a montré l'importance d'un travail qui unit sites
archéologiques, institutions locales et possibilité de diffusion des connaissances
acquises sur un territoire encore riche en potentialités.
Ces potentialités sont pleinement apparues lors des discussions, qui se
sont distinguées par leur originalité et par leur nouveauté : laissant momenta-
Troisièmes journées internationales d'études sur la région élyme, Gibellina, octobre 1997.
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nément de côté les questions classiques et plus débattues, les Journées se sont
ouvertes à des points de vue différents et à des périodes moins étudiées, en
travaillant sur le double profil de la continuité et de la rupture. En même temps,
ces Journées ont montré que l'étude de la région élyme n'en est plus à un stade
initial : la multiplicité des expériences historiques qui ont trouvé place dans la
région est une donnée désormais acquise, la recherche sur le territoire et la
réflexion historique cherchent maintenant à vérifier des hypothèses de travail et
à proposer de nouveaux modèles interprétatifs, qui puissent souligner la
spécificité de cette région, spécificité dérivant de la rencontre entre des cultures
différentes à différents moments de l'histoire.
La volonté de trouver des points d'observations non conventionnels a
marqué les communications à caractère historique. Ainsi, Luigi Piccirilli a manif
esté son désaccord par rapport à la lecture traditionnelle des livres consacrés
par Thucydide à l'expédition athénienne de 415-413 a.C. ; ceux-ci ne donnant
pas de réponse à des questions telles que la raison de la conduite des
Syracusains ou la position de Nicias, il vaudrait mieux les examiner dans le
cadre d'une tradition historique plus ample sur l'événement. Des textes considé
rés comme peu fiables, tels le De pace d'Andocide ou VEryxias attribué à Platon,
peuvent, avec le témoignage de Plutarque, nous éclairer sur la situation poli
tique interne d'Athènes et de Syracuse, en permettant de préciser les relations
entre les deux cités à la veille du conflit, ou la datation de l'alliance entre
Athènes et Catane. De même, Lorenzo Braccesi a proposé, sur la base d'une lec
ture attentive de la tradition, une nouvelle interprétation de l'histoire du
Spartiate Dorieus. Sans modifier la chronologie traditionnelle, il faut donner
plus d'importance à la relation entre le prince lacédémonien et l'ambigu
Philippe de Boutakidès à Cyrène, en Italie méridionale et en Sicile. En propo
sant une nouvelle interprétation d'un passage très discuté de Justin, Braccesi
reconstruit une phase de l'histoire de Sparte, pendant laquelle Dorieus aurait
été l'interprète officiel, en accord avec sa cité, d'une politique très fortement
antityrannique dirigée en Libye contre Arcésilas de Cyrène et en Italie contre la
Sybaris de Telys.
Pietrina Anello et Salvátore Alessandrï ont analysé une période peu
étudiée dans les précédentes Journées, celle qui, allant de la fin de l'expédition
athénienne à la mort de Denys l'Ancien, est connotée par l'arrivée en Sicile des
Carthaginois, marquant une coupure radicale dans l'histoire politique et cultu
relle de la région. Tous deux ont reconnu dans ces décennies un moment de
transformations décisives. P. Anello, attentive surtout à l'histoire interne de
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Yethnos et de la région élyme, a cherché les racines de ce changement dans le
nouvel équilibre qui se forme après la chute des tyrannies et la croissance
hégémonique de Ségeste : on peut en effet penser que c'est autour de ce centre
qu'un lien de synteleia a pu prendre forme, unissant non seulement des cités
élymes, mais aussi certaines parmi les cités puniques. À partir de là, ont été
illustrées les causes probables de l'affaiblissement progressif de Ségeste et des
rapports inter-étatiques établis dans un mouvement centrifuge qui est reflété
par les traités gréco-puniques postérieurs. S. Alessandri est parti du premier de
ces traités pour essayer de définir le status des Élymes par rapport à une hégé
monie punique qui de toute façon avait remplacé l'hégémonie de Ségeste ; il a
ensuite suivi la stratégie de Denys l'Ancien vis-à-vis des cités élymes qui, au
moins partiellement, continuèrent à former un ensemble ethniquement uni,
malgré les pressions idéologiques, avec une dimension raciste, mais très
concrètes aussi, typiques de la politique de Denys. Les vicissitudes de deux cités
élymes, Entella prise vers la fin du Ve siècle par les Campaniens, et Eryx, où l'on
reconnaît un conflit interne entre des groupes anti- et philocarthaginois, appar
aissent dans ce contexte exemplaires. Giovanna Bruno Sunseri a de son côté
mis en valeur le passage de Diodore relatif à la transformation de Ségeste en
Dikaiopolis, tradition restée dans l'ombre dans les contributions relatives à
l'histoire de cette cité, mais qui s'est révélée riche en implications. De nomb
reuses comparaisons avec des situations de Sicile et de Grèce permettent de
comprendre la valeur idéologique forte de l'opération d'Agathoclès, qui en
s'inspirant d'un modèle monarchique déjà hellénistique a voulu réaliser un
projet empreint d'utopie et réalisable seulement en des régions à matrice
'barbare', où les esclaves devenaient citoyens et pouvaient ainsi enfin rendre la
cité 'juste'.
Sebastiana Nerina Consolo Langher, qui dans les Deuxièmes Journées avait
étudié, en partant d'une analyse globale des sources littéraires et numisma-
tiques, le rapport entre l'ensemble de la Sicile et la région élyme pendant la
tyrannie d'Agathoclès, a concentré son attention sur Eryx, en retraçant l'histoire
de la cité de l'époque archaïque jusqu'au IVe siècle, sous les deux angles des
rapports avec les Grecs et avec les Carthaginois. Sa lecture, basée sur l'ensemble
des sources, a permis de faire sortir Eryx de l'ombre de Ségeste et d'en
reconnaître certains traits spécifiques ; est particulièrement suggestive la
comparaison proposée en conclusion avec l'histoire de Chypre, lieu où se ren
contrent différents courants non seulement religieux, mais aussi institutionnels.
C'est encore à Eryx qu'a été dédiée la brève intervention de Vincenzo Tusa, à la
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fois témoignage et exhortation à poursuivre les recherches qu'il a lui-même
commencées il y a quelques décennies, alors qu'en tant que Surintendant il se
rendait compte de l'ampleur de la question élyme.
La région élyme à l'époque romaine : ce thème, nouveau pour les
Journées, qui ne l'avaient traité que par le biais des implications troyennes de la
légende à l'époque romaine, a fait l'objet de l'intervention d'Antonino Pinzone.
Après avoir souligné la particularité de la Sicile comme terrain concret où se
construit la forme provinciale, Pinzone a touché successivement tous les grands
thèmes liés à la romanisation d'époque républicaine : le statut des cités, le
régime du territoire et de Vager publicus, le sens et les implications de Г immunitas
et de la societas, le problème de l'approvisionnement en blé, la présence dans
l'île de Romains et d'Italiques. Sa communication a permis de saisir tant le ver
sant historiographique de ces thèmes que les connotations dont ils se chargent,
dès lors que le point d'observation est occidental, de par la stratification
ethnique ici particulièrement évidente, de par les ajustements requis par la
précédente gestion punique, de par les idéologies qui sous-tendent un
processus fortement connote par la propagande. Dans la suite de cette
approche, les discours de Cicéron Contre Verres, texte fondamental pour la
description de la Sicile romaine, ont fait l'objet de deux lectures
complémentaires, visant à souligner la perspective de tradition élyme. Partant
de la récupération d'une mémoire troyenne-élyme opérée, en même temps, par
Ségeste et par Rome, et en s'appuyant sur des indices internes et externes au
texte de Cicéron, Stefania De Vido a cherché à comprendre la forme de l'identité
prise par la cité barbare de Ségeste pendant le moment difficile de la
romanisation, ainsi que la coloration et le but de l'argumentation de la cognatio
proposée dans les Verrines. La lecture de l'ensemble permet de reconnaître les
signes de nouvelles formes de solidarité (Centuripe), de persistances
significatives (Alykiai), d'importantes divergences (Eryx), qui dessinent le profil
d'une Sicile profondément renouvelée. Quant au temple sans cité d'Eryx,
il requiert une réflexion spécifique, pour que l'on puisse lire le culte de la déesse
à la lumière de comparaisons avec des expériences analogues hellénistiques,
romaines ou carthaginoises. L'opportunité de l'observation des expériences
culturelles dans toute leur complexité apparaît clairement dans le cas d'une
intervention comme celle de Chiara Michelini. Elle a en effet souligné, au
moyen d'une lecture attentive du De signis, la signification politique, cultuelle,
symbolique, en tant que synthèse de mémoire et marque de richesse et de goût,
des œuvres d'art privées et publiques qui dans les discours Contre Verres
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attestent la spécificité des valeurs et du patrimoine des Grecs de Sicile. Dans ce
cadre, une place de choix est occupée par les œuvres d'Himère et de Ségeste,
elles aussi monumentu Scipionis, C'est à Ségeste en particulier qu'appartenait une
célèbre statue de Diane, qui a été décrite en détail par Cicéron. En partant de
cette description, C. Michelini a proposé des comparaisons qui permettent
d'interpréter de façon plus précise le culte qui lui était lié : le récit de Cicéron
autorise à voir dans cette statue une Diane- Artémis liée au monde féminin du
mariage et de la naissance, dans une perspective qui élargit l'horizon du
patrimoine religieux de Ségeste à de nouvelles perspectives.
Un aspect plus tangible de la romanisation, lié lui aussi à des expériences
artistiques mûries dans une Sicile pleinement insérée dans un contexte méditer
ranéen, a été étudié par Massimiliano David, qui a présenté un bilan de l'état
des connaissances sur les mosaïques de la Sicile occidentale, enrichi par des
comparaisons avec d'autres sites - Ostie par exemple - et par des considérations
sur les problèmes posés par l'interprétation du lexique et des techniques
décrites dans les textes antiques. Le tableau des typologies attestées dans l'île
est proposé comme base au catalogage et à l'étude des nouvelles découvertes.
À côté d'une recherche archéologique, mais surtout artistique et histo
rique, qui, s'appuyant sur Cicéron, vise à établir une meilleure compréhension
par des comparaisons iconographiques, la recherche sur le terrain a depuis
toujours une grande importance en Sicile occidentale ; cette recherche nous
livre, entre autres, des renseignements sur l'histoire des populations indigènes
avant - ou indépendamment de - la colonisation. Depuis longtemps, Sebastiano
Tusa et Giuseppe Castellana s'interrogent sur la préhistoire et la protohistoire
siciliennes : pendant ces Journées ils ont abordé les articulations du passage
entre des expériences culturelles différentes, qu'il soit dû à un processus naturel
d'évolution interne, ou au contraire à des sollicitations nouvelles de la part de
peuples aussi bien non grecs que grecs. S. Tusa a présenté le travail de
conservation et de protection mené dans des grottes comprises maintenant dans
le tissu urbain de la ville de Palerme : bien que les remaniements apportés
pendant la deuxième guerre mondiale rendent désormais impossible une
fouille stratigraphique de la grotte Impisu, on a pu mettre en évidence des
témoignages paléo-ethnologiques, qui renvoient à une période préhistorique
importante et bien documentée dans cette région. Dans une autre intervention,
concernant une phase plus récente, S. Tusa et Fabrizio Nicoletti ont illustré
ce qu'ils ont pu nommer, par une formule suggestive, T'épilogue sicanien" du
site de Mokarta, pour souligner en même temps la matrice sicanienne des
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expériences culturelles de la Sicile occidentale et la rupture qui permit une
configuration différente non seulement des cultures, mais aussi du modèle
d'établissement. L'impact de la colonisation grecque sur le site indigène de
Montagnoli a également été très fort ; G. Castellana a donné l'exemple d'un
ensemble de cabanes, auxquelles il faudrait attribuer une fonction non pas
d'habitation, mais de représentation pour une élite indigène ayant des charges
politiques et cultuelles. Si son interprétation peut être acceptée (et toute tenta
tive d'esquisse d'une histoire sociale pour les non-Grecs apparaît suggestive),
alors la destruction du site, loin d'être due à un hasard, prendrait une significa
tion politique, en relation avec l'inimitié envers Sélinonte, rappelée - de façon
quelque peu surprenante - à partir de l'analyse des données du territoire et non
sur la base de sources littéraires.
Les rapports entre Grecs et indigènes se lisent, avec toujours plus de
clarté méthodologique, non plus sur un plan lié seulement à la confrontation
politique ou à l'idée d'une différence qui ne se résoudrait que par le conflit, mais
dans la direction indiquée par le terme, déjà presque vieilli, d'hellénisation, qui
requiert désormais un affinement conceptuel. De nombreuses interventions ont
porté sur les contacts entre Grecs et indigènes à l'époque archaïque. Une
confrontation entre le témoignage hérodotéen relatif au culte héroïque voué
par les Ségestains à Philippe de Boutakidès et un passage de la lex sacra de
Sélinonte a permis à Flavia Frisone d'avancer des réflexions méthodologiques
intéressantes. En soulignant la parenté et en même temps l'insuffisance tant des
lectures 'indigénistes' que de celles qui sont totalement grecques, il est possible
de prendre en compte le sens d'un culte héroïque dans une cité non grecque en
valorisant un aspect habituellement ignoré, le côté aristocratique et familial qui
filtre non seulement la reconnaissance de la beauté comme valeur partagée,
mais aussi des expériences rituelles et cultuelles concrètes. La référence à un
rite de sang de la loi de Sélinonte, miroir d'une réalité archaïque, contient ce
caractère héroïque que l'on retrouve, sous forme de relation interculturelle, dans
l'hérôon de Ségeste. De ce point de vue, on ne peut assez souligner l'importance
d'une découverte faite au cours de fouilles récentes menées sur le site de
Montagnola di Marineo. Le site, par sa position dans la Vallée de l'Eleutherios,
près du Bělice, permet de voir concrètement les articulations solidaires d'une
culture locale et d'une culture grecque ; nouvelle est toutefois la découverte,
présentée par Francesca Spatafora, de quelques casques chalcidiens et d'une
jambière en bronze, objets qui trouvent des comparaisons moins en Sicile qu'en
Grande-Grèce. En avançant des hypothèses interprétatives (marque de l'assimi-
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lation de l'hoplitisme de la part des aristocrates ; biens de prestige ; dépouilles
d'une victoire), F. Spatafora propose de lire cette découverte dans le cadre des
conflits qui traversèrent la Sicile occidentale entre la mort de Dorieus et la
bataille d'Himère. La date de 480 réapparaît également pour marquer une
scansion dans l'intervention de Stefano Vassallo, qui a mis en série des observa
tions éparses relatives à plusieurs sites de la Sicile centrale et occidentale, en
cherchant à les situer dans une vue d'ensemble du territoire. Ayant enregistré
pour certains de ces centres une coupure ou du moins une fléchissement dans la
densité de l'habitat, datable autour de 480, il l'explique en pensant que les
premières décennies du Ve siècle ont pu voir une transformation plus ou moins
difficile dans les habitats indigènes, en relation avec une augmentation de la
pression grecque dans la politique de contrôle des vallées de l'intérieur et avec
les conflits militaires qui rendirent plus aiguës les tensions entre peuples
d'origines différentes. Ces tensions purent parfois aussi se résoudre en une
confrontation pacifique : la présentation des fouilles de la nécropole A d'Entella,
par Riccardo Guglielmino, le montre bien. Un four de la fin de l'archaïsme vient
s'ajouter à celui qu'on connaissait déjà, ce qui confirme le double caractère,
artisanal et funéraire, de ce quartier ; cela corrobore l'idée de la diffusion d'un
modèle urbanistique - la comparaison avec le Céramique d'Athènes a déjà été
avancée. La structure du four et les restes des céramiques montrent
l'avancement technique des artisans d'Entella, ainsi que leur capacité de jouer
entre imitation grecque et poursuite de formes et de motifs décoratifs de
tradition indigène. On remarque une fois de plus la grande diffusion de vases à
boire liés à la sphère du symposion ; s'y ajoutent des éclaircissements nouveaux
sur la qualité et les systèmes de cuisson de la nourriture (non seulement du
'panico' lié à leur propre nom, mais aussi de la viande de bœuf et de cerf).
Dans ce panorama une place à part est occupée par le centre indigène de
Monte lato, où les fouilles menées par l'Université de Zurich se poursuivent
sans interruption depuis de nombreuses années. Hans Peter Isler a présenté les
résultats des 25, 26 et 27èmes campagnes de fouilles (1995-97) dans l'agora et
dans le secteur de l'habitat, en y ajoutant quelques documents épigraphiques.
On le sait, Monte lato est caractérisé dès l'époque archaïque par une forte
connotation grecque, qu'on doive la considérer comme marque d'une hellénisa-
tion commune à toute la région élyme ou qu'elle soit le signe d'une particularité
liée à l'établissement, dans le centre indigène, d'une importante - peut-être
même dominante - communauté grecque. Les modèles d'habitat et les
vases figurés parlent d'une relation entre Monte lato et la Grèce, Athènes en
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particulier, sans que cela doive pour autant signifier un refus de la production
locale, bien représentée.
On ne peut parler des Élymes sans parler de Ségeste. Le travail de ces
dernières années y paraît de plus en plus visible, grâce à la monumentalitě des
structures restituées et à la convergence d'efforts autour d'un projet commun.
Rosalia Camerata Scovazzo a fait le point sur les travaux de cette décennie, en
citant les collaborateurs, les publications, les projets, en rappelant les résultats
déjà obtenus, entre autres la création du Parc archéologique, qui nous offre une
image renouvelée de la cité antique et médiévale, avec à côté des monuments
les plus célèbres les fortifications, la Porte de la Vallée, l'agora et le bouleuterion,
le château et la mosquée.
Parmi les premiers monuments connus à Ségeste, un des plus importants
est le théâtre, qui à partir de sa redécouverte au XVIIIe siècle a fait l'objet de
restaurations pas toujours heureuses, ainsi que de nombreuses études.
Actuellement, on cherche à situer historiquement et urbanistiquement le théâtre
dans la cité de Ségeste ; dans ce but, Attilio et Luca De Bernardi en ont présenté
un relevé complet, mettant en relief, à côté de traits spécifiques et d'anomalies,
l'intérêt des solutions architecturales choisies. Des hypothèses formulées au
siècle dernier relativement à la reconstruction de la scène se sont révélées pré
cieuses pour éclaircir des questions liées à la chronologie, aux phases de
construction et au projet final. Francesco d'Andria a cherché à apporter une
réponse à quelques-unes de ces questions, en s'aidant de reconstructions
virtuelles sur ordinateur ; pour la scène, par exemple, la proposition de Bulle,
excluant la possibilité d'un grand fronton central, est acceptée ; on postule en
revanche l'existence d'une summa cavea qui aurait augmenté la capacité et la
monumentalitě du théâtre. F. d'Andria, en suggérant de chercher des termes de
comparaison structurels et culturels non dans le monde grec de Sicile mais à
Pompéi, archétype pour une aristocratie montante qui veut donner de soi une
image noble parce que grecque, attribue au théâtre une datation au IIe s. a.C,
proposant des directions de recherches quant à la destination de l'acropole entre
le IVe et le IIIe siècle.
Un autre secteur de l'acropole présente aussi un grand intérêt : on a pu
mettre à jour, en dessous de l'habitat médiéval, des structures d'époque
hellénistique et romaine. Maria Cecilia Parra et Monica De Césare y ont reconnu
le bouleuterion, sur la base des résultats des fouilles, en réinterprétant les
matériaux architecturaux erratiques ou réutilisés dans Yagora et dans les
terrasses proches, et en s'appuyant enfin sur les fragments d'une inscription qui
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conserve le nom et le patronyme du directeur des travaux. La difficile opération
de restitution d'un monument dont pas un seul siège n'est resté in situ, basée
sur la comparaison avec des édifices analogues, a permis de formuler des hypo
thèses quant à la façon dont le bouleuterion s'insérait dans le tissu monumental
de la zone (où se trouvait aussi le gymnase) ; cette zone a été soumise, à
l'époque hellénistique tardive, à une restructuration globale.
À côté de la Ségeste publique et visible, commence enfin à apparaître la
cité des morts. On sait quelle est l'importance de l'étude des nécropoles pour la
compréhension de l'histoire culturelle et sociale d'un centre ; Babette Bechtold a
suivi les fouilles et présenté des observations préliminaires (l'étude détaillée des
mobiliers funéraires, heureusement non pillés, suivra). La nécropole occupe
une zone assez étendue et couvre la période qui va de la fin du IVe siècle à la
seconde moitié du Ille siècle, et coïncide donc de façon suggestive avec l'époque
qui suit l'action violente d'Agathoclès. S'il y a homogénéité du point de vue
chronologique, ce n'est pas le cas pour la typologie, puisqu'on trouve, à côté
d'une majorité d'inhumations, des crémations tant primaires que secondaires. Il
faut peut-être voir dans cette diversité le reflet d'une situation multiethnique
propre à la cité.
Ségeste est l'un des sites les plus importants sur le territoire de l'actuelle
commune de Calatafimi ; Franco Cambi, Maria Aprosio et Alessandra Molinari
ont dirigé et coordonné la constitution du plan archéologique du territoire de la
commune, indispensable pour une connaissance du faciès rural. Le plan se pro
pose une triple finalité : recherche, conservation et valorisation d'une région très
riche tant en habitats stables qu'en sites fréquentés depuis l'époque archaïque
jusqu'au bas Moyen-Âge. La limite supérieure, basse, peut s'expliquer soit par
un choix propre aux indigènes qui privilégie les grands centres au détriment
d'installations dans le territoire, soit par la perte de traces plus anciennes. Les
périodes suivantes montrent en revanche un modèle d'établissement très riche,
qui permet de tracer en partie aussi l'histoire du régime agraire, thème particu
lièrement important pour la Sicile productrice de céréales et de vin.
L'histoire de la Sicile occidentale se construit sur l'échange entre indi
gènes, Grecs, Romains, et Phéniciens. Cette autre grande réalité politique et
culturelle se reflète en particulier dans les trois cités indiquées par la tradition
thucydidéenne comme par la recherche archéologique comme points d'ancrage
de la présence phénicienne sur l'île. Enrico Caruso a présenté la carte archéolo
gique de la nécropole de Lilybée, en l'accompagnant de réflexions plus génér
ales sur les typologies des établissements phéniciens en Sicile. La mise sur
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