Les relations des cités eubéennes avec Antigone Gonatas et la chronologie delphique au début de l'époque étolienne - article ; n°1 ; vol.119, pg 137-159

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1995 - Volume 119 - Numéro 1 - Pages 137-159
En vue du classement des actes amphictioniques, base de la chronologie delphique au IIIe s. av. J.-C, l'historien K. J. Beloch avait exploité systématiquement les quelques informations relatives aux vicissitudes des cités eubéennes dans leurs rapports avec le roi de Macédoine. Mais son postulat, à savoir qu'un état sous domination macédonienne ne pouvait pas envoyer un représentant à l'Amphictionie, fut souvent mis en question, notamment à propos d'Athènes (mais là certainement à tort). On examine ici, à la lumière de nouvelles données tant du côté delphique que du côté eubéen, le cas des trois cités d'Érétrie, de Chalcis et d'Histiée. Chemin faisant, on propose de rectifier la séquence et la date de plusieurs archontes de Delphes (groupe formé par Straton-Athambos-Thessalos- Euklès), avec des conséquences non négligeables pour l'histoire de l'Eubée centrale. Surtout, on essaie de montrer, en traitant du problème de la représentation histiéenne vers 260, que le traité entre Athènes et l'Étolie doit dater du début de la guerre de Chrémoni- dès et que le concours des Sôtéria dits amphictioniques était triétérique et non pas annuel. Il en découle une datation nouvelle pour la disparition du hiéromnémon d'Histiée, à mettre en relation avec la révolte d'Alexandre fils de Cratéros en 251. Deux appendices complètent cette étude sur l'une des périodes les plus obscures de l'histoire grecque.
νέα χρονολόγηση για την εξαφάνιση του ιερομνήμονα της Ιστιαίας, σε σχέση με την εξέγερση του Αλέξανδρου γιου του Κρατερού, το 251. Δύο παραρτήματα συμπληρώνουν τη μελέτη αυτή, που αφορά σε μια από τις πιο σκοτεινές περιόδους της αρχαίας ελληνικής ιστορίας.
In view of the classification of the Amphictionic decrees, which forms the basis of the 3rd c. B. C. Delphic chronology, the historian K. J. Beloch methodically exploited what information was available relative to the vicissitudes of the Euboean cities in their relations with the king of Macedonia. But his assumption that a state under Macedonian domination could not send a representative to the Amphictiony has often been questioned, notably in the case of Athens (although certainly wrongly there). Here, in the light of new facts on both the Delphic and Euboean side, the case is examined of the three cities of Eretria, Chalcis and Histiaea. On the way, it is proposed to correct the sequence and date of several of the Delphic archons (group formed by Straton-Athambos-Thessa- los-Eukles), with not inconsiderable conséquences for the history of central Euboea. In particular an attempt is made to show, while treating the problem of Histiaea's représentation in about 260, that the treaty between Athens and Aetolia must date from the beginning of the Chremonidean war and that the assembly of the Soteria, called Amphic- tionic, was held every three years and not annually. From this a new dating follows for the disappearance of the Histiaea hieromnemon, which would now be connected with the revolt of Alexander, Crateros' son, in 251. Two appendices complète this study of one of the most obscure periods in Greek history.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1995
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Denis Knoepfler
Les relations des cités eubéennes avec Antigone Gonatas et la
chronologie delphique au début de l'époque étolienne
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 119, livraison 1, 1995. pp. 137-159.
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Knoepfler Denis. Les relations des cités eubéennes avec Antigone Gonatas et la chronologie delphique au début de l'époque
étolienne. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 119, livraison 1, 1995. pp. 137-159.
doi : 10.3406/bch.1995.1645
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1995_num_119_1_1645Résumé
En vue du classement des actes amphictioniques, base de la chronologie delphique au IIIe s. av. J.-C,
l'historien K. J. Beloch avait exploité systématiquement les quelques informations relatives aux
vicissitudes des cités eubéennes dans leurs rapports avec le roi de Macédoine. Mais son postulat, à
savoir qu'un état sous domination macédonienne ne pouvait pas envoyer un représentant à
l'Amphictionie, fut souvent mis en question, notamment à propos d'Athènes (mais là certainement à
tort). On examine ici, à la lumière de nouvelles données tant du côté delphique que du côté eubéen, le
cas des trois cités d'Érétrie, de Chalcis et d'Histiée. Chemin faisant, on propose de rectifier la séquence
et la date de plusieurs archontes de Delphes (groupe formé par Straton-Athambos-Thessalos- Euklès),
avec des conséquences non négligeables pour l'histoire de l'Eubée centrale. Surtout, on essaie de
montrer, en traitant du problème de la représentation histiéenne vers 260, que le traité entre Athènes et
l'Étolie doit dater du début de la guerre de Chrémoni- dès et que le concours des Sôtéria dits
amphictioniques était triétérique et non pas annuel. Il en découle une datation nouvelle pour la
disparition du hiéromnémon d'Histiée, à mettre en relation avec la révolte d'Alexandre fils de Cratéros
en 251. Deux appendices complètent cette étude sur l'une des périodes les plus obscures de l'histoire
grecque.
περίληψη
νέα χρονολόγηση για την εξαφάνιση του ιερομνήμονα της Ιστιαίας, σε σχέση με την εξέγερση του
Αλέξανδρου γιου του Κρατερού, το 251. Δύο παραρτήματα συμπληρώνουν τη μελέτη αυτή, που αφορά
σε μια από τις πιο σκοτεινές περιόδους της αρχαίας ελληνικής ιστορίας.
Abstract
In view of the classification of the Amphictionic decrees, which forms the basis of the 3rd c. B. C.
Delphic chronology, the historian K. J. Beloch methodically exploited what information was available
relative to the vicissitudes of the Euboean cities in their relations with the king of Macedonia. But his
assumption that a state under Macedonian domination could not send a representative to the
Amphictiony has often been questioned, notably in the case of Athens (although certainly wrongly
there). Here, in the light of new facts on both the Delphic and Euboean side, the case is examined of the
three cities of Eretria, Chalcis and Histiaea. On the way, it is proposed to correct the sequence and date
of several of the Delphic archons (group formed by Straton-Athambos-Thessa- los-Eukles), with not
inconsiderable conséquences for the history of central Euboea. In particular an attempt is made to
show, while treating the problem of Histiaea's représentation in about 260, that the treaty between
Athens and Aetolia must date from the beginning of the Chremonidean war and that the assembly of the
Soteria, called Amphic- tionic, was held every three years and not annually. From this a new dating
follows for the disappearance of the Histiaea hieromnemon, which would now be connected with the
revolt of Alexander, Crateros' son, in 251. Two appendices complète this study of one of the most
obscure periods in Greek history.LES RELATIONS DES CITÉS EUBÉENNES
AVEC ANTIGONE GONATAS
ET LA CHRONOLOGIE DELPHIQUE
AU DÉBUT DE L'ÉPOQUE ÉTOLIENNE *
Μάντιν άμώμητον, Δελφον γένος, ένθάδ* επαινώ
À M. Jean Bousquet,
en témoignage d'affectueuse gratitude
Introduction
On sait que la chronologie des archontes de Delphes à l'époque de la domination
étolienne — en gros 280 à 190 av. J.-C. — repose pour une large part sur le classement des
actes amphictioniques, où le nombre, la nationalité et parfois l'identité des hiéromné-
mons fournissent de précieux indices pour la datation au moins relative de ces documents
et des magistrats éponymes dont ils font mention.
(·) Cet article correspond en partie (sections 1. «Érétrie» et 2. «Chalcis») à la communication que j'avais
présentée au colloque de l'ËFA marquant le centenaire de la fouille de Delphes (septembre 1992). La publication
des actes de ce colloque ayant été remise à une date indéterminée, il m'a semblé utile de donner sans plus tarder
au BCH ma contribution à la chronologie delphique de la lre moitié du me s. pour permettre à ceux qui
travaillent sur l'histoire de cette époque d'en faire l'usage — et la critique — qu'ils désirent. Je pense en
particulier à François Lefèvre et à Pierre Sanchez, qui ont tous deux soutenu récemment une thèse de doctorat
sur l'Amphictionie, le premier devant l'Université de Paris IV-Sorbonne (janvier 1994), le second devant celle
de Genève (juillet 1994). Les discussions que j'ai pu avoir avec l'un comme avec l'autre de ces jeunes historiens
n'ont d'ailleurs pas été sans profit pour moi et je les en remercie. On consultera du reste la synthèse préliminaire
publiée ici même par Fr. Lefèvre (cf. aussi ma note additionnelle). — Le vers cité en épigraphe est, à un mot
près, l'hexamètre d'Érétrie IG XII 9, 291 = Hansen, CEG II, 628.
Abréviations utilisées :
Daux = G. Daux, Chronologie delphique (1943).
Dinsmoor — W. B. Dinsmoor, The Athenian Archon List in the Lighi of Récent Discooeries (1939). DENIS KNOEPFLER [BCH 119 138
Assez vite après le début de la «grande fouille», mais non pas d'emblée, il s'est avéré
que le principal fil conducteur pour l'établissement d'une chronologie était le nombre —
sujet à de grandes variations — - des représentants de l'Étolie, leur accroissement devant
être mis, de toute évidence, en rapport avec la remarquable expansion, attestée par
ailleurs, de cet État fédéral au cours du me siècle. C'est l'historien Karl Julius Beloch
(1854-1929) qui le premier, dans un article de 1902 1, formula très clairement ce critère
essentiel, dont pour ainsi dire personne ne s'est avisé de contester la valeur et qui, en tout
cas, est partout admis aujourd'hui. Beloch lui-même l'appliqua avec rigueur dans ce qui
est resté longtemps — en fait jusqu'à l'ouvrage classique de R. Flacelière (Les Aitoliens à
Delphes [1937]) — l'exposé le plus pénétrant de l'histoire de l'Amphictionie durant cette
période, à savoir l'appendice delphique de sa Griechische Geschichte en 1904, qu'il reprit
vingt ans plus tard et remania en fonction des nouvelles découvertes pour la 2e édition de
ce manuel2.
Un second critère, d'une application sans doute moins générale mais d'un intérêt à
peu près équivalent, a été défini et utilisé, dès 1902 aussi, par le même Beloch ; c'est la
présence ou l'absence, dans les listes amphictioniques, de représentants des peuples et
cités dont l'historiographie antique nous informe qu'ils furent, à un moment ou à un
autre, soumis au pouvoir des rois de Macédoine et en particulier à celui du grand Anti-
gone Gonatas. En effet, l'historien allemand tenait pour assuré que les Étoliens n'avaient
pu tolérer qu'un État sous domination macédonienne fût en mesure d'envoyer un hiéro-
mnémon à Delphes 3, puisque les rois de Macédoine eux-mêmes se virent enlever les deux
sièges amphictioniques dont ils avaient disposé à partir de l'année 346. C'est ainsi qu'il
expliquait, par exemple, l'absence des Thessaliens (et d'un certain nombre de peuples
Flacelière = R. Flacelièbe, Les Aitoliens à Delphes (1937).
Habicht = Chr. Habicht, Untersuchungen zur politischen Geschichte Athens im 3. Jahrhundert o. Chr. (1979).
Knoepfler = D. Knoepfler, La Vie de Ménédème d'Érétrie de Diogène Laërce. Contribution à l'histoire et à la
critique des <r Vies des philosophes » (1991).
Nachtergael = G. Nachtergael, Les Galates en Grèce et les Sôtéria de Delphes (1977).
Picard = O. Picard, Chalcis et la Confédération eubéenne. Étude de numismatique et d'histoire (1979).
Roux = G. Roux, L'Amphictionie de Delphes et le temple d'Apollon au ive s. (1979).
Walbank = F. W. Walbank dans Hammond-Walbank, History of Macedonia III (1988).
Will = Éd. Will, Histoire politique du monde hellénistique I2 (1979).
(1) «Die Delphische Amphiktionie im III. Jahrhundert», Beitrâge zur Allen Geschichte (= Klio) 2 (1902),
p. 205-226 ; cf. aussi dans ce même volume, son mémoire intitulé « Das Reich der Antigoniden in Griechenland »
(p. 205 sq. ; cf. infra, n. 28). — Sur Beloch, voir L. Polverini, «La prima lezione di G. B. alla Sapienza», dans
ASNP 7 (1977), p. 1369-1388 et surtout A. Momigliano dans Diz. biogr. degli Italiani VII (1966), p. 32-45 =
Terzo contributo alla storia degli studi class. e del mondo antico (1966), p. 239-265.
(2) Gr. Gesch. IV2 2 (1927), p. 385-426 (= III1 2 [1904], p. 322-353, avec de nombreuses modifications et
additions). Dans ses pages de conclusion, qui sont nouvelles par rapport aux versions de 1902 et 1904, B.
relevait que sa chronologie delphique avait été d'emblée établie «in schroffen Gegensatz zu den damais herr-
schenden Ansâtzen Pomtows» et que les documents apparus depuis lui avaient donné entièrement raison, au
point que H. Pomtow avait bientôt dû abandonner son propre système.
(3) «Einen weiteren Anhaltspunkt gibt uns das konstante Fehlen der beiden makedonischen Stimmen.
Die Aetoler haben also die makedonischen Kônige von der Amphiktionie ausgeschlossen ; und sie konnten
naturlich nicht gewillt sein, ihnen indirekten Einfluss zu gestatten dadurch, dass sie die von Makedonien
abhàngigen Volkerschaften zum Amphiktionenrat zuliessen» (op. cit., p. 387-388 [sauf exception justifiée, je
renvoie toujours à la 2e édition, où la pagination de la lre est indiquée entre crochets]). — Sur la question de
l'exclusion (de fait, sinon de droit) des rois de Macédoine pendant la période étolienne, on se reportera aux deux
thèses inédites signalées en note liminaire. CITÉS EUBÉENNES ET CHRONOLOGIE DELPHIQUE 139 1995]
périèques) de la quasi-totalité des listes du me siècle. Le cas d'Athènes lui semblait part
iculièrement significatif, car les Athéniens avaient manifestement dû renoncer à se faire
représenter à l'Amphictionie dès le moment où ils furent contraints de capituler devant
Gonatas : «Es ist demnach klar, écrivait-il, dass die Listen in denen die Athener auf-
gefuhrt werden, nicht in die Zeit vom Chremonideischen Kriege bis zum Tode des Deme-
trios gehôren kônnen»4. Mais, à la différence du premier, le second postulat de Beloch a
été souvent mis en question. En 1912 déjà, dans une dissertation de Berlin sur l'Amphict
ionie étolienne, Th. Walek l'attaquait de front5, et il ne fut pas le seul, puisque, sur ce
point, Flacelière lui-même se rangea de son côté e. Beaucoup plus récemment, et à propos
des cités de l'Eubée précisément, Olivier Picard (suivi par F. W. Walbank) a rejeté aussi
cette hypothèse jugée par lui incompatible avec ce que l'on sait par ailleurs du statut des
villes eubéennes (et très particulièrement d'Érètrie) sous le règne de Démétrios Poliorcète
puis sous celui de son fils, quitte à faire in fine une concession à Beloch en reconnaissant
tout de même qu'«une cité privée de son autonomie [entendons ici : étroitement soumise
à la Macédoine, comme l'était Chalcis en temps normal] ne saurait participer à la vie
internationale»7.
Une chose, assurément, pouvait justifier l'attitude réservée ou dubitative de ces
savants, c'est l'histoire d'Athènes telle qu'elle était reconstituée dans les ouvrages bien
connus de W. S. Ferguson et de W. W. Tarn, puisque YHellenistic Athens (1911) du
premier et YAntigonus Gonatas (1913) du second ont longtemps imposé l'idée que les
Athéniens étaient soumis au roi de Macédoine vers la fin des années 270 8 quand ils
envoyaient pourtant encore (chose établie dès avant la Première Guerre mondiale9) un
(4) Op. cit. p. 388 ; cf. p. 423 et 425, où il défend son opinion concernant la représentation athénienne
contre, respectivement, P. Roussel (1923), dont la chronologie aurait pour conséquence qu'Athènes envoya
encore un hiéromnémon à Delphes après la fin de la Guerre de Chrémonidès, et A. Ch. Johnson (1914), qui
fondait certes sa chronologie sur le critère d'incompatibilité entre participation à l'Amphictionie et soumission à
la Macédoine, mais se trompait en croyant (comme la plupart des historiens d'alors) qu'Athènes fut sous
domination macédonienne de 279 à ca 263.
(5) Die Delphische Amphiktionie in der Zeit der aetolischen Hégémonie (1912), p. 10-11 et surtout 65, où W.
croit pouvoir démontrer à l'évidence («auf deutlichste ») la fausseté de ce postulat. Mais cf. Beloch, op. cit.,
p. 426, qui déclare ne pas vouloir perdre son temps à la réfutation du travail «des ebenso unwissenden wie
anmassenden Krakusen»! Sur T. W., cf. aussi M. Holleaux, Éludes d'épigraphie et d'histoire hellénistiques IV
(1952 [1926]), p. 26-27.
(6) Flacelière, p. 130 sq., 187-188 et 200 : «certaines villes qui dépendaient d'Antigone pouvaient
envoyer à Delphes des hiéromnémons ». Dans le même sens, cf. déjà W. Kolbe, GGA 178 (1916), p. 440 sq. et
W. Fellmann, Antigones Gonatas, Kônig der Makedonien und die gr. Stâdte (1930), p. 53 sq.
(7) Picard, p. 271 ; sur le critère utilisé par Beloch, voir p. 268 : « En bonne méthode, il faudrait vérifier la
valeur du postulat de base, c'est-à-dire l'impossibilité pour une ville alliée aux Macédoniens de participer à
l'Amphictionie, avant de songer à en tirer des conséquences». Cf. Walbank, p. 270-271.
(8) Pour Ferguson, en effet, l'établissement d'un régime de démocratie modérée en 276 signifia la main
mise de fait du roi de Macédoine sur Athènes, qui serait devenue la capitale de ses possessions helléniques, et
cela jusqu'à l'éclatement de la Guerre de Chrémonidès (266/5 selon lui), qui aurait été une insurrection contre sa
domination : cf. Hellenistic Athens (1911), p. 161 sq. Quant à Tarn, il admettait, lui aussi, une suzeraineté
macédonienne à partir de 276, qui aurait été toutefois interrompue, entre 274/3 et 270, par une période d'i
ndépendance sous la conduite d'un gouvernement nationaliste ; la révolte de 266 aurait été la conséquence d'une
nouvelle période de domination étrangère après la chute de ce gouvernement : cf. Antigonus Gonatas (1913),
p. 217 et 267 sq. (le même encore dans Cambridge Ancient History VII [1928], p. 205-206).
(9) Par la publication des actes amphictioniques, FD III 1 (fasc. 1 paru en 1910), 87-88, qui révélaient la
participation d'Athènes à l'Amphictionie sous les archontats consécutifs d'Aristagoras et de Charixénos, dès
alors datés des alentours de 276-275. 140 DENIS KNOEPFLER [BCH 119
hiéromnémon à l'Amphictonie. Mais on sait qu'en 1979 — l'année même où est parue la
thèse d'O. Picard — Christian Habicht10 a fait justice de cette reconstitution tradi
tionnelle11 en montrant de façon décisive12 qu'Athènes fut une cité pleinement souve
raine de 287 à 261, c'est-à-dire de la révolte contre Démétrios à la prise de la ville par
Gonatas (le cas du Pirée devant être considéré à part). Il paraît ainsi tout à fait légitime,
au vu de ce résultat, de recourir à nouveau au second des critères définis par Beloch pour
classer les actes amphictioniques et de tirer de ce classement les conclusions historiques
qui en découlent, dussent-elles aller contre l'opinion reçue. De fait, c'est en se fondant sur
l'histoire athénienne que nos camarades Roland Etienne et Marcel Piérart ont naguère
fixé à l'année pythique 262/1 — au lieu de 266/5 comme on l'admettait jusque-là — la
date de l'archonte Pleiston13, solide point d'ancrage, désormais, de la chronologie del-
phique à l'époque étolienne (voir la note additionnelle).
L'apport des années eubéennes
L'histoire de l'Eubée dans la lre moitié et surtout le 2e quart du me siècle n'est pas
sans point commun avec celle d'Athènes. Les cités de la grande île, elles aussi, luttèrent
contre le roi de Macédoine pour maintenir ou recouvrer leur indépendance. Les viciss
itudes qu'elles connurent dans ce combat peuvent, dès lors, être riches également d'impli
cations chronologiques. Beloch ne s'y est pas trompé, qui allégua notamment plusieurs
épisodes de la Vie de Ménédème d'Éréirie chez Diogène Laërce (II J 25-144) à l'appui de son
système. Inversement, les péripéties de l'histoire de Chalcis et d'Histiée, qui sont très mal
connues pour cette époque, se sont trouvées un peu éclairées — avec, certes, encore
beaucoup de zones d'ombre — par les progrès réalisés dans l'établissement des fastes
delphiques. Seule la cité de Carystos est restée — et doit demeurer jusqu'à plus ample
informé — en dehors du jeu, car outre que l'on ne sait pratiquement rien de ses relations
avec Gonatas, on constate que sa participation à l'Amphictionie a été, à cette époque en
tout cas, pratiquement inexistante (on ne connaît, sauf omission, aucun hiéromnémon
carystien, ce qui ne saurait guère être entièrement fortuit14). C'est donc le cas d'Érétrie,
le mieux documenté, qu'il convient d'examiner en priorité. Nous verrons ensuite
(10) Habicht, p. 68-75 et notamment 73-74 (§ 5) pour les données amphictioniques utilisées par Tarn.
(11) Adoptée notamment par Flacelière, p. 188; cf., du même, «Les rapports d'Athènes et de l'Étolie
au me s. av. J.-C», dans Athenian Studies Presented to W. S. Ferguson (1940), p. 471 sq., qui s'appuie essentiell
ement sur Tarn.
(12) Voir l'approbation sans réserve de J. et L. Robert, Bull. (1981), 235.
(13) BCH 99 (1975), p. 59-62. Malgré les critiques qu'il leur adresse, G. Daux a suivi ces auteurs (BCH
Suppl. IV [1977], p. 57-61) ; de même, avec conviction, Habicht, p. 74 n. 40, et surtout J. Bousquet, REG 99
(1986), p. 26 n. 4, et CID II (1989), p. 37 n. 31 ; cf. aussi Walbank, p. 286 n. 3.
(14) II est indéniable que Carystos faisait partie de l'Amphictionie dès le ive s. au moins, puisqu'elle était
habilitée à envoyer un naope à Delphes (compte de Damocharès, 334/3; cf. J. Bousquet, CID II 79 A 12). On
sait d'autre part qu'à la fin du ne s. elle fut aux côtés d'Érétrie contre Chalcis dans la querelle sur le siège des
Ioniens d'Eubée à l'Amphictionie (cf. Roux, p. 22-23). Mais cela ne prouve pas encore que les Carystiens, qui
étaient des Dryopes et non pas de purs Ioniens (comme le marque clairement Thuc, VII 57,4), aient eu des
droits équivalents à ceux des Chalcidiens, Érétriens et Histiéens (cf. D. Knoepfler, BCH 96 [1972], p. 296;
contra : Picard, p. 224). On pourrait admettre, à titre provisoire, que Carystos ne participait aux choses de
l'Amphictionie que dans la mesure où Érétrie le voulait bien et acceptait de lui céder la place. CITÉS EUBÉENNES ET CHRONOLOGIE DELPHIQUE 141 1995]
comment les choses se présentent aujourd'hui dans celui de Chalcis, dont l'intérêt histo
rique n'est pas moindre, ne serait-ce qu'en raison de l'importance du rôle joué par cette
cité au sein des possessions macédoniennes. Le difficile problème d'Histiée nous retiendra
un peu plus longuement pour finir, parce que l'histoire singulière de la représentation
histiéenne à l'Amphictionie permet de dater plus précisément un événement diploma
tique d'une grande portée : je veux parler de la conclusion d'un traité entre Athènes et
l'Étolie. En retour, avec le nécessaire abaissement chronologique des grands catalogues
des Sôtéria dits amphictioniques, le destin de la plus septentrionale des cités de l'Eubée
apparaîtra dans une lumière nouvelle.
1. Érétrie
Dès l'article de 1902, Beloch fît appel aux données érétriennes pour dater les archon-
tats delphiques d'Archiadas, Eudokos et Straton, qui remontent tous trois à l'époque où
les Étoliens disposaient encore «seulement» de cinq représentants. Il constatait en effet
qu'au printemps d'Archiadas et à l'automne d'Eudokos, dans la même année julienne15,
le hiéromnémon des Eubéens était l'Érétrien16 Épérastos, fils d'Amphias, par ailleurs
naope. Or, il tirait de la Vie de Ménédème, plus précisément du décret voté en l'honneur
d'Antigone Gonatas vainqueur des Galates à Lysimacheia en 278/7 (D. L. II 141), qu'Éré-
trie était encore soumise au roi de Macédoine à cette date et n'avait donc pas pu envoyer
un représentant à Delphes avant d'être libérée de sa tutelle, sécession qui devait s'être
produite à la faveur de la victoire de Pyrrhus sur Gonatas en 274 17 (et c'est alors aussi
que, selon une opinion déjà bien accréditée18, le philosophe érétrien, ami des Antigonides,
avait pris le chemin de l'exil). Par conséquent, Épérastos n'avait pu être hiéromnémon
avant 273. Combinée avec d'autres19, cette considération amena donc Beloch à attribuer
à l'archonte Archiadas l'année 273/2, les deux années suivantes étant occupées tout natu
rellement par Eudokos et le successeur (réputé immédiat) de celui-ci, Straton.
Conclusion d'une belle audace, il faut le marquer, puisque cette chronologie s'oppos
ait radicalement à celle du spécialiste qu'était H. Pomtow20, qui plaçait le groupe en
question vers 235 ! Et la postérité, en France aussi bien qu'ailleurs, a tranché en faveur de
Beloch : il suffit, pour s'en convaincre, de consulter les tables de G. Daux, d'accord ici
(15) L'année eubéenne commençant en hiver, le hiéromnémon de l'Eubée — à la différence de celui
d'Athènes — entrait en charge au printemps et se trouvait ainsi à cheval sur deux archontats delphiens : cf.
Roux, p. 26 ; D. Knoepfler, JS (1979), p. 40, avec la bibliographie.
(16) Comme l'établit la liste «chronologique» des naopes (maintenant J. Bousquet, CID II 122 I 16), dès
alors connue de Beloch «nach freundlicher Mitteilung Bourguets».
(17) Gr. Gesch. III1 1, p. 593 m 3, et surtout 2, p. 327 (ce développement a complètement disparu dans la
2e éd. : voir ci-après).
(18) Notamment grâce à B. Niese, Gesch. der gr. und maked. Staaten II (1899), p. 227; mais c'est U. Von
Wilamowitz qui émit le premier l'opinion que Ménédème dut quitter Érétrie vers 272 (Antigonos von Caryslos
[1881], p. 216 et 230; cf. Kl. Schriflen II, p. 13).
(19) En particulier le fait que l'archontat de Straton, nécessairement postérieur à ceux d'Archiadas et
d'Eudokos (nb. des Étoliens), doit tomber dans une année pythique ou prépythique qui ne peut être que 270 (ou
271), puisque 274 (ou 275) et 266 (ou 267) sont toutes deux exclues, la première par l'histoire d'Érétrie, la
seconde par celle de Ghalcis (voir ci-après).
(20) RE IV 2 (1904), col. 2685. Dans la Syll. I* (1915), en revanche, P. adoptait tacitement la chronologie
de Beloch : cf. les n° 415 sq. 142 DENIS KNOEPFLER [BCH 119
avec Flacelière 21. Pourtant, l'argument érétrien sur lequel s'est appuyé l'auteur de la
Griechische Geschichte est depuis longtemps caduc, même si l'on continue à voir nombre
d'historiens faire de la révolte d'Érétrie une conséquence de la guerre entre Pyrrhus et
Antigone22. Beloch, lui, dut se rendre compte très vite de son erreur sur ce point ; mais au
lieu de la reconnaître franchement pour l'instruction du lecteur, il préféra, en 1927,
renoncer tacitement à ce maillon faible de sa démonstration, tout en présentant ailleurs
— je veux dire dans un autre appendice23 du même ouvrage — une reconstitution assez
différente des rapports entre Érétrie et les rois de Macédoine. Qu'était-il donc arrivé dans
l'intervalle séparant les deux éditions du manuel? Tout simplement ceci : en 1910 et 1911
É. Bourguet avait publié une importante série d'actes amphictioniques datés par les
archontes Aristagoras, Charixénos et Hérakleidas24, dont l'éditeur put montrer aisément
qu'ils se situaient entre Hiéron (premier archonte connu de l'époque étolienne, vers 278)
et Archiadas, puisque l'on voyait les Étoliens passer progressivement de deux à cinq
hiéromnémons, «confirmation de l'excellence du principe adopté par M. Beloch», comme
l'écrivait G. Colin au lendemain de cette publication mémorable25. Or, à l'automne de
l'archontat de Charixénos, datant au plus tard de 275 dans le système désormais univer
sellement accepté, il y avait déjà un représentant d'Érétrie (Έρετριέως Θεόκριτου)2·.
C'était donc la preuve que les Érétriens n'avaient pas attendu l'année 274 pour se libérer
de la domination des Antigonides, à moins de supposer une entorse au principe d'i
ncompatibilité défini ci-dessus. Ce à quoi Beloch, en dépit d'une attaque assez vite lancée
par Th. Walek27, pouvait d'autant moins se résoudre que sa chronologie, par ailleurs,
triomphait.
Mais il fut bien obligé, je l'ai dit, de modifier sur quelques points sa conception de
«l'empire des Antigonides en Grèce», pour reprendre le titre de son article fondateur28.
Avec raison — selon moi — , il cessa de regarder le décret des Érétriens cité par Diogène
Laërce comme l'indice d'une sujétion à l'égard de Gonatas pour n'y voir plus que la
manifestation d'une bien compréhensible reconnaissance de leur part vis-à-vis du roi
sauveur29. Il resta toutefois partiellement prisonnier de sa première hypothèse concer
nant les effets de l'incursion victorieuse de Pyrrhus en Macédoine : n'était-ce pas forcé-
(21) Flacelière, p. 388-389 (App. I 6-9) ; cf. Daux, p. 34-35, G 7 à G 9.
(22) La liste en est même fort longue, de Ferguson et de Tarn à Picard, p. 270, et à Walbank, p. 271.
(23) Intitulé Menedemos von Eretria, dans Gr. Gesch. IV2 2, p. 461-464 (ch. XXXIV § 7) : cette notice est
en effet une innovation par rapport à la lre éd.
(24) FD III 1 (1910), 87-88 (cf. Flacelière, p. 386-387, App. I 2-3); le même dans BCH 35 (1931),
p. 481-483. Pour l'argument fondé sur la carrière du Tanagréen Eugeiton fils de Tychon honoré sous Héraklei
das, puis naope et hiéromnémon sous Archiadas, cf. en dernier lieu Chiron 22 (1992), p. 457-458.
(25) FD III 2 (1909-1913), p. 238.
(26) FD III 1, 88 = Syll* 406, ligne 4.
(27) Op. cit. en n. 5, p. 51 sq., qui supposait, contre Beloch, que la révolte d'Érétrie ne datait pas de la
guerre entre Pyrrhus et Antigone, mais de ca 280 (!), Gonatas ayant pu ensuite, juste avant 277, remettre la
main sur l'Eubée, qui aurait donc été sous domination macédonienne quand elle envoyait des hiéromnémons à
Delphes. Une variante tout aussi peu crédible fut élaborée par E. Ziebarth, IG XII 9 (1915), p. 154 1. 91-92, et
a perduré jusqu'à aujourd'hui par le biais de Fr. Geyer, RE Suppl. IV (1924), s.o. «Eretria», col. 384 (cf. 444) :
ainsi chez K. Schefold, A. Auberson, Fûhrer durch Eretria (1972), p. 34.
(28) Cf. supra, n. 1. Ce mémoire fut repris dans Gr. Gesch. III1 2, p. 289-312 (= IV2 2, p. 366-376).
(29) Et aussi, pour Érétrie, une façon habile de «die guten Beziehungen zu dem Kônig wieder her-
zustellen» (Gr. Gesch. IV2 2, p. 464). CITÉS EUBÉENNES ET CHRONOLOGIE DELPHIQUE 143 1995]
ment dans ces circonstances que Ménédème, compromis par son amitié pour Antigone,
avait été contraint de s'exiler? La chose lui parut d'autant plus probable que l'un des
actes publiés par Bourguet avait bientôt révélé, grâce à une lecture originale de G. Klaf-
fenbach30, que le hiéromnémon érétrien à l'automne d'Hérakleidas (274) n'était autre que
Ménédème, dont la Vie attestait les liens avec Delphes (D. L. II 136). Or, la liste d'Archi-
adas-automne (263) — connue depuis 1913 seulement31 — montrait que son successeur
était Aischylos, fils d'Antandridès, qui est présenté par Diogène Laërce comme l'ad
versaire politique du philosophe (ibid. 141)32. De là à penser qu'une révolution s'était
produite à Érétrie dans l'hiver 274/3 il n'y avait qu'un pas, que Beloch n'hésita point à
franchir33. Tels sont les fondements de la version qui prévaut aujourd'hui — jusque dans
YHistory of Classical Scholarship (1968) de R. Pfeiffer34 — de l'exil de Ménédème puis de
sa fin quelques années plus tard en Macédoine. À l'hypothèse que l'année 274/3 marquait
pour Érétrie le moment de sa libération s'est donc substituée discrètement la conviction
que ce fut seulement un changement d'orientation politique, un coup de barre ant
imacédonien, les conséquences pour le sort du philosophe restant les mêmes ; et la chronol
ogie delphique n'en étant nullement affectée...
Voilà bien des décennies, pourtant, que cette interprétation des faits ne tient plus.
En 1956, en effet, Jean Bousquet35 a fait savoir qu'un fragment delphique (connu depuis
1921) où Ménédème apparaît aux côtés de son compatriote Théokritos en tant qu'ancien
hiéromnémon dans une affaire judiciaire est à rattacher (sans qu'il y ait raccord matériel)
à un compte datant de l'archonte Athambos, évidemment postérieur au groupe Archi-
adas-Eudokos-Straton vu que les Étoliens sont alors passés de cinq à six représentants.
De fait, Athambos se voit attribuer depuis Beloch l'année 269/8 ou 268/7, et l'on verra
que c'est la date haute qui s'impose clairement aujourd'hui. Force est d'en conclure non
seulement que Ménédème n'est pas mort peu après 278 3e (comme semblait l'impliquer
une lecture superficielle de la biographie elle-même), mais aussi qu'il demeura dans sa cité
jusqu'en 268 au moins : car, bien entendu, c'est à titre officiel qu'il siégeait alors à
(30) Apud H. Pomtow, Klio 14 (1915), p. 320 (=56 du t. à p.) n. 1. Cf. Syll* 406 n. 7 et Flacelière,
p. 387 App. I 5 a, qui a, de son côté, retrouvé le nom de Ménédème dans une liste fragmentaire de la même
session {ibid. 5 b; repris dans CID II 124).
(31) Publication simultanée par H. Pomtow, GGA 175 (1913), p. 148, et par G. Colin, FD III 2, 205. Cf.
Sy//.8 416 ; Flacelière, p. 388 App. I 6.
(32) Le rapprochement fut établi par Pomtow, loc. cit., qui pouvait déjà s'appuyer sur le fait que l'Aischy-
los mentionné dans la Vie de M. avait été identifié par U. Von Wilamowitz, Antigonos von Carystos (1881),
p. 101, au polémarque A. fils d'Antandridès du décret IG XII 9, 192. Depuis, une inscription d'Érétrie a mis
hors de doute que ce personnage et le hiéromnémon ne font qu'un (cf. Knoepfler, p. 197 n. 73).
(33) Gr. Gesch IV2 2, p. 464. W. Kolbe, GGA 178 (1916), p. 442-443, dans son c. r. développé de
W. W. Tarn, Antigonus Gonatas (1913), avait défendu, sur la base de ces données, une interprétation différente
du « Menedemos-Episode » et abouti à la conclusion que l'exil du philosophe ne datait que de la Guerre de
Chrémonidès, ce qui est la bonne solution comme on va voir.
(34) P. 119 et n. 5 : «The Eretrian Menedemus appears in the list of the ίβρομνήμονες in Delphi in the year
274/3, but no longer in 273/2, when his adversary Aischylus took his place », avec renvoi à K. Von Fritz, RE
XVI (1931), s.v. «Menedemos», col. 790, qui a, de fait, suivi de très près la chronologie de Beloch.
(35) BCH 80 (1956), p. 25 et n. 2 (à propos de l'inscription sténographique de Delphes). Le fragment en
question est maintenant édité par le même dans CID II, 129 B.
(36) Cf. J. Bousquet, loc. cil. Pendant longtemps, en effet, on a cru devoir inférer de D. L. II 142 sq., que
le philosophe n'avait guère survécu à la bataille de Lysimacheia (278/7). Et cette chronologie caduque depuis un
siècle apparaît encore dans bien des ouvrages d'histoire de la philosophie. DENIS KNOEPFLER [BCH 119 144
Delphes. Par conséquent son exil doit dater, au plus tôt, du début de la guerre de Chré-
monidès (archontat de Peithidémos à Athènes, 268/7).
C'est donc nécessairement durant cette guerre — quoi qu'on en ait dit37 — qu'eut
lieu la prise d'Érétrie (άλωσις Ερέτριας) au sujet de laquelle Ménédème, à l'Amphiaraion
d'Oropos, s'entretenait avec le préposé à la surveillance du Pirée, le Carien Hiéroklès
(D. L., II 126) 38. À la seconde session de l'archontat d'Athambos (printemps 268 : voir
ci-après), en effet, il y a encore un représentant des Eubéens39 à l'Amphictionie. Certes ce
personnage pourrait ne pas être un Ërétrien40 mais un Chalcidien ou un Histiéen. Le seul
fait, toutefois, que le siège soit dit des « Eubéens», et non pas des « Histiéens» comme plus
tard, prouve que deux cités au moins de l'Eubée se trouvaient encore libres à cette date,
et il est pratiquement assuré qu'Érétrie était l'une d'elles, puisque c'est précisément de
cette cité qu'il est question dans l'acte d'Athambos-printemps. Si l'année 268 constitue
ainsi le terminus post quem de la mainmise macédonienne sur Érétrie, le t. ante q. est
fourni par une liste amphictionique (sans nom d'archonte) qui montre qu'alors le siège
eubéen est déjà la chasse gardée des Histiéens, chose inconcevable tant qu'Érétrie
demeura une cité indépendante. Or cette liste41 ne saurait, en tout état de cause, être
postérieure à l'année 265/4, comme on le mettra en évidence dans la 3e section de ce
mémoire. En conclusion, c'est vers 267 — et même très précisément au printemps de
cette année-là, ainsi qu'il ressort du réexamen du fameux décret de Rhamnonte pour
Épicharès — qu'Érétrie dut retomber sous le joug macédonien et fut privée de sa consti
tution ancestrale. Réfugié à Pella, Ménédème essaya, mais en vain, d'obtenir du roi le
rétablissement de la démocratie à Érétrie. La guerre approchant de son terme, en 263 ou
262, il se laissa mourir d'inanition, à l'âge de 84 (et non de 74) ans, seule leçon authen
tique des manuscrits de Diogène Laërce, à laquelle les éditeurs ont préféré bien à tort une
leçon secondaire sans autorité, qui a jusqu'ici abusé tous les historiens42.
2. Chalcis
Telles qu'elles nous sont parvenues, les listes amphictioniques du me siècle ne ment
ionnent, en tout et pour tout, qu'un seul citoyen de Chalcis. Cet unique hiéromnémon
chalcidien, du nom d'Amphikratès, se trouve dans un acte de l'archonte Straton (session
d'automne) connu dès avant la «grande fouille»43. Beloch y vit d'emblée la preuve qu'en
(37) Ainsi Picard, p. 270 (bien qu'il ait connu le rapprochement opéré par Bousquet), alors que W. Kolbe
avait déjà entrevu la vérité (cf. supra, n. 33).
(38) Pour cet épisode et son contexte (invasion de l'Attique par Antigone Gonatas au printemps 267), voir
D. Knoepfler, BCH 117 (1993), p. 237-241.
(39) Εύβοέων Έκτορί[δου] (CID II 129 A, 1. 3, lecture de J. Bousquet au lieu de Έκτου, Flacelière). Il est
certain que l'on doit, 1. 1, restituer πυλαίας εαρινής, bien que la liste attribuée jusqu'ici à la session, d'automne
d'Athambos appartienne en réalité à Straton-printemps (voir ci-après) : ce qui le prouve, c'est que l'unique nom
conservé des hiéromnémons étoliens (Άριστίων) devrait se trouver déjà dans la liste en question, s'il s'agissait ici
de la session d'automne.
(40) Flacelière, p. 193 n. 2, jugeait une origine érétrienne «peu probable», parce qu'il croyait qu'après
271 Chalcis et Érétrie n'avaient plus eu de représentant à Delphes. Le nom Έκτορίδης est pourtant bien attesté à
Érétrie : cf. Fraser-Matthews, A Lexicon of Greek Personal Nantes I (1987), s.v., avec cet exemple.
(41) II s'agit de la liste raccordée au traité entre l'Étolie et Athènes.
(42) Sur cette erreur et ses conséquences, voir Knoepfler, p. 16-18 et passim.
(43) Ce document fut en effet édité dès 1843 par E. Curtius (Anecdota Delphica 40) au lendemain des
fouilles de Κ. Ο. Mûller (f 1840) : cf. La redécouverte de Delphes (1992), p. 39-40. Réédition notamment dans
Syll.* 419 (pas dans FD III, mais bientôt dans le vol. Actes amphictioniques du CID).